Siège de Lyon
| Date | - |
|---|---|
| Lieu | Lyon |
| Issue | Victoire des forces de la Convention nationale ; capitulation de Lyon |
| • François Christophe Kellermann • François Amédée Doppet |
• Louis François Perrin de Précy |
| ~ 65 000 hommes[1] | ~ 10 000 hommes[1] |
| Inconnues | Plusieurs centaines de morts 1 900 prisonniers exécutés[2],[3],[4] |
Batailles
| Coordonnées | 45° 45′ 29″ nord, 4° 50′ 28″ est | |
|---|---|---|
Le siège de Lyon est l'encerclement, le bombardement et la prise de Lyon par les forces de la Convention nationale, du au , pendant la Révolution française. Il constitue la phase militaire du soulèvement de Lyon contre la Convention nationale, traditionnellement rattaché aux Insurrections fédéralistes, mais dont le caractère fédéraliste, girondin ou royaliste est discuté par l'historiographie. La ville, défendue par les autorités insurgées et les troupes réunies autour de Louis François Perrin de Précy, capitule après près de deux mois d'encerclement et de combats autour de ses positions extérieures.
Le siège est l'issue militaire d'une crise lyonnaise plus ancienne. Celle-ci se déroule dans une ville de commerce et de soierie, socialement hiérarchisée, politiquement divisée et fragilisée par la crise économique. Elle mêle tensions autour du travail et des subsistances, conflits de sections, lutte entre jacobins et modérés, opposition autour de Joseph Chalier, rejet de l'intervention des représentants en mission et refus des décrets votés après les journées du 31 mai et du 2 juin 1793. Les autorités lyonnaises continuent majoritairement à se réclamer de la République, tandis que la Convention voit de plus en plus Lyon comme une ville passée à la contre-révolution.
L'opération menée contre Lyon combine encerclement, guerre d'usure, artillerie et progression par les faubourgs et les hauteurs qui contrôlent les accès à la ville. Les bombardements frappent surtout la presqu'île et font plusieurs dizaines de morts civils. La prise de Lyon est suivie d'une sévère répression politique et judiciaire : la Convention rebaptise la ville Ville-Affranchie ou Commune-Affranchie, ordonne des destructions surtout symboliques et fait exécuter près de 1 900 condamnés. Le siège, les mitraillades des Brotteaux et la formule « Lyon n'est plus » marquent durablement la mémoire politique lyonnaise.
Origines
[modifier | modifier le code]Lyon, devenue en 1790 le chef-lieu du département de Rhône-et-Loire, connaît dès la fin de l'Ancien Régime puis pendant les premières années de la Révolution française une forte conflictualité sociale, religieuse et politique. Grande ville de commerce et de soierie, elle est fragilisée par les crises économiques, les tensions autour des subsistances et les divisions entre autorités municipales, départementales et populaires[5],[3],[2].
Les travaux de Maurice Garden soulignent le paradoxe d'une ville très peuplée et économiquement active, mais politiquement faible dans les institutions de l'Ancien Régime. La Fabrique de soie donne à Lyon une forte identité ouvrière et marchande, sans effacer la domination des négociants et des marchands-fabricants sur les ouvriers en soie. Cette structure sociale explique une partie des tensions de la période révolutionnaire, mais elle ne suffit pas à identifier mécaniquement un camp populaire et un camp bourgeois pendant la crise de 1793[6].
La politisation locale passe largement par les clubs et les sections révolutionnaires, c'est-à-dire les assemblées politiques de quartier, dont le rôle devient croissant dans la vie publique lyonnaise ; on compte jusqu'à 32 clubs de section[5],[7],[2].
Dans ce contexte s'affirme à Lyon un courant jacobin actif, favorable à une politique plus centralisatrice, plus répressive à l'égard des suspects et à une plus forte intervention des autorités sur l'approvisionnement, les prix des denrées et la répression des accapareurs[5],[7]. Figure majeure de ce camp, Joseph Chalier soutient les revendications des sans-culottes et popularise un discours dénonçant les riches, les accapareurs et les modérés. Il ne représente cependant pas à lui seul l'ensemble du mouvement populaire lyonnais, où interviennent aussi des juges, des militants de section et des administrateurs locaux[8],[3]. L'historiographie le rapproche souvent de Jean-Paul Marat en raison de la violence de sa rhétorique politique et de sa dénonciation des ennemis supposés de la Révolution[9].
Les élections municipales de 1792 et de 1793 sont particulièrement mouvementées. Entre et , les partisans de Chalier, souvent désignés sous le nom de Chaliers, exercent le pouvoir municipal pendant environ 80 jours. Leur politique accentue les tensions avec le département, les modérés et une partie des sections, où se cristallise une opposition de plus en plus hostile au Tribunal révolutionnaire et à l'armée révolutionnaire[5],[7],[8]. Le , une coalition d'anciens patriotes modérés, de sectionnaires et d'adversaires des jacobins, dont la base sociale dépasse le seul milieu des notables et ne se confond pas avec un simple parti royaliste, renverse la municipalité jacobine[8],[10],[7]. Lyon est alors rangée parmi les Insurrections fédéralistes, bien que plusieurs historiens soulignent le caractère imprécis de ce terme pour le cas lyonnais[7],[10],[2].
La crise lyonnaise s'inscrit dans une géographie politique plus large, marquée en 1793 par les soulèvements ou résistances de plusieurs villes du Sud-Est. Les travaux de Nicolas Soulas sur le couloir rhodanien montrent cependant que ces mouvements ne forment pas un bloc homogène : entre Lyon, Marseille, Nîmes, la vallée du Rhône et les départements voisins, les attitudes vont de l'engagement armé au modérantisme, à l'hésitation ou au reflux rapide[11].
Après ce basculement, le conflit avec la Convention s'aggrave rapidement. Les autorités lyonnaises refusent de reconnaître les pouvoirs de certains représentants en mission, puis les décrets votés après le ; elles créent une Commission populaire extraordinaire et organisent une force armée départementale. Elles espèrent aussi s'inscrire dans une coalition plus large de départements hostiles à la Montagne, mais cet espoir s'effondre rapidement et contribue à isoler Lyon[5],[2]. Biard décrit cette évolution comme un « double jeu de miroirs déformants » : la Convention voit de plus en plus Lyon comme une ville contre-révolutionnaire, tandis que les autorités lyonnaises décrivent Paris comme dominé par une minorité d'« anarchistes »[2]. Les décrets de la Convention nationale des et déclarent Lyon en état de rébellion et autorisent l'envoi d'une force suffisante pour soumettre la ville insurgée[5]. L'Armée des Alpes, l'une des armées de la République chargées de défendre la frontière sud-est, reçoit alors cette mission. Joseph Chalier est condamné à mort le par le tribunal criminel du département de Rhône-et-Loire[7],[9] et exécuté le [12], ce qui contribue encore à durcir le conflit.
Forces en présence et dispositif
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Le , des représentants de l'armée des Alpes approuvent publiquement les mesures prises par la Convention nationale contre Lyon. Le , les autorités lyonnaises reçoivent des sommations ; le , les troupes républicaines commencent à encercler la ville ; les premiers tirs entre assiégeants et insurgés sont signalés le à la Croix-Rousse[2],[5],[3].
Les forces de la Convention sont formées de contingents prélevés sur l'armée des Alpes et de gardes nationaux levés dans plusieurs départements voisins. Elles représentent au total environ 65 000 hommes, contre moins de 10 000 hommes du côté lyonnais[1]. Biard invite cependant à distinguer ces ordres de grandeur des effectifs réellement présents selon les moments du siège, les renforts requis n'arrivant pas tous au front et certaines estimations anciennes exagérant fortement le nombre des assiégeants[2]. Dans cet ensemble, plusieurs auteurs distinguent une « armée du camp devant Lyon », forte d'environ 24 000 hommes sous les ordres de Kellermann, à laquelle s'ajoutent environ 40 000 gardes nationaux et réquisitionnaires venus notamment de l'Allier, du Puy-de-Dôme, de Saône-et-Loire, de l'Ardèche et de l'Isère[13],[14].
Après une offensive sardo-piémontaise en Savoie qui retarde Kellermann, les colonnes républicaines convergent vers Lyon à partir du . Albitte et Laporte s'installent à La Guillotière, Dubois-Crancé et Gauthier prennent position à La Pape, tandis que Reverchon et Javogues approchent par l'ouest[13]. Au fil du siège, le dispositif républicain se répartit autour de la ville : à l'ouest et au sud-ouest opèrent notamment les colonnes de Javogues, de Reverchon, puis celles réunies par Couthon, Châteauneuf-Randon et Maignet ; au nord se trouvent les troupes de Dubois-Crancé et de Gauthier ; à l'est celles de Laporte ; au sud-est celles de Doppet, arrivées de Savoie en septembre[13],[14]. Le , le département de Rhône-et-Loire est scindé en Rhône et Loire, puis, le , Couthon, Châteauneuf-Randon et Maignet sont adjoints aux représentants déjà présents[13].
En face, les défenseurs de Lyon, commandés par d'anciens officiers de l'armée royale, souvent nobles, comme Précy, tiennent encore les redoutes qui couvrent les accès à la ville[1]. Les travaux dirigés par le colonel de Chenelette renforcent la défense par des postes avancés, des maisons crénelées, des batteries et des retranchements à la Croix-Rousse, à Sainte-Foy, à Fourvière, autour des ponts et sur les quais du Rhône[2]. La stratégie lyonnaise reste surtout défensive, tandis que Kellermann et les représentants en mission privilégient une guerre d'usure, faite d'escarmouches, de bombardements et de resserrement progressif de l'encerclement plutôt qu'un assaut frontal immédiat[2].
Le siège est aussi un moment de mobilisation et de peur collective. Les défenseurs lyonnais ne forment pas un bloc politique homogène : les cadres militaires comptent des royalistes et des nobles, mais beaucoup d'acteurs de la résistance continuent à se présenter comme républicains. Edmonds souligne le rôle des rumeurs, de la crainte du pillage, de l'attente d'aides extérieures et de l'isolement croissant de la ville face aux campagnes environnantes[5].
Composition de l'armée de siège
[modifier | modifier le code]Les états militaires publiés par Léonce Krebs montrent que l'armée de siège n'est pas un corps homogène. Elle combine des détachements de l'armée des Alpes, des bataillons de volontaires, de la garde nationale, de la cavalerie, de l'artillerie, des pionniers et quelques éléments de gendarmerie. Ces documents sont surtout utiles pour comprendre la montée en puissance progressive du dispositif autour de Lyon, depuis une formation initiale encore limitée jusqu'à l'encerclement presque complet de la fin septembre.
| Moment | Ensemble | Effectif indiqué | Position ou origine | Composition principale |
|---|---|---|---|---|
| Début du siège | Division Petitguillaume | 7 481 hommes | Camp de Péronnas, près de Bourg | Infanterie de ligne, grenadiers, volontaires de la Gironde, de la Drôme, de l'Isère, du Gard, de l'Ariège, de l'Ardèche et de l'Aude ; cavalerie, gendarmerie, guides, artillerie et pionniers[15]. |
| Début du siège | Division Vaubois | 2 382 hommes | Bourgoin | Volontaires de l'Ardèche, bataillon franc de la République, dragons et artillerie[15]. |
| Début du siège | Division Rivaz | 726 hommes attestés | Mâcon | Bataillon de volontaires de l'Ariège[15]. |
| - | Garnison de Valenciennes | 3 191 hommes | Renforts arrivant après la capitulation de Valenciennes | Volontaires de la Côte-d'Or, de Loir-et-Cher, de la Nièvre, de la Charente, de Mayenne-et-Loire, des Gravilliers et grenadiers de Paris[16]. |
| Septembre | Troupes tirées de l'armée des Alpes et autres corps | 3 569 hommes | Renforts militaires divers | Hussards, artillerie, pionniers, volontaires du Mont-Blanc, bataillon des Côtes maritimes et volontaires du Jura[16]. |
| Début et fin du siège | Gardes nationales et réquisitionnaires | Environ 12 400 hommes recensés dans les renforts | Départements et villes voisines | Gardes nationales de l'Ariège, de Saône-et-Loire, de l'Isère, de Rhône-et-Loire, de l'Ain, de Grenoble, de Vienne, de Saint-Étienne, de Villefranche, de l'Ardèche, de Haute-Loire et du Puy-de-Dôme, avec quelques compagnies lyonnaises ou locales[16]. |
Au , l'état de situation de l'armée des Alpes devant Lyon donne un effectif de 25 660 hommes, dont 21 201 présents. Il répartit les forces en trois grands ensembles qui correspondent aussi aux principaux secteurs du siège[17].
| Division | Effectif | Présents | Secteur principal | Positions indiquées par l'état |
|---|---|---|---|---|
| Rivaz | 11 177 | 8 806 | Ouest et sud-ouest | Pont d'Alaï à Tassin, Saint-Genis-Laval, Craponne, Écully, La Duchère, Limonest, Saint-Cyr-au-Mont-d'Or et Collonges-au-Mont-d'Or[17]. |
| Petitguillaume | 10 239 | 8 872 | Nord | Camp de Caluire, pont de la Pape à Rillieux, Neuville-sur-Saône et Fontaines-sur-Saône[17]. |
| Vaubois | 4 245 | 3 513 | Est et sud-est | La Guillotière, Charpennes, Villeurbanne, Saint-Antoine, Bron et Vénissieux[17]. |
Déroulement
[modifier | modifier le code]À partir de la fin d'août, les colonnes républicaines resserrent progressivement l'encerclement. Dans la nuit du 15 au , les Lyonnais se replient sur leurs retranchements de La Croix-Rousse au nord et sur la tête-de-pont des Brotteaux à l'est. Les assiégeants prennent le cimetière fortifié de Cuire et La Duchère le , ce qui modifie le rapport de forces au nord et à l'ouest[2]. La disette s'aggrave dans la ville et, après une première sommation, le bombardement massif commence dans la nuit du 22 au depuis La Guillotière, avec des boulets rouges, bombes et obus. Selon un récit d'opérations cité par Biard, l'artillerie républicaine aurait tiré 27 691 boulets, 11 674 bombes et 4 641 obus pendant le siège[2]. Le 29 septembre, les assiégeants s'emparent des dernières redoutes lyonnaises sur la rive droite de la Saône ; au sud-ouest, le fort de Sainte-Foy tombe à son tour, ce qui achève l'encerclement de la ville[1],[13],[2].
Les bombardements touchent surtout la presqu'île et provoquent des incendies, dont celui de l'arsenal dans la nuit du 24 au . Les autorités lyonnaises organisent des secours contre le feu, réquisitionnent les habitants, créent des commissaires civils pour les incendies et surveillent les circulations nocturnes. Biard recense au moins 72 civils tués par les bombardements et estime que la mortalité liée au siège comprend aussi plusieurs centaines de morts supplémentaires, notamment parmi les blessés, les malades et les combattants imparfaitement enregistrés[2].
Une trêve interrompt les combats jusqu'au , avant l'ouverture de pourparlers le lendemain. Malgré l'opposition de Précy, une députation conduite par l'ancien constituant Périsse du Luc se rend aux avant-postes des troupes de la Convention. Le même jour, les forts Saint-Irénée et Saint-Just tombent à leur tour. Le à midi, les autorités civiles de Lyon capitulent[1],[13].

Le même jour, à l'aube, Précy et ses principaux lieutenants tentent une sortie par le faubourg de Vaise[18] avec une troupe estimée de 1 200 à 2 500 hommes, divisée en trois corps et accompagnée de quelques civils. L'objectif est de franchir la Saône en aval de Trévoux, puis de gagner la Suisse. L'avant-garde, commandée par « Rimbert », et le corps principal, sous les ordres de Précy, parviennent à traverser les lignes assiégeantes, mais l'arrière-garde, commandée par le comte de Virieu, est anéantie dans le défilé de Saint-Cyr. Au terme d'un périple à travers le Lyonnais et le Beaujolais, les derniers hommes de Précy, 80 ou 100 selon les récits, sont finalement rejoints, capturés ou taillés en pièces au mont Popey le . Précy parvient cependant à gagner Sainte-Agathe-en-Donzy, puis à rejoindre la Suisse en [18].
Dans la mémoire locale du Beaujolais, les fuyards lyonnais massacrés autour de Theizé sont parfois désignés comme les « muscadins de Theizé ». Cet usage local se distingue du sens plus courant du terme pour les jeunes royalistes de la période thermidorienne ; l'ouvrage de Jacques Branciard porte surtout sur cette mémoire et sur les rumeurs associées aux habitants de Theizé[18].
Suites
[modifier | modifier le code]Le décret du ordonne de punir militairement les contre-révolutionnaires de Lyon, de désarmer les habitants sauf les patriotes reconnus, de détruire la ville et de la rebaptiser Ville-Affranchie. Il prévoit aussi l'inscription de la formule « Lyon fit la guerre à la Liberté ; Lyon n'est plus » sur une colonne qui ne sera finalement pas érigée[2]. La prise de Lyon ouvre une répression particulièrement sévère, conduite au nom de la Convention par les représentants en mission et les commissions mises en place dans la ville. Couthon intervient dans les premières mesures de démolition symbolique, puis Collot d'Herbois et Joseph Fouché jouent un rôle central après leur arrivée à l'automne ; Biard et Mansfield soulignent toutefois que la mémoire postérieure a souvent concentré la responsabilité sur Collot d'Herbois seul, au risque de faire disparaître le rôle des institutions répressives[2],[19].
Plusieurs juridictions d'exception se succèdent ou coexistent : une Commission militaire pour les défenseurs pris les armes à la main, une Commission de Justice populaire, puis une Commission révolutionnaire, aussi appelée Tribunal des sept. Les deux premières commissions fonctionnent surtout entre la capitulation et la fin de ; elles sont ensuite suspendues lorsque Collot d'Herbois et Fouché imposent une justice plus rapide et plus spectaculaire[20]. Mansfield insiste sur la montée en puissance progressive de cet appareil : la phase la plus meurtrière ne commence pas immédiatement après la capitulation, mais avec la réorganisation de la répression à la fin de , dans un dispositif qui centralise les arrestations, les prisons, les dossiers et le tri des suspects[19]. D'après les données de T. Koï reprises par Biard, près de 1 900 condamnations à mort sont prononcées, dont environ neuf sur dix par la Commission révolutionnaire[2]. Les exécutions ont lieu par fusillade, mitraillade, canon ou guillotine[19],[3],[4]. Les 4 et , aux Brotteaux, 60 condamnés sont mitraillés le premier jour, puis plus de deux cents sont collectivement fusillés le lendemain. Les exécutions collectives sont ensuite abandonnées, mais les mises à mort quotidiennes se poursuivent pendant plusieurs mois[2].
Punitive, la politique de la Convention prive en outre Lyon de son nom, la rebaptisant Ville-Affranchie ou Commune-Affranchie. La ville est officiellement vouée à la destruction par Bertrand Barère, mais l'application du décret reste limitée. Biard estime que les bombardements du siège ont causé des dégâts plus importants que les destructions postérieures : celles-ci visent surtout les fortifications, les redoutes et les bâtiments dangereux ou endommagés. Les autorités locales transforment aussi une partie des moyens destinés aux destructions en travaux de voirie et d'urbanisme, notamment vers les quais de Saône et Bourgneuf[2]. Sur les 600 immeubles promis à la démolition, seuls 50 sont effectivement détruits selon Suratteau[13],[21].
La population et les autorités municipales sont rapidement confrontées à des difficultés de subsistance, d'emploi et de reconstruction politique. Les effets sociaux du siège apparaissent aussi dans les dossiers de secours, de séquestre et de réclamation. Juliette Mailhot montre que des Lyonnaises, notamment des femmes de condamnés ou de suspects, utilisent les pétitions, les certificats de civisme ou de non-rébellion et les demandes d'indemnité pour obtenir la restitution de biens, prouver leur civisme ou subvenir aux besoins de leur famille[22].
La mémoire du siège, des exécutions et du décret proclamant que « Lyon n'est plus » marque durablement l'histoire locale. Dans la mémoire lyonnaise étudiée par Bruno Benoît, 1793 devient moins le souvenir d'un processus révolutionnaire complet qu'un traumatisme associé à l'humiliation de la ville, aux Brotteaux et au martyrologe des victimes[21],[23]. Après la chute de Robespierre, l'an III est marqué par les vengeances, le retour ou la présence d'anciens insurgés, d'émigrés et de jeunes gens hostiles aux anciens terroristes, ainsi que par les massacres de prisonniers au printemps 1795. Renée Fuoc analyse cette réaction thermidorienne comme un prolongement politique de la crise ouverte en 1793, dans une ville où la sortie de la Terreur ne produit pas immédiatement la pacification[24]. D'autres troubles politiques entravent ensuite le redressement de la ville, qui est frappée dès 1795 par la première Terreur blanche[24].
Voir aussi
[modifier | modifier le code]Bibliographie
[modifier | modifier le code]- Michel Biard, « Familles lyonnaise victimes du siège de Lyon en 1793 », Annales historiques de la Révolution française, no 339, , p. 170-172 (DOI 10.4000/ahrf.2161, lire en ligne
) - Michel Biard, 1793, Le siège de Lyon: entre mythes et réalités, Clermont-Ferrand, LEMME edit, coll. « Illustoria », , 113 p. (ISBN 978-2-917575-36-9)
- A. Bichot, Siège de Lyon en 1793, Paris, L. Martinet, , 48 p.(extrait du Spectateur militaire, mars 1853)
- Philippe Bourdin et Côme Simien, « Le jour où Lyon est devenu Ville-Affranchie : Mémoire d’un siège sous la Restauration », dans Jean-Claude Caron et Nathalie Ponsard, La France en guerre : Cinq « années terribles », Presses universitaires de Rennes, coll. « Histoire », (ISBN 978-2-7535-8891-2, DOI https://doi.org/10.4000/books.pur.170428
, lire en ligne), p. 277-290. - Étienne Couriol, « Liens relationnels, identité et comportements de la noblesse provinciale sous la Révolution. L’exemple du siège de Lyon et de la Terreur », dans Philippe Bourdin, Les noblesses françaises dans l'Europe de la Révolution, Rennes, Presses universitaires de Rennes, , 333-354 p. (ISBN 978-2-7535-6733-7, DOI https://doi.org/10.4000/books.pur.129768, lire en ligne).
- Renée Fuoc, La Réaction thermidorienne à Lyon (1795), Lyon, IAC, , 238 p.
- Maurice Garden, Lyon et les Lyonnais au XVIIIe siècle, Paris, Flammarion, , 388 p.
- (en) Julie Patricia Johnson, The Candle and the Guillotine: Revolution and Justice in Lyon, 1789-1793, New York, Berghahn Books, (ISBN 978-1-78920-874-0)
- Juliette Mailhot, Les femmes en politique à Lyon (1789-1794), Lyon, Université Lumière Lyon 2, (lire en ligne)
- Pierre-Yves Saunier, « Le Siège de Lyon et le culte du territoire », Cahiers d'histoire, vol. t.XXXVIII, n°3-4, , p. 351-354 (lire en ligne
). - Nicolas Soulas, Pouvoir(s), conflits et recompositions sociopolitiques. L'exemple du couloir rhodanien (1750-1820),
- K. Vendre, Les tribunaux extraordinaires créés à Lyon après le siège : la Commission militaire et la Commission de justice populaire, 9 octobre-29 novembre 1793, Lyon, , 231 p.
Articles connexes
[modifier | modifier le code]Liens externes
[modifier | modifier le code]- [radio] 1793, Lyon n'est plus Émission « La Fabrique de l'Histoire » (France Culture), mercredi , avec Michel Biard, Paul Chopelin et Côme Simien.
- Léonce Krebs : Campagnes dans les Alpes pendant la Révolution, d'après les archives des états-majors français et austro-sarde Pages CXXIV, CXXV, CXXX et CXXXI
Notes et références
[modifier | modifier le code]- 1 2 3 4 5 6 Roger Dupuy, La République jacobine: Terreur, guerre et gouvernement révolutionnaire, 1792-1794, t. 2 de la Nouvelle histoire de la France contemporaine, Le Seuil, coll. Points Histoire, 2005, p. 125-131.
- 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 11 12 13 14 15 16 17 18 19 Michel Biard, 1793, Le siège de Lyon: entre mythes et réalités, Clermont-Ferrand, LEMME edit, coll. « Illustoria », , 113 p. (ISBN 978-2-917575-36-9)
- 1 2 3 4 5 (en) Julie Patricia Johnson, The Candle and the Guillotine: Revolution and Justice in Lyon, 1789-1793, New York, Berghahn Books, (ISBN 978-1-78920-874-0)
- 1 2 « Révolution française : "Lyon fait partie des villes qui ont connu la plus grande répression" », sur Lyon Capitale, (consulté le )
- 1 2 3 4 5 6 7 8 (en) W. D. Edmonds, Jacobinism and the Revolt of Lyon, 1789-1793, Oxford, Oxford University Press, (ISBN 0-19-822749-3)
- ↑ Maurice Garden, Lyon et les Lyonnais au XVIIIe siècle, Paris, Flammarion, , p. 349-354
- 1 2 3 4 5 6 C. Riffaterre, Le Mouvement anti-jacobin et anti-parisien à Lyon et dans le Rhône-et-Loire en 1793, A. Rey, 1912-1928
- 1 2 3 (en) W. D. Edmonds, « A Jacobin Debacle: The Losing of Lyon in Spring 1793 », History, vol. 69, no 225, , p. 1-14
- 1 2 Maurice Wahl, « Joseph Chalier. Étude sur la Révolution française à Lyon », Revue historique, vol. 34, no 1, , p. 65-97
- 1 2 (en) W. D. Edmonds, « "Federalism" and Urban Revolt in France in 1793 », The Journal of Modern History, vol. 55, no 1, , p. 22-53
- ↑ Nicolas Soulas, Pouvoir(s), conflits et recompositions sociopolitiques. L'exemple du couloir rhodanien (1750-1820), , p. 22-35 et 178-240
- ↑ Ville de Lyon, « Acte de décès no 335 du 16/07/1793 », extr. du registre d'état civil de Lyon Marie unique, cote 2E 8, image 45, sur Archives municipales de Lyon (consulté le )
- 1 2 3 4 5 6 7 Jean-René Suratteau, « Lyon (Ville-Affranchie/Commune-Affranchie) », dans Albert Soboul (dir.), Dictionnaire historique de la Révolution française, Paris, PUF, 1989 (rééd. Quadrige, 2005, p. 688-696).
- 1 2 Léonce Krebs, « Campagnes dans les Alpes pendant la Révolution, d'après les archives des états-majors français et austro-sarde », sur Gallica (consulté le )
- 1 2 3 Léonce Krebs, Campagnes dans les Alpes pendant la Révolution, d'après les archives des états-majors français et austro-sarde, page CXXIV.
- 1 2 3 Léonce Krebs, Campagnes dans les Alpes pendant la Révolution, d'après les archives des états-majors français et austro-sarde, page CXXV.
- 1 2 3 4 Léonce Krebs, Campagnes dans les Alpes pendant la Révolution, d'après les archives des états-majors français et austro-sarde, page CXXX.
- 1 2 3 Voir Jacques Branciard, Les Muscadins de Theizé : histoire et mémoire, Villefranche-sur-Saône, Éditions du Poutan, , 278 p. (ISBN 978-2-918607-00-7) ; Bruno Benoît et Roland Saussac, Guide historique de la Révolution à Lyon (1789-1799), Lyon, Éditions de Trévoux, 1988 ; François-Amédée Doppet, Éclaircissements sur la fuite, l'arrestation et la mort des fuyards de Lyon lors de l'entrée de l'armée de la République dans cette ville rebelle, Ville affranchie, Vatar-Delaroche, 1793, 7 pages ; Louis Dussieux, « Siège de Lyon – sortie» dans Revue du Lyonnais, t. VIII, 1838, p. 246-250 ; Edme de la Chapelle, Souvenirs d'Edme de la Chapelle de Béarnès, Paris, Plon, 1913, pp I à XLIII et 83 à 160 ; Louis François Perrin de Précy, «Sortie des Lyonnais et retraite du général Précy racontée par lui-même», dans la Revue du Lyonnais, t. XXXVI, Lyon, Boitel, 1847, p. 181-206.
- 1 2 3 (en) Paul Mansfield, « The Management of Terror in Montagnard Lyon, Year II », European History Quarterly, vol. 20, no 4, , p. 465-498
- ↑ K. Vendre, Les tribunaux extraordinaires créés à Lyon après le siège : la Commission militaire et la Commission de justice populaire, 9 octobre-29 novembre 1793, Lyon, , p. 178-224
- 1 2 Bruno Benoît, « Histoire, mémoire et identité politique : l'exemple de la Révolution à Lyon », Annales historiques de la Révolution française, no 305, , p. 381-399
- ↑ Juliette Mailhot, Les femmes en politique à Lyon (1789-1794), Lyon, Université Lumière Lyon 2, (lire en ligne), p. 69-74
- ↑ Pierre-Yves Saunier, « Le Siège de Lyon et le culte du territoire », Cahiers d'histoire, vol. t. XXXVIII, nos 3-4, , p. 351-354
- 1 2 Renée Fuoc, La Réaction thermidorienne à Lyon (1795), Lyon, IAC, , p. 93-184