Violette Morris

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Violette Morris 1913 (02).jpg
Violette Morris en tenue sportive légère en 1913
Informations
Disciplines Lancer du poids ; lancer du disque
Période d'activité 19171926
Nationalité Française
Naissance 18 avril 1893
Lieu Paris
Décès 26 avril 1944
Taille 1,66 m
Poids 68 kg
Surnom « La Morris »
Club Fémina Sport ; Olympique de Paris
Violette Morris en tenue de ville en 1913

Violette Morris, dite « la Morris », née le 18 avril 1893 à Paris 6e (au 61 rue des Saints-Pères) et abattue par le maquis le 26 avril 1944 sur une route de campagne aux environs de Lieurey (Eure) [1], est une sportive française polyvalente, devenue espionne et collaboratrice de la Gestapo.

Biographie[modifier | modifier le code]

Née Émilie, Paule, Marie, Violette, fille du baron Pierre Jacques Morris (capitaine de cavalerie en retraite) et de Élisabeth Marie Antoinette, dite Betsy Sakakini, elle passe son adolescence au couvent de l’Assomption de Huy et devient ambulancière sur le front de la Somme, puis estafette sur le front de Verdun. Mariée le 22 août 1914 à Cyprien, Edouard, Joseph Gourand en la mairie du 8e arrondissement de Paris, elle divorce en mai 1923.

Carrière sportive[modifier | modifier le code]

Mesurant 1,66 m pour 68 kg, elle est une sportive complète : athlète spécialiste du lancer du poids, également sélectionnée au disque, et licenciée du Fémina Sports de Paris de 1917 à 1919, puis de l'Olympique de Paris de 1920 à 1926.

Elle est également joueuse de football, avant-centre ou demi-centre, sélectionnée en équipe de France féminine de water polo, sélectionnée en équipe de France mixte en 1925 et 1926, membre de l’équipe des Libellules de Paris ; boxeuse ne craignant pas d’affronter les hommes ; coureur cycliste ; motocycliste ; pilote d'automobile ; aviatrice. Sa grande rivale au poids est Lucienne Velu. Tous sports confondus, sa carrière s'étale de 1912 à 1935, ses plus brillantes années sportives étant celles entre 1921 et 1924. Elle s'adonne également hors compétition à l’équitation, au tennis, dont elle vit en donnant des cours en 1940, au tir à l’arc, au plongeon de haut vol, à l’haltérophilie et à la lutte gréco-romaine.

Consommant deux ou trois paquets de cigarettes américaines par jour, le plus souvent engoncée dans un complet gilet-veston d'homme et pourvue d'un vocabulaire de charretier, elle a pour slogan : « Ce qu’un homme fait, Violette peut le faire ! »

Procès[modifier | modifier le code]

Lors des débuts de sa préparation physique en vue des Jeux olympiques de 1928, les premières ouvertes aux femmes, son renouvellement de licence est refusé par la Fédération française sportive féminine en 1927, pour cause d’atteinte aux bonnes mœurs. Entre 1923 et 1929, cette bisexuelle délurée s’affiche publiquement avec Raoul Paoli, qui la quitte alors qu’elle venait de pratiquer une mastectomie bilatérale afin de pouvoir mieux tenir le volant dans un cockpit d'automobile.

À partir de 1928, elle tient avec quelques employés un magasin d’accessoires automobiles à Paris, porte de Champerret, racheté par le constructeur parisien BNC en 1932.

Dans le même temps, elle porte plainte contre la Fédération française sportive féminine. Le procès, qui a lieu en février 1930, fait les titres des journaux. Invoquant l'ordonnance du Préfet de Police de Paris du 16 brumaire an IX (7 novembre 1800) qui règlemente le port du pantalon pour les femmes, l'avocate de la fédération, Yvonne Netter, plaide qu'il est interdit aux femmes de « porter culotte dans la rue ». Le tribunal déboute Violette Morris et la condamne aux dépens, estimant que s'il n'est pas de son ressort de s'occuper de la façon dont les femmes doivent se vêtir, « le fait de porter un pantalon n’étant pas d’un usage admis pour les femmes » donne droit à la fédération de l'interdire[2].

Espionne et agent de la Gestapo[modifier | modifier le code]

Suite au procès, elle se plaint que « ce pays de petites gens n’est pas digne de ses aînés, pas digne de survivre. Un jour, sa décadence l’amènera au rang d’esclave, mais moi, si je suis toujours là, je ne ferai pas partie des esclaves »[2].

Lors des Jeux olympiques de Berlin en 1936 auxquels elle assiste en tant qu'invitée d'honneur, elle est approchée par des recruteurs allemands et à partir de 1937, elle se livre à des activités d'espionnage pour le compte de l'Allemagne nazie. En 1940, Helmut Knochen, chef du service de renseignements de la SS à Paris, la recrute. Elle est chargée de recruter des espions, de contrer les réseaux anglais du SOE et d'infiltrer les réseaux de résistance du Grand ouest[3].

Elle passe ensuite, par le biais de Henri Chamberlin dit Lafont, à la Gestapo française, rue Lauriston, où elle se livre à des activités de tortionnaire, notamment sur des femmes résistantes. Elle est responsable de secteurs dans les organigrammes de la Gestapo de la rue des Saussaies à Paris de 1942 à 1944[4]. Son efficacité lui vaut le surnom de hyène de la Gestapo. Elle est condamnée à mort, soit par l'Intelligence Service, soit par le BCRA[5]. Le 26 avril 1944, elle est assassinée par des maquisards du groupe normand Surcouf alors qu'elle se trouve sur une route de campagne au volant de sa traction avant Citroën 15 CV. Son corps criblé de balles, comme ceux des cinq autres occupants de la voiture - dont deux jeunes enfants-, fut exhumé en septembre 1945.

Controverse[modifier | modifier le code]

Dans une récente biographie (2011), l'historienne Marie-Josèphe Bonnet nuance sérieusement la description de Violette Morris comme agent de la Gestapo et par là s'oppose à la thèse de Raymond Ruffin dans une autre biographie de la championne. Selon Marie-Josèphe Bonnet, si les documents de l'époque attestent de sa fréquentation assidue des milieux collaborationnistes et allemands, s'ils prouvent bien sa participation au marché noir et à des opérations de réquisition, les archives ne permettent pas de relever une activité d'espionnage, de dénonciation et de tortures des résistants.[réf. nécessaire]

Palmarès[modifier | modifier le code]

  • Plus de 20 titres nationaux, tous sports confondus
  • Une cinquantaine de médailles dans des épreuves nationales et internationales, tous sports confondus
  • Plus de 150 meetings d’athlétisme disputés
  • Plus de 200 matchs de football officiels disputés
Athlétisme
  • 7 sélections en équipe de France A d'athlétisme, de 1921 à 1926
  • Détentrice du record du monde du lancer du poids en 1923 lors du France-Angleterre (21 m 10), 1924 (10 m 15) et 1925 (10 m 68) (poids de 3 kg 628)
  • Détentrice du record du monde du lancer du disque en 1924, avec 30 m 10 (à Londres)
  • Détentrice du record d'Europe au poids à 7 reprises : 1919, 1921 - 3 fois, 1922, 1924 et 1925 (durée 10 ans)
  • Détentrice du record d’Europe du lancer du javelot en 1921, avec 41 m 58
  • Meilleure athlète mondiale annuelle de la discipline du poids en 1918, 1919, 1921, 1922, 1924 et 1925
  • Vainqueur du 1er Meeting international féminin en 1921, au poids ("Olympiades" de Monte-Carlo, en avril : 16 m 29, RE)
  • Vainqueur du 1er Meeting international féminin en 1921, au javelot également (41 m 58, RE)
  • Vainqueur des seconds Jeux féminins en 1922, au poids (17 m 77) et au disque (Monte-Carlo également)
  • Médaille d'argent des 1ers Championnats Olympiques (Jeux mondiaux) féminins FSFI en 1922 (officieux Jeux olympiques féminins lors de leur 1re édition), au poids (19 m 85, 2 bras additionnés) (Paris, en août)
  • Championne de France au poids à 8 reprises, en 1917 (les Six journées sportives, 1ers championnats de France, lancer à 2 mains de 4kg : 2 bras additionnés, à 13 m 92), 1919 (RF – 15 m 14), 1920 (RF), 1921 (RF – 16 m 58), 1922 (RF), 1924 (RF, 18 m 19, et 10 m 15 à 1 bras), 1925 et 1926
  • Championne de France au javelot en 1919 (2 mains additionnées), 1921 (RF – 46 m 04), 1922 (RF) et 1925
  • Championne de France au disque en 1920 (RF), 1921, et 1922 (RF)
  • Championne de Paris au poids en 1924
  • Championne de Paris au disque en 1924
Football
  • Championne de France de football féminin, en 1920 avec l'Olympique de Paris, 1925 avec l’Olympique Red Star, et 1926 avec les Cadettes de Gascogne
  • Vice-championne de France en 1921, avec l'Olympique
  • Championne de Paris en 1925 avec l’Olympique
  • Coupe La Française en 1922 et 1925, avec l'Olympique
  • Coupe de Bruges en 1927, avec les Cadettes
Automobile
  • Vainqueur du Bol d'or automobile en 1927 (voiturettes de tourisme 1100 cm³, sur Benjamin) (3e en 1926 (1100 cm³, sur Benjamin), 4e en 1922 et 1923 (cycle-cars 750 cm³, sur Benjamin)
  • Vainqueur du Circuit des routes pavées du Nord en 1922 (cycle-cars cm³, sur Benjamin)
  • Vainqueur de la course Paris-Les Pyrénées-Paris en 1922 et 1923 (cycle-cars 750 cm³, sur Benjamin)
  • Vainqueur du Paris-Nice automobile (Criterium International de Tourisme Paris-Nice) en 1923 (cycle-cars 750 cm³, sur Benjamin)
  • Vainqueur du Grand Prix de San-Sébastian automobile en 1926 (voiturettes de tourisme 1100 cm³, sur Benjamin)
  • Vainqueur du Paris-Nice automobile en 1927 (voiturettes de tourisme 1100 cm³, sur Benjamin)
  • Vainqueur du Rallye des Dolomites en 1934 (tourisme, sur BNC)
  • 2e du Grand Prix des cycle-cars en 1922 (cycle-cars 750 cm³, sur Benjamin)
  • 2e du Trophée Armangué en 1923, à Tarragone (cycle-cars 750 cm³, sur Benjamin)
Cyclisme
  • Meilleure performance mondiale féminine cycliste aux 5 km (derrière stayer : demi-fond derrière motocyclette) en 1924, à deux reprises (à Buffalo, puis au Vélodrome d'hiver en 62,285 km/h)
  • Prix d’Andrésy en 1922
  • 1re féminine du Grand Prix de Pontoise en 1924
Motocyclisme
  • 2e du Paris-Nice motocycliste en 1925
Natation
  • 3e de la Traversée de Paris à la nage en 1921
  • Vice-championne de France du 1000 m en 1922

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Raymond Ruffin, La diablesse. La véritable histoire de Violette Morris, éd. Pygmalion, 1989
  • Jean-Emile Neaumet, Violette Morris, la Gestapiste, éd. Fleuve Noir, coll. « Crime Story », 1994
  • Jacques Delarue, Histoire de la Gestapo, éd. Fayard, 1996
  • Christian Gury, L'Honneur ratatiné d'une athlète lesbienne en 1930, éd. Kimé, 1999 (ISBN 2841741699)
  • Raymond Ruffin, Violette Morris, la hyène de la Gestapo, éd. Le Cherche Midi, 2004 (ISBN 2749102243)
  • Marie-Jo Bonnet, Violette Morris, histoire d'une scandaleuse, éd. Perrin, 2011 (ISBN 978-2-262-03557-0)
  • Miroir du Sport, 14 avril 1921
  • Miroir des Sports, n° 260, 3 juin 1925

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. [1] [2]
  2. a et b La championne Violette Morris perd son procès en 1930, par Christine Bard, Université d'Angers.
  3. Raymond Ruffin, Violette Morris, la hyène de la Gestapo, Cherche-midi éditeur
  4. [3]
  5. D'après son biographe Raymond Ruffin

Liens externes[modifier | modifier le code]