Civilisation de la vallée de l'Indus

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
(Redirigé depuis Civilisation de l'Indus)
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Aire de la civilisation de la vallée de l'Indus

La civilisation de la vallée de l'Indus (vers 2600 av. J.-C. – vers 1900 av. J.-C.), ou civilisation harappéenne, du nom de la ville antique de Harappa, est une civilisation de l'Âge du bronze, dont le territoire s'étendait autour de la vallée du fleuve Indus, dans l'ouest du sous-continent indien (le Pakistan moderne et ses alentours). Les raisons de son émergence, de sa prospérité rayonnante durant sept siècles, puis de son déclin brutal, sont mal connues et restent débattues, ainsi que son influence, probable, sur la culture hindoue antique.

Oubliée jusqu’à sa découverte dans les années 1920, la civilisation de l’Indus se classe, avec celles de la Mésopotamie et de l’Égypte antique, comme l’une des toutes premières civilisations de l'histoire, celles-ci étant définies par l'apparition de villes, puis de l’écriture.

Si la civilisation de l’Indus n’est pas considérée comme la première civilisation antique, la Mésopotamie et l’Égypte ayant développé des villes un peu plus tôt, elle est par contre celle qui connait à son époque la plus grande extension géographique. À ce jour, sur les 1 052 sites qui ont été découverts, plus de 140 se trouvent sur les rives du cours d'eau saisonnier Ghaggar-Hakra. D’après certaines hypothèses, ce système hydrographique, autrefois permanent, arrosait la principale zone de production agricole de la civilisation de l’Indus.

La plupart des autres sites se situent le long de la vallée de l’Indus et de ses affluents, mais on en trouve aussi à l’ouest, jusqu’à la frontière de l’Iran, à l’est jusqu’à Delhi, au sud jusque dans le Maharashtra, et au nord jusqu’à l’Himalaya. Parmi ces sites, on compte de nombreuses villes comme Dholavira, Ganweriwala, Mehrgarh, Harappa, Lothal, Mohenjo-daro et Rakhigarhi. À son apogée, sa population pourrait avoir dépassé cinq millions de personnes.

Malgré toutes ses réalisations, cette civilisation est très mal connue. Son existence même a été oubliée jusqu’au XXe siècle. Son écriture reste indéchiffrée et on ne sait pas si elle a un lien quelconque avec l’écriture brahmi, ce qui semble peu probable au regard des connaissances actuelles. Parmi les mystères que cette civilisation recèle, trois questions au moins sont fondamentales :

  • formait-elle un État ou un ensemble de cités-états ?
  • quels étaient ses moyens de subsistance ?
  • quelles sont les causes de sa disparition soudaine et dramatique, à partir du XIXe siècle av. J.-C. ?

La langue utilisée par ses membres et le nom qu’ils se donnaient restent à ce jour inconnus.

Histoire[modifier | modifier le code]

Carte de répartition des sites de la civilisation indusienne

Les prédécesseurs[modifier | modifier le code]

La civilisation de l'Indus a été précédée par les premières cultures agricoles de cette partie de l'Asie du Sud, qui sont apparues dans les collines du Baloutchistan, à l'ouest de la vallée de l'Indus[1]. Le site le mieux connu de cette culture est Mehrgarh, datant d'environ 6500 av. J.-C.. Ces premiers fermiers maîtrisèrent la culture du blé, et domestiquèrent une grande variété d'animaux, en particulier ceux constituant le bétail. La poterie y était utilisée vers 5500 av. J.-C. La civilisation de l'Indus s'est développée à partir de cette base technologique, en se répandant dans la plaine alluviale de ce que sont, de nos jours, les provinces actuelles pakistanaises du Sind et du Pendjab.

Autour de 4000 av. J.-C., une culture régionale originale, appelée pré-harappéenne, apparaît dans cette aire (elle porte ce nom car les sites de cette culture sont retrouvés dans les premières strates des villes de la civilisation de l'Indus). Des réseaux commerciaux la relient avec des cultures régionales parentes et avec des sources de matières premières, telles que le lapis-lazuli et d'autres pierres fines utilisées dans la fabrication de perles à collier. Les villageois ont domestiqué à cette époque un grand nombre d'espèces, tant végétales dont les petits pois, les pois chiches, les grains de sésame, les dattes et le coton, qu'animales, telles que le buffle, un animal qui reste essentiel à la production agricole dans toute l'Asie actuelle. Le cheval ne semble pas y être domestiqué.

Émergence de la civilisation[modifier | modifier le code]

Poterie noire. H env. 80 cm. Burzahom, Kashmir. 2700 av J.-C. Musée National, New Delhi
Pot incisé. Les motifs peints aux cornes recourbées laissent supposer des liens extra territoriaux avec des sites tels que Kot-Diji, dans le Sindh. H env. 50 cm. Burzahom, Kashmir 2700 av. J.-C. Musée National, New Delhi

Autour de 2600 av. J.-C., quelques sites pré-harappéens se développent en cités, abritant des milliers d'habitants, essentiellement des agriculteurs. Par la suite, une culture unifiée apparaît dans toute la zone, aplanissant les différences régionales entre des sites éloignés de plus de mille kilomètres. Cette émergence est si soudaine que certains chercheurs pensent qu'elle résultait d'une conquête extérieure ou d'une migration, mais ils sont minoritaires. Depuis, les archéologues sont convaincus d'avoir fait la preuve qu'elle est issue de la culture pré-harappéenne qui l'a précédée. Mais il semble que cette soudaineté soit le résultat d'un effort délibéré, planifié. Par exemple, quelques sites paraissent avoir été réorganisés pour se conformer à une planification réfléchie. De fait, la civilisation de l'Indus est considérée comme la première à avoir développé une planification urbaine, sachant qu'une planification à si grande échelle implique une certaine unité politique.

Déclin et effondrement[modifier | modifier le code]

Durant 700 ans, la civilisation de l'Indus fut prospère, et ses artisans produisirent alors des biens de qualité, recherchés par ses voisins. Puis aussi soudainement qu'elle était apparue, elle entra en déclin et disparut. On a pu supposer que la lèpre s'était propagée, à travers les activités commerciales à grande distance.

Vers 1900 av. J.-C., on a des indications que des problèmes apparaissent : les gens commencent à quitter les cités. Ceux qui s'y maintiennent semblent avoir des difficultés à se nourrir. Autour de 1800 av. J.-C., la plupart des cités ont été abandonnées. Parallèlement, l'âge d’or du commerce interiranien, marqué par l'activité de riches métropoles et la présence de nombreux « trésors » (coupe sur pied et bol tronconique), semble prendre fin vers 1800 - 1700 av. J.-C., au moment même où les textes mésopotamiens cessent de parler du commerce oriental. Les grandes agglomérations du Turkménistan oriental (Altyn-depe et Namazga-depe) sont abandonnées. Dans l'aire correspondant à la civilisation de l'Indus, , alors que les grandes métropoles disparaissent, le processus de régionalisation s’accentue avec la disparition des éléments les plus caractéristiques de l’unité harappéenne : l’écriture, les sceaux, les poids. Nombre d'éléments survivront pourtant tout au long du IIe millénaire av. J.-C. dans les régions orientales et méridionales de la zone.

Dans les siècles suivants, et contrairement à ses contemporaines, la Mésopotamie et l'Égypte antique, la civilisation de l'Indus disparaît de la mémoire de l'humanité, car à la différence des anciens Égyptiens et Mésopotamiens, les Indusiens n'ont pas construit d'imposants monuments dont les vestiges perpétuent le souvenir.

En fait, le peuple indusien n'a pas disparu. Au lendemain de l'effondrement de la civilisation de l'Indus, des cultures régionales émergent, qui témoignent à des degrés divers d'une prolongation de son influence. Il y a eu aussi probablement une migration d'une partie de sa population vers l'est, à destination de la plaine gangétique. Ce qui a disparu, ce n'est pas un peuple mais une civilisation : ses villes, son système d'écriture, son réseau commercial et – finalement – la culture qui en était le fondement intellectuel. Toutefois, les Vellalars, caste d'élites du Tamil Nadu, revendiquent être les descendants de l'aristocratie des cités-états indusiennes.

Causes de l'effondrement[modifier | modifier le code]

Une des causes de cet effondrement semble avoir été un changement climatique majeur, l'événement climatique de 4200 BP. Au XXVIe siècle av. J.-C., la vallée de l'Indus était grouillante de vie sauvage, sylvestre et verdoyante, beaucoup plus humide que de nos jours. Les crues étaient alors un problème récurrent, et semblent avoir submergé certains sites, à plus d'une occasion, . Les habitants de l'Indus complétaient certainement leur régime alimentaire en chassant, ce qui semble presque inconcevable aujourd'hui, quand on considère l'environnement desséché et dénudé de la zone. Autour de 1800 av. J.-C., le climat s'est modifié, devenant notablement plus frais et plus sec. Mais cela suffit-il pour expliquer l'effondrement de la civilisation de l'Indus ?

Tracé hypothétique de la Sarasvatî et des cours d'eau voisins contemporains de la civilisation de l'Indus (selon la théorie l'identifiant à la civilisation des Veda) d'après des relevés satellitaires.
légende:
1=rivière ancienne 2=rivière actuelle 3=désert actuel du Thar
4=ancien rivage 5=ville actuelle

Un facteur majeur pourrait être la disparition de portions importantes du réseau hydrographique Ghaggar-Hakra, identifié par certains chercheurs au fleuve Sarasvatî mentionné dans les védas de la tradition hindoue. Une catastrophe pourrait avoir détourné les eaux de ce système hydrique en direction du réseau gangétique. En fait, ce fleuve, jusqu'alors mythique, refait irruption dans la réalité lorsqu'à la fin du XXe siècle, les images satellitaires permettent d'en reconstituer le cours dans la vallée de l'Indus[2]. De plus, la région est connue pour son activité tectonique, et des indices laissent penser que des événements sismiques majeurs ont accompagné l'effondrement de cette civilisation. Si cette hypothèse était confirmée, et que le réseau hydrographique de la Sarasvatî se soit trouvé asséché au moment même où la civilisation de l'Indus était encore à son apogée, les effets ont pu être dévastateurs. Des mouvements de population importants ont dû avoir lieu, compromettant en un temps assez court le maintien de cette civilisation, et causant ainsi son effondrement.

Une autre cause possible de l'effondrement de cette civilisation pourrait avoir été l'irruption de peuples guerriers Aryens, au Nord-Ouest de l'actuelle Inde, ce qui aurait provoqué la rupture des relations commerciales avec les autres pays de la région (les actuels Ouzbékistan et Turkménistan méridionaux, la Perse, la Mésopotamie). Or le commerce était l'une des raisons d'être majeures des villes : elles se développaient surtout autour de ports ou de nœuds routiers. Des peuples combatifs se trouvaient en Bactriane aux alentours de l'an 2000 av. J.-C., comme le montre l'archéologie[3]. Ce sont eux qui, selon certaines hypothèses qui ne font pas consensus, auraient introduit en Inde le sanskrit, apportant probablement avec eux les védas[4], et aller s'installer en Inde vers 1700 av. J.-C.[5],[6]. Ils auraient donc pu indirectement provoquer alors une désorganisation de l'économie des cités de l'Indus.

Articles détaillés : Théorie de l'invasion aryenne et Aryens.

Au XIXe siècle, les ingénieurs britanniques découvrent des ruines qui ne suscitent pas du tout leur curiosité, mais qui seront des sources abondantes de briques, un matériau commode pour la construction des lignes de chemins de fer. Leur exploitation a détruit un certain nombre de sites archéologiques.

Architecture et urbanisme[modifier | modifier le code]

Articles détaillés : Mohenjo-Daro et Harappa.

L'aptitude à la planification urbaine de la civilisation de l'Indus est évidente, dans les grandes cités et leurs colonies. De façon typique, la ville est partagée en deux zones : une première comportant une plate-forme de terre surélevée, que les premiers archéologues nommeront la citadelle, et une seconde, appelée cité basse, composée de maisons et de magasins étroitement entremêlés, séparés par un réseau de rues et d'allées, bien définies, suivant un plan précis, de largeurs fixées et en usage dans la quasi-totalité des sites.

Les bâtiments principaux étaient construits en briques, cuites ou crues, de dimensons rigoureusement standardisées. Un système décimal de poids et mesures était utilisé dans toute l'aire géographique de cette civilisation. Les villes les plus peuplées pouvaient compter jusqu'à 30 000 habitants.

À Harappa, Mohenjo-daro, et sur le site récemment découvert de Rakhigarhi, les plus connues et probablement les plus peuplées des cités de cette civilisation, la planification urbaine avait créé le premier système au monde de traitement des eaux usées. À l'intérieur des villes, l'eau était tirée de puits. Dans les maisons, une pièce était destinée aux ablutions, les eaux usées étaient dirigées vers des égouts couverts, qui longeaient les rues principales. Les maisons s'ouvraient sur des cours intérieures ou sur des ruelles, se tenant ainsi à l'écart des éventuelles mauvaises odeurs.

Le rôle de la citadelle est encore sujet à débat. Contrairement aux civilisations contemporaines de la Mésopotamie et de l'Égypte, aucune structure de grande taille n'était ici construite, aucune ne semble avoir été un temple ou un palais. Il n'y a donc pas de trace matérielle prouvant l'existence de roi ou de prêtres, ni d'armée. Il convient toutefois de s'interroger sur la position symbolique des citadelles.

Certaines structures sont par contre identifiées comme des greniers, ce qui signifierait l’existence de surplus agricoles, une condition de cette floraison urbaine.

À Mohenjo-Daro, la cité la mieux conservée, on a découvert dans la citadelle le « grand bain », une piscine rectangulaire entourée de galeries, qui pourrait avoir été un bain public. Deux escaliers symétriques donnent accès à un bassin, dont l’étanchéité est assurée par des joints de bitume entre les briques. Bien que la citadelle ait été entourée de murs, il ne semblerait pas qu'elle ait eu un rôle défensif, mais plutôt de protection contre les crues. La ville basse est formée de rues régulières orientées nord-sud et est-ouest. Les maisons sont d’une superficie de 50 à 120 m2. Elles possèdent un étage, auquel on accède par un escalier intérieur. Certaines sont dotées d’un puits privé, les autres sont approvisionnées en eau par des puits publics. Les maisons sont équipées de salles de bain, dont les eaux usées sont évacuées par une rigole en plan incliné qui conduit au caniveau de la rue.

Les différents quartiers de Mohenjo-Daro ont été reconstruits à plusieurs reprises, suivant le même plan. À chaque fois, le système de canalisation et d’égout a été réaménagé, ce qui suppose l’existence d’une autorité publique, mais aucune trace n’indique avec certitude un pouvoir dirigeant royal.

La plupart des habitants des villes semblent avoir été des commerçants ou des artisans, vivant ensemble dans des zones bien définies, déterminées suivant leur activité. Des matériaux, provenant de régions lointaines, étaient utilisés pour la confection de sceaux, perles et autres petits objets. Les sceaux comportent des représentations animales ou divines, et des inscriptions. Quelques-uns d'entre eux étaient utilisés pour faire des marquages dans l'argile, comme pour étiqueter des envois de marchandises, mais ils avaient probablement d'autres emplois. La découverte de sceaux jusqu’en Mésopotamie atteste clairement de l'existence d'un commerce lointain.

Bien que certaines maisons soient plus grandes que d'autres, il ressort de l'observation de ces villes, une impression d'une société assez égalitaire, avec une vaste classe moyenne, toutes les maisons ayant accès à l'eau par les puits, et à une évacuation des eaux usées.

Société et religion[modifier | modifier le code]

L'une des caractéristiques de cette civilisation est son apparente non-violence. Contrairement aux autres civilisations de l'Antiquité, les recherches archéologiques ne mettent pas en évidence ici la présence de dirigeants puissants, de vastes armées, d'esclaves, de conflits sociaux, de prisons et d'autres caractères classiquement associés aux civilisations. Cependant ces constats pourraient aussi s'expliquer par notre connaissance très parcellaire de cette civilisation.

Quant à la religion, il n'en reste que des traces fugitives : statuettes assimilées souvent à des déesses-mères, amulettes, représentations de mise à mort d'un buffle d'eau, mais aussi d'arbres sacrés et d'un « proto-shiva », un homme à plusieurs têtes en position yogique. Certains spécialistes y voient des prémices de la religion hindoue[7] et du jaïnisme.

Cependant, une tapisserie trouvée en Mongolie en 2009 par Natalia Polosmak de l'Institut d'Archaéologie et d'Ethnographie SB RAS, contemporaine de la civilisation de l'Indus, et qu'on pense tissée dans une de ses cités, apporte un éclairage nouveau[8]. Elle représente deux prêtres vénérant un champignon, qui semble être un psilocybe, un champignon hallucinogène. Les chercheurs russes en ont déduit qu'il pouvait être utilisé dans la préparation du Soma, une boisson qui était bue dans les rites des religions védique et iranienne, et que la religion de la civilisation de l'Indus aurait été celle du Rig Veda. Cela, selon eux, pourrait expliquer l'absence de temples et de palais dans les cités.

Économie[modifier | modifier le code]

Le bassin d'accostage de Lothal.

L'économie de l'Indus semble avoir été largement dépendante du commerce, ce qui avait été facilité par des avancées majeures dans la technologie des transports : le char tiré par des bœufs, semblable à celui que l'on trouve aujourd'hui dans l'ensemble de l'Asie du Sud, et surtout le bateau pour la navigation sur les fleuves, voire dans le golfe arabo-persique. La plupart de ces derniers devaient probablement être de petite taille, à fond plat, peut-être à voile, assez similaires à ceux que l'on trouve toujours aujourd'hui sur l'Indus. Il y a aussi des indices d'une navigation maritime. Les archéologues ont ainsi découvert à Lothal un canal relié à la mer, et un bassin artificiel d'accostage.

À la lumière de la dispersion des objets manufacturés de la civilisation de l'Indus, son réseau commercial intégrait une immense zone, incluant des parties de l'actuel Afghanistan, du Nord et du centre de l'actuelle Inde et s'étendant des régions côtières de la Perse à la Mésopotamie.

À partir de la seconde moitié du IIIe millénaire av. J.-C., des échanges entre la vallée de l’Indus et le golfe Arabo-Persique sont attestés par les tablettes sumériennes, qui font référence à un commerce oriental important avec la lointaine contrée de Meluhha – à rapprocher du mot sanskrit mleccha, non-aryen – qui semble se référer aux Indusiens. C'est le seul indice qui nous permet de penser que son peuple utilisait ce mot pour se nommer. De nombreux objets de type Indus (jarres, cachets, poids de pierre) ont été découverts sur les sites du Golfe, région identifiée avec Dilmun, qui, dans les textes mésopotamiens, sert d’intermédiaire avec Meluhha. Des sites harappéens apparaissent à des distances considérables de la vallée de l’Indus, notamment à Shortugaï (sur l’Oxus au Nord-Est de l’Afghanistan), à Sutkagan-dor (frontière entre le Pakistan et l’Iran) ou à Lothal (au Gujarat). De vastes agglomérations se développent également en Turkménistan méridional (Altyn-depe, Namazga-depe) où des contacts avec le Baloutchistan sont attestés depuis le Ve millénaire av. J.-C.

Agriculture[modifier | modifier le code]

La nature du système agricole de la civilisation de l'Indus est toujours largement sujet à conjectures, du fait de la pauvreté des informations qui ont pu nous parvenir. Quelques spéculations sont envisageables néanmoins.

La civilisation de l'Indus devait être fortement productive. En effet, son agriculture devait engendrer des surplus permettant de nourrir les dizaines de milliers d'urbains, qui a priori n'étaient pas impliqués dans la production agricole, au moins de façon primaire. Elle devait s'appuyer sur les importants progrès techniques de la culture pré-harappéenne dont l'araire. Cependant, bien peu de choses sont connues sur ces agriculteurs et sur leurs méthodes. Certains d'entre eux devaient probablement exploiter les sols alluviaux fertiles laissés par les cours d'eau après les crues saisonnières, mais cette méthode n'est pas considérée comme suffisamment productive pour combler les besoins des villes. On ne trouve cependant pas de traces de systèmes d'irrigation, mais ceux-ci ont pu être détruits par des crues fréquentes et catastrophiques.

L'hypothèse du despotisme hydraulique, concernant l'apparition de la civilisation urbaine et de l'État, semble devoir être infirmée dans le cas particulier de cette civilisation, car elle affirme que les cités ne peuvent apparaître que lorsque des systèmes d'irrigation permettent de dégager des surplus agricoles importants, alors que l'élaboration de ces systèmes implique l'émergence d'un pouvoir centralisé et despotique capable de supprimer tout statut social à des milliers de personnes pour les utiliser comme esclaves, en exploitant leur force de travail. Il semble bien difficile de faire cadrer cette hypothèse avec ce que nous savons de la civilisation de l'Indus, qui n'offre à ce jour aucune évidence de pouvoir royal, de présence d'esclaves, de mobilisation du travail par la force.

On considère souvent qu'une agriculture intensive requiert barrages, retenues et canaux. Cette supposition peut être aisément réfutée. Dans toute l'Asie, les riziculteurs produisent des surplus significatifs au moyen de rizières en terrasses à flanc de collines, en privilégiant un travail accumulé sur plusieurs générations, sans que cela n'implique quelque forme d'esclavage que ce soit. C'est peut-être ce type de stratégie qui aurait été mise en œuvre ici, dans un contexte différent.

Art et artisanat[modifier | modifier le code]

Céramique et terre cuite[modifier | modifier le code]

Les poteries, datées vers 6000 av. J.-C., sont d'une facture grossière. Aux Ve et IVe millénaires, les cultures du Balouchistan produisent des céramiques de qualité, souvent ornées d'une riche variété de décors peints. Le développement du commerce des céramiques, entre -3000 et -2500, montre des variantes régionales dans la fabrication, mais leur structure et le vocabulaire ornemental restent à peu près identiques. La production a surtout un caractère utilitaire, le style des récipients étant stéréotypé.

Les figurines de terre cuite, quant à elles, sont très diversifiées : femmes en train d’accoucher ou d’accomplir des tâches domestiques, taureaux attelés à des chariots, animaux divers... Elles sont conservées, pour l'essentiel, au Musée national de New Delhi, au Musée national de Karachi, ainsi qu'au British Museum à Londres, et au musée Barbier-Mueller à Genève. Environ 80 figures humaines ont été retrouvées, principalement dans des dépôts de remplissage. Les plus anciennes, aux traits schématiques, sont parfois ocrées. Puis apparaissent des figures féminines aux poitrines plus marquées, avec des détails plus nombreux, et des personnages assis. Certains éléments appliqués aux figurines féminines évoquent des chevelures, des coiffures complexes et leurs ornements, ainsi que des ceintures plus ou moins sophistiquées, et parfois des motifs en forme de serpent sur le corps. On note aussi des réalisations sommaires, souvent de sujets féminins, hauts d'une quinzaine de centimètres, aux hanches larges, possédant des bijoux (boucles d'oreilles, colliers, ceintures), parfois accompagnées d'un enfant (au sein ou sur les hanches), ou avec un ventre proéminent.


Figurines de terre cuite. Sites de Mohenjodaro, Harappa, Dholavira, Banawali et Kalibangan

Métaux[modifier | modifier le code]

Jeune femme nue et parée, dite : "Danseuse". Statuette de bronze. H : 14 cm. Trouvée en 1926 dans une maison de Mohenjo-daro. Musée National, New-Delhi.
Vue de face

Le métal est utilisé pour la fabrication d’armes , ou d'outils et de rasoirs. Certains éléments décoratifs, comme des statuettes (dont la fonction reste à déterminer), ont été découverts.

La plus célèbre statuette de bronze représente une jeune femme nue et parée, dans une attitude qui l'a fait surnommer « La Danseuse ». Réalisée vers 2000 avant notre ère et conservée au Musée national de New Delhi, elle figure une jeune fille au corps élancé et gracile. Les grands bracelets qui entourent son bras gauche, ainsi que son collier, semblent être des accessoires de mode. La profusion d'ornements, et la coiffure singulière en font une représentation typée : les traits du visage rappellent ceux des peuples dravidiens, ce qui renforce l'idée que ce peuple pourrait être l'une des composantes ethniques de la vallée de l'Indus. La nudité du personnage, ainsi que le pubis très marqué, voire disproportionné pourrait indiquer une tradition de prostitution sacrée.

Le Musée national de New Delhi conserve d'autres éléments de bronze, dont un char au modelé stylisé datant de 2500-2300 av. J.-C. Celui-ci, tiré par deux chevaux munis de harnais, et occupé par un conducteur tenant un long fouet. La partie avant du char est ornée d'une petite représentation d'un cheval.

Sculpture[modifier | modifier le code]

Tête virile dite du « roi-prêtre », calcaire ou stéatite blanche (?). H. 19 cm. Mohenjo-Daro, IIIe. millénaire av. J.-C. National Museum, Karachi, Pakistan.

L'image la plus connue d'un possible dignitaire est celle d’un personnage barbu, coiffé d’un bandeau et portant un vêtement décoré de motifs de trèfles, souvent considérée, sans raisons véritables, comme celle du « roi-prêtre de Mohenjo-Daro »[réf. nécessaire]. Seule la tête et les épaules du personnage nous sont parvenues. L'hypothèse d'une autorité religieuse est due notamment aux yeux entrouverts, qui indiqueraient que l'homme est absorbé par la méditation, comme les dieux et les ascètes dans l'art indien. Néanmoins, les traits physiques et la cohérence dans l'exécution des détails rapprochent cette œuvre de la civilisation mésopotamienne. Son costume d'apparat, semé de dessins trifoliés (à valeur symbolique ?), n'a pas de comparaisons en Inde, mais apparaît dans l'ancienne Méditerranée orientale. Les bijoux ornant la tête et le bras du personnage renforcent l'hypothèse d'une figure importante de la société.

Glyptique[modifier | modifier le code]

De nombreux cachets en stéatite ont été découverts (environ 4 200 dont plus de 2 000 à Mohenjo-Daro). Ils portent des inscriptions dans une écriture pictographique composée de plus de 400 signes. Les cachets sont souvent décorés d’un animal unicorne mais aussi de zébus, buffles, tigres, éléphants, crocodiles et autres. D’autres cachets représentent des motifs mythologiques, où un homme qui porte une coiffure à corne joue un rôle central. Il apparaît parfois dans un arbre, devant lequel se prosterne un autre individu. Parfois il est représenté assis à la façon des yogis, et entouré d’animaux, ce qui explique qu’on en ait fait une représentation d’un proto-Shiva en Pashupati, une forme du dieu dite « maître des animaux ».

Écriture[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Écriture de l'Indus.

Un autre domaine de la civilisation de l’Indus est resté mystérieux : celui de l’écriture. Malgré de nombreuses tentatives, les chercheurs n’ont pas été capables, pour l’instant, de déchiffrer celle qui était utilisée et dont certains pensent qu’elle transcrirait une langue proto-dravidienne. La pauvreté du matériel disponible pose aussi problème, la plupart du temps il s’agit d’inscriptions sur des sceaux ou des pots de céramique, et celles-ci ne dépassent guère quatre à cinq caractères, la plus longue en comprenant vingt-six. On ne connaît pas non plus de fragments de littérature, bien entendu.

Du fait de la brièveté des inscriptions, quelques chercheurs ont suggéré que les inscriptions connues n’étaient peut-être pas une véritable écriture, mais un système d’identification des transactions économiques, des signatures. Il est cependant possible que des textes plus longs aient existé et ne nous soient pas parvenus, si le support utilisé était périssable.

Une large inscription a toutefois été découverte, qui semble avoir été installée sur un panneau au-dessus d’une porte de la cité de Dholavira. On a proposé l’hypothèse d’un panneau informant les voyageurs du nom de la cité, de façon assez semblable à ceux qui souhaitent la bienvenue aux visiteurs dans nos villes actuelles.

Cultures proches contemporaines[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Civilisation de l'Oxus.

Parmi les cultures proches qui lui sont contemporaines, la culture de Kulli présente des caractères bien différents, mais celle dite de l'Oxus (ou BMAC) avait avec elle des liens évidents, car de nombreux objets produits en Bactriane ont été trouvés dans la vallée de l'Indus.

Héritage[modifier | modifier le code]

Les relations entre la civilisation de l'Indus et la première culture ayant pratiqué le sanskrit, qui a produit les textes védiques de l'hindouisme, ne sont pas claires. Les plus anciens textes védiques mentionnent un fleuve non identifié nommé Sarasvatî, et décrivent un monde, proche de l'utopie, qui vivait sur ses rives. Les textes plus tardifs font quant à eux référence à sa disparition.

Cependant, comme l'ont noté de nombreux archéologues, il y a quelque chose d'ineffablement « indien » dans la civilisation de l'Indus. Si l'on se réfère à la grande quantité de figurines représentant la fertilité féminine qu'ils nous ont léguées, il semble que les peuples de cette civilisation aient vénéré une forme de déesse-mère, dont on peut retrouver la trace dans l'hindouisme contemporain (Shakti, Kâlî, etc.). Leurs sceaux dépeignent les animaux d'une manière qui suggère la vénération, présageant le futur caractère sacré que les hindous attribuent à la vache et à d'autres animaux, comme le singe par exemple. Ils semblent avoir accordé une grande place aux ablutions et une importance notable à la propreté corporelle, comme les hindous aujourd'hui.

Références[modifier | modifier le code]

  1. « Archéologie. La civilisation de l’Indus vieillit brusquement de 2 500 ans », Courrier international,‎ (lire en ligne)
  2. Michel Danino, 2006 L'Inde et l'invasion de nulle part : le dernier repaire du mythe aryen.
  3. Clio, « Bernard Sergent, L'origine des populations de l'Inde à la lumière des dernières découvertes archéologiques - Clio - Voyage Culturel », sur www.clio.fr (consulté le 17 décembre 2016)
  4. Encyclopædia Universalis, « ARYENS », sur Encyclopædia Universalis (consulté le 18 décembre 2016)
  5. Bernard Sergent, « Genèse de l'Inde », Payot, 1997
  6. Gérard Fussman, Entre fantasme, science et politique, in : Aryas, ariens et iraniens en Asie Centrale, Collège de France 2005
  7. Sciences et Avenir HS n°163 juillet/août 2010.
  8. (en) Natalia Polosmak, « “We Drank Soma, We Became Immortal…” », SCIENCE First Hand, vol. 26, no 2,‎ (lire en ligne).

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Inde ancienne[modifier | modifier le code]

  • (en) Burjor Avari, India : The Ancient Past, A history of the Indian sub-continent from c. 7000 BC to AD 1200, Londres et New York, Routledge,
  • (en) Upinder Singh, A History of Ancient and Early Medieval India : From the Stone Age to the 12th century, New Dehli et Upper Saddle River, Pearson Education,
  • (en) Robin Coningham et Ruth Young, Archaeology of South Asia : From Indus to Asoka, c. 6500 BCE - 200 CE, Cambridge, Cambridge University Press,

Civilisation de l'Indus[modifier | modifier le code]

  • Jarrige, J.-F., Les Cités oubliées de l'Indus. Archéologie du Pakistan, Musée Guimet, 1988, 208 p., illustr.
  • (en) D.K. Chakrabarti, Indus Civilization Sites in India: New Discoveries, Marg Publications, Mumbai, 2004 (ISBN 8185026637)
  • (en) S.P. Gupta, The Indus-Saraswati Civilization : Origins, Problems and Issues, 1996 (ISBN 8185268460)
  • (en) J. Mark Kenoyer, Ancient cities of the Indus Valley Civilization., Oxford University Press, 1998 (ISBN 0195779401)
  • (en) B.B. Lal, India 1947-1997 : new light on the Indus civilization, New Delhi, Aryan Books International, , 144 p. (ISBN 978-8173051296).
  • (en) B Lal, The earliest civilization of South Asia : rise, maturity, and decline, New Delhi, Aryan Books International, , 324 p. (ISBN 978-8173051074).
  • (en) S.R. Rao, Dawn and devolution of the Indus civilization, New Delhi, Aditya Prakashan, , 406 p. (ISBN 978-8185179742).
  • (en) Gregory L. Possehl, The Indus civilization : a contemporary perspective, Walnut Creek, CA, AltaMira Press, , 288 p. (ISBN 978-0759101722).
  • (en) Jane McIntosh, The ancient Indus Valley : new perspectives, Santa Barbara, Calif, ABC-CLIO, , 441 p. (ISBN 9781576079072).
  • (en) Jim G. Shaffer, « The Indus Valley, Baluchistan and Helmand Traditions: Neolithic Through Bronze Age. », dans R.W. Ehrich (dir.), Chronologies in Old World Archaeology, 2e éd., University of Chicago Press, Chicago, 1992, I:441-464, II:425-446
  • (en) R. P. Wright, The Ancient Indus: Urbanism, Economy and Society, Cambridge, Cambridge University Press, 2010.

Autres[modifier | modifier le code]

  • Danino, Michel, L'Inde et l'invasion de nulle part : le dernier repaire du mythe aryen, Paris, Belles Lettres, , 422 p. (ISBN 2-251-72010-3)
  • Fussman, G.; Kellens, J.; Francfort, H.-P.; Tremblay, X., Aryas, Aryens et Iraniens en Asie Centrale. : I : Grammaire comparée et grammaire historique : quelle réalité est reconstruite par la grammaire comparée? (Xavier Tremblay). II : Entre fantasme, science et politique (Gérard Fussman). III : Les Airiia ne sont plus des Aryas : ce sont déjà des Iraniens (Jean Kellens). IV : La civilisation de l'Oxus et les Indo-Iraniens et Indo-Aryens en Asie Centrale (Henri-Paul Francfort)., Paris, Collège de France, , 346 p. (ISBN 2-86803-072-6)

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Sur les autres projets Wikimedia :

Liens externes[modifier | modifier le code]