Philippe Pinel

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Philippe Pinel
Portrait de Philippe Pinel

Portrait de Philippe Pinel

Biographie
Naissance
à JonquièresVoir et modifier les données sur Wikidata
Décès (à 81 ans)
à ParisVoir et modifier les données sur Wikidata
Enterrement Cimetière du Père-LachaiseVoir et modifier les données sur Wikidata
Nationalité(s) FranceVoir et modifier les données sur Wikidata
Thématique
Profession(s) Scientifique, psychiatre et médecinVoir et modifier les données sur Wikidata
Membre de Académie des sciencesVoir et modifier les données sur Wikidata

Philippe Pinel ( à Jonquières (Tarn) - à Paris) est un savant français : médecin renommé comme aliéniste précurseur de la psychiatrie et accessoirement zoologiste. Il œuvre pour l'abolition de l'entrave des malades mentaux par des chaînes et, plus généralement, pour l'humanisation de leur traitement. Il travailla notamment à l'hôpital Bicêtre. On lui doit la première classification des maladies mentales. Il a exercé une grande influence sur la psychiatrie et le traitement des aliénés en Europe et aux États-Unis. Après la Révolution française, le docteur Pinel bouleverse le regard sur les fous (ou « aliénés ») en affirmant qu'ils peuvent être compris et soignés. Il préconise le « traitement moral » du malade qui préfigure nos psychothérapies modernes.

Biographie[modifier | modifier le code]

Fils d'un chirurgien peu fortuné, il fait ses études classiques au collège de Lavaur (Tarn) chez les oratoriens. Puis il entre chez les doctrinaires au collège de l'Esquille à Toulouse, qu'il quitte en 1767 pour la faculté de théologie. Imprégné de latin et de religion, il quitte toutefois la soutane en 1770, sans avoir prononcé de vœux, ni reçu les ordres mineurs[1].

Il commence ses études médicales à Toulouse pour être reçu docteur en 1773. Il va à Montpellier en 1774 pour suivre les cours de Paul-Joseph Barthez et arrive à Paris en 1778.

Travaux scientifiques[modifier | modifier le code]

Médecine[modifier | modifier le code]

Pinel délivrant les aliénés à Bicêtre en 1793. Tableau de Charles Louis Müller, Académie nationale de médecine.
Pinel délivrant les aliénés à la Salpêtrière en 1795. Tableau de Tony Robert-Fleury.

En 1773, il rédige sa thèse de médecine à Toulouse, où il peut observer les aliénés enchaînés à l'hôpital de La Grave, puis il poursuit ses études à Montpellier. En 1778, arrivé à Paris, il vit un temps de cours particuliers de mathématiques et de traductions de textes médicaux tels que Les Institutions de médecine pratique de William Cullen et les Œuvres médicales de Georgio Baglivi. En 1784, il suit pendant deux mois les leçons de magnétisme animal du disciple de Mesmer, Charles Deslon, le médecin personnel du comte d'Artois[2]. D'abord engagé dans le mouvement révolutionnaire de 1789, il prend ses distances avec l’arrivée de la Terreur. Puis il trouve un emploi dans la maison de santé du docteur Belhomme à Charonne, où il fait la connaissance de Cabanis, habitué du salon d'Anne-Catherine Helvétius.

En 1793, le 25 août, pendant la Commune insurrectionnelle, il est nommé par décret médecin des aliénés de Bicêtre, sur proposition de Jacques-Guillaume Thouret et de Pierre Jean Georges Cabanis. Il y observe avec attention les pratiques de Jean-Baptiste Pussin, qui développe le « traitement moral » des aliénés, prenant en compte la part encore intacte de leur raison. Pussin était un homme de grande bienveillance envers les malades, doué d'une force considérable et d'un esprit observateur; il mit en pratique la suppression de l'usage des chaînes à Bicêtre (Traité médico-philosophique sur l'aliénation mentale ou La manie (1801), page 201).

En 1795, Pinel est nommé médecin-chef de la Salpêtrière où il applique les mêmes réformes qu'à Bicêtre. Il demande dès son arrivée que Pussin le suive, mais ce n'est qu'en 1802 que sa demande sera exaucée[3],[4]. Il commence alors à réformer l’organisation de l’hôpital.

En 1798, il écrit une Nosographie philosophique, qui est une classification des maladies mentales, appelées à l'époque vésanies. Basée sur le principe de classification des sciences naturelles, dont bénéficieront par la suite de nombreuses générations d'étudiants, cette nosographie s'inspire notamment des œuvres de Cullen et de François Boissier de Sauvages de Lacroix, auteur d'un ouvrage classique intitulé Nosologia Methodica où il étudiait les diverses folies. Pinel apparaît ainsi comme un des fondateurs de la nosologie, après Boissier de Sauvages.

En 1801, il rédige un Traité médico-philosophique sur l'aliénation mentale. Reposant sur les organes lésés, cette classification distingue :

  • la simple mélancolie (délire partiel)
  • la manie (délire généralisé)
  • la démence (affaiblissement intellectuel généralisé)
  • l’idiotisme (abolition totale des fonctions de l’entendement).

Pour Pinel, les troubles mentaux sont dus à des atteintes physiologiques provoquées par les émotions. L’aliéné est un sujet et il convient de prendre en compte son passé et ses difficultés pour la mise en place d’une thérapeutique.

En 1802, sept ans après la demande de Pinel, et grâce à l'influence du ministre de l'Intérieur Jean-Antoine Chaptal[3], Jean-Baptiste Pussin rejoint la Salpêtrière, où il travaillera jusqu'à son décès, en 1811[4].

Il est élu membre de l'Académie des sciences en 1803. En 1820, c'est Jean-Étienne Esquirol qui lui succède à la Salpêtrière.

Pinel supprima les saignées et les médications inutiles qui ne faisaient qu'affaiblir les aliénés. Il pensait qu'on pouvait guérir les fous avec des paroles encourageantes et, dans les cas de délires, un raisonnement habile devait réduire l'idée dominante.

Il demeure légitime de voir en lui le père de la médecine mentale, future psychiatrie. Il préconisait un traitement moral. Selon lui, le médecin devait comprendre la logique du délire de son patient, puis s'appuyer sur le reste de raison demeurant chez tout aliéné pour le forcer peu à peu à reconnaitre ses erreurs, en usant du dialogue mais aussi, au besoin, de son autorité. On a beaucoup discuté du sens du traitement moral. Pour les uns, Michel Foucault notamment, P. Pinel ne fait que remplacer une contention physique par un conditionnement moral. Une exclusion par une autre, le malade psychiatrique se trouvant livré à la toute-puissance des médecins, seuls à juger de la guérison dans leurs asiles. Pour les autres, en faisant du fou un malade que l'on pourrait soigner, réintégrer dans la cité, Pinel permet d'établir un dialogue avec la folie, certes incomplet, voire spécieux, mais un dialogue tout de même. Comme souvent, la vérité se situe probablement quelque part entre les deux.

L'Empire accorda à Pinel de grands honneurs, que la Restauration lui retira plus tard. Ses idées, reprises par Esquirol, donneront naissance à la réglementation psychiatrique de 1838, restée en vigueur jusqu’en 1990.

Il est inhumé au cimetière du Père-Lachaise (18e division)[5].

Il est le grand-oncle de Marie-Adélaïde Pinel, la mère du physicien Paul Langevin, ainsi que du soldat Louis Pinel, émigré en Chine et devenu général à la fin du dix-neuvième siècle, qui s'est marié là-bas et a eu des enfants avec une chinoise.

Zoologie[modifier | modifier le code]

En 1777, il lit avec succès l'un de ses mémoires de zoologie à la Société royale de Montpellier. Son nom aurait même été cité à l'égal de Cuvier pour occuper la chaire d'anatomie comparée au Jardin des Plantes[6]. En 1792, il est notamment l'auteur du genre Martes.

Anecdotes[modifier | modifier le code]

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Philippe Pinel serait, à son corps défendant, à l'origine d'une des plus célèbres coquilles typographiques. Corrigeant l'épreuve d'un de ses livres, il notait en marge d'une citation : « Il faut guillemeter tous les alinéas », à l'intention du typographe. Hélas, à la composition, cela devint une autre phrase : « Il faut guillotiner tous les aliénés »[7]. Cette malencontreuse correction est d'autant plus cruelle que cet homme est l'un des pionniers de l'humanisation des établissements psychiatriques.

Hommages[modifier | modifier le code]

Statue de Pinel devant la Salpêtrière.

Un centre hospitalier porte son nom à Amiens, de même une unité de soin au CPA (centre psychothérapique de l'Ain) à Bourg-en-Bresse, une unité du centre hospitalier du Rouvray à Sotteville-lès-Rouen, ainsi qu'une unité du centre hospitalier de Cadillac en Gironde, à Clairefontaine en Haute-Saône. Au Québec, Canada, il y a l'institut Philippe-Pinel de Montréal, un hôpital psychiatrique, spécialisé en psychiatrie légale. À Rio de Janeiro, Brésil, il y a aussi un Institut Philippe-Pinel (pt). Il existe une rue Pinel et une place Pinel à Paris, un boulevard Pinel à Lyon ainsi qu'un parc municipal à son nom près du CHU de Bicêtre dans la commune du Kremlin-Bicêtre.

Œuvres et publications[modifier | modifier le code]

  • Nosographie philosophique, ou la méthode de l'analyse appliquée à la médecine (2 volumes, 1798) [1]. Texte en ligne : [2] [3].
  • Rapport fait à l'École de médecine de Paris, sur la clinique d'inoculation, le 29 fructidor, an 7 (1799). Texte en ligne : [4].
  • Traité médico-philosophique sur l'aliénation mentale ou La manie (1800) Texte en ligne : [5].
  • La médecine clinique rendue plus précise et plus exacte par l'application de l'analyse : recueil et résultat d'observations sur les maladies aigües, faites à la Salpêtrière (1802). Texte en ligne : [6].
  • Pinel, Philippe. Jurisprudence médicale. Résultats d'observations pour servir de base aux rapports juridiques.... s. l. : s. n.. [1817]. Texte en ligne : [7].
  • « Lettres de Pinel, précédées d'une notice sur sa vie par son neveu, le Dr Casimir Pinel » in Gazette hebdomadaire de médecine et de chirurgie (1859).
  • Genèse de la psychiatrie : les premiers écrits psychiatriques de Philippe Pinel, éd. par Jacques Postel, Le Sycomore, Paris, 1981

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. F. Huguet, Les professeurs de la faculté de médecine de Paris. Dictionnaire biographique 1794-1939, INRP CNRS, (ISBN 2-222-04527-4), p.367
  2. Pierre Nicolas, Histoire de la psychologie en France, 2002
  3. a et b Marie Didier, Dans la nuit de Bicêtre, Gallimard, 2006 ; rééd Folio, p.169
  4. a et b Biographie de Pussin, site des Hôpitaux de Saint-Maurice.
  5. Paul Bauer, Deux siècles d'histoire au Père Lachaise, Mémoire et Documents, (ISBN 978-2914611480), p. 641
  6. Pages 7-8 dans René Sémelaigne, Philippe Pinel et son œuvre. Au point de vue de la santé mentale, éditions L'Harmattan, 2001. (ISBN 2-7475-0959-1)
  7. Leforestier (Joseph Pascal Michel), Manuel pratique et bibliographique du correcteur, A.Quantin, Paris, 1890

Voir aussi[modifier | modifier le code]

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Articles connexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • J. Garrabé, Philippe Pinel, Synthélabo, coll. « Les empêcheurs de penser en rond », (ISBN 2-908602-50-4)
  • Dora B. Weiner: Comprendre et soigner : Philippe Pinel (1745-1826), la médecine de l'esprit,[collection Penser la médecine], Librairie Arthème Fayard (Paris), 1999.
  • René Sémelaigne: Philippe Pinel et son œuvre. Au point de vue de la santé mentale, L'Harmattan, 2001, (ISBN 2-7475-0959-1).
  • G. Swain: Le sujet de la folie. Naissance de la psychiatrie, Calmann-Lévy (Paris), 1997.

Liens externes[modifier | modifier le code]