Nyarlathotep

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Nyarlathotep
Personnage de fiction apparaissant dans
Mythe de Cthulhu de H. P. Lovecraft..

Vue d'artiste de Nyarlathotep, d'après la nouvelle L'Habitant de l'ombre (The Dweller in Darkness, 1944) d'August Derleth.
Vue d'artiste de Nyarlathotep, d'après la nouvelle L'Habitant de l'ombre (The Dweller in Darkness, 1944) d'August Derleth.

Naissance Temps immémoriaux
Affiliation Grands Anciens

Créé par H. P. Lovecraft
Première apparition Nyarlathotep (nouvelle publiée en 1920)

Nyarlathotep est une créature fantastique fictive dans l'œuvre littéraire de l'écrivain américain Howard Phillips Lovecraft.

Surnommé « le Chaos rampant » (The Crawling Chaos), Nyarlathotep apparaît initialement dans le poème en prose Nyarlathotep écrit en novembre ou décembre 1920 puis publié dans le fanzine The United Amateur daté de novembre 1920 (mais édité au moins deux mois plus tard)[1].

Âme et messager des Autres Dieux (Other Gods), de puissantes entités cosmiques aux desseins impénétrables, Nyarlathotep apparaît ensuite sous diverses formes dans d'autres récits de Lovecraft, puis dans plusieurs nouvelles et romans rattachés au Mythe de Cthulhu, ensemble de pastiches littéraires rédigés par des continuateurs de l'œuvre lovecraftienne, notamment l'écrivain Robert Bloch.

Nyarlathotep se manifeste sous de nombreux autres avatars dans la culture populaire, notamment dans le jeu de rôle L'Appel de Cthulhu.

Description[modifier | modifier le code]

Nyarlathotep, surnommé « le Chaos Rampant », est à la fois le messager, le cœur et l'âme des Autres Dieux (Other Gods). Il est le seul d'entre eux à posséder une véritable personnalité et il prétend pouvoir revêtir un millier de formes différentes :

  • la première est celle d'un homme au teint bistre de type égyptien, connu sous le nom du Pharaon Noir, cet être serait sorti des ombres antiques des pyramides égyptiennes. Nyarlathotep voyage de ville en ville pour apporter un savoir impie qui dépasse l'être humain et le rend fou. Cette représentation de Nyarlathotep apparaît dans la nouvelle Nyarlathotep de Howard Phillips Lovecraft.
  • la seconde est une énorme monstruosité aux membres griffus à laquelle un long tentacule rouge sang tient lieu de visage, ce tentacule s'étirant vers l'avant lorsque la chose hurle à la lune. Cet avatar est connu sous le nom de la Langue Sanglante ;
  • la troisième forme connue du Chaos Rampant est noire, ailée, munie d'un œil triple de couleur rouge et ne supporte aucune lumière.

Nyarlathotep contrôle de nombreux serviteurs tels que les Shantaks et les Horreurs Chasseresses. De plus, il n'est que rarement adoré pour lui-même ; toutes les invocations des dieux mentionnent son nom car il est leur messager. Les Shaans ou Insectes de Shaggai sont notamment connus pour adorer Nyarlathotep.

La campagne Les Masques de Nyarlathotep pour le jeu de rôle l'Appel de Cthulhu, prenant pour thème les complots du dieu, met en scène plusieurs avatars de Nyarlathotep : la Chauve-Souris des Sables (adorée en Australie), la Femme Boursouflée (adorée en Asie), le Pharaon Noir (adoré en Égypte et à moindre échelle en Angleterre) et la Langue Sanglante (adorée au Kenya et par quelques sectateurs de New York).

Inspiration[modifier | modifier le code]

Dans une lettre de 1921 à Reinhardt Kleiner, Howard Phillips Lovecraft relie le rêve qu'il a fait — décrit comme « le plus réaliste et horrible (cauchemar) que j'ai fait depuis l'âge de dix ans » — à son poème en prose Nyarlathotep.

Dans son rêve, il reçoit une lettre de son ami Samuel Loveman qui dit : « Ne manquez pas d'aller voir Nyarlathotep s'il vient à Providence. Il est horrible - horrible au-delà de tout ce que vous pouvez imaginer - mais merveilleux. Il vous hante des heures durant. Je frissonne toujours à ce qu'il m'a montré. »

Lovecraft commente :

« Je n'avais jamais entendu le nom Nyarlathotep avant, mais avais semblé comprendre l'allusion. Nyarlathotep était un genre de showman ou conférencier ambulant qui se produisait en public et ses expositions éveillaient des discussions et de la peur. Ces exhibitions étaient composées de deux parties : d'abord, une horrible et probablement prophétique bobine de cinéma ; et plus tard quelques expériences extraordinaires avec des appareils scientifiques et électriques. Quand j'ai reçu la lettre, j'ai semblé me rappeler que Nyarlathotep était déjà à Providence.... J'ai semblé me rappeler que des personnes m'avaient chuchoté dans la crainte ses horreurs, et m'avaient averti de ne pas aller le voir. Mais la lettre rêvée de Loveman m'a décidé.... Quand je suis sorti de la maison, j'ai vu la rue remplie d'hommes marchant lourdement dans la nuit, tout en chuchotant apeurés et se rendant au même endroit. Je suis allé avec eux, effrayé et pourtant désireux de voir et d'entendre le grand, l'obscur, l'inexprimable Nyarlathotep[trad 1]. »

— H. P. Lovecraft, Letter to Reinhardt Kleiner[2]

L'exégète lovecraftien Will Murray suggère que cette image de Nyarlathotep a pu être inspirée par l'inventeur Nikola Tesla, dont les nombreuses conférences ont impliqué des expériences extraordinaires avec des appareils électriques, et que beaucoup décrivent comme un sinistre personnage[3].

Autre exégète de Lovecraft, Robert M. Price pense que le nom Nyarlathotep a pu être inconsciemment suggéré à Lovecraft par deux noms de Lord Dunsany, un auteur qu'il a beaucoup admiré : Alhireth-Hotep, un faux prophète dans The Gods of Pegana, et Mynarthitep, un dieu décrit comme « fâché » dans The Sorrow of Search[4].

Notes et références[modifier | modifier le code]

Traduction[modifier | modifier le code]

  1. (en) « I had never heard the name NYARLATHOTEP before, but seemed to understand the allusion. Nyarlathotep was a kind of itinerant showman or lecturer who held forth in public halls and aroused widespread fear and discussion with his exhibitions. These exhibitions consisted of two parts — first, a horrible — possibly prophetic — cinema reel; and later some extraordinary experiments with scientific and electrical apparatus. As I received the letter, I seemed to recall that Nyarlathotep was already in Providence.... I seemed to remember that persons had whispered to me in awe of his horrors, and warned me not to go near him. But Loveman's dream letter decided me.... As I left the house I saw throngs of men plodding through the night, all whispering affrightedly and bound in one direction. I fell in with them, afraid yet eager to see and hear the great, the obscure, the unutterable Nyarlathotep. »

Références[modifier | modifier le code]

  1. Joshi et Schultz 2004, p. 190-191.
  2. H. P. Lovecraft, "letter to Reinhardt Kleiner", 21 décembre 1921; cité par Lin Carter, Lovecraft: A Look Behind the Cthulhu Mythos, pp. 18-19.
  3. Will Murray, "Behind the Mask of Nyarlathotep", Lovecraft Studies No 25 (automne 1991); cité par Robert M. Price, The Nyarlathotep Cycle, p. 9.
  4. Price 1998, p. vii, 1-5.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Sources primaires[modifier | modifier le code]

Littérature[modifier | modifier le code]

Anthologies[modifier | modifier le code]

Jeux de rôle[modifier | modifier le code]

Nyarlathotep tel que dépeint dans le jeu de rôle L'Appel de Cthulhu, sous la forme d'un énorme monstre à trois pattes, qui hurle à la lune[1]. Sa tête constituée d'un tentacule s'inspire vraisemblablement de l'avatar dit du Howler in the Night, décrit dans la nouvelle L'Habitant de l'ombre (The Dweller in Darkness, 1944) d'August Derleth[2].
Illustration de Mario Zuccarello[3].
  • Larry DiTillio et Lynn Willis (trad. Pascale Barettapiana, ill. Thomas B. Sullivan), Les Masques de Nyarlathotep [« Masks of Nyarlathotep »], Descartes Éditeur, coll. « L'Appel de Cthulhu », , 1e éd., 132 p. (présentation en ligne).
  • Sandy Petersen et Lynn Willis (trad. Denise Causse, ill. Thomas B. Sullivan, Lisa A. Free, Ron Leming), Les Monstres de Cthulhu [« S. Petersen's Field Guide to Cthulhu Monsters »], Descartes Éditeur, coll. « L'Appel de Cthulhu », , 64 p. (ISBN 2-904783-67-9, présentation en ligne), p. 48-49.

Bandes dessinées[modifier | modifier le code]

Sources secondaires[modifier | modifier le code]

Études et essais[modifier | modifier le code]

  • (en) Edward DeGeorge, « What Face Wears Nyarlathotep ? », Crypt of Cthulhu, Cryptic Publications, no 12,‎ , p. 28-29.
  • (en) John D. Haefele, « Reappraising "The Haunter of the Dark" », Lovecraft Annual : New Scholarship on H. P. Lovecraft, New York, Hippocampus Press, no 7,‎ , p. 136-148.
  • (en) Daniel Harms, The Cthulhu Mythos Encyclopedia : A Guide to Lovecraftian Horror, Oakland, Chaosium, coll. « Call of Cthulhu Fiction », , 2e éd. (1re éd. 1994), 425 p. (ISBN 1-56882-119-0)
    Réédition augmentée : (en) Daniel Harms, The Cthulhu Mythos Encyclopedia : A Guide to H. P. Lovecraft Universe, Elder Signs Press, , 3e éd. (1re éd. 1994), 402 p. (ISBN 0-9748789-1-X, présentation en ligne).
  • (en) Chris Jarocha-Ernst, A Cthulhu Mythos Bibliography and Concordance, Seattle, Armitage House, , 463 p. (ISBN 978-1887797016).
  • (en) S. T. Joshi et David Schultz, An H. P. Lovecraft Encyclopedia, New York, Hippocampus Press, (1re éd. 2001), 362 p. (ISBN 0-9748789-1-X, présentation en ligne).
  • (en) S. T. Joshi, The Rise and Fall of the Cthulhu Mythos, Poplar Bluff, Mythos Books LLC, , 324 p. (ISBN 978-0978991180)
    Réédition augmentée : (en) S. T. Joshi, The Rise, Fall, and Rise of the Cthulhu Mythos, New York, Hippocampus Press, , 357 p. (ISBN 978-1-61498-135-0, présentation en ligne).
  • Jean-Louis Leutrat, « L'Égypte et le cinéma dans l'œuvre de Howard Phillips Lovecraft », dans H. P. Lovecraft, fantastique, mythe et modernité, Paris, Dervy, coll. « Cahiers de l'hermétisme », , 464 p. (ISBN 2-84454-108-9, présentation en ligne), p. 375-381.
  • (en) Steven J. Mariconda, « Lovecraft's Cosmic Imagery », dans S. T. Joshi et David E. Schultz (dir.), An Epicure in the Terrible : A Centennial Anthology of Essays in Honor of H.P. Lovecraft, New York, Hippocampus Press, (1re éd. 1991) (ISBN 978-0-9846386-1-1), p. 196-207.
  • (en) Will Murray, « Behind the Mask of Nyarlathotep », Lovecraft Studies, West Warwick, Necronomicon Press, no 25,‎ , p. 25-29
    Article repris dans (en) Will Murray, « Behind the Mask of Nyarlathotep », dans S.T. Joshi (dir.), Dissecting Cthulhu : Essays on the Cthulhu Mythos, Lakeland (Floride), Miskatonic River Press, , 280 p. (ISBN 978-0-9821818-7-4, présentation en ligne), p. 131-138.
  • (en) Duncan Norris, « Lovecraft and Egypt : A Closer Examination », Lovecraft Annual, New York, Hippocampus Press, no 10,‎ , p. 3-45.
  • Jean-Pierre Picot, « Randolph Carter, frère d'Ulysse l'avisé et de Sindbad le marin », dans H. P. Lovecraft, fantastique, mythe et modernité, Paris, Dervy, coll. « Cahiers de l'hermétisme », , 464 p. (ISBN 2-84454-108-9, présentation en ligne), p. 217-236.
  • (en) Robert M. Price, « Lovecraft's "Artificial Mythology" », dans S. T. Joshi et David E. Schultz (dir.), An Epicure in the Terrible : A Centennial Anthology of Essays in Honor of H.P. Lovecraft, New York, Hippocampus Press, (1re éd. 1991) (ISBN 978-0-9846386-1-1), p. 259-268.
  • (en) Brandon Reynolds, « Lovecraft's Avatars : Azathoth, Nyarlathotep, Dagon, and Lovecraftian Utopias », Lovecraft Annual, New York, Hippocampus Press, no 3,‎ , p. 96-108.
  • (en) Robert H. Waugh, A Monster of Voices : Speaking For H. P. Lovecraft, New York, Hippocampus Press, , 384 p. (ISBN 978-0-9844802-2-7, présentation en ligne), « Bloch and Leiber : the Siblings at War with Lovecraft, the Compound Ghost », p. 109-130.

Articles connexes[modifier | modifier le code]

  1. Petersen et Willis 1988, p. 48-49.
  2. (en) « From giving us tentacled headed Nyarlathotep to important spores that would help to grow the Call of Cthulhu RPG, let's hear it for Derleth's craptastic "Dweller in Darkness" ».
  3. Zuccarello artworks.com