Bois tors

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Article principal : Bois de marine.
Genoux dans la construction de bateaux
Habitation de Port-Royal, reconstitution historique. Entrait retroussé et jambes de force à la manière des genoux de marine.

Un bois tors[1] ou bois courbe est un bois de construction (bois d’œuvre ou un bois de marine) issu donc d'un arbre qui n'est pas droit ou qui n'est pas droit de fil.

  • Avant qu'elle ne disparaisse presque complètement, ces bois vont être un matériau essentiel de la construction navale en bois. Par extension la carcasse d'un navire était aussi appelée « bois tors ».
  • Les bois tors étaient rarement employés comme bois d’œuvre pour la charpente des bâtiments, si ce n'est dans la construction de dômes, des combles cintrés, des voûtes et des cintres; la courbure des bois était un obstacle à l’équarrissage des bois et y était généralement vue comme un vice[2],[3]: les bois tors ne fournissent pas de pièces droite de qualité puisque le fil du bois y est toujours tranché, la résistance du bois détruite au moins dans une certaine mesure[4]. Le Twig work aux États-Unis a su faire usage de bois courbes. En construction on parle simplement de bois courbe.
  • La terminologie technique moderne ne retient pour « bois courbe » que des bois cintrés par des procédés industriels avec emploi de la chaleur et de l'humidité[5].

Bois tors, arbres tordus[modifier | modifier le code]

Il n'y a que les arbres en pleine futaie qui fournissent de belles et longues pièces de bois bien droites[2], les arbres de futaie régulière[6], leur port; les arbres isolés[2], les arbres de pleine lumière[6], sont sujets à être tranchés, chevillés et roulés, parce qu'ils s'étendent beaucoup en branches, dont l'insertion est quelquefois très-avant dans le tronc. Ces arbres étant surtout frappés par le vent de tous côtés, leur bois est néanmoins ferme, de bonne qualité, excellent surtout pour résister au frottement dans les machines où il était employé, et pour quantité d'ouvrages qui exigeaient de la force[2]. Ces arbres fournissaient à la marine les bois tors, « qui résistent longtemps aux injures de l'air ». Les arbres de lisière ont souvent un tronc incliné et un houppier dissymétrique[6]; les arbres de lisière et du bord des forêts approchant plus que ceux de l'intérieur, de la situation des arbres isolés, sont ordinairement plus durs que ceux des futaies. Ils ne fournissaient pas ordinairement de grandes pièces droites, mais ils donnaient de bonnes pièces courbes[2].

On établissait pour les bois de chêne qui servent à la construction des vaisseaux, une distinction entre « bois droits » – ou plus exactement en « bois longs », parce qu’une partie des bois que l’on comprenait dans cette classe, étaient un peu courbes – et en bois tors. La classe des bois longs comprend les pièces dont on fait les quilles, les baux ou barrots, les étambots, les serre-banquières, les hiloires, les bordages, les vaigresetc.[7].

Henri Louis Duhamel du Monceau appelle les bois tors, « courbants », « bois courbes », ou « bois tord », ou « bois de gabarit », « ces termes sont tous synonymes »[7]. Antoine Joseph de Fréminville distingue « droits » (de « haute futaie » ou simplement « de futaie »), « tors » et « courbe »; les tors et les courbes prennent la dénomination générale de bois courbants; chacune de ces classes se subdivise en cinq catégories, selon les constructions auxquelles on peut les destiner; la première est celle qui est propre aux plus forts vaisseaux; la cinquième sert aux embarcations[8]. On trouve aussi le terme de « vissage[9] ». En anglais on les appelle compass ou curved timber[10].

Bois anémomorphosés sur Dieppe, Normandie

Certains bois fortement anémomorphosés, qui ont grandi sur des sols exposés à un vent dominant, sur des terres littorales ou sur des crêtes, etc., caractérisés par leur port en drapeau[6], sont appelé à l'international selon l'expression allemande « krummholz » (bois coudé), expression qui découle de l'usage en marine qu'on en a fait pour la fabrication des courbes, elles prennent aussi en allemand le nom de « knieholz » (bois de genou) qui est vu comme un synonyme de « krummholz », les courbes sont en appelée en anglais « knee (en) » (genou)[11]. En français le port de ces arbres est dit « en drapeau »[6]. En néerlandais on rencontre l'expression « krommer ».

Témoignage anciens de l'utilisation de bois tors[modifier | modifier le code]

Différentes épaves témoignent de l’usage assumé de bois naturellement courbes: Navires de Nemi (Ier siècle), l'épave de County Hall(vers 300), l'épave du Musée des docks romains, l'épave de la Baie de Cavalaire [12].

Un « compte inédit de construction de galères à Narbonne (1318-1320) » relate l'utilisation de gabarits (modulis madaire)[13],[14],[15],[16].

Les courbes sont dûment mentionnés dans les textes du tout début du XVIe siècle, par des termes génériques comme « liesons », « liesson pour les couples », « liens », « contre-liens », « piesses », et la partie courbe de la varangue appelée « genoux » ou « courbaton ». Fin de la période médiévale à Bordeaux il est habituel de voir les charpentiers de marine se faire livrer des pièces dégrossies préparées à l'avance à partir de bois tors et qui doivent être terminées et ajustées sur le chantier de construction. En 1508 des quilles et membrures sont ainsi commandées aux bûcherons de Saint-Macaire. Des marques de bûcheron ou de charpentier et des flèches d'assemblage figurent sur ces élément[17].

Durant l'âge d'or de la marine à voile aux XVIIe siècle et XVIIIe siècle, les charpentiers choisissent dans les forêts royales les bois tors[12]

Dénomination des bois tors selon la courbure[modifier | modifier le code]

Arbres sur pied et gabarits

Les bois longs qu’on livre dans les ports, sont à deux ou trois pouces près équarris à vive-arrête. Quelquefois les bois de gabarit qu’on tire des forêts de Provence pour le Port de Toulon, ont été « gabariés » dans les forêts mêmes; mais cela ne s’est pratiqué que quand ils étaient destinés en particulier à une construction ordonnée, etc.[7]. Toutes les pièces de gabarit doivent être droites sur deux faces opposées; il n’y a que leur différente courbure qui fasse connaitre les usages auxquels elles peuvent être employées[7],[note 1].

La sélection des bois pratiquée dans la forêt, suppose une connaissance à priori de la forme des pièces désirées et une reconnaissance des pièces sur site, ce qui pouvait aussi se faire par une autre approche géométrique: Pour déterminer le nom des pièces et leur prix on faisait usage de tableau appelé « Tarif ». Après avoir mesuré la longueur de la pièce en pieds et son équarrissage en pouces, on tendait bien raide un cordeau d'un bout à l'autre de la pièce, ce qui formait une corde, la courbe étant la pièce de bois; on présentait ensuite une règle graduée en pouces et lignes sur ce cordeau, à l'endroit le plus arqué de la pièce pour obtenir la flèche de l'arc que les ouvriers nomment « arc de la pièce ». Cette flèche réduite en lignes et divisée par la quantité de pieds de longueur de la pièce donnait l'« arc par pieds », qui était porté dans l'une des colonne du Tarif. Par exemple une pièce de 14 pieds de longueur et de 14 et 12 pouces d'équarrissage, avec une « flèche de l'arc » de 18 pouces formera un genou de fond de la première espèce. Si la « flèche de l'arc » n'était que de 10 pouces, la pièce était une allonge de la seconde espèce[18]etc.

La présence d'un peu d'aubier sur les arêtes d'une pièce finie n'était pas considérée comme un défaut absolu; au contraire si l'aubier s'y trouvait réparti également sur toute la longueur et sous la forme de petits prismes de section constante, c'était la preuve qu'une allonge avait été construite avec une pièce brute de la dimension strictement nécessaire, et de plus que sa forme primitive avait été soigneusement conservée. Pour une pièce courbe parfaitement à vive arête et exempte d'aubier il était à peu près certain au contraire qu'elle provenait d'une pièce d'un très fort échantillon dont la plus grande partie avait été enlevée en pure perte, et dans laquelle le fil du bois avait été profondément tranché pour forcer sa courbure naturelle[19]. Aussi un constructeur soigneux devait-il toujours veiller à ce que les pièces de membrure ne soient pas travaillées à vive arête, et à ce qu'après l'enlèvement de l'aubier elles présentent sur les angles des défournis réguliers et de peu d'étendue. La grande rareté des bois courbes ne permettait malheureusement pas de satisfaire autant qu'on le voulait à cette condition, et le plus souvent on était obligé de forcer l'arc des pièces en émouchant fortement les extrémités et en creusant la face intérieure en sorte que du côté de la concavité il y avait manque de bois, et aubier abondant aux deux extrémités, tandis que la pièce était à vive arête au milieu à l'extérieur[19].

Statique[modifier | modifier le code]

Louis Joseph Marie Achille Goujon. Des bois propres aux constructions navales, manuel à l'usage des agents forestiers et maritimes. 1807

Le bois étant un matériau hautement anisotrope, sa résistance varie considérablement selon la direction de la force appliquée, c'est-à-dire parallèle, radiale ou tangentielle au fil du bois. Parce que le bois est le plus résistant lorsque sollicité en traction ou en compression le long du fil, les meilleurs coudes sont ceux dans lesquels le fil du bois est courbe. Pour un coude avec une inflexion relativement faible, il peut être possible de le couper dans une simple planche à droit fil, tout en lui conservant une résistance suffisante. Cependant, avec une inflexion croissante ou courbure plus accentuée, cette méthode devient difficile à mettre en œuvre car de plus en plus de coudes sont à fil tranché. Les bois tranchés ont des fils obliques qui coupent la pièce et la rendent peu propre à résister à la charge et sont donc considérablement plus faibles; une courbe disposé de cette manière pourrait facilement rompre sous la pression de la main, même s'il est de taille généreuse. Dans l'assemblage des ossatures de bateaux, constamment soumises aux chocs et à la fatigue, cette pratique est inappropriée.

Pour éviter ce problème, les courbes plus nettes et sont réalisés à l'aide de méthodes garantissant un alignement parfait du fil du bois et de la direction de la charge, de manière traditionnelle en utilisant les « bois tors » dans lesquels le fil est courbe. Les courbes qui sont plus accentuées peuvent être prélevés à plusieurs endroits dans un arbre, le plus commun étant l'intersection du tronc et d'une grosse branche[20]. On prélève aussi ces bois courbes hors d'une fourche, ou des racines; on tire souvent d'un même arbre plusieurs courbes de différentes forces, selon la grosseur de ses branches et leur disposition, parce qu'il en faut de toutes sortes d'ouvertures pour les placer, suivant les circonstances, dans les différents angles ou encoignures du vaisseau[20].

Les bois tors sont des bois de réaction. Un bois de réaction se forme typiquement dans les portions de tiges penchées ou courbées et dans les branches; le végétal s’efforce de reprendre une position normale en « réagissant »; il en résulte des caractères anatomiques plus ou moins distinctifs; pour les dicotylédones du bois de tension et pour les conifères du bois de compression[21].

Les bois tors devenant rare, des techniques de mise en forme des arbres ont été utilisées pour faire pousser un arbre selon la forme souhaitée. (en anglais on parle de « grown knee », de coude cultivé).

D'autre techniques ont été aussi utilisées pour réaliser les courbes notamment par cintrage à la vapeur ou en stratifiant. Les bois tors sont généralement considérés par les constructeurs de bateaux comme les « meilleurs »; et ils y a une forte tradition associée à cette pratiques, mais les genoux cultivés ne peuvent ne pas atteindre la même force qu'un bon genou stratifié.

La disposition des fibres en courbes ou en hélice des bois tors les rendait impropre à l'équarrissage pour les bois de construction des bâtiments; c'est un défaut sans importance quand on utilise l'arbre entier mais il devient grave lorsqu'on débite la pièce parce que les fibres sont tranchées et la résistance du bois détruite au moins dans une certaine mesure[4].

Bois des racines[modifier | modifier le code]

Les racines sont une source particulièrement utile, car la structure racinaire de nombreuses espèces d'arbres se déploie naturellement latéralement, juste sous le sol, afin de faciliter l'ancrage de l'arbre. Les racines fournissent une source assez fiable de coudes à environ 90°, qu'il est peut-être impossible de trouver dans d'autres parties de l'arbre. Afin d'obtenir cette matière première pour les coudes, les constructeurs peuvent déterrer une souche dans son intégralité, car contrairement à d'autres parties de l'arbre, il est impossible de juger de la qualité et de la quantité de matière disponible dans les racines, parce qu'elles sont souterraines. Une fois la souche déterrée, les coudes peuvent être sciés ou fendus à partir de coudes naturels appropriés. Cependant, les coudes sciés hors d'une souche peuvent rapidement émousser les outils utilisés pour les façonner et les finir; à mesure que les racines poussent, elles enveloppent de petites particules de sol et de roche, qui agissent comme un abrasif incorporé et accélèrent l'usure des outils tranchants. Pour les essences de bois présentant les caractéristiques de fendage appropriées, telles que le chêne, la souche peut être scindée en coins, avec une grande racine sur chaque coins; chaque coin est ensuite façonné en une membrure pour un petit bateau.

Bois plié[modifier | modifier le code]

Les pièces de bois naturellement courbées étaient très rares, et pour cette raison très chères. On a cherché depuis longtemps, et notamment en Angleterre, divers moyens pour les courber. Dans la plupart des cas, à défaut de bois courbes, on était forcé de débiter de fortes pièces, pour pouvoir donner à de plus petites, la forme ou la courbure nécessaire; il en résultait par conséquent des pertes de matériau considérables. Un des moyen qui fut d'abord mis en usage consistait à faire ployer des jeunes arbres en assujettissant leur tige soit par des cordes soit par des piquets, on les maintenait dans cette situation assez longtemps pour que l'arbre abandonné à lui-même conserve la courbure qu'on voulait lui faire prendre. Ce moyen qui contrarie la forme primitive de la tige est toutefois préjudiciable à son développement, parce qu'il retarde la végétation; si cette méthode a été mise en œuvre à une quelconque époque de manière importante, elle n'était plus en usage au XIXe siècle[3].

La technique de ployage à la vapeur est connue depuis le Ier siècle, mais elle ne permet pas de cintrer de grosses sections telles les membrures[12]. Au XIXe siècle, elle consistait à chauffer le bois dans tous les sens de manière égale, de manière à lui communiquer une chaleur uniforme et à humidifier de manière qu'il ramollisse et augmente son élasticité, afin d'arriver à pouvoir lui donner toutes les formes que l'on désire sans l'exposer à se fendre, et à éclater pendant l'opération. C'est aussi par des moyens analogues qu'on peut dresser les bois qui seraient courbés ou déjeté; ces procédés ne sont pas précisément du ressort des charpentiers[3]. Lorsque l'ouvrage presse on étuvait les bois en les laissant dans le sable échauffé autant d'heures qu'ils ont de pouces d'épaisseur; trois heures pour un bordage de trois pouces; quatre heures pour un bordage de quatre pouces, etc.[22].

Les genoux pliés (bent knees[23]) sont formés en ramollissant le bois à l'eau bouillante, à la vapeur ou au micro-ondes (pour les petits composants), pour le rendre flexible. Tandis qu'il est encore chaud, le bois peut être plié selon une forme adaptée à l'emplacement - soit sur un gabarit ou matrice, soit en le forçant et en le fixant directement à l'emplacement d'utilisation finale. Le cintrage à la vapeur est une méthode éprouvée pour façonner les ossatures de bateau, mais il affaiblit légèrement le bois, il peut laisser des contraintes résiduelles pouvant causer une rupture ou un retour élastique au cours du temps, et il est limité dans le degré de courbure qu'il peut atteindre, en particulier pour les membres épais. En outre, toutes les espèces de bois ne se plient pas bien à la vapeur.

Bois stratifiés[modifier | modifier le code]

Les genoux stratifiés sont formés en recouvrant d'adhésif de fines bandes de bois flexibles, en les superposant pour obtenir l'épaisseur requise, puis en forçant le pli souhaité dans la matrice et en l'immobilisant jusqu'à ce que l'adhésif soit durci. Les coudes stratifiés sont très solides et peuvent prétendre à des formes difficiles à obtenir par d’autres méthodes, mais ils ont besoin de temps pour que l’adhésif soit dur, ils sont plus compliqués à construire et doivent utiliser un gabarit ou une dispositif de serrage pour les immobiliser jusqu’à l'adhésif soit sec.

Essence de bois[modifier | modifier le code]

Dans les marines française et anglaise la plupart de ces pièces étaient en chêne. Par tradition, en raison de leur ouvrabilité, de leur résistance et durabilité, certaines essences de bois sont particulièrement recherchées pour la fabrication des genoux (knees).

Jusqu'en 1804, dans la marine anglaise seuls quatre types de bois étaient utilisés dans les membrures des navires du roi: chêne, orme, hêtre et sapin; parmi eux, le chêne était de loin le plus utilisé, et s’il y avait eu suffisamment de chêne, il n’y aurait pas eu de désir d’utiliser d'autre bois; comme le dit l'écrivain anglais John Evelyn (1620-1720), it is « tough, bending well, strong and not too heavy, nor easily admitting water », le bois de chêne est résistant, se pliant bien, fort et pas trop lourd, ne laissant pas passer l’eau. Mais il ne suffisait pas que les navires soient construits en chêne; ce devait être du chêne anglais, de préférence des comtés du sud-est, en particulier du Sussex[10]. La particularité du chêne d’Angleterre était son individualité inhabituelle en matière de forme. Selon Robert G. Albion, on pouvait trouver des chênes sur le continent qui poussaient par milliers dans de vastes forêts, avec des troncs presque uniformément droits et minces, pratiquement dépourvus de branches. Par contre, les chênes anglais prenaient souvent la grande variété de formes nécessaire à l'obtention des bois tors; en particulier les chênes rudes poussant dans les haies vives, qui ont suffisamment de place pour développer leurs branches. On croyait que les chênes anglais acquéraient une résistance due au vacillement constant avec le vent, ce qui leur donnait des formes étranges tout en renforçant leur bois. Malgré de nombreux défauts de croissance, le chêne anglais produisit du bois admirablement bien adapté aux besoins de la marine. Son principal inconvénient était sa lenteur de croissance, qui exigeait un siècle de prévision en matière de politique forestière; mais cette lenteur même de la croissance est très souvent un élément de force du bois[24]. C'est un fait intéressant que le bois est finalement devenu très rare à cause de la démolition généralisée des haies vives lorsque le maïs a commencé à être cultivé de manière extensive[25].

Les souches de Tamarack (également connues sous le nom de hackmatack) font partie des essences de résineux préférées pour les genoux cultivés, tandis que Quercus alba, Quercus virginiana (live oak) et l'orme sont préférés pour les bois durs pour les genoux cintrés en raison de leur flexion aisée à la vapeur.

Terminologie de la marine française[modifier | modifier le code]

Les bois longs qu’on livre dans les ports, sont à deux ou trois pouces près équarris à vive-arrête. Quelquefois les bois de gabarit qu’on tire des forêts de Provence pour le Port de Toulon, ont été gabariés dans les forêts mêmes; mais cela ne s’est pratiqué que quand ils étaient destinés en particulier à une construction ordonnée, etc.[7]. Toutes les pièces de gabarit doivent être droites sur deux faces opposées; il n’y a que leur différente courbure qui fasse connaitre les usages auxquels elles peuvent être employées[7].

Les bois de gabarit sont toutes les pièces propres à faire les étraves , les contre-étraves, les porques, les courbes d’étambot, d’arcasses et autres, les varangues de fond et acculées; celles de porques, les guirlandes, les membres, comme genoux-de-fond, première, seconde et troisième alonge; les alonges-de-revers, celles d’écubier, les pièces de tour, pointes de préceintes, etc.[7]

Dans la marine, ces pièces prennent reçoivent premièrement différents noms selon leur section, leur longueur et leur degré de courbure (exprimé par la flèche de l'arc). Ce nom peut ensuite varier selon la destination de la pièce, etc.: « genou », « courbe », « courbant » ou « bois courbant », « courbaton », « allonge »[20].

Le nom est donc suivi éventuellement par exemple du nom de la membrure à laquelle il se raccorde (« courbe d'arcasse », « courbe de bossoir », « genoux de couple », « genoux de fond », etc.). Les courbes, qui servent ainsi à lier ensemble les parties extrêmes de la muraille d'un navire, soit à l'avant, soit à l'arrière, s'appellent « courbes de liaison ». « Le courbant a beaucoup moins d'arc que la courbe »[20]. La « guirlande » ou « guerlande » désigne une autre pièce de bois courbe formant liaison aux extrémités du navire et à l'intérieur, particulièrement de l'avant, en dedans de l'étrave[26].

Genoux[modifier | modifier le code]

Un genou ou courbe est une pièce de bois naturellement courbe, ou coupée courbe[27]. Les genoux sont une forme courante de renforcement dans la construction des bateaux et parfois dans les charpente en bois.

En français on distingue on distingue genoux de couple, en genoux de fond, en genoux de porques, genou de revers[28],[29]:

  • genoux de couple — pièces de bois, qui, dans la composition d’un couple de vaisseau s’étirent et s’accolent en partie sur une branche de varangue et sur la première allonge placée au bout de cette varangue;
  • genoux de fond — lient les premières allonges aux varangues, en s'empattant contre les unes et les autres, formant ensemble la rondeur des membres; et au-dessus desquels aboutit les secondes élonges. les genoux de fond, parce qu'ils appartiennent aux couples les plus larges ou à ceux qui correspondent au milieu de la longueur du vaisseau;les genoux de revers, parce qu'ils font partie des couples placés aux extrémités du bâtiment, et qu'ils présentent leur convexité à son intérieur;
  • genoux de revers — font partie des couples placés aux extrémités du bâtiment, et présentent leur convexité à son intérieur;
  • genoux de porques — unissent les allonges avec les varangues de porques, et forment ensemble les porques; de la même manière que les autres membres; porques qui ne sont que des couples placés en-dedans des premiers, ont aussi des genoux (appelés genoux de porques) dans le nombre de leurs pièces composantes.

Courbes et courbatons[modifier | modifier le code]

« Courbe » est le terme générique de toutes pièces de bois de fortes dimensions à deux branches coupées en arc dont on se sert pour faire les cintres , etc. d'un navire[20]. On tire traditionnellement les courbes de la tête des arbres: la plus forte branche, et d'autre part le corps de l'arbre forment courbe et leur jonction s'appelle « collet »[20].

Les courbes servent le plus ordinairement à lier les baux avec les membres du navire; ils font ensemble une liaison solide, lorsqu'ils sont exactement joints aux baux et aux côtes du vaisseau, sur lesquelles on les cheville, de manière que l'angle de chaque courbe soit parfaitement emboîté dans l'angle formé par le bord et les baux[20]; les baux non-seulement des ponts, mais aussi du faux-pont et des gaillards, des chambres et du tillac. Ils prennent le noms de « courbes des baux » ou « gousset de barrot[30] »; les noms peuvent être suivi du nom de la membrure à laquelle les courbes se raccordent « courbes de tillac », « courbes de chambre », « courbes de pont », « courbes de gaillard ». Suivant leur position, ces courbes sont aussi nommées « verticales », « horizontales », ou obliques[20].

En général, les courbes prennent le nom des pièces auxquelles elles se rattachent particulièrement. Ainsi on appelle[20]: courbe d'arcasse, courbe de bossoir, courbe de bittes, courbe de capucine, courbes d'écubiers ou guirlandes, courbes d'écusson ou de contre-lisse, courbe d'étambot, courbe de jottereaux. Les courbatons – diminutif de courbe, petites courbes – servent à lier les baux des gaillards et dunettes avec les membres; on emploie encore les courbatons à d'autres usages, on distigue: courbaton ou taquet de hune, courbaton de beaupré, courbaton de bittes..

Article détaillé : Courbe (marine).

Terminologie de la marine anglaise[modifier | modifier le code]

Druid (1825); HMS Nemesis (1826) (en) emplacement des knees, la charpente est en fer

En anglais on appelle les bois tords « compass » ou « curved timber[10] ».

Les courbes sont appelés « knee »

Galerie[modifier | modifier le code]

Extrait de l'ouvrage de Louis Joseph Marie Achille Goujon, Des bois propres aux constructions navales, manuel à l'usage des agents forestiers et maritimes. de 1807, qui « figurent les bois sur pied, sous les différentes formes qu'ils ont reçu de la nature, qui les rendent propres à l'usage de la marine »[31].

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Autre définition pour gabarit: « Le gabarit est un modèle que les charpentiers font avec des pièces de bois fort minces, pour représenter la longueur, la largeur et le calibre des membres et des parties du vaisseau, quand ils veulent travailler à sa construction et le mettre en chantier. La plus forte des varangues de fond, autrement varangues plates, qui se met sous le maître-bau dans la plus large partie du vaisseau, s'appelle premier gabarit et tout le modèle qui s'élève perpendiculairement là dessus, s'appelle aussi premier gabarit. Les autres modèles qui se lèvent sur les autres Varangues en tirant vers l'avant s'appellent selon leur ordre second gabarit de l'avant, troisième & quatrième gabarit de l'avant. Il en est de même pour les gabarits de l’arrière ». Dans Georges Guillet de Saint-George. Les arts de l'homme d'épée, ou dictionnaire du gentilhomme, 1678 lire en ligne.

Références[modifier | modifier le code]

  1. Gruss, Robert, 1978. OQLF. Bois tors
  2. a b c d et e Charles Henri Frédéric Dumont de Sainte-Croix Dictionnaire forestier, Garnery, Paris 1803. Lire en ligne)
  3. a b et c Valentin Biston, P.A. Hanus. Roret, 1861. Lire en ligne
  4. a et b Jules Pierre Callon. Cours de machines, Volume 3. Dunod, 1877. Lire en ligne
  5. Barbier, Maurice, 1973. OQLF. Bois courbe
  6. a b c d et e Jean-Claude Rameau, Dominique Mansion, G. Dumé. Flore forestière française: guide écologique illustré. Région méditerranéenne. Forêt privée française, 2008. en ligne
  7. a b c d e f et g Henri Louis Duhamel du Monceau, De l'exploitation des bois : seconde partie, Paris, L.H. Guérin, 1764, 706 p. Lire enligne
  8. Antoine Joseph de Fréminville. Dictionnaire de marine à voiles et à vapeur. A. Bertrand, 1859. Lire en ligne
  9. Revue forestière française, Volume 8. L'École nationale du génie rural, des eaux et des forêts., 1956.
  10. a b et c Ramsbottom 1937, p. 233
  11. Johann Gottfried Flügel. A Practical Dictionary of the English and German Languages, Volume 1. Julius E. Richter. Hamburg: John Augustus Meissner, 1847. [Lire en ligne]
  12. a b et c Dubois Christian. Remarques sur les quilles des navires romains. In: Revue archéologique de Narbonnaise, tome 9, 1976. pp. 155-175. Lire en ligne
  13. « Item solvit Arnaldus Figerie pro fusta empta per Petrum Videlli in primo escordio fabricationis galearum, pro faciendis modulis madaire dictarum galearum »
  14. Dans Jean-Louis Miège. Navigation et migrations en Méditerranée : de la préhistoire à nos jours
  15. Leduc François-Xavier. J.-P SOSSON. Un compte inédit de construction de galères à Narbonne (1318-1320). Bruxelles-Rome, 1962, 262 pages. (Bulletin de l'Institut historique belge de Rome, XXXIV.). In: Bibliothèque de l'école des chartes. 1963, tome 121. p. 277-279. Lire en ligne
  16. Jan Fennis. Trésor du langage des galères. Walter de Gruyter, 2 mai 201. Lire en ligne
  17. Gerber Frédéric. Bateaux de Garonne et navires d'Atlantique. Les éléments de construction navale en réemploi dans le port médiéval de Tropeyte à Bordeaux . In: Archaeonautica, 17, 2012. p. 169-200. Lire en ligne
  18. M. Segondat. Traité général de la mesure des bois. Tome second, Volume 2. Lire en ligne
  19. a et b Fréminville 1864, p. 192
  20. a b c d e f g h et i Jacques Joseph Baudrillart. Recueil chronologique des règlements forestiers: contenant les ordonnances, édits et déclarations des rois de France, etc Lire en ligne
  21. bois de réaction. Comité conjoint FAO-IUFRO de bibliographie et terminologie forestières, 1975. OQLF. Lire en ligne
  22. Henri Louis Duhamel du Monceau, Du transport, de la conservation et de la force des bois : ou l'on trouvera des moyens d'attendrir les bois, de leur donner diverses courbures, surtout pour la construction des vaisseaux... faisant la conclusion du Traité complet des bois et forêts, Paris L.F. Delatour, 1767, XXII-556 p. Lire en ligne
  23. John Griffiths, mfg. Bent timber ships and universal wood bending machinery. Philadelphia 1876. Lire en ligne
  24. Robert G. Albion. "Trees and Ships Timber", cité dans Ramsbottom 1937, p. 233
  25. Ramsbottom 1937, p. 234
  26. Office québécois de la langue française, 1984; guerlande
  27. Oxford English Dictionary Second Edition on CD-ROM (v. 4.0) Oxford University Press 2009
  28. Louis Joseph Marie Achille Goujon. Des bois propres aux constructions navales, manuel à l'usage des agens forestiers et maritimes.1 vol, chez Goujon fils, paris an XI, 1803.132p, avec 27 planches, dont 22 en couleur, et 5 dépliantes.format 10,5 cm x 17,5 cm
  29. Pierre Étienne Herbin de Halle. Des bois propres au service des arsenaux de la Marine et de la Guerre. 1813.
  30. Marine industries ltée, 1968. OQLF Gousset de barrot
  31. Louis Joseph Marie Achille Goujon. Des bois propres aux constructions navales, manuel à l'usage des agents forestiers et maritimes. 1807. Lire en ligne

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]