Cosmicisme

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Le Cosmicisme est un mouvement littéraire développé et utilisé par l'écrivain américain H.P. Lovecraft (1890-1937) dans ses nouvelles[1]. Lovecraft était l'auteur d'histoires d'intense horreur psychologique basées sur le thème des phénomènes occultes comme la possession astrale ou le métissage alien, un thème qui contribua au développement de cette philosophie.

Principes du cosmicisme[modifier | modifier le code]

La philosophie du cosmicisme statue qu'il n'y a pas de présence divine reconnaissable, comme un dieu, dans l'univers, et que les humains sont particulièrement insignifiants dans le cadre plus vaste de l'existence intergalactique et qui, peut-être, sont seulement une petite espèce projetant leurs propres idolâtries mentales sur le vaste cosmos, jamais susceptible d'être rayée de l'existence à tout moment. Cela suggère également que la majorité de l'humanité sans discernement sont des créatures aussi insignifiantes que des insectes dans une lutte beaucoup plus grande entre des forces plus grandes qui ne prête aucune importance à l'humanité en raison de la taille minuscule de cette dernière.

Peut-être que le thème le plus important du cosmicisme est l'insignifiance de l'humanité. Lovecraft disait à ce propos:

« La race humaine disparaîtra. D'autres races apparaîtront et disparaîtront à leur tour. Le ciel deviendra glacial et vide, transpercé par la faible lumière d'étoiles à moitié mortes. Qui disparaîtront également. Tout va disparaître. Et ce que les êtres humains font est tout aussi libre de sens que le mouvement libre des particules élémentaires. Bien, mal, moralité, sentiments? Pures fictions Victoriennes. Seul l'égotisme existe. »

— H. P. Lovecraft[2]

Le cosmicisme partage de nombreuses caractéristiques avec le nihilisme, la différence importante étant que le cosmicisme tend à souligner l'inconséquence de l'humanité et de ses faits et gestes, plutôt que de rejeter sommairement l'existence possible d'un ou de but(s) plus élevé(s). Par exemple, dans les nouvelles de Lovecraft, ce n'est pas tant l'absence de sens qui provoque la terreur pour les protagonistes mais la découverte qu'ils n'ont absolument aucun pouvoir pour effectuer tout changement dans l'univers, indifférent, et finalement incompréhensible qui les entoure. Quel que soit le sens ou l'objet qui peut ou peut ne pas être investi dans des actions des êtres cosmiques dans les histoires de Lovecraft, il reste totalement inaccessible aux personnages humains.

Le cosmicisme de Lovecraft était le résultat de son mépris pour toutes les choses religieuses, son sentiment d'impuissance existentielle de l'humanité face à ce qu'il a appelé les « espaces infinis » ouverts par la pensée scientifique, et sa conviction que l'humanité est fondamentalement à la merci de l'immensité et du vide cosmique[3]. Dans ses œuvres de fiction, ces idées sont souvent explorées avec humour (« Herbert West, réanimateur, » 1922), à travers les récits fantastiques de rêves (« La Quête onirique de Kadath l'inconnue, » 1927) ou à travers son célèbre Mythe de Cthulhu (« L'Appel de Cthulhu, » 1928 et autres). Les thèmes relatifs au cosmicisme explorés dans ces fictions sont l'insignifiance de l'humanité dans l'univers et la recherche de la vérité conduisant au désastre[N 1].

« Indifférence cosmique »[modifier | modifier le code]

Bien que le cosmicisme semble profondément pessimiste, H.P. Lovecraft se considérait ni comme un pessimiste ni optimiste mais plutôt comme un «indifférentiste», un thème exprimé dans sa fiction. Dans le travail de Lovecraft, les êtres humains sont souvent soumis à des êtres puissants et d'autres forces cosmiques, mais ces forces ne sont pas tellement malveillantes car elles sont indifférentes envers l'humanité[4]. Cette indifférence est un thème important du cosmicisme. Le célèbre érudit de Lovecraft S.T. Joshi souligne que « Lovecraft était constamment engagé dans débats (plus ou moins) géniaux sur la religion avec plusieurs collègues, et notamment avec l'écrivain pieux et professeur Maurice W. Moe. Lovecraft ne cachait pas son athéisme et sa forte conviction anti-religieuse; il considérait la religion comme non seulement fausse, mais aussi dangereuse pour le progrès social et politique. »[5] En tant que tel, le cosmicisme de Lovecraft n'était pas religieux du tout, mais était plutôt une version de son matérialisme mécanistique.» Lovecraft a donc adopté une philosophie de l'indifférence cosmique. Il croyait en un univers dénué de sens, mécanique, insensible et que les êtres humains, avec leurs facultés naturellement limitées, ne pourrait jamais comprendre pleinement. Son point de vue n'a eu aucune indulgence pour les croyances religieuses qui ne pouvaient pas être supportées scientifiquement. Les incompréhensibles forces cosmiques de ses contes ont aussi peu d'égard pour l'humanité que les humains ont d'égard pour les insectes[6].

Très hostile à la religion, Lovecraft a utilisé divers « dieux » dans ses histoires, en particulier les contes de Cthulhu connexes. Cependant, Lovecraft ne les a jamais conçu comme étant des êtres surnaturels; ils ne sont que des extraterrestres qui comprennent et obéissent à un ensemble de lois naturelles, qui à la compréhension humaine limitée semblent magiques. Ces êtres (les Grands Anciens et autres) -bien que dangereux pour l'humanité- ne sont ni bons ni mauvais, et les notions de la morale humaine n'ont pas de sens pour eux. En effet, ils existent dans les royaumes cosmiques au-delà de la compréhension humaine. Comme un symbole, ils représentent le genre d'univers que Lovecraft croyait, un univers dans lequel l'humanité est une tache insignifiante, condamnés à aller et venir, son apparence et son passage inaperçu ne manquant à personne[7].

Cosmicisme dans les jeux vidéo[modifier | modifier le code]

Cette philosophie se retrouve aussi ailleurs que dans la littérature comme par exemple dans les séries de jeu vidéo Mass Effect et Halo. Ces séries ont pour point commun de se dérouler à une époque futuriste où l'humanité commence à explorer l'espace. Mais cette exploration du cosmos va les amener à rencontrer des espèces intelligentes supérieures à l'humanité (les Moissonneurs de Mass Effect et les Forerunners de Halo). On peut faire la corrélation entre ces espèces antérieures à l'apparition de l'humanité et les entités créés par Lovecraft dans ses nouvelles[8].

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Dans The New Lovecraft Circle, Robert M. Price écrit: « On cherche la connaissance interdite, que ce soit volontairement ou, plus probablement, sans le savoir, mais on ne peut pas savoir jusqu'à ce qu'il soit trop tard ... La connaissance, une fois acquise, est trop grande pour l'esprit de l'homme. Il est prométhéen, la connaissance, elle, est faustienne. Connaissance qui détruit au moment de l'illumination, une gnose de damnation, pas de salut. »

Références[modifier | modifier le code]

  1. S.T. Joshi, The Annotated H.P. Lovecraft,‎ 1997 (ISBN 0440506603), p. 12
  2. Michel Houellebecq, H. P. Lovecraft. Contre le monde, contre la vie,‎ 1999 (ISBN 2290053864)
  3. Darrell Schweitzer, Discovering H.P. Lovecraft,‎ 2001 (ISBN 1587154706)
  4. Robert M. Price, Lovecraft's 'Artificial Mythology',‎ 1991, 256 p. (ISBN 083863415X), p. 247
  5. Wil Forbis, « Interview de S.T. Joshi », sur acidlogic.com,‎ 2002 (consulté en 19/08/2012)
  6. Steven J. Mariconda, Lovecraft's Concept of 'Background', Lovecraft Studies,‎ 1986
  7. Donald R. Burleson, Lovecraft: Disturbing the Universe, 184 p. (ISBN 0813117283)
  8. « Cosmicism in Video Games: Mankind's Place in the Universe. », sur http://my.umbc.edu,‎ 2012