Le Roi en jaune

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Le Roi en jaune
Image illustrative de l'article Le Roi en jaune
Le Roi en jaune,
couverture de la première édition américaine (New York, F. Tennyson Neely, 1895).

Auteur Robert W. Chambers
Genre Recueil de nouvelles fantastique
Version originale
Titre original The King in Yellow
Éditeur original F. Tennyson Neely
Langue originale Anglais américain
Pays d'origine Drapeau des États-Unis États-Unis
Date de parution originale 1895
Version française
Traducteur Christophe Thill
Éditeur Malpertuis[1]
Collection Absinthes, éthers, opiums
Date de parution 2007
Nombre de pages 267

Le Roi en jaune (The King in Yellow) est un recueil de nouvelles fantastiques de Robert W. Chambers publié en 1895.

Ces récits sont parmi les premiers exemples d'un fantastique qui, par bien aspects, rappellent également les genres du fantasy, du roman d'amour, du roman policier, de l'horreur et, surtout, de la science-fiction par le recours à des récits se déroulant dans un futur proche. Les quatre premières nouvelles du recueil font référence à une mystérieuse pièce de théâtre en deux actes dont le titre, Le Roi en jaune, donne son nom à l'ensemble de l'ouvrage.

Inspirations[modifier | modifier le code]

Les noms Carcosa, Hali et Hastur sont empruntés à Ambrose Bierce, plus particulièrement à ses nouvelles “Un habitant de Carcosa” et “Haita le berger”. Rien ne semble indiquer que Chambers ait été inspiré par ces textes, au-delà de l'emprunt des mots. Ainsi, dans “Haita le berger” Hastur est un dieu des bergers, alors que dans “Le Restaurateur de réputations”, ce nom désigne implicitement un lieu, cité en même temps que les Hyades et Aldébaran[2].

D'autres influences sont possibles. Par exemple, on peut remarquer que le synopsis de la nouvelle Le Masque de la Mort Rouge d'Edgar Allan Poe rappelle beaucoup des passages de la pièce mythique de Chambers: Un bal masqué est donné par des aristocrates décadents qui se sont isolés du monde extérieur afin de se protéger d'une terrible épidémie, La Mort Rouge. À minuit un étranger apparaît, vêtu d'un linceul sanglant, déguisé à la manière d'une victime de la Mort Rouge. Alors que les convives outragés tentent de s'emparer de l'étranger afin de le démasquer, ils ne trouvent qu'un linceul vide et un masque ; alors, un par un, ils meurent, terrassés par l'épidémie[3]. Dans les deux récits, les couleurs ont une importance fondamentale, anxiogène, l'ambiance de fête dissimule mal une terreur extrême et enfin, les deux étrangers sont des messagers surnaturels, porteur de mort et de déreliction.

D'autres textes, notamment ceux des auteurs symbolistes, ont pu avoir une influence sur les récits de Chambers. La nouvelle Le Roi au masque d’or[4] de Marcel Schwob, écrivain ami d'Oscar Wilde fut publiée en 1893, très peu de temps après le séjour parisien de Chambers (qui était venu étudier la peinture à l'académie Jullian de 1886 à 1892). Les premières pièces symbolistes de Maurice Maeterlinck constituent également une influence notable. La Princesse Maleine, publiée en France en 1890, et Pelléas et Mélisande (1892), ont eu un retentissement considérable auprès de la critique littéraire de l'époque. Chambers connaissait l'écrivain belge, comme le montre un passage de la nouvelle "A Matter of Interest".

Il est par ailleurs envisageable que la pièce d'Oscar Wilde, Salomé ait pu contribuer à l'élaboration du Roi en jaune. À l'instar de la pièce imaginaire, l'œuvre de Wilde a été tout d'abord publiée en français avant d'être traduite en anglais, puis interdite, du fait d'une réputation sulfureuse. Salomé se présente comme un drame en un acte et met en scène des personnages similaires à ceux de Chambers : une reine (Hérodias) et une princesse (Salomé) décadentes, un roi bientôt maudit (Hérode) et un prophète terrible et solennel (Iokannaan) annonciateur d'événements terribles[5]. Le style solennel et inquiétant, le drame annoncé, inévitable, un sentiment diffus de malaise et d'attente, tous ces éléments évoquent la pièce de Chambers. Au tout début de Salomé, la lune est dépeinte comme « une petite princesse qui porte un voile jaune » ; plus loin, un jeune syrien dit : « Comme la princesse est pâle ! Jamais je ne l'ai vu si pâle ». Le jeune syrien est bientôt nommé par Salomé : son nom est Narraboth; il implore celle-ci de ne pas regarder Iokanaan et, finalement, du fait de la témérité de la princesse, se suicide[6]. Il convient d'ajouter que c'est Marcel Schwob qui a été le correcteur de la version originale de Salomé, en français au profit de son ami Oscar Wilde.

Présentation[modifier | modifier le code]

The Yellow Book, volume 1, juillet 1894, couverture illustrée par Aubrey Beardsley.
Revue représentative des courants esthétisants de la fin de l'époque victorienne.

Les quatre premières histoires présentent en leitmotiv trois éléments spécifiques :

  • Une pièce de théâtre maudite en deux actes, Le Roi en jaune;
  • Un être surnaturel, entité obscure et maléfique connue sous le nom de « Roi en jaune »;
  • Un symbole inquiétant appelé le Signe jaune.

La couleur jaune symbolisait le mouvement décadent puisque les ouvrages français associés à ce mouvement littéraire paraissaient en Angleterre sous des couvertures de cette couleur. En outre, le jaune renvoie aux choix esthétiques de la mode à la fin du XIXe siècle, mises en avant notamment par des ouvrages tels que le Yellow Book[7], une parution littéraire associée à Oscar Wilde et Aubrey Beardsley. La couleur jaune représente également la quarantaine, notamment sur les navires — une allusion à la déréliction, à la maladie, et plus particulièrement aux troubles psychiatriques. Par exemple, la célèbre nouvelle Le Papier peint jaune qui met en scène la descente d'une femme dans la folie est publiée peu de temps avant la sortie du livre de Chambers.

Les quatre premiers récits du recueil de Chambers baignent dans une atmosphère oppressante et sont axées autour de personnages qui sont ou bien des artistes ou bien des dilettantes.

Le premier récit, Le Restaurateur de réputations, se passe dans un futur imaginaire (à l'époque de la publication), l'Amérique des années 1920 ; l'évolution historique imaginée à l'époque par Chambers, très différente des faits connus du lecteur moderne, renforce l'effet de décalage et d'impression d'étrangeté. Les trois autres nouvelles se passent à Paris à la fin du XIXe siècle.

Liste des nouvelles[modifier | modifier le code]

  • Le Restaurateur de réputations (The Repairer of Reputations)
  • Le Masque (The Mask)
  • Le Signe jaune (The Yellow Sign)
  • La Cour du Dragon (In the Court of the Dragon)
  • La Demoiselle d'Ys (The Demoiselle d'Ys)
  • Le Paradis du prophète (The Prophets' Paradise)
  • La Rue des Quatre-Vents (The Street of the Four Winds)
  • La Rue du premier obus (The Streets of the First Shell)
  • La Rue Notre-Dame des Champs (The Street of Our Lady of the Fields)
  • Rue barrée (Rue Barrée)

La pièce Le Roi en jaune[modifier | modifier le code]

Le Signe jaune : l'artiste Scott et son modèle Tessie, prostrés après avoir lu la pièce
(anonyme, édition illustrée du Roi en jaune, 1902)

La pièce imaginaire Le Roi en jaune est composée de deux actes et d'au moins trois personnages : Cassilda, Camilla et le Roi en jaune.

Le recueil de nouvelles de Chambers présente des extraits de la pièce mythique, en préambule du livre mais aussi de certaines des nouvelles. Par exemple, le recueil présente dans son exergue la Chanson de Cassilda, réputé être extrait de la scène 2 du premier acte de la pièce :

Au long du lac se brisent les vagues de nuages
Les deux soleils jumeaux meurent sur ses rivages
Et les ombres s'allongent
Sur Carcosa

Si étrange est la nuit sous les étoiles noires
Si étranges les lunes tournant au ciel du soir
Mais plus étrange encore
Est Carcosa

Les chansons qu'aux Hyades un jour on chantera
Là où flottent en bruissant les guenilles du Roi
Doivent mourir sans bruit
Dans Carcosa

Ma voix déjà se meurt et le chant de mon âme
Doucement s'évanouit comme sèchent les larmes
Qu'on n'a jamais versées,
À Carcosa

L'introduction de la nouvelle Le Masque nous présente en exergue un autre extrait de la scène 2,d du premier acte :

Camilla : Vous devriez, monsieur, vous démasquer.
Stranger : Vraiment ?
Cassilda : Vraiment, il est temps. Nous avons tous ôté nos déguisements, sauf vous.
Stranger : Je ne porte pas de masque.
Camilla : (terrifiée, à Cassilda.) Pas de masque ? Pas de masque !

Il est à noter que l'ensemble des extraits présentés proviennent du premier acte. Dans les nouvelles, il est précisé que si le premier acte paraît assez anodin, la lecture du second acte conduit le lecteur vers la folie, du fait de révélations "insupportables". “La banalité et l'innocence même du premier acte n'étaient là que pour permettre au coup de tomber ensuite avec un effet d'autant plus terrible.” Le simple fait d'entr'apercevoir même la première page du second acte piège le lecteur : “Si je n'avais pas entrevu le début du second acte, je n'aurais jamais terminé le livre (…)” (Le Restaurateur de réputations).

De fait, Chambers ne fournit que de vagues allusions au sujet du contenu global de la pièce; ainsi dans cet extrait du Restaurateur de réputations :

Il évoqua l'installation de la dynastie à Carcosa et les lacs qui reliaient Hastur, Aldébaran, et le mystère des Hyades. Il parla de Cassilda et de Camilla, et sonda les nébuleuses profondeurs de Demhe et le lac de Hali. "Les haillons festonnés du Roi en jaune doivent dissi­muler Yhtilli pour toujours", murmura-t-il, mais je ne crois pas que Vance l'entendit. Ensuite il fit suivre à Vance, petit à petit, les ramifica­tions de la famille impériale jusqu'à Uoht et Thale, de Naotalba et du Spectre de la Vérité jusqu'à Aldones, puis repoussant le manuscrit et les notes, il commença à raconter la prodigieuse histoire du Dernier des Rois.

Un passage similaire apparaît dans Le Signe jaune, nouvelle dans laquelle les deux protagonistes finissent par lire Le Roi en jaune :

La nuit tomba et les heures continuaient à s'écouler, mais nous parlions toujours du Roi et du Masque blême, et minuit sonna aux clochers de la ville noyée de brume. Nous parlions de Hastur et de Cassilda, alors qu'au-dehors le brouillard tourbillon­nait aux fenêtres, tout comme les vagues nébuleuses du lac de Hali roulent et se brisent sur ses rivages.

Insertion de Hastur et du Roi en jaune dans le Mythe de Cthulhu[modifier | modifier le code]

H. P. Lovecraft[modifier | modifier le code]

Dans sa nouvelle Celephaïs (1920), H. P. Lovecraft mentionne un mystérieux grand prêtre trônant dans un monastère isolé du plateau de Leng. Dans La Quête onirique de Kadath l'inconnue (1926), le plus long texte se rattachant à son cycle du rêve, l'écrivain américain confronte l'infortuné voyageur Randolph Carter à ce terrifiant grand prêtre au visage voilé de soie jaune. Malgré des tentatives d'identification au Roi en jaune formulées ultérieurement par des critiques, le personnage masqué des Contrées du Rêve n'est vraisemblablement pas inspiré par l'œuvre de Robert W. Chambers puisque Lovecraft ne prend connaissance de celle-ci qu'au début de l'année 1927[8].

À la fois surpris et enthousiasmé par sa lecture, Lovecraft insère in extremis des commentaires dithyrambiques du Roi en jaune dans son essai Épouvante et surnaturel en littérature (publié pour la première fois en 1927), réservant particulièrement ses louanges à la nouvelle Le Signe jaune dont il offre un court résumé. La même année, dans sa courte nouvelle intitulée Histoire du Necronomicon (écrite en 1927 mais publiée uniquement en 1938), le « maître de Providence » évoque facétieusement l'ouvrage maudit de l'arabe dément Abdul Alhazred comme source d'inspiration de la pièce imaginée par Robert W. Chambers (traduit « Robert W. Campbell » dans les éditions françaises en raison d'une coquille persistante)[9].

Lovecraft inclut ensuite de courtes références tirées du recueil de Chambers, tels Hastur, le Lac de Hali et le Signe jaune, dans Celui qui chuchotait dans les ténèbres (1931)[10], une des nouvelles du Mythe de Cthulhu. Dans ce récit, Lovecraft relie le Signe jaune à Hastur, mais, de cette courte et unique référence, il est impossible de déterminer ce que Lovecraft entendait par Hastur.

August Derleth[modifier | modifier le code]

August Derleth développe Hastur pour en faire un Grand Ancien dans sa continuation (contestée) de l'univers lovecraftien, extrapolant à partir de cette référence dans ses propres nouvelles du Mythe.

Derleth semble réserver une place importante à sa vision personnelle de Hastur. Il suggère ainsi à son correspondant Lovecraft d'adopter l'appellation « Mythe de Hastur » pour désigner son œuvre littéraire d'horreur cosmique. Devant la réponse réservée du « maître de Providence », Derleth opte pour la désignation « Mythe de Cthulhu », qu'il popularisera grâce à sa maison d'édition Arkham House. Par la suite, Derleth n'en rédige pas moins des nouvelles qui mettent Hastur en vedette.

Dans Le retour d'Hastur (The Return of Hastur), nouvelle parue dans le magazine Weird Tales en mars 1939, August Derleth dépeint Hastur comme un Grand Ancien tentaculaire, ennemi juré de son « demi-frère » Cthulhu. S'éloignant des conceptions cosmiques de Lovecraft l'athée, l'auteur catholique associe respectivement les deux créatures à des forces élémentaires maléfiques d'air et d'eau, elles-mêmes confrontées à des dieux bienveillants qui protègent l'humanité[11].

En outre, Derleth identifie sans fondement Hastur à « Celui qui ne doit pas être nommé » (Magnum Innominandum, littéralement « le grand qui ne doit pas être nommé » en latin), mystérieuse entité que Lovecraft mentionne succinctement comme « l'époux de Shub-Niggurath » dans la nouvelle Le Tertre (The Mound, rédigée en 1930 et parue dans Weird Tales en novembre 1940)[12] puis lors d'une longue litanie de noms mystérieux (incluant également Hastur) dans la nouvelle Celui qui chuchotait dans les ténèbres (The Whisperer in Darkness). De là vient vraisemblablement le surnom « l'Indicible » que Derleth rattache à Hastur[13].

Tout au long de sa carrière, Derleth réutilise son Grand Ancien dans d'autres nouvelles : La maison de Curwen Street (The House on Curwen Street, 1944), La Fenêtre à pignon (The Gable Window, parue dans Saturn en mai 1957)[14]) et Le Trou des sorcières (Witches' Hollow, 1962)[15]. De surcroît, l'éditeur d'Arkham House crée des serviteurs exclusifs de son Grand Ancien, les byakhees, créatures probablement inspirées des Maigres bêtes de la Nuit de Lovecraft.

Jeu de rôle L'Appel de Cthulhu[modifier | modifier le code]

Dans le jeu de rôle L'Appel de Cthulhu des éditions Chaosium, Hastur est présenté initialement comme une version fidèle de la monstrueuse créature tentaculaire décrite par August Derleth, bien que la conception d'élémentaire de l'air ne soit pas retenue par l'auteur rôliste Sandy Petersen.

Dans les éditions suivantes du livre de base du jeu ainsi que dans certains suppléments, le Roi en jaune apparaît comme un avatar de Hastur qui utilise la pièce éponyme pour répandre la folie parmi l'humanité. Ce Roi en jaune est décrit comme un être voûté, vêtu de haillons jaunâtres et portant le Masque pâle (« the Pallid Mask »), blanc et inexpressif. Dépourvu du masque, le visage du roi offre une vision horrifiante, capable de briser la raison : « des yeux inhumains au milieu d'un océan suppurant d'orifices, comme des bouts d'asticots ; chair en déliquescence, tuméfiée et glaciale, fluide, constamment se reformant. »

Alors que le synopsis de la pièce n'est décrit nulle part dans l'œuvre de Chambers, Kevin Ross en élabore un pour « Tell Me, Have You Seen the Yellow Sign ? » (1989), scénario du jeu de rôle. Dans la version de Ross, le drame se déroule au sein d'une cité fantastique nommée Ythill, sise au bord du lac de Hali, proche de l'étoile Aldébaran. L'intrigue tourne autour des membres de la famille royale régnant sur la cité et de leurs luttes pour s'emparer du trône. Le cours de leurs vies est bouleversé lorsque se répand la nouvelle de l'arrivée en ville d'un mystérieux étranger, porté par des démons ailés (on pense aux byakhees). L'étranger porte, bien en évidence, le Signe Jaune ainsi qu'un inquiétant « masque pâle ». Dans le même temps, tous les habitants de Ythill commencent à apercevoir le mirage d'une cité, sur la rive opposée du lac de Hali. Les plus hautes tours de cette cité sont cachées par une des deux lunes de la planète. La famille royale interroge l'étranger qui dit s'appeler Le Fantôme de la Vérité ; celui-ci n'apporte que des réponses énigmatiques et prétend être l'émissaire d'un être mythique et terrible connu comme Le Roi en jaune ou Le Dernier Roi. À l'occasion d'un bal masqué donné en l'honneur de la famille royale, le Fantôme de la Vérité révèle que son masque pâle n'est pas un masque, mais son véritable visage. Outragés, la reine et le grand prêtre le font torturer à mort mais ne lui en arrachent pas plus de renseignements. Pendant que le Fantôme de la Vérité agonise, le Roi en jaune arrive d'au-delà du lac de Hali, répandant la folie parmi la population d'Ythill alors même que la cité mirage sur l'autre rive disparaît. Le Roi en Jaune informe alors la famille royale qu'Ythill est maintenant devenue la légendaire cité de Carcosa, gouvernée par le Roi en jaune. La pièce s'achève alors que la famille royale attend une fin imminente.

Dans le scénario « Le Roi de chiffes et de loques » (« The King of Shreds and Patches », 1995), Justin Hayes imagine des origines plus anciennes à la pièce Le Roi en jaune, situant ses premières ébauches non plus dans le cadre du mouvement décadent de la fin du XIXe siècle mais à l'orée du XVIIe siècle. Ce contexte élisabéthain permet à Hayes d'associer fictionnellement certains auteurs célèbres (Christopher Marlowe, William Shakespeare, etc.) à l'œuvre théâtrale surnaturelle.

Dans « The Road to Hali », article paru en 1990 dans le numéro 1 du fanzine The Unspeakable Oath, John Tynes affirme s'éloigner délibérément du concept du Grand Ancien tentaculaire conforme à la vision d'August Derleth, tel que présenté dans le livre de base édité par Chaosium. Souhaitant revenir aux récits fondamentaux de Robert W. Chambers, Tynes dépeint la cité de Carcosa ainsi que la manière d'y faire évoluer les personnages des joueurs[16]. Par ailleurs auteur des nouvelles de la « trilogie Broadalbin », John Tynes développe ensuite ses idées rôlistes dans « The Hastur Mythos », chapitre inclus dans le supplément Countdown (1999) édité par Pagan Publishing pour le contexte contemporain Delta Green développé pour le jeu de rôle L'Appel de Cthulhu. L'auteur y assimile le Roi en jaune à une incarnation de l'entropie, « curieux avatar » immatériel de Hastur, dans un contexte visant à reproduire une ambiance étrange inspirée des nouvelles Le Fleuve des songes nocturnes (1981) de Karl Edward Wagner et The Courtyard (1994) d'Alan Moore.

Autres influences[modifier | modifier le code]

Littérature[modifier | modifier le code]

  • Plusieurs auteurs se sont essayés à écrire le texte de la pièce mythique Le Roi en jaune[17], notamment James Blish (More Light, 1970), Lin Carter (Tatters of the King, 1986) et Thom Ryng (The King in Yellow, 2000).
  • Karl Edward Wagner l'a utilisé comme thème pour sa nouvelle Le Fleuve des songes nocturnes (The River of Night's Dreaming).
  • John Tynes a écrit trois nouvelles autour du thème : Ambrose, Sosostris et Broadalbin.
  • Lawrence Watt-Evans a adopté le nom pour son grand prêtre de la mort immortel dans une série de romans: The Lure of the Basilisk, The Seven Altars of Dusarra, The Sword of Bheleu, et The Book of Silence, connus en tant que série sous le nom de The Lords of Dûs.
  • Dans Le Nombre de la bête de Robert A. Heinlein, Zeb Carter indique que le « monde » du Roi en jaune est à éviter.
  • La nouvelle de Brian Keene The King (dans Yellow) conte l'histoire d'un couple contemporain qui assiste à une représentation de la pièce maudite. Elle a été publiée une première fois dans Fear of Gravity, et ensuite dans A Walk on the Darkside puis dans The Mammoth Book of Best New Horror 16.
  • Le Roi en jaune fait une apparition dans le dernier volume des invisibles, l'œuvre principale de Grant Morrison
  • Les romans de la série Ténébreuse, de Marion Zimmer Bradley, présentent de nombreuses références à Aldones, Camilla, Cassilda, Carcosa, au lac de nuages de Hali, à Naotalba et surtout à Hastur. Même si Hali est une ville au bord d'un lac, les personnages et les lieux n'ont guère de rapport avec ceux de Chambers et le ton de la série est celui de la science-fiction classique et non pas de l'épouvante ou du fantastique. Bradley est d'ailleurs l'auteur d'un livre consacré à Chambers, intitulé The Necessity for Beauty (1974).
  • Dans la série Dark Border, Paul Edwin Zimmer utilise aussi un bon nombre des noms du Roi en jaune : Hastur, Hali, Carcosa.
  • Robert Silverberg a utilisé le dialogue entre Camilla, Cassilda et l'étranger comme épigraphe dans son roman de 1967, Un jeu cruel, de la même manière que Chambers dans Le Masque.
  • L'écrivain Stephen King, dans son roman La Peau sur les os (écrit sous le pseudonyme de Richard Bachman), a inclus une référence au 'Roi en Jaune' en tant que « boutique » dans laquelle la fille du protagoniste achète un objet.
  • L'auteur policier Raymond Chandler a écrit une nouvelle intitulée "The King in Yellow" (1938), où la découverte du cadavre d'un trompettiste de jazz nommé King, vêtu d'un peignoir jaune, rappelle au narrateur Philip Marlowe un livre qu'il a lu.

Bandes dessinées[modifier | modifier le code]

  • Ian Culbard (scénario et dessin), The King in Yellow, Londres, SelfMadeHero, 2015, 144 p., présentation en ligne.
  • Le Roi en jaune est un personnage récurrent dans la série de bande dessinée Arcane Majeure. Le monde y est mû en sous-main par des organisations publiques (comme la CIA, le MI-6...) ou secrètes (la Mafia...), elles-mêmes influencées par des « joueurs » qui utilisent des cartes semblables à celles du tarot afin de manipuler le hasard. Le Roi en jaune, ancien joueur transformé par son utilisation intensive des cartes, possède une aura délétère et toxique qui terrifie les joueurs les plus puissants.

Adaptations filmiques[modifier | modifier le code]

Musique[modifier | modifier le code]

  • La chanson de Blue Öyster Cult E.T.I. (Extra-Terrestrial Intelligence) contient la phrase « King in yellow, Queen in red » dans son deuxième vers.
  • Le groupe britannique de black metal, Anaal Nathrakh a écrit une chanson appelée The Yellow King dans son album de 2006 Eschaton, ainsi qu'une citation du livre dans ses notes liminaires.
  • Le groupe néerlandais d'extreme metal Ancient Rites a écrit une chanson appelée Dim Carcosa dans l'album du même nom, chanson dont les paroles sont directement inspirées du Chant de Cassilda en exergue du Roi en jaune.

Jeux de rôle, jeux vidéo[modifier | modifier le code]

  • Dans le numéro 134 du magazine Dungeon, est présentée une aventure pour Donjons et Dragons destinée à des personnages de 9e niveau. Écrite par Matthew Hope, And Madness Followed confronte les aventuriers à une barde qui effectue des représentations de la pièce maudite devant des auditoires de plus en plus importants, aliénant à chaque fois les spectateurs en les transformant en abominations du Royaume Lointain.
  • The King in Yellow, une extension du jeu de plateau Horreur à Arkham de Chaosium, met en scène une troupe d'acteurs qui essaient de jouer la pièce éponyme à Arkham. Bien que le Roi lui-même n'apparaisse pas, la population entière de la ville risque de sombrer dans la folie si la pièce est jouée jusqu'à sa conclusion.
  • Tatters of the King est une campagne de Chaosium pour le jeu de rôle L'Appel de Cthulhu. Centrée autour de Hastur, elle débute lors d'une représentation londonienne de la pièce Le Roi en jaune.
  • Dans l'extension Dragonborn du jeu vidéo Skyrim, un des livres noirs s'intitule Le Régent au teint jaune (en anglais The Sallow Regent[19])'.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Éditions françaises du Roi en jaune[modifier | modifier le code]

  • Robert W. Chambers (trad. Jacques Finné, Jacqueline Fuller et Josiane Wiencek, nouvelles rassemblées et présentées par Jacques Finné), Le Roi de jaune vêtu : cinq récits de terreur [« The King in Yellow »], Verviers, Marabout, coll. « Bibliothèque Marabout. Fantastique » (no 589),‎ , 182 p.
    Édition incomplète ne contenant que les cinq premières nouvelles avec des titres différents[20].
  • Robert W. Chambers (trad. Christophe Thill, édition critique, texte intégral présenté par Christophe Thill), Le Roi en jaune [« The King in Yellow »], Noisy-le-Sec, Malpertuis, coll. « Absinthes, éthers, opiums »,‎ , 267 p. (ISBN 978-2-917035-00-9, présentation en ligne).
    Première édition complète en français, avec préface, biographie, notes, articles et bibliographie par Christophe Thill[21].
  • Robert W. Chambers (trad. Christophe Thill), Le Roi en jaune [« The King in Yellow »], Paris, LGF - Le livre de poche,‎ , 384 p. (ISBN 978-2-253-18400-3, présentation en ligne).
    Édition incluant également une biographie de l'auteur, une postface (« True Detective et le roi en jaune » par Christophe Thill) et la nouvelle d'Ambrose Bierce, « Un habitant de Carcosa »[22].

Essais et littérature autour du Roi en jaune[modifier | modifier le code]

Suppléments du jeu de rôle L'Appel de Chtulhu[modifier | modifier le code]

  • (en) Kevin A. Ross (ill. Thomas B. Sullivan), « Tell Me, Have You Seen the Yellow Sign ? », dans Harry Cleaver, L.N. Isynwill, Doug Lyons, Kevin A. Ross et Marcus L. Rowland, The Great Old Ones, Oakland, CA, Chaosium,‎ , 180 p. (ISBN 0-93363-538-9, présentation en ligne).
    • Kevin A. Ross (trad. Denise Caussé, ill. Thomas B. Sullivan), « Dites-moi, auriez-vous vu le Signe jaune ? », dans Harry Cleaver, L.N. Isynwill, Doug Lyons, Kevin A. Ross et Marcus L. Rowland, Les Grands Anciens [« The Great Old Ones »], Descartes Éditeur, coll. « L'Appel de Cthulhu »,‎ , 168 p. (ISBN 2-7408-0000-2, présentation en ligne).
  • (en) Richard Watts (ill. Earl Geier), « Tatterdemalion », dans Russell Bullman, Gregory G. Detwiler, William G. Dunn, L.N. Isynwill et alii., Fatal Experiments, Oakland, CA, Chaosium,‎ , 128 p. (ISBN 0-933635-72-9, présentation en ligne).
    • Richard Watts (trad. Bruno Billion, ill. Earl Geier), « Tatterdemalion », dans Russell Bullman, Gregory G. Detwiler, William G. Dunn, L.N. Isynwill et alii., Expériences fatales [« Fatal Experiments »], Descartes Éditeur, coll. « L'Appel de Cthulhu »,‎ , 112 p. (ISBN 2-7408-0028-2, présentation en ligne).
  • (en) Justin Hayes (ill. Adam Cogan), « The King of Shreds and Patches », dans Justin Hynes, Michael LaBossiere, Gary O'Connell et Lucya Szachnowski, Strange Aeons, Oakland, CA, Chaosium,‎ , 80 p. (ISBN 1-56882-031-3, présentation en ligne).
    • Justin Hayes (trad. Dominique Perrot, ill. Adam Cogan), « Le Roi de chiffes et de loques », dans Justin Hynes, Michael LaBossiere, Gary O'Connell et Lucya Szachnowski, Étranges époques [« Strange Aeons »], Descartes Éditeur, coll. « L'Appel de Cthulhu »,‎ , 80 p. (ISBN 2-7408-0139-4, présentation en ligne).
    • Justin Hayes (trad. Dominique Perrot), « Le Roi de chiffes et de loques », dans Justin Hynes, Michael LaBossiere, Gary O'Connell, Lucya Szachnowski et alii, Étranges époques 1 & 2 [« Strange Aeons »], Sans-Détour Éditions, coll. « L'Appel de Cthulhu »,‎ , 224 p. (ISBN 978-2-917994-23-8, présentation en ligne).
  • (en) Adam Scott Glancy, Dennis Peter Detwiller, John Tynes et John H. Crowe III (ill. Toren Atkinson, Dennis Peter Detwiller, Heather Hudson, John T. Snyder et Blair Reynolds), Countdown, Pagan Publishing, coll. « Delta Green »,‎ , 440 p. (ISBN 1887797122, présentation en ligne), chap. 9 (« The Hastur Mythos »).
    • Adam Scott Glancy, Dennis Peter Detwiller, John Tynes et John H. Crowe III (trad. : Gaël Bonnand, Hervé Boudoir, Nicolas Caillon, André Caplain et alii., ill. Toren Atkinson, Heather Hudson, Loïc Muzy et John T. Snyder), Countdown, Sans-Détour Éditions, coll. « L'Appel de Cthulhu »,‎ , 448 p. (ISBN 978-2-917994-32-0, présentation en ligne), « Le mythe d'Hastur ».
  • (en) Tim Wiseman (ill. Antony Fentiman et Ashley Jones), Tatters of the King, Chicago, Chaosium,‎ , 232 p. (ISBN 1-56882-184-0, présentation en ligne).
    • Tim Wiseman (trad. Valérie Florentin-Richy, ill. Antony Fentiman et Ashley Jones), Les Oripeaux du Roi [« Tatters of the King »], Sans-Détour Éditions, coll. « L'Appel de Cthulhu »,‎ , 200 p. (ISBN 978-2-917994-03-0, présentation en ligne).

Références[modifier | modifier le code]

  1. Une traduction partielle, signée Jacques Finné, de cinq nouvelles du recueil original est parue en 1976 sous le titre Le Roi vêtu de jaune chez Marabout.
  2. Chambers, Robert W., The Yellow Sign and Other Stories, S. T. Joshi, editor; c. 2000, Chaosium, Inc.; p. xiv.
  3. Poe, E.A., The Masque of the Red Death 1850 WORKS, p. 344
  4. Marcel Schwob, Le roi au masque d'or, Paris, Paul Ollendorff, 1893, [lire en ligne].
  5. Wilde, Oscar, Salomé, Librairie de l`art indépendant; Elkin Mathews & [[John Lane (éditeur)|]]. Paris; Londres, p. 7.
  6. Wilde, Oscar, Salomé, p. 1, 3, 9, 16-24.
  7. Price, The Mythology of Hastur, The Hastur Cycle, p. iii.
  8. Joshi & Schultz, “Chambers, Robert William”, An H. P. Lovecraft Encyclopedia, p. 38.
  9. Christophe Thill, « Moi y'en a vouloir le Necronomicon. Un autre regard sur Alhazred. À propos d'Histoire du Necronomicon de H. P. Lovecraft », in Le Bulletin de l'université de Miskatonic, no 4, février-mars 1998, [lire en ligne]).
  10. Pearsall, “Yellow Sign”, The Lovecraft Lexicon, p. 436.
  11. Robert M. Price, « August Derleth: Myth-Maker », Crypt of Cthulhu, n° 6, 1982, [lire en ligne].
  12. Donald Tyson, The 13 Gates of the Necronomicon, p. 130.
  13. Robert M. Price, « Hastur - Whose Side Is He On? », Crypt of Cthulhu n° 6, 1982, [lire en ligne].
  14. Don G. Smith, H.P. Lovecraft in Popular Culture: The Works and Their Adaptations in Film, Television, Comics, Music and Games, p. 28.
  15. Robert M. Price, « Hastur - Whose Side Is He On ? », Crypt of Cthulhu n° 6, 1982, [lire en ligne].
  16. John Tunes, « The Road to Hali », The Unspeakable Oath n° 1, [lire en ligne] (traduction française dans Thill 1999, p. 197-211).
  17. The Hastur Cycle.
  18. Aaron Vanek, The Yellow Sign and others, DVD direct-to-video édité par Lurker Films, « The Weird Tale Collection » vol. 1, [lire en ligne].
  19. http://elderscrolls.wikia.com/wiki/Black_Book:_The_Sallow_Regent_%28Book%29
  20. Le Roi de jaune vêtu sur noosfere
  21. Le Roi en jaune, Malpertuis, sur noosfere.
  22. Le Roi en jaune, Le Livre de poche, sur noosfere

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Article connexe[modifier | modifier le code]

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