Pierre Bonny

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Pierre Bonny

Description de cette image, également commentée ci-après

Pierre Bonny caricaturé dans Le Petit Parisien en octobre 1935, lors du procès Volberg, où il est condamné pour corruption[1].

Naissance 25 janvier 1895
Bordeaux, France
Décès 27 décembre 1944 (à 49 ans)
Fort de Montrouge, France
Nationalité Française
Affaires Seznec, Hanau, Oustric, Stavisky… L'entre-deux-guerres a laissé en France le souvenir de nombreuses « affaires ». Une étonnante coïncidence, relevée par Guy Penaud, fait de Me Lamour (ici à droite aux côté de Bonny) tout à la fois le défenseur de la cause de Guillaume Seznec lors de la demande de révision de 1932… et celui de Bonny, le supposé manipulateur de l'affaire Seznec, en 1934-1935[2].

Pierre Bonny, né en 1895 à Bordeaux et fusillé en décembre 1944 lors de l'épuration, est un policier français devenu célèbre durant l'entre-deux-guerres, au sein de la Sûreté générale : son nom est d'abord associé à de retentissantes affaires criminelles et politico-financières, dont beaucoup ont été oubliées depuis tandis que d'autres, telles les affaires Seznec, Stavisky et Prince, ont marqué les mémoires.

Révoqué de la police en 1935 et condamné pour corruption, mêlé au démantèlement de la Cagoule en 1937, il réapparaît en 1942 sous l'Occupation où il est l'un des responsables de la Gestapo française de la rue Lauriston. Outre le souvenir accablant d'un traître et collaborateur sans scrupules, il incarne couramment la figure d'un homme corrompu, exécuteur supposé des basses œuvres du régime. Son fils, biographe, y oppose l'image d'un homme de bonne volonté victime des circonstances et de la trahison des politiques, mais les historiens lui préfèrent celle, plus banale, d'un policier simplement vénal égaré par les multiples tentations offertes aux membres d'une police alors très politique.

Sommaire

Origines[modifier | modifier le code]

Né le 25 janvier 1895, Pierre Bonny est fils d'agriculteurs du Bordelais. Après ses études secondaires à Bordeaux[Note 1], il est brièvement employé de bureau dans une succursale de l'entreprise Peugeot, puis à la Compagnie générale transatlantique[Note 2]. Mobilisé en décembre 1915, il est fait prisonnier en septembre 1916 dans la Somme à Vermandovillers et passe la plus grande partie de la guerre en captivité[Note 3]. Rapatrié en 1918, il est affecté comme secrétaire à l'état-major de la région militaire de Bordeaux, avec le grade de caporal[3].

Les débuts dans la police (1920-1927)[modifier | modifier le code]

entrée du siège de la rue des Saussaies, un immeuble plutôt miteux, en arrière-plan de trois personnages
Photomontage publié en illustration d'un article du magazine Détective du 5 avril 1934, lors de l'affaire Stavisky. À l'arrière-plan, le siège de la Sûreté, rue des Saussaies. Les personnages ajoutés à l'avant-plan sont, de gauche à droite : le procureur de la République Barra (affaire du conseiller Prince), l'inspecteur Bonny et le commissaire Belin (de la Sûreté générale)[4].

Il entre dans la police sur concours en 1919, en tant qu'inspecteur de police provisoire dans les régions libérées[Note 4]. Marié en 1920[Note 5], il exerce d'abord dans la Somme, avant d'être versé au contrôle général des services de recherches judiciaires de la Sûreté générale, à Paris, le 11 août 1922. Il y effectue toute la suite de sa carrière, sous les ordres des commissaires divisionnaires Vidal, Garanger puis Hennet, jusqu'à sa révocation en janvier 1935. Dépendant directement du ministre de l'Intérieur, installée rue des Saussaies, la Sûreté – surnommée « la Secrète » – a une très large mission qui couvre tout à la fois la police des jeux, la surveillance des étrangers et le contre-espionnage, celle des associations, des syndicats et de tous les facteurs potentiels de trouble politique, ou encore celle des affaires, de la presse et de l'édition. Bien qu'elle ait pour ressort la totalité du territoire, elle n'est dotée que de très médiocres moyens si on la compare à sa grande rivale, la préfecture de police de Paris et sa direction de la police judiciaire[5].

Détaché au contre-espionnage ?[modifier | modifier le code]

Un épisode incertain se place à ce moment. C'est en effet vers cette époque que Bonny aurait été détaché un temps au ministère de la Guerre, au service du contre-espionnage : il y aurait, selon son fils, Jacques Bonny, résolu une affaire de fuites, ce qui lui aurait valu l'appui du général Maud'huy[Note 6]. La date est incertaine : avant son entrée dans la police selon Maurice Garçon[Note 7] mais au début des années 1920 selon son fils, apparemment inspiré par un article anonyme publié dans les années 1930 par le magazine Détective[Note 8]. Son principal biographe, Guy Penaud, relève à ce propos « [qu']on peut se demander si ce n'est pas à cette époque, ayant alors acquis la réputation d'un homme particulièrement habile, que certains songèrent à employer Pierre Bonny à des besognes assez confidentielles, mais sans doute un peu fâcheuses parce qu'elles étaient à la limite de la légalité[6] », tandis que Jacques Bonny commente : « déjà, à peine arrivé dans la police, le sort et ses qualités aidant, il mettait bien inconsciemment le doigt dans l'engrenage, peut-être le plus dangereux de tous : celui de la "parapolitique", pour ne pas dire de la politique tout court[7]. »

L'affaire Seznec[modifier | modifier le code]

une machine à écrire de type Royal-10
L'une des principales pièces à conviction de l'affaire Seznec, la machine à écrire ayant servi à produire les fausses promesses de vente[8]. Sa découverte lors d'une perquisition chez Seznec est souvent à tort attribuée à Bonny[9] ; dans une autre version également erronée, ce dernier l'y aurait dissimulée[10].
quatre hommes derrière une voiture. Bonny, sur le côté, est en costume et casquette, la cigarette aux lèvres
Le quotidien Le Matin illustre le 1er juillet 1923 l'arrestation de Seznec avec cette photographie du déplacement du commissaire Vidal à Dreux et à Houdan. De gauche à droite : Vidal, Guillaume Seznec, un employé de la gare de Houdan et enfin Bonny, dont le nom n'est mentionné ni en légende de l'image, ni dans l'article[11].
Article détaillé : Affaire Seznec.

Quoi qu'il en soit, Bonny, à présent promu à la Sûreté générale à Paris, y obtient le grade d'inspecteur stagiaire en janvier 1923[Note 9]. Affecté en juin 1923 comme « secrétaire greffier » auprès du commissaire Achille Vidal[Note 10], selon l'expression de Guy Penaud, il intervient alors dans l'affaire Seznec où il ne joue qu'un rôle mineur : son nom n'apparaît que sur quatre procès-verbaux sur plus de cinq-cents, dont un seul établi par lui-même et sur cinq rapports[Note 11] ; il est également établi que ce n'est pas lui qui, affecté à une équipe différente, découvre la fameuse machine à écrire qui est l'une des preuves clés de l'affaire : il est seulement chargé de la transporter à Paris afin qu'elle soit expertisée[Note 12].

La présence de Bonny dans l'enquête revêt cependant bien plus tard une importance considérable. En effet, la thèse présentée par la défense de Seznec après-guerre, sur la base de témoignages tardifs[Note 13], en fait l'ouvrier du complot contre celui-ci, homme-orchestre de la fabrication des fausses preuves et des faux témoignages supposés[Note 14]. Après la demande en révision faite en 1955 à l'initiative du journaliste Claude Bal, c'est l'un des arguments de celle formée par l'avocat Denis Langlois en 1977[Note 15], puis de celle présentée à nouveau en 2001 par Me Jean-Denis Bredin[Note 16]. Ce motif est encore repris en mars 2001 par le garde des Sceaux Marylise Lebranchu pour justifier sa décision de relancer la procédure de révision[Note 17] ; celle-ci se solde cependant par un rejet de la demande par la Cour de révision en 2006, qui constate l'absence d'éléments nouveaux en faveur de la théorie d'une « machination policière » ayant impliqué en particulier l'inspecteur Bonny[12].

Enfin, selon son fils, Bonny lui aurait affirmé en 1944 avoir finalement « la certitude, pour ainsi dire formelle, que Seznec était innocent » et aurait ajouté : « et pourtant, il est au bagne depuis plus de vingt ans et par ma faute, parce que je me suis trompé de bonne foi[Note 18]. » La Commission de révision des condamnations pénales amenée à se prononcer en 1996 sur l'une des demandes de révision du procès Seznec relève simplement que pour autant, Bonny lui-même a tenu à démontrer qu'il ne pouvait avoir manipulé la fameuse preuve de la machine à écrire :

« Supposons que ce soit moi qui ait déposé la fameuse machine dans le grenier, et pas une autre, non celle-là même qui portait le bon numéro de série et dont les experts avaient défini les imperfections de frappe. Il m'aurait fallu de toute façon la découvrir là où elle se trouvait avant, car elle devait bien se trouver quelque part. Ce qui constituait le même exploit. Et pourquoi alors aurais-je eu besoin d'organiser cette mise en scène, en venant la placer dans le grenier de la scierie ? C'est absurde et cela ne tient pas debout[Note 19]. »

Premiers succès et « missions secrètes »[modifier | modifier le code]

Article avec la photographie des suspects, titré « Le faux marquis de Champeaubert, de son vrai nom Joseph-Eugène-Clément Pascal, avoue cyniquement le coup qu'il avait préparé »
La une du Petit Parisien annonce l'arrestation de l'escroc Clément Passal, dit le marquis Élie de Champeaubert, le 27 septembre 1924[13], et précise : « En quarante-huit heures, M. le commissaire Vidal, de la Sûreté générale, et ses inspecteurs Bonny et Royère l'ont démasqué. »

Titularisé en septembre 1924, Bonny acquiert rapidement, selon Philippe Aziz, « la réputation d'un policier habile et retors[14]. » Il contribue à résoudre une affaire d'escroquerie, dite du marquis Élie de Champeaubert : en se faisant passer pour un bijoutier, il subit une tentative de gazage au chloroforme de la part de l'escroc Clément Passal, ce dernier comptant voler la marchandise que Bonny était venu lui présenter à domicile[Note 20]. Il est chargé la même année d'enquêter sur un trafic de fonds vers la Suisse organisé par le cardinal Andrieu, archevêque de Bordeaux. L'affaire se résout confidentiellement, mais aurait, selon l'avocat et historien Maurice Garçon, joué un rôle dans les pressions exercées par Aristide Briand pour obtenir du pape Pie XI la condamnation de l'Action française en 1926[15]. Il contribue à l'arrestation d'une bande de faux-monnayeurs en Italie en mai 1925[16]. Il intervient encore en 1926 dans une affaire de trafic de fausse monnaie où étaient impliqués l'aventurier Louis de Windisch-Graetz et le gouvernement hongrois[17].

Plus confidentiellement, il n'hésite pas, en mars 1927, pour empêcher une tentative de chantage de la part d'une dame Annezin, belle-sœur du sénateur Maurice Sarraut, frère du ministre de l'intérieur Albert Sarraut, à recourir lui-même au chantage en simulant la découverte de cocaïne dans ses bagages. Bonny fait disparaître à cette occasion le rapport de police compromettant, mais le conseiller général et adjoint au maire de la ville de Marseille, Simon Sabiani, en conserve une copie dont il se servira contre lui lors de l'affaire Prince en 1934[18].

Quelques années plus tard, interrogé par la Commission d'enquête parlementaire sur l'affaire Stavisky, Bonny déclare avoir été chargé à cette époque de « missions secrètes » sans en préciser davantage la nature, et avoir perçu alors des émoluments supplémentaires prélevés sur les fonds secrets[Note 21].

Mentionné élogieusement à plusieurs reprises dans la presse, il reçoit la médaille d'argent de la police en 1927[19], mais échoue pour la troisième fois au concours de commissaire de police[Note 22]. Ses relations se détériorent à cette époque avec le préfet de police Chiappe, sans que les raisons en soient connues avec certitude, qu'elles soient politiques ou davantage liées au refus du nouveau préfet de favoriser sa carrière[Note 23].

Les premières mises en cause (1928-1933)[modifier | modifier le code]

Bonny contribue encore au succès de la police dans plusieurs autres affaires saluées par la presse, telles que l'arrestation de Geberac, auteur du vol d'un collier Cartier d'une valeur de six millions[20], « [celle] d'Eyraud, le jeune assommeur de la bijoutière du boulevard Haussmann[21] », « [celle] à Barcelone, après une poursuite épique, du fameux Colomber (sic), l'homme aux vingt millions de faux titres de la Compagnie de Suez[Note 24] », celle de Jean Ebner, monte-en-l'air auteur de cambriolages retentissants dans les stations thermales de Vichy et Royat, où Le Petit Parisien le présente comme « l'inspecteur Bonny, de la Sûreté générale, spécialisé dans la recherche des grands voleurs internationaux[22] », ou encore l'affaire des « vols mystérieux de la Trésorerie générale d'Aurillac dont le plus important se chiffra par 1.200.000 francs[23]. » D'autres affaires mentionnées également par la presse paraissent cependant plus banales, telle l'arrestation de « Julien Tricoire […] recherché par le parquet d'Alger pour détournement d'une somme de 18.000 francs au préjudice d'une maison de commerce où il travaillait comme employé[24]. »

Les débuts de l'affaire Volberg[modifier | modifier le code]

caricature au trait du banquier Volberg, le menton au creux de la main et le lorgon en bataille
Le financier lituanien Aaron Volberg lors du procès qui l'oppose à Bonny en octobre 1935[1], où, ne parlant que par le truchement d'un traducteur, « n'arrêtant pas de vociférer, [il essuie] les reproches conjugués des magistrats, de l'avocat de Bonny et même du sien[25] ! »

Il est en revanche mis en cause en mai 1928 dans une affaire de chantage à l'encontre d'un financier d'origine lituanienne, immigré menacé d'expulsion, Aaron Volberg (de son vrai nom Valbergas Aronas selon Le Figaro[26]) : il a en effet monnayé des sursis à expulsion contre des cadeaux en nature (« un pardessus et un complet de qualité, d'une valeur de 4.000 francs »), puis une carte d'identité d'étranger contre 100 livres sterling. Cette dernière transaction n'aboutit pas mais Volberg en avait prévenu la police judiciaire, rivale de la Sûreté : Bonny est traduit une première fois en conseil de discipline, sans autre suite qu'une admonestation, faute de preuves suffisantes[27].

La rocambolesque affaire MacDonald[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Jeanette MacDonald.

Bonny semble faire preuve d'une étonnante naïveté en 1930, lors de l'affaire Jeanette MacDonald : chargé par le président du Conseil André Tardieu d'enquêter sur les rumeurs de disparition et d'assassinat dont aurait été victime cette actrice sur la Riviera[Note 25], il affirme après enquête avoir les preuves du crime, censé avoir été commis par la princesse Marie-José de Belgique, femme du prince Humbert d'Italie. L'actrice, mortellement blessée, serait morte dans une clinique privée de Nice. Mais un journal américain annonce quelques jours plus tard le prochain mariage à Chicago de Jeanette MacDonald avec son manager, avant qu'elle ne fasse elle-même un retour spectaculaire en France le 7 août 1931[Note 26].

Selon les souvenirs de Jacques Bonny, qui qualifie lui-même toute l'affaire de « rocambolesque », son père reste pourtant longtemps attaché à sa thèse de l'assassinat, soutenant, après le retour de l'actrice : « cette Jeannette Mac Donald-là (sic) n'est pas la bonne. Elle a une sœur qui lui ressemble étonnamment et qui s'appelle Blossom. Sous la pression du gouvernement américain, Blossom a accepté de remplacer Jeannette[28]. » En août 1931, il aurait même fait irruption dans sa loge du théâtre de l'Empire pour exiger qu'elle lui prouve son identité en lui montrant un certain grain de beauté intime dont il avait connaissance par le dossier de l'enquête, et aurait reçu en retour… « une mémorable paire de gifles[29]. »

Les débuts de l'affaire Cotillon[modifier | modifier le code]

Jeune femme distribuant des prospectus à l'entrée de sa boutique
Andrée Cotillon (ici en 1935 à la devanture de son établissement « Chez Mlle Cotillon ») est connue pour avoir été notamment charcutière aux Batignolles, barmaid, danseuse légère, tenancière de bar-restaurant et présidente du Cercle d'Iéna. « Sans doute désespérée de porter un nom aussi roturier », elle achète en 1937 au prétendu prince Charles Louis Mathieu de Bourbon Naundorff une reconnaissance en paternité qui lui permet d'arborer le titre fantaisiste de princesse. Procédurière, elle n'intente pas moins de douze procès divers entre 1932 et 1937. Après avoir été rançonnée semble-t-il par la bande Lafont-Bonny en 1943, elle finit exécutée en 1944 par la Résistance pour collaboration[30].

Son nom est également mêlé en 1932 à une affaire de chantage et d'extorsion de fonds dont est victime une aventurière enrichie, Andrée Cotillon (par la suite « princesse Élisabeth de Bourbon[30],[31] ») : Bonny aurait fourni à ses complices une photographie d'identité judiciaire compromettante remontant à ses années de jeunesse où elle avait été arrêtée pour vol d'une chemise et d'un pantalon de femme ainsi que pour vagabondage, et serait lui-même intervenu pour la menacer. Après avoir déposé plainte en décembre 1932, la demoiselle Cotillon déclare ne pas reconnaître Bonny lors d'une confrontation, puis se désiste. L'affaire se solde provisoirement par un non-lieu le 21 octobre 1933[32].

Un train de vie suspect ?[modifier | modifier le code]

Bonny aurait eu à cette époque, selon les archives judiciaires ultérieures, un train de vie largement au-dessus de son traitement de fonctionnaire : remarqué pour son élégance vestimentaire[Note 27], il loue un coûteux appartement boulevard Pereire, conduit sa propre automobile[Note 28] et fait de fréquents voyages[Note 29]. Il est établi, selon les mêmes sources, qu'il aurait rendu à la même époque, contre forte rémunération, « certains services » officieux à un ancien as de l'aviation de la Grande Guerre, commandeur de la Légion d'honneur et surtout escroc notoire[33], le commandant Pierre Faillant, dont la recherche infructueuse de bijoux volés à Mme Faillant au Touquet-Plage[Note 30], ainsi qu'une intervention auprès de la brigade mobile de Dijon pour obtenir des renseignements relatifs à une enquête en cours à son encontre[34]. En revanche, il est, selon Guy Penaud, impossible de déterminer s'il est exact ou non que Bonny aurait été dénoncé pour avoir tenté, en compagnie d'un jeune collègue, de rançonner les clients fortunés des prostituées du Bois de Boulogne[Note 31].

Bonny est cependant nommé inspecteur principal de seconde classe en 1932[35].

L'affaire Stavisky, l'affaire Prince et la révocation (1934-1935)[modifier | modifier le code]

Un article sur quatre colonnes, titré « Le scandale Stavisky devant le pays »
La une du quotidien Le Matin du 7 janvier 1934[36] donne une idée immédiate de l'ampleur du scandale lié à l'escroc Alexandre Stavisky, qui « ébranla en 1934 les fondements même de la République[37] » et fut incidemment l'occasion de la chute de l'inspecteur Pierre Bonny[Note 32].

Le rôle trouble de Bonny dans l'affaire Stavisky[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Affaire Stavisky.

Le grand scandale politico-financier de l'entre-deux-guerres, l'affaire Stavisky, marque à la fois l'apogée et la fin de la carrière de l'inspecteur Bonny. Les controverses sur le rôle qu'il y aurait joué sont nombreuses.

Bonny, moteur des enquêtes depuis 1923 ?[modifier | modifier le code]

Selon son fils, Bonny aurait enquêté dès le courant des années 1920 et de manière répétée sur l'escroc Alexandre Stavisky : il aurait été détaché à cet effet dès 1923 à la brigade financière de la police judiciaire de Paris sous les ordres du commissaire Edmond Pachot et aurait été un des moteurs de l'enquête avec ce dernier et le commissaire Hennet de la Sûreté. Jacques Bonny associe son père à chacune des principales étapes policières qui ponctuent la carrière de Stavisky : le vol de 800 000 francs de titres argentins à bord du steamer Valvidia à Marseille en 1923, le chèque « lavé » du cabaret Zelly's[Note 33] la même année, la découverte du pavillon de Brunoy où se tenait une véritable entreprise de fausse monnaie et de faux titres, la première arrestation de Stavisky en avril 1926 (suivie de sa fuite en plein Palais de Justice), la découverte de sa « planque » et sa seconde arrestation à Marly-le-Roi quelques mois plus tard (suivie de sa mise en liberté provisoire pour raison de santé en décembre 1927). Il aurait encore enquêté de son propre chef durant l'été 1930, sous couvert de vacances passées à Bayonne avec sa famille, sur les agissements de l'escroc dans ce qui allait devenir l'escroquerie du Crédit municipal de Bayonne[38].

Il n'est cependant fait aucune semblable mention de Pierre Bonny dans les travaux d'historiens tels Guy Penaud[Note 34] ou Paul Jankowski. Seuls les noms des inspecteurs Leroy et Bayard de la Sûreté y apparaissent, notamment lors de l'arrestation de Stavisky en 1926 à Marly-le-Roi[39]. La Commission d'enquête parlementaire sur l'affaire Stavisky conclut pour sa part en 1935 que « malgré l'affirmation qui avait été apportée, il ne paraît pas que Bonny ait connu ni même rencontré Stavisky[40]. »

Bonny, informateur ou complice ?[modifier | modifier le code]

Photographie anthropométrique de profil
Georges Hainnaux, dit, notamment Jo-la-Terreur ou encore Jo-les-cheveux-blancs, « déserteur de la Légion étrangère, voleur, meurtrier raté, forçat amnistié », informateur de Bonny mêlé de près à la restitution des talons de chèques et à l'affaire Prince en 1934, puis en 1937 à l'affaire de la Cagoule. Il profite en 1934 de sa récente notoriété pour publier ses propres Mémoires de Jo-la-Terreur[Note 35].

Certains témoignages présentent à l'inverse Bonny comme un complice volontaire ou forcé de Stavisky. Il aurait été accusé, selon son fils, d'avoir été son informateur au sein de la police et de lui avoir permis, en 1931, de parer les révélations transmises au Parquet par le commissaire Pachot sur l'affaire du crédit municipal d'Orléans[Note 36]. Gilbert Romagnino, l'un des complices de Stavisky, déclare lors d'un interrogatoire en juin 1934 que Bonny était entièrement sous la coupe de celui-ci ; une accusation similaire est formulée en juin 1935 par Gaëtan de Lussats, l'un des malfrats mis en cause par Bonny dans l'affaire du conseiller Prince en 1934[Note 37]. En revanche, selon Jacques Bonny, le garde du corps de Stavisky, Georges Hainnaux, a témoigné que l'inspecteur « n'avait jamais eu, en aucune façon, partie liée avec l'escroc[41]. » Les affirmations de Romagnino et de Lussats, que rien ne vient étayer, sont jugées douteuses par Paul Jankowski, historien spécialiste de l'affaire Stavisky[42]. Enfin, dans le même ordre d'idée, Roger Peyrefitte et Philippe Aziz écrivent que Bonny aurait été l'invité de Stavisky en 1933 à l'hôtel Miramar de Biarritz, sans donner aucune source à cette affirmation contredite par les conclusions de la commission d'enquête parlementaire[43].

Bonny aurait également, selon les souvenirs de Xavier Vallat[Note 38], Joseph Kessel[44] ou encore selon les écrits postérieurs des journalistes Bernard Michal[45] et Gilbert Guilleminault[46], été chargé de la tentative de faire passer Stavisky pour mort en décembre 1933 dans la catastrophe ferroviaire de Lagny-Pomponne en échangeant ses papiers d'identité avec ceux d'un corps non identifiable, lui permettant ainsi de disparaître[Note 39]. Fred Kupferman donne une version légèrement différente, selon laquelle, à cette occasion, Bonny « a laissé tomber le patron » puis a « fait commerce des dossiers, en sélectionnant les noms à divulguer et ceux à cacher[47]. » Pour Guy Penaud, « rien ne permet de confirmer cet épisode [du décès simulé], diffusé à l'époque par la presse d'extrême droite[Note 40]. »

C'est enfin l'un des collègues de Bonny à la Sûreté, l'inspecteur Bayard, qui est, lui, bel et bien identifié comme complice et informateur de Stavisky, auquel il fournit également de faux passeports et qu'il emploie en retour comme indicateur à partir de 1927[Note 41].

Ce qui est avéré : la tentative de compromettre le préfet Chiappe[modifier | modifier le code]

Photographie officielle du préfet Chiappe dans son bureau
Jean Chiappe, directeur de la Sûreté de 1924 à 1927, puis préfet de police de 1927 au 3 février 1934, proche des ligues et de l'extrême droite. L'inimitié entre Bonny et ce haut fonctionnaire a joué un rôle certain dans sa révocation[Note 42].

Il est en revanche attesté qu'au printemps 1933, Bonny s'intéresse de sa propre initiative aux agissements de Stavisky, comme le montrent trois notes rédigées à l'intention de ses supérieurs en mai-juillet de cette année. Ses méthodes semblent avoir suscité alors des réserves de la part de sa hiérarchie : son supérieur, le contrôleur général Louis Ducloux, les juge après coup « hasardeuses et peu dignes d'un inspecteur[48]. » Bonny aurait en effet, selon ses propres déclarations ultérieures, notamment proposé de gager lui-même de faux bijoux au Crédit municipal de Bayonne afin de pouvoir provoquer le déclenchement d'une information judiciaire dès lors que ceux-ci auraient été frauduleusement acceptés[49]. Il attire encore l'attention sur Stavisky après l'arrestation de Gustave Tissier, dès le début de l'affaire des bons du crédit municipal de Bayonne et se voit finalement confier l'enquête par son supérieur, le commissaire Hennet, en décembre 1933[50].

Tentant notamment de retrouver l'escroc en fuite, il contribue à mettre l'enquête sur la piste de Chamonix grâce à l'un de ses informateurs, Georges Hainnaux. Ce sont cependant d'autres policiers de la Sûreté qui sont envoyés à Chamonix et qui découvrent le corps de Stavisky le 8 janvier 1934, alors que ce dernier vient de se suicider[Note 43].

C'est alors, pour l'historien Paul Jankowski, que Bonny « franchit à son tour les limites de l'honnêteté pour son seul intérêt personnel[51] » lorsque se présente l'occasion de compromettre Chiappe. Bonny interroge la femme de Stavisky, Arlette, le 12 janvier 1934 et tente de lui faire faire état de relations chaleureuses entre son mari et le préfet de police[Note 44]. Celle-ci refuse de signer un premier procès-verbal, et n'accepte qu'après suppression de cette mention. Mais Bonny transmet cependant, avec l'accord de son supérieur le commissaire John Hennet, une « note » sur les liens supposés de Chiappe avec Stavisky ; celle-ci parvient au ministre de l'Intérieur et président du Conseil Camille Chautemps, qui juge inadmissible cette « manipulation » de l'interrogatoire d'Arlette Stavisky[52]. Or le commissaire Oudard, des Renseignements généraux de la Préfecture de police, vient de transmettre à Chautemps le dossier de l'affaire Volberg, inabouti jusque-là faute de preuves. Le président du Conseil ordonne alors la suspension de Bonny[Note 45].

La spectaculaire restitution des talons de chèques[modifier | modifier le code]

portrait de Chéron, barbiche et calvitie, le visage rond et l'air jovial
Henry Chéron, garde des Sceaux qui qualifia imprudemment Bonny de « premier policier de France ». Autoritaire et impulsif, peu respectueux de l'indépendance de la magistrature et du secret de l'instruction, surtout pressé d'en finir avec l'affaire sous la pression de la presse et de la commission d'enquête parlementaire, il organise une « désastreuse contre-offensive en chargeant Bonny […] de participer à l'instruction ». Il y laisse finalement sa carrière politique[Note 46],[Note 47],[Note 48].

Dès la fuite de Stavisky, une question brûlante est celle des talons de ses chéquiers, où les mentions des bénéficiaires sont censées être révélatrices de l'ampleur de la corruption des politiques qui l'auraient protégé. Comme le relève Guy Penaud, « Les sources divergent quant à la façon dont Bonny parvient à mettre la main sur les talons de chèques de Stavisky[53] » confiés par des comparses de celui-ci, Georges Hainnaux et Romagnino, à l'avocat de ce dernier, le bâtonnier Raymond Hubert. Il avait appris leur existence par Sylvain Zweifel, un autre complice de Stavisky[54] et connaissait déjà via Pierre Curial, voisin de l'escroc à l'hôtel Le Claridge, les noms de différentes personnalités en cause[55].

Quoi qu'il en soit, l'affaire est spectaculairement orchestrée : Hainnaux se présente dans la soirée du 1er mars 1934 avec les documents (plus de mille talons de chéquiers) au domicile de Bonny, où l'attendent le directeur de cabinet du garde des Sceaux, le magistrat instructeur André Ordonneau, le procureur Gomien et le commissaire Delgay[56]. Selon les commentateurs de l'époque hostiles au gouvernement, la restitution donne lieu, chez Bonny, à une « cérémonie pour le moins inattendue [avec] du champagne sablé en commun par les plus hauts magistrats de la République, des repris de justice et des policiers marrons[Note 49]. »

Le lendemain, le garde des Sceaux de l'époque, Henry Chéron, convoque Bonny pour le féliciter, lui donne l'accolade et lui déclare : « jeune homme, vous avez sauvé la République. Vous êtes le premier policier de France[57] ! » Le Petit Parisien du 3 mars commente : « Il n'y a pas plus loin de la Roche tarpéienne au Capitole que du Capitole à la Roche tarpéienne. Monsieur Bonny vient d'en faire l'expérience, lui qui, promis il y a une semaine à des sanctions disciplinaires, réussit en trois jours à s'inscrire au tableau d'avancement, à obtenir de ses chefs et de ses pairs une absolution réparatrice et unanime et à remporter un succès professionnel […] Ceux qui [l'ont] vu à l'œuvre ne doutaient pas de lui et n'ont pas été surpris de ce coup du théâtre d'avant-hier soir[Note 50]. »

Or, la veille, Bonny a comparu à nouveau devant le conseil de discipline qui l'a une seconde fois relaxé dans l'affaire Volberg, toujours faute de preuves[Note 51]. La presse ne manque pas de s'interroger sur cette coïncidence, à l'exemple de la une du Populaire : « cette découverte opportune n'est-elle pas le prix contre lequel M. Bony (sic) aurait négocié sa réintégration[58] ? » La commission d'enquête parlementaire constituée sur l'affaire Stavisky[Note 52] conclut quelques mois plus tard dans son rapport :

« Le 1er mars, après la décision favorable du conseil de discipline, se place la scène des chèques au domicile de Bonny, avec une mise en scène qui a tendu à ridiculiser quelque peu les hauts magistrats de la Seine.

Le rôle de Bonny, qui n'est pas seul responsable de cette aventure, est surtout inquiétant dans les jours précédents, où ce policier, qui n'était plus qu'amateur, s'est évidemment mis d'accord avec quelques-uns uns des inculpés, ou futurs inculpés, pour faire surgir brusquement, de la façon qui pouvait lui être personnellement la plus favorable, les fameux talons de chèques, que réclamaient avec tant d'insistance l'opinion publique[59]. »

La transaction avec Hainnaux impliquant nécessairement une contrepartie financière, une partie de la presse et des commentateurs ultérieurs ne manquent pas non plus de s'interroger sur ce que Bonny aurait détourné à cette occasion[Note 53].

L'affaire Prince : Bonny discrédité[modifier | modifier le code]

Sur trois colonnes, accompagné des photographies des trois malfrats, article titré « Les deux "témoins" parisiens et le "témoin" marseillais interrogés sans désemparer durant un jour et une nuit par la Sûreté, on été inculpés d'assassinat, de vol et de complicité et arrêtés »
La une du journal Le Matin, le 30 mars 1934, annonçant l'arrestation de Carbone, Spirito et Gaëtan de Lussats[60]. La version de la mort du conseiller Prince défendue par Bonny y est déjà l'objet d'interrogations.
Bonny, souriant, entouré de plusieurs journalistes qui notent ses propos
Bonny répond aux journalistes lors de l'affaire du conseiller Prince. Photographie publiée dans le magazine Vu, 7 mars 1934[61].
Titre en première page
Le Journal s'interroge à la une après la remise en liberté de Carbone et Spirito : « M. Bony (sic), inspecteur principal à qui l'affaire Prince a valu la notoriété va-t-il être promu commissaire à la Sûreté nationale ? » et conclut, avec une feinte ingénuité : « Quel bruit fera […] la promotion de l'inspecteur Bony ! » Une fuite organisée, suppose-t-on, par les adversaires de Bonny pour faire échouer cette promotion[Note 51].
Article détaillé : Affaire du conseiller Prince.

L'affaire de la mort du magistrat Albert Prince, chargé des aspects financiers du dossier Stavisky et dont le corps a été retrouvé à la Combe-aux-Fées, au bord de la voie ferrée Paris-Dijon le 20 février 1934, est l'occasion du dernier retour de l'inspecteur Bonny, mais aussi de son échec final, qui le laisse « cette fois, […] ridiculisé et démonétisé[62]. »

En effet, sitôt réintégré dans ses fonctions, Bonny se voit confier l'enquête par le garde des Sceaux Chéron, le 3 mars 1934. Sous la pression des fortes attentes de l'opinion[Note 54] et en contradiction avec les premiers enquêteurs chargés de l'affaire, il rejette la thèse du suicide et, le 28 mars, sur la foi d'informations données notamment par ses indicateurs Georges Hainnaux et Angelo Galboni, conduit la Justice à l'inculpation spectaculaire de trois fameux malfrats marseillais, Paul Carbone, François Spirito et Gaëtan de Lussats[63].

Incarcérés le 29 mars 1934, Carbone et Spirito sont libérés dès le 26 avril, leurs avocats ayant rapidement démontré le vide du dossier[Note 55]. Un accueil triomphal leur est fait à leur retour à Marseille, à l'instigation du député et adjoint au maire de la ville, Simon Sabiani – proche du Milieu tout autant que de Chiappe[64] – qui avait entrepris une campagne d'affichage particulièrement violente envers Bonny[Note 56]. Retirée à la Sûreté nationale le 10 mai, l'affaire est confiée à la Police judiciaire où elle est reprise par le commissaire Marcel Guillaume[Note 57]. Les trois accusés sont définitivement mis hors de cause en octobre 1935 et l'affaire est finalement classée sans suite, dans l'indifférence générale cette fois, en 1937[65].

Les raisons pour lesquelles Bonny a impliqué ces grands noms de la pègre marseillaise restent incertaines, mais leurs liens avec le milieu corse et avec Sabiani suggèrent le désir d'atteindre à nouveau Chiappe[Note 58]. La commission parlementaire avoue son impuissance à élucider les motifs de cette retentissante bévue :

« Dans l'enquête sur la mort du conseiller Prince, Bonny, soit dans un désir de gloriole, que l'administration supérieure et la presse n'avaient que trop encouragé, soit pour des motifs qui nous échappent, a évidemment construit des hypothèses fantaisistes qui n'ont conduit à aucune recherche sérieuse[66] »

Jacques Bonny, son fils, donne une toute autre explication de cette affaire, jugée aujourd'hui très peu plausible, mais déjà abondamment évoquée par la presse d'extrême droite des années 1930[Note 59] : Bonny lui aurait déclaré en 1944 être lui-même l'organisateur de l'assassinat du conseiller Prince, sur l'ordre de hautes personnalités politiques, afin de sauver la République radicale-socialiste menacée par les révélations que ce dernier allait faire[Note 60]. Les accusations contre les trois caïds marseillais, inspirées par les spéculations de Simenon dans Paris-Soir[Note 61], ne seraient alors, toujours selon lui, qu'une diversion destinée à brouiller les pistes. Pour expliquer la situation délicate où se trouve ensuite l'inspecteur, Jacques Bonny affirme que « lorsqu'on fut assuré que le conseiller Prince ne parlerait pas, que ses dossiers resteraient lettre morte, que les chéquiers de Stavisky se trouvaient en bonnes mains, très naturellement, mon père, parce qu'il en savait trop, devint le dernier gêneur qui restât en circulation[67]. »

L'historien Paul Jankowski note cependant :

« On remarquera que les observateurs convaincus de son suicide ont, par la suite, rédigé leurs conclusions, tandis que les tenants du meurtre ont préféré se taire. Une exception à cela : l'inspecteur Bonny, qui, avant d'être exécuté pour collaboration en décembre 1944, aurait avoué (selon son fils) qu'il avait organisé l'assassinat de Prince. Cette révélation, à supposer qu'elle ait été faite, est aisément réfutable. Il en va de même pour un autre point rapporté par le fils de Bonny : Prince ayant mis la main sur les talons de chèques, l'inspecteur Bonny aurait reçu les ordres d'un "personnage haut placé", non cité comme de juste. Il suffit, pour se convaincre de l'absurdité de ces révélations, de lire [à quel point] Gisèle Dessaux Prince […] dans sa quête d'un mobile à l'assassinat de son père, est obligé de multiplier les spéculations[68]. »

Quoi qu'il en soit, son échec dans l'affaire Prince signe la fin de sa carrière et la perte de ses soutiens, que ce soient parmi les politiques ou la presse. Bonny lui-même convient à la fin de sa vie, peu avant son exécution, que :

« L'affaire Stavisky, en décembre 1933, est venue anéantir quinze ans de ma vie policière. Jeté en pâture à l'opinion par des chefs indignes, lâches ou complices, je suis devenu, après une campagne de presse sans précédent, un gangster, un bandit, un être redoutable qu'il fallait abattre.

Dans l'esprit public, qu'on le veuille ou non, il en est toujours resté quelque chose. Bonny était synonyme de gangster, de mystérieux, de suspect[Note 62]. »

Le retour des affaires Volberg et Cotillon : la chute[modifier | modifier le code]

une femme d'une trentaine d'années, élégamment vêtue, à la barre des témoins.
Andrée Cotillon est le témoin surprise du procès intenté par Bonny lui-même au magazine Gringoire pour diffamation : ses déclarations accusant Bonny de tentative de chantage à son endroit font alors sensation[69].
Sur deux colonnes surmontées d'une photographie, l'article est titré « Bonny est arrêté. Peu après 1 heure, M. Priolet, commissaire à la police judiciaire, l'a appréhendé rue de Charenton »
L'arrestation de l'ex-inspecteur Pierre Bonny fait la une du quotidien Le Journal le 14 mars 1935[70]. Sur la photographie, aux côtés de Blanche Bonny, son épouse, et de Me Philippe Lamour, son fils Jacques, qui a alors onze ans et qui publiera en 1975 une biographie en forme de défense de sa mémoire.
Derrière la silhouette massive du truand Carbone apparaît l'ombre du préfet Chiappe, la matraque policière en main
Le procès Bonny - Gringoire représenté dans L'Humanité : derrière le truand Carbone, qui intervient à plusieurs reprises depuis les bancs du public au cours des audiences, l'ombre de l'ex-préfet Jean Chiappe, ennemi avéré de Pierre Bonny[71].

Bien que déjà relaxé à deux reprises par le conseil de discipline faute de preuves dans l'affaire Volberg, Bonny est à nouveau mis en cause devant la commission d'enquête parlementaire en juin 1934, mais cette fois preuve à l'appui, par Georges Mandel, « sans doute alimenté par son ami Jean Chiappe[Note 63]. » Il est également placé sur la sellette par la commission sur les conditions dans lesquels ont été restitués les talons de chèques de Stavisky. Enfin, Simon Sabiani fait opportunément ressurgir l'affaire marseillaise de la cocaïne de 1927[Note 64]. Une information judiciaire est ouverte en juillet tandis que Bonny fait l'objet d'une suspension administrative. Inculpé pour corruption de fonctionnaire, il est brièvement incarcéré une première fois en décembre 1934[Note 65].

Selon les souvenirs de Roger Peyrefitte, c'est alors que « l'affaire Stavisky-Prince [déborde] dans le vaudeville[Note 66] » : en effet, entretemps, l'affaire Cotillon ressort spectaculairement en novembre 1934, semble-t-il à l'instigation de Chiappe et de Sabiani[Note 67]. Andrée Cotillon, appelée à témoigner dans le cadre d'un procès en diffamation intenté par Bonny lui-même à l'hebdomadaire Gringoire et à son directeur, Horace de Carbuccia, gendre de Chiappe[Note 68], revient sur scène et déclare cette fois reconnaître formellement Bonny comme étant l'agent de ses maîtres-chanteurs[Note 69]. Il est inculpé pour extorsion de fonds en janvier 1935, à nouveau incarcéré en mars 1935 après avoir lui-même annoncé à la presse son intention de se réfugier à l'étranger[72], puis condamné en correctionnelle à 6 mois d'emprisonnement et 500 francs d'amende pour violation du secret professionnel, peine ramenée finalement en appel à 3 mois de prison avec sursis[Note 70]. Son procès contre Carbuccia (défendu par Henry Torrès), où il a notamment pour avocat Philippe Lamour[Note 71], passionnément suivi par le public parisien, se conclut quant à lui en novembre 1934 par l'acquittement du directeur de Gringoire[Note 72].

Par ailleurs officiellement révoqué de la police en janvier 1935[Note 73] et renvoyé cette fois devant la Cour d'assises pour l'affaire Volberg (Philippe Lamour y est à nouveau son défenseur), Bonny est encore condamné le 30 octobre 1935 à trois ans de prison avec sursis et 100 francs d'amende pour les faits de corruption de fonctionnaire commis en 1928 et 1929[25].

Il aura passé en tout huit mois en détention provisoire à la Santé. Pendant tout ce temps, comme le souligne Jacques Delarue, « la presse d'extrême droite a mené contre lui une campagne féroce, en faisant un symbole de la corruption et des tripotages politiques[Note 74]. » Son avocat, Me Philippe Lamour, le qualifie d'« homme le plus calomnié de France[71] » et il n'est pas jusqu'à son fils Jacques qui n'est persécuté à l'école, ce dont la presse se fait l'écho[73]. Pour Me Lamour :

« On a fait de ce petit policier un symbole de tout ce qu'a fait la Sûreté générale […] On l'a jeté en pâture à une opinion publique avide de scandales et qui veut chaque matin son petit roman-policier. Bony (sic), c'est le "traître de mélodrame" qu'on siffle toujours[71]. »

Tandis que Jacques Bonny considère ces affaires comme de purs coups montés contre son père et comme un prétexte utilisé par Chiappe pour se débarrasser de lui après qu'il l'ait mis en cause dans l'affaire Stavisky[Note 75], Guy Penaud est d'un avis plus mesuré :

« Même s'il est indiscutable que Pierre Bonny avait été reconnu coupable d'infractions pénales incompatibles avec son statut d'officier de police judiciaire, il est permis d'avancer que sa révocation administrative et ses condamnations pénales furent la manifestation la plus criante de la jalousie quotidienne qui opposait alors Préfecture de police et Sûreté nationale, et sans doute aussi de la haine qui depuis des années opposait l'ancien policier à l'ancien préfet de police[74]. »

Les années de vaches maigres (1936-1941)[modifier | modifier le code]

Bonny journaliste et détective[modifier | modifier le code]

Chassé de la police, Bonny se tourne vers le journalisme et devient pigiste pour L'Œuvre et Le Canard enchaîné grâce à Jean Nocher et Pierre Bénard[Note 76]. Dans une situation matérielle précaire, il se serait tourné également vers d'autres activités plus équivoques : sont ainsi évoqués par Guy Penaud un trafic de faux timbres et la surveillance de groupes d'extrême-droite en tant que détective privé pour le compte des ministres de l'intérieur Albert Sarraut et Marx Dormoy[75], à moins qu'il ne s'agisse, comme c'est plus fréquemment le cas pour des policiers révoqués, d'« une agence de "Contentieux"[Note 77] » selon Dominique Kalifa. Grégory Auda est plus affirmatif sur cette reconversion forcée, soulignant que « disposant d'un réseau très fiable d'indicateurs, capable de tordre la loi pour les besoins de ses enquêtes, fin connaisseur des milieux interlopes de la capitale et des cercles politiques d'extrême droite, [Bonny] reste un professionnel du renseignement et de l'investigation. Après son limogeage, il continue donc de travailler dans son domaine d'excellence[76]. »

Jacques Bonny, lui, ne fait aucune allusion à ces activités de détective, soulignant que son père aurait coupé alors toute relation avec le milieu policier et que sa famille, réfugiée d'abord en province, ne doit sa survie matérielle durant cette période qu'à la générosité de quelques proches, outre celle des amis journalistes de son père, et à Bonny lui-même qui n'aurait alors pas hésité à se faire, un temps, pêcheur de crevettes au Cap Ferret[77].

La Cagoule[modifier | modifier le code]

Un entrefilet de deux paragraphes, titré « C'est Bonny qui dirige l'enquête des Cagoulards »
L'hebdomadaire Le Nouvelliste d'Indochine dénonce le rôle supposé de l'ex-inspecteur Pierre Bonny dans l'affaire de la Cagoule en 1937, et évoque « Bonny, le Bonny des talons de chèques, le Bonny de Cotillon, le Bonny sorti de prison […] l'homme au pardessus de Volberg[78]. »
Article détaillé : La Cagoule.

C'est pourtant de manière mieux attestée que Bonny est mêlé à l'automne 1937 au démantèlement de La Cagoule[79] – organisation secrète issue des radicaux de l'Action française – sans pour autant obtenir en retour du ministre de l'Intérieur Marx Dormoy la réintégration manifestement escomptée[Note 78] : c'est par son intermédiaire que Thomas Bourlier (membre de l'organisation ou indicateur infiltré par Bonny lui-même[80]) révèle une liste de caches d'armes de la Cagoule ainsi que le nom d'une partie de ses membres. Sous le titre « Le mystère du rôle joué par Bonny dans l'affaire du C.S.A.R. reste entier », Le Figaro du 18 février 1938 cite laconiquement le directeur général de la Sûreté nationale, qui déclare à ce propos : « jamais je n'ai entendu parler dans le cabinet de M. Marx Dormoy, le prédécesseur de M. Albert Sarraut [Ministre de l'intérieur], de la réintégration de l'inspecteur Bonny. Quant aux indicateurs de la Sûreté nationale, il nous est impossible naturellement de les faire connaître[81]. » Bonny, lui, publie plusieurs articles sur son propre rôle dans l'affaire, en 1938, dans l'hebdomadaire syndical de Léon Jouhaux, Messidor – Le grand magazine du peuple[Note 79].

Preuve, s'il en est besoin, de l'image déjà laissée par Bonny, le polémiste d'extrême droite Robert Brasillach ne manque pas, en décembre 1937, de dénoncer le fait que, selon lui[Note 80], « rue des Saussaies [siège de la Sûreté] tout est dirigé, on le sait maintenant, par l'inspecteur Bonny et par le sinistre Voix, du Vieux Logis de Chamonix. Ce sont les mêmes qui reparaissent, et la Mafia est bien heureuse d'avoir rencontré la Cagoule. » L'implication de Bonny, abondamment relevée et indissociable des souvenirs proches de l'affaire Stavisky, nourrit plus généralement, d'abord à droite, le sentiment d'une partie de l'opinion que l'affaire de la Cagoule serait un complot gouvernemental[82]. D'autres, cependant, ne sont pas dupes de cette association forcée, à l'exemple de Jean-Maurice Hermann, du Populaire, qui la parodie ainsi :

« Le C.S.A.R. n'existe pas ! Les plans, les mitrailleuses, les assassinats ! Vulgaires bobards ! Tout ça, savez-vous ce que c'est ? Une combine policière. Et savez-vous qui l'a montée ? L'inspecteur Bonny, parbleu, celui qui a embrassé Stavisky, tué Prince, brûlé Jeanne d'Arc, vendu l'avion-canon au Honduras et trahi Vercingétorix…[83] »

Quant à la portée finale de l'initiative menée par Bonny contre cette organisation, elle demeure difficile à déterminer[Note 81]. Sans y faire mention d'un quelconque rôle joué par l'ex-inspecteur Bonny, l'historien Frédéric Freigneaux souligne que « très vite, la police réussit à infiltrer certains de ses agents au cœur de la Cagoule. Avant même les attentats de septembre 1937, la police en connaît les principaux chefs. […] Le 16 septembre, elle […] trouve la liste des adhérents du mouvement terroriste[84]. » Bien avant, donc, l'intervention de Bonny qui se situe en octobre, et qui n'aurait donc pas été aussi décisive que la presse l'a alors supposé.

Bonny contre la cinquième colonne ?[modifier | modifier le code]

Jacques Bonny est, semble-t-il, la seule source à relater une dernière intervention de son père dans les affaires occultes au cours de cette période. Selon son témoignage, Bonny aurait tenté en 1939 de démasquer un réseau d'espions allemands, une fois encore grâce aux informations fournies par Georges Hainnaux et cette fois grâce à des fonds apportés par le Consistoire israélite. Les informations en question n'auraient, finalement, pas été exploitées, ignorées du pouvoir en place[85].

La rue Lauriston (1942-1944)[modifier | modifier le code]

Fin 1941 ou début 1942, Bonny rejoint la Gestapo française installée au 93, rue Lauriston sous la direction d'Henri Lafont dont il devient l'adjoint, et dont les activités concernent essentiellement alors le racket des trafiquants et le vol au cours des perquisitions[Note 82]. Les intermédiaires de ce recrutement sont incertains : sont évoqués en particulier l'ancien avocat et homme politique Jean Aimé Guélin[Note 83], trafiquant proche de l'entourage de Pierre Laval[Note 84] et indicateur de la Gestapo, ainsi que le capitaine Wilhelm Radecke, adjoint d'« Otto » Hermann Brandl de l'Abwehr, le responsable des « bureaux d'achats » allemands en France[Note 85]. Son cas n'est d'ailleurs pas exceptionnel : d'autres anciens policiers révoqués se retrouvent également aux côtés des malfrats de la bande Lafont ou des autres officines de la Gestapo française[Note 86]. Bonny y recrute lui-même son propre neveu, Jean-Damien Lascaux[Note 87].

dessin au trait. Bonny, vêtu strictement, porte des lunettes à grosses montures et a l'air accablé. Lafont, mal rasé, le col ouvert, semble avoir le regard vide
Pierre Bonny et Henry Lafont caricaturés dans L'Humanité, lors du procès de la Gestapo française de la rue Lauriston, le 2 décembre 1944[86].

Tout en qualifiant de « descente aux enfers[87] » les années de collaboration de son père, Jacques Bonny soutient que celui-ci a ignoré jusqu'au procès de 1944 l'étendue des exactions et des tortures exercées par la bande de Lafont[88], qu'il n'y a joué qu'un rôle administratif, qu'il n'a participé à la traque des résistants que contraint et forcé par Lafont, Knochen et la Gestapo allemande[89], qu'il « ne prit jamais part à aucune action » de la Brigade nord-africaine et qu'il n'a mené à Tulle qu'une brève « mission d'intendance[90]. » Une toute autre réalité est cependant révélée par les archives judiciaires et les témoignages.

Bureaucrate, mais aussi tortionnaire[modifier | modifier le code]

Prenant la succession du secrétaire de Lafont, Edmond Delahaye[91], Bonny joue en premier lieu un rôle clé d'organisateur de ce qui était avant tout un groupe de mercenaires, tenant la caisse, dirigeant le personnel, rédigeant les procès-verbaux et gérant rapports, dossiers et procédures[Note 88]. Il en témoigne lui-même : « lorsque nous avions une affaire à traiter, une procédure judiciaire était dressée par moi et, le cas échéant, c'est-à-dire si Lafont l'estimait utile, cette procédure était traduite en allemand et remise avec les inculpés aux deux sous-officiers [allemands du SD], qui écrouaient directement les inculpés[92]. »

Ainsi que le résume le procureur Marcel Reboul lors de son procès en 1944[Note 89] : « vous avez, par votre connaissance administrative, donné à la Gestapo française le lien qui lui manquait. Vous en avez fait une administration officielle, vous avez assuré la pérennité de sa puissance. A votre apparition, l'assemblage disparate de malfaiteurs que Lafont avait réunis en une bande organisée devait devenir ce que vous avez appelé le Service. Il s'y rédige des rapports qui ont la forme administrative. Les Allemands savent qu'ils peuvent compter sur vous d'une façon durable et ils vous englobent dans leur système administratif. »

Mais il est aussi établi que, malgré ses dénégations[Note 90], Bonny participe personnellement aux interrogatoires et aux violences exercées en ces occasions. Un témoin, parmi d'autres, déclare en 1944 :

« Le 3 mai 1944, j'ai été arrêté par quatre policiers du Capitaine Henri, comme suspecté d'appartenir à la Résistance. Ils m'ont conduit devant le Capitaine Henri Lafont et le lieutenant Pierre Bonny. Ils m'ont posé des questions et, jugeant mes réponses insatisfaisantes, le lieutenant Pierre a commencé à me porter des coups au visage. Devant mon obstination à ne pas avouer, j'ai été conduit à la salle de bains, située au 1 er étage. Là, ils m'ont mis des menottes en les serrant si fort que les branches se sont incrustées dans mes poignets. […] Ils enroulèrent ensuite une corde autour de ma poitrine et de mes bras, et me ligotèrent les chevilles. L'un de mes tortionnaires me saisit par la tête, tandis qu'un autre me soulevait par les pieds. Ils me plongèrent dans une baignoire remplie d'eau glacée. Pendant 1h30, ils me torturèrent, m'immergeant la tête jusqu'à suffocation. Entre les reprises, ils me posaient des questions. Je m'évanouissais souvent[93]. »

La traque des résistants[modifier | modifier le code]

Comme le souligne Grégory Auda, « cette association [de Lafont et de Bonny], qui alliait l'instinct du prédateur à la rigueur de l'administrateur, allait se révéler redoutablement efficace dans la lutte contre la Résistance[94]. »

Bonny est en contact répété avec le colonel Helmut Knochen, chef de la police de sûreté (SIPO) et du service de sécurité (SD) pour la France, voire sous ses ordres[95]. S'il n'est pas l'initiateur de la chasse aux résistants et aux maquisards vers laquelle se tourne bientôt la Gestapo de la rue Lauriston, il y joue, selon Guy Penaud[96], un rôle essentiel : il est, par exemple, l'auteur de l'arrestation de Geneviève de Gaulle le 20 juillet 1943, prise dans une souricière tendue aux membres du réseau Défense de la France[97]. Après qu'elle a révélé son identité à Bonny, elle est interrogée à l'annexe de la rue Lauriston située place des États-Unis, puis remise à la Gestapo.

La Brigade nord-africaine[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Légion nord-africaine.

Il prend part enfin aux opérations menées en province par la « Brigade nord-africaine. » Créée en janvier 1944 par Lafont et Mahfou El-Maadi, avec le soutien notamment de Jean Luchaire, celle-ci était censée décharger les armées allemandes de la lutte contre les maquis. Forte de 250 à 300 hommes, elle est envoyée dans le Périgord, en Franche-Comté et dans le Limousin, puis se replie à Paris fin mai, après des pertes importantes, avant de se décomposer en juillet 1944[98].

Bonny reçoit à cette occasion le grade et l'uniforme de lieutenant dans la SS[Note 91]. Il participe à l'expédition de Tulle en avril 1944 où, contrairement à ses affirmations ultérieures lors de son procès, il est attesté qu'il prend une part active aux exactions de la Brigade, aussi bien lors des interrogatoires que lors des actions sur le terrain[99].

Fuite, procès et condamnation[modifier | modifier le code]

Dessin au trait montrant une scène classique d'interrogatoire du suspect par deux policiers en manche de chemise, l'air épuisé.
Caricature publiée dans Franc-Tireur en septembre 1944[100], intitulée « Bony (sic) à l'interrogatoire » : « Peuh ! Vous êtes des enfants Voulez-vous que je vous montre comment on interroge un client ? »
Article titré « Bonny se faisait passer pour parachutiste anglais… »
Le journal L'Humanité titre en une, en septembre 1944, sur Pierre Bonny avant le procès de la Gestapo française de la rue Lauriston (son nom est incorrectement orthographié)[101].

Après avoir géré la liquidation de la rue Lauriston, distribuant « primes de départ » et détruisant les dossiers[102], Bonny est dénoncé avec Lafont par Joseph Joanovici[103]. Ils sont capturés avec leurs familles le 31 août 1944 dans une ferme du Loiret à Bazoches-sur-le-Betz.

Bonny « compte sur la solidarité policière pour lui éviter le pire. Il est prêt à collaborer en espérant que la Justice tiendra compte de cette coopération spontanée[104] » : il livre les noms des membres de la Carlingue, rédigeant lui-même, selon son fils, les procès-verbaux de ses interrogatoires[105]. Mais, « habilement, il mélange le vrai et le faux, procède à un véritable chef-d'œuvre de montage dans lequel il s'attribue le beau rôle et amoindrit considérablement ses responsabilités en chargeant ses complices à outrance[Note 92]. »

Le procès de la bande Bonny-Lafont s'ouvre le 1er décembre 1944 devant la cour de justice de la Seine. Bonny comparaît aux côtés de dix autres accusés dont Lafont[Note 93]. Les audiences sont l'occasion de nombreux témoignages spontanés et s'en tiennent essentiellement à ce qui a trait à la collaboration, laissant de côté les activités criminelles[106]. Selon le Parisien libéré, « Bonny, à force de dénonciations, espère pourtant avoir sauvé sa tête[107]. » Roger Maudhuy écrit à ce propos : « Lafont prend tout sur lui, couvre ses hommes. Bonny ergote, larmoie, discute, implore. Un homme et une carpette[108]. » Il est pourtant condamné à mort le 11 décembre 1944 et fusillé, au fort de Montrouge, le 27 décembre de la même année[109]. La morgue de Lafont lors de son exécution est fréquemment opposée à la lâcheté d'un Pierre Bonny effondré, pleurant et gémissant face au poteau[110]. Jacques Bonny s'élève contre ces affirmations[111], rejoint par Grégory Auda qui souligne que « Le panache [dont fit preuve Lafont] contribua à l'édification de son mythe, au détriment de Bonny qui fit figure de lâche et de "balance". Cela est injustifié car si Bonny parla, il ne s'effondra pas à l'annonce du jugement et affronta le peloton avec résignation[112]. »

Jacques Bonny soutient que l'instruction et le procès, menés à charge, n'ont pas retenu ce qui aurait dû être porté au crédit de son père, à savoir les « services de sauvetage, grâces, libérations » qu'il aurait rendu[113]. Les commentateurs s'accordent à constater que « l'instruction de l'affaire dite de la rue Lauriston fut réduite à sa plus simple expression[Note 94] » et que le procès fut en effet expéditif[Note 95]. Pour Guy Penaud :

« En fait, Pierre Bonny a payé pour toutes les atrocités commises pendant trois années, certaines par lui, mais également par tous ceux, hommes bien peu recommandables, qu'il avait, pour certains recrutés, pour tous les autres commandés, et dont il avait couvert les actions criminelles qu'il ne pouvait ignorer[114]. »

Une postérité complexe[modifier | modifier le code]

Comme le signale l'historien Michel Pierre, la figure de Pierre Bonny est avant tout interprétée à rebours, après-coup, à partir de l'image du collaborateur de la rue Lauriston projetée sur tout son passé, non sans anachronismes parfois[115],[Note 16],[Note 96].

Comment le « premier policier de France » devient-il un gestapiste ?[modifier | modifier le code]

Plaque commémorative portant l'inscription « En hommage aux résistants torturés dans cette maison pendant l'occupation, 1940-1944, par des Français, agents auxiliaires de la Gestapo du groupe dit "Bonny-Lafont" »
Plaque commémorative en hommage aux victimes de la Gestapo française.

Le parcours de Bonny, ou plutôt l'époque 1942-1944 auquel il est le plus souvent réduit, suscite de nombreuses interrogations chez ses biographes. Politiquement à gauche tout au long de sa carrière policière[Note 97], ami de Jean Nocher, Pierre Bénard et Pol Ferjac[Note 76], présent au défilé de soutien au Front populaire du 24 mai 1936[116], il se rallie pourtant en 1942 à l'une des formes les plus radicales de la collaboration. Au-delà des lectures simplistes qui attribuent globalement cette fin à une sorte de tare initiale, Guy Penaud évoque en particulier, pour l'expliquer plus précisément, « sa révocation de la police qu'il jugeait anormale […] le sentiment d'avoir été lâché par ses amis politiques alors qu'il leur avait parfois rendu des services à la limite de la légalité […] la situation financière délicate dans laquelle s'était débattue sa famille après sa révocation [et] l'appât du gain facilement et illégalement obtenu (alors qu'il était encore en fonction, cet aspect de sa personnalité était déjà frappant)[Note 98]. »

Le rôle de la séduction plus personnelle exercée par Henri Lafont sur Pierre Bonny est également relevé, tant par Guy Penaud que par son fils, bien que ce dernier démente l'existence de tout lien d'amitié entre les deux responsables de la rue Lauriston et s'attache à soutenir que leur relation ne fut que distante et formelle[Note 99].

Policier dans l'âme, mais vénal ?[modifier | modifier le code]

La première arrestation de Bonny en décembre 1934 fait la une de Police Magazine[117].

Ses qualités policières sont également questionnées ; enquêteur-né pour les uns[Note 100], c'est un policier vénal, un « escroc[118] », voire un « individu taré » pour les autres[Note 101] : « inspecteur audacieux et entreprenant, ayant de l'allant et de l'initiative, mais dont l'activité devait être étroitement surveillée… [et qui] n'inspirait pas un sentiment de sécurité absolue[119] » selon son supérieur et ennemi, le préfet Jean Chiappe, il est jugé beaucoup plus sévèrement par l'un de ses collègues, le commissaire Clos, pour qui « Bonny ne fut jamais, comme le prétend la légende, un grand policier… Bonny a toujours eu une activité marginale, qui le mettait en contact avec le milieu, avec les truands et les trafiquants. Il a toujours eu un côté peu rassurant, équivoque, à la limite du policier marron. En revanche, il était précis, méticuleux, avec un sens administratif aigu[120]. » De même, l'avocat et historien Pierre Cornut-Gentille rapporte que le supérieur hiérarchique de Bonny, Louis Ducloux, contrôleur général des Recherches judiciaires à la Sûreté générale, jugeait que « quand il s'intéressait à une affaire, on ne savait jamais si c'était pour le bien du service ou dans son intérêt propre[121]. » Maurice Garçon suppose quant à lui qu'« il aurait pu réussir [dans la police] s'il n'avait été complètement dénué de scrupules et de moralité[122] », tandis que les criminologues Alain Bauer et Christophe Soullez le qualifient abruptement d'« aussi intelligent que malsain[123]. »

Jacques Bonny, qui dément cette image, lui oppose celle d'un père passionnément policier, certes ambitieux, parfois emporté par son élan[Note 8] et sa certitude d'avoir trouvé la bonne piste[Note 102], mais avant tout homme rangé, entièrement dévoué à sa famille et finalement victime des circonstances[Note 103].

L'historien Jean-Marc Berlière, spécialiste de l'histoire des polices françaises, relève que Bonny, avant tout, est un exemple des dangers auxquels est exposée la police politique – telle que la Sûreté générale – dont les membres, « chargés de missions bien particulières, plongés dans une ambiance délétère, […] peuvent céder à la tentation de profiter, pour leur propre compte, des secrets découverts[Note 104] », et nuance ces jugements contradictoires en écrivant que :

« Le pouvoir que confèrent à certains policiers les missions dont on les charge, l'absence de contrôle réel, l'impunité et l'autonomie de fait dont ils jouissent peuvent provoquer chez de petits fonctionnaires médiocrement payés des vertiges particulièrement graves. Chantage, corruption, exactions font une litanie qui accompagne en permanence des hommes auxquels les dossiers qu'ils possèdent confèrent des pouvoirs considérables et dont une minorité de policiers peu scrupuleux a pu profiter dans des buts personnels. Le cas de l'inspecteur Bonny dans les années trente illustre à merveille ces dangers qui ne relèvent pas du seul fantasme[124]. »

Pierre Bonny en donne lui-même une candide illustration en déclarant en janvier 1935, pour sa défense :

« Un inspecteur de police qui part en mission touche 65 francs pour ses frais de nourriture et d'hôtel et de 8 à 19 francs pour ses frais d'enquête. Comment voulez-vous, avec une somme pareille, faire face aux dépenses multiples que nécessitent des recherches où il faut souvent évoluer dans des milieux coûteux ? Aussi arrive-t-il que des plaignants versent de l'argent pour que des enquêtes qui, normalement, sont longues, puissent être menées avec célérité[49]. »

L'homme de l'ombre et des affaires ?[modifier | modifier le code]

Bonny assis, l'air seul, dans son box
Pierre Bonny dans le box des accusés lors du procès Cotillon (8 au 20 octobre 1935).

Bonny est déjà, de son vivant, la cible de nombreux articles polémiques, dus pour une part seulement à la presse d'extrême droite, qui concourent à créer le mythe de l'homme de tous les complots[Note 105]. Cette image se perpétue après la seconde guerre mondiale aussi bien en France que dans la littérature anglo-saxonne[125].

« Représentatif de tous les fantasmes et les peurs des Français concernant la police française » pour l'historien britannique Malcolm Anderson[126], Pierre Bonny a fait l'objet d'une abondante littérature souvent journalistique ou polémiste plus qu'historienne qui a entretenu l'image de l'exécuteur des basses œuvres du régime, véritable « préposé aux affaires les plus sombres de la période[Note 106] » ou même « tueur politique du régime[Note 107] ». Il aurait ainsi été tour à tour l'instigateur de la machination policière contre Seznec[Note 108], voire le complice du meurtre de Pierre Quéméneur[127], « l'homme-lige[Note 109] » de Stavisky[Note 110], à moins qu'il n'ait été son assassin, le maquilleur des fameux talons de chèque[Note 111] ou celui qui en aurait détourné une partie, le dissimulateur des preuves contre les radicaux alors au pouvoir[Note 112], l'organisateur de l'assassinat du conseiller Prince[Note 113] ou encore celui qui permit d'étouffer toute l'affaire[Note 114]. Mais on en fait tout aussi bien un membre ou un complice de la Cagoule[Note 115], voire un agent provocateur à cette occasion, et enfin, sous la plume d'un journaliste « réinterprétant à son tour l'histoire de la Troisième République comme celle d'un long complot des Loges » sous l'Occupation, un séide du « complot maçonnique[Note 116] », tandis que Pierre Chevalier, dans sa monumentale Histoire de la Franc-Maçonnerie française, laisse planer le doute à son sujet[Note 117].

L'historien Michel Pierre s'interroge sur cette image, soulignant à propos de l'affaire Seznec que :

« [S'il] est certain que ce policier brillant a pour le moins mal tourné […] chacun est-il à ce point prédestiné qu'être un collaborateur de la pire espèce pendant l'Occupation signifie qu'on était déjà une crapule vingt ans plus tôt[115] ? »

Une abondante postérité littéraire et cinématographique[modifier | modifier le code]

vue en plan rapproché d'un homme en manteau, foulard et chapeau, ganté, la cigarette aux doigts et la serviette sous le bras. Moustache et lèvres fines, l’œil perçant.
L'inspecteur Bonny tel que la presse des années 1930 en a fixé l'image pour la postérité[128],[Note 27].

Le fils de Pierre Bonny, Jacques Bonny, publie en 1975, avec l'aide du journaliste Pierre Demaret, une biographie de son père : Mon père l'inspecteur Bonny, appuyée sur les archives familiales et ses souvenirs personnels[Note 118]. Sous couvert d'une enquête qui se présente comme sans indulgence, ce « récit justificatif » vise à réhabiliter le personnage, en adoptant les formes plus que le fond d'une démarche historienne[Note 119]. L'ancien policier devenu historien Guy Penaud s'en est tenu, pour sa part, à une approche strictement balisée par les sources écrites, judiciaires et policières, dans L'inspecteur Pierre Bonny. Le policier déchu de la « gestapo française » du 93, rue Lauriston (2011)[129].

Outre la biographie de référence due à Guy Penaud, Bonny est l'objet de plusieurs autres publications historiennes ou parfois journalistiques, le plus souvent limitées cependant à la période de la rue Lauriston : Tu trahiras sans vergogne de Philippe Aziz (1973)[130], un article de Jacques Delarue en 1985[131], puis Les Belles Années du « milieu » de Grégory Auda (2005)[132] ou encore La bande Bonny-Lafont, de Serge Jacquemard (2014)[133].

Parmi ses contemporains, le souvenir de Pierre Bonny est principalement abordé par Joseph Kessel dans Stavisky, L'homme que j'ai connu en 1934 et Auguste Le Breton dans 2 sous d'amour. Simenon, que Bonny qualifie de « romancier en mal de pittoresque et qui ne [connait] le "milieu" que par la littérature[49] », est engagé par le quotidien Paris-Soir en 1934 pour commenter l'affaire Prince ; manipulé par Gaëtan de Lussats il s'y oppose à Bonny dans une série d'articles où il met en cause, sur la foi de sources fantaisistes, différents malfrats marseillais[134]. Bonny apparaît enfin plus fugitivement dans les mémoires de divers acteurs ou simples spectateurs de l'époque, d'André Tardieu[135] à Simone de Beauvoir[136] en passant par Henry Lémery[Note 120] et Xavier Vallat.

Son personnage a été évoqué plus littérairement par Alphonse Boudard dans Les Matadors en 1966, puis dans Madame de… Saint Sulpice en 1996, Patrick Modiano dans La Place de l'Étoile en 1968 et, à travers le personnage de Pierre Philibert, dans La Ronde de nuit en 1969, puis par Roger Peyrefitte dans Manouche en 1972 et encore par Frédéric H. Fajardie dans son anthologie Romans noirs en 2006[137].

Bonny apparaît également dans la bande dessinée avec le premier tome de la Série Seznec, Malheur à vous, jurés bretons ! d'Éric Le Berre, Pascal Bresson et Guy Michel[138], ainsi que dans le livre de jeunesse avec le Guillaume Seznec : Une vie retrouvée de Pascal Bresson préfacé par Denis Seznec[Note 121].

Le cinéma l'a mis en scène dès 1947 dans Le dessous des cartes d'André Cayatte où il est incarné, sous le nom de Nansen, par Paul Meurisse[139]. Puis vient en 1974 le Stavisky d'Alain Resnais où, sous les traits de Claude Rich, Bonny est dépeint comme un intriguant qui se sert de son enquête sur Stavisky pour obtenir des moyens de chantage : « si la droite revient au pouvoir, le dossier Alexandre permet de mettre en cause les radicaux-socialistes. Par contre, si les radicaux restent en place, le directeur de la Sûreté et le préfet de police n'ont qu'à bien se tenir. Je peux les faire sauter : ils sont mouillés jusqu'au cou. Tu vois, je fais comme Alexandre : je joue sur les deux tableaux[Note 122]. » C'est ensuite Le Bon et les méchants de Lelouch (1976, Stéphane Bouy), One, Two, Two : 122, rue de Provence de Christian Gion (1978, Jean-François Dupas), le téléfilm L'affaire Seznec d'Yves Boisset (1993, Maxime Leroux) qui soutient la thèse de la responsabilité de Bonny[Note 123] et encore 93, rue Lauriston de Denys Granier-Deferre (2004, Christian Charmetant)[137],[Note 124].

Le personnage de Bonny a enfin suscité l'attention de quelques auteurs classiques de documentaires consacrés aux affaires criminelles célèbres, qui ne manquent pas de poser la question de son rôle toujours réputé sulfureux : Frédéric Pottecher dans un 5 colonnes à la une consacré à l'affaire Seznec en 1967, Alain Decaux dans un Alain Decaux raconte l'affaire Prince en 1975 et enfin Pierre Bellemare dans un De mémoire d'homme en 1978 à nouveau consacré à l'affaire Seznec[Note 125].

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Bibliographie principale[modifier | modifier le code]

portrait d'un homme d'une soixantaine d'année, lunettes, calvitie, l'air jovial
Guy Penaud, auteur d'une biographie de référence de Pierre Bonny.
  • Grégory Auda, Les Belles Années du « milieu », 1940-1944 : le grand banditisme dans la machine répressive allemande en France, Paris, Michalon,‎ 2002, 254 p. (ISBN 978-2841861644).
  • Philippe Aziz, Tu trahiras sans vergogne : histoire de deux collabos, Bonny et Lafont, Fayard,‎ 1969, 281 p.
  • Jean-Marc Berlière, « Images de la police : deux siècles de fantasmes ? », sur Criminocorpus,‎ 1er janvier 2009 (consulté le 25 décembre 2014).
  • Jacques Bonny, Mon père l'inspecteur Bonny, Paris, Robert Laffont,‎ 1975, 277 p.
  • Jacques Delarue, « La bande Bonny-Laffont », L'Histoire, no 80,‎ juillet 1985, p. 62 (lire en ligne).
  • Jacques Delarue, Trafics et crimes sous l'Occupation, Paris, Fayard,‎ 1993, 501 p. (ISBN 978-2253012832).
  • Serge Jacquemard, La bande Bonny-Lafont, French Pulp Éditions,‎ 2014, 176 p. (ISBN 978-2940349470).
  • Paul Jankowski, Cette vilaine affaire Stavisky : histoire d'un scandale politique, Paris, Fayard,‎ 2000, 467 p. (ISBN 978-2213606453).
  • Roger Maudhuy, Vichy, les procès de la collaboration, Ixelles,‎ 2011, 416 p. (ISBN 978-2875151193).
  • Guy Penaud, L'inspecteur Pierre Bonny. Le policier déchu de la « Gestapo française » du 93, rue Lauriston, Paris, L'Harmattan,‎ 2011, 260 p. (ISBN 978-2296551084).
  • Jérôme Pierrat, « L'inspecteur Pierre Bonny, un flic sans honneur ? », dans Les grandes énigmes de la police, First,‎ 2010, 231 p. (ISBN 978-2754015813), chap. 2.

Publications connexes[modifier | modifier le code]

Autres publications mentionnant Pierre Bonny[modifier | modifier le code]

Ce soir, M. Bonny, inspecteur, secrétaire du commissaire Vidal, emportera à Paris divers effets et objets saisis chez Seznec, Savoir : le pantalon de toile bleue […] un chapeau, un pardessus, un veston, un carnet de compte […] un flacon d'encre.
Comme en témoigne cette bibliographie, une large part de la littérature des années 1970-2000 sur Pierre Bonny touche à l'affaire Seznec. Le débat tourne autour du rôle de Bonny dans celle-ci, décisif selon les uns, marginal selon les autres. Mais si les sources de presse des années 1923-1924 le mentionnent à cette occasion, ce n'est, comme dans cet exemple, que pour des actions de peu d'importance dans la marche de l'enquête[140].
[…] On tient là un criminel endurci et retors, le type même du "gangster" de Sûreté générale, rompu au chantage, au vol et au meurtre
Autre thème clé des ouvrages consacrés à Bonny : l'affaire Stavisky. Les historiens jugent aujourd'hui peu probable cependant que Bonny soit, comme l'affirmait Léon Daudet dans cet article titré Les deux complices : Bonny et Chautemps, 2 décembre 1934, tout à la fois le complice de Stavisky et le responsable de la mort du magistrat Prince pour le compte du président du Conseil, Camille Chautemps.
Au banc des accusés, Lafont, l'air accablé et le regard dans le vide, et Bonny, tête levée vers les magistrats
Dernier thème majeur des écrits consacrés à Bonny : la collaboration et son rôle incontesté dans la Gestapo française de la rue Lauriston. Celui-ci lui vaut sa condamnation à la peine de mort et, ici, sa dernière image connue, aux côtés d'Henri Lafont, lors de l'énoncé du verdict par la Cour de justice de la Seine, le 11 décembre 1944.
  • Anne-Claude Ambroise-Rendu, Crimes et délits. Une histoire de la violence de la Belle Époque à nos jours, Nouveau Monde,‎ 2012, 382 p. (ISBN 978-2847361674).
  • (en) Malcolm Anderson, In Thrall to Political Change: Police and Gendarmerie in France, Oxford University Press,‎ 2011, 504 p. (ISBN 978-0199693641).
  • Julien Arbois, Histoires insolites de la Seconde Guerre Mondiale, City Edition,‎ 2014, 250 p. (ISBN 978-2824605142).
  • Alexandre Astruc, Pierre Badel et Igor Barrère, 50 ans de télévision: racontés par Pierre Bellemare, Hervé Bourges, Alain Decaux, Igor Barrère, Pierre Tchernia, Patrick Poivre d’Arvor et les autres, Le Passeur,‎ 2015, 312 p. (ISBN 978-2368902431).
  • Philippe Aziz, Les dossiers noirs de l'occupation, vol. 2, Famot,‎ 1979, 250 p.
  • Claude Bal, Seznec était innocent, Éditions de Paris,‎ 1955, 241 p.
  • Alain Bauer, Dictionnaire amoureux du Crime, Plon,‎ 2013, 940 p. (ISBN 978-2259220729).
  • Alain Bauer et Christophe Soullez, Une histoire criminelle de la France, Odile Jacob,‎ 2012, 365 p. (ISBN 978-2738128096).
  • Emmanuel Beau de Loménie, Les responsabilités des dynasties bourgeoises, vol. 5, La Librairie française,‎ 1963, 685 p.
  • Jean-Marc Berlière, Le monde des polices en France : XIXe-XXe siècles, Paris, Complexe,‎ 1996, 275 p. (ISBN 978-2870276419).
  • Jean-Marc Berlière et Denis Peschanski, La police française (1930-1950): Entre bouleversements et permanences, Documentation Française,‎ 2000, 328 p. (ISBN 978-2110044273).
  • Denis Bon, L'Affaire Stavisky, De Vecchi,‎ 2006, 173 p. (ISBN 978-2732843728).
  • Gérard Boulanger, L'Affaire Jean Zay: La République assassinée, Paris, Calmann-Lévy,‎ 2013, 528 p. (ISBN 978-2702151334).
  • Michel Carly, Les vrais crimes de Simenon, Les Amis de Georges Simenon,‎ 2004, 89 p.
  • Jean Cathelin et Gabrielle Gray, Crimes et trafics de la Gestapo française, t. 2, Historama,‎ 1972, 501 p. (ISBN 978-2253012832).
  • Jacques Chabannes, Les scandales de la Troisième République (De Paname À Stavisky), Perrin,‎ 1972, 345 p.
  • Jean-Michel Charlier et Marcel Montarron, Stavisky: les secrets du scandale, Laffont,‎ 1974, 411 p.
  • Pierre Chevalier, Histoire de la Franc-Maçonnerie française : La Maçonnerie, Église de la République (1877-1944), Fayard,‎ 1975, 479 p. (ISBN 978-2213001623).
  • Pierre Cornut-Gentille, Un scandale d’État : l'affaire Prince, Paris, Perrin,‎ 2010, 256 p. (ISBN 978-2262032128).
  • Jacques Follorou et Vincent Nouzille, Les parrains corses: leur histoire, leurs réseaux, leurs protections, Fayard,‎ 2004, 618 p. (ISBN 978-2213637396).
  • Bruno Fuligni, Les Aristos du crime, Prisma,‎ 2014, 186 p. (ISBN 978-2810413461).
  • Maurice Garçon, Histoire de la justice sous la IIIe République, vol. 1, Paris, Fayard,‎ 1957.
  • Gilbert Guilleminault, Les Années difficiles, Denoël,‎ 1958, 318 p.
  • Marcel Hasquenoph, La Gestapo en France, De Vecchi,‎ 1975, 546 p. (ISBN 978-2732840543).
  • Jean-Claude Hazera et Renaud de Rochebrune, Les Patrons sous l'Occupation, Odile Jacob,‎ 2013, 959 p. (ISBN 978-2738129383).
  • Yves-Frédéric Jaffré, L'affaire Seznec, SEGEP,‎ 1956, 217 p.
  • Marcel Jullian, L'affaire Seznec, Éditions no 1,‎ 1979, 208 p. (ISBN 978-2862760247).
  • Dominique Kalifa, Histoire des détectives privés : En France (1832-1942, Nouveau Monde,‎ 2007, 292 p. (ISBN 978-2369430384).
  • Michel Keriel, Seznec. L'impossible réhabilitation, Le Manuscrit,‎ 2006, 142 p. (ISBN 978-2748170788).
  • Fred Kupferman, « L'Affaire Stavisky », L'Histoire, no 7,‎ décembre 1978, p. 43.
  • Denis Langlois, L'affaire Seznec, Paris, Plon,‎ 1993, 430 p. (ISBN 978-2259025331).
  • Denis Langlois, Pour en finir avec l'affaire Seznec, Paris, La Différence,‎ 2015, 384 p. (ISBN 978-2729121570)
  • Édouard Leduc, Une affaire d'État : le dossier Stavisky, Publibook,‎ 2011, 142 p. (ISBN 978-2748370515).
  • Jean-Paul Lefebvre-Filleau, Les scandales de la IIIe République, Safed Editions,‎ 2005, 282 p. (ISBN 978-2914585873).
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  • Henry Sergg, Paris gestapo, Dualpha,‎ 2002, 263 p.
  • Lucien Thomas, L'Action française devant l'Église : de Pie X à Pie XII, Nouvelles Éditions latines,‎ 1965, 411 p.
  • Denis Seznec, « L'Affaire Seznec, Arte », sur arte.tv,‎ 1997 (consulté le 4 mars 2015).
  • Denis Seznec, Nous, les Seznec : Toute l'affaire, Robert Laffont,‎ 2009, 720 p. (ISBN 978-2221114407).
  • Bénédicte Vergez-Chaignon, Vichy en prison: Les épurés à Fresnes après la Libération, Gallimard,‎ 2006, 432 p. (ISBN 978-2070762095).
  • Éric Vial, La cagoule a encore frappé: l'assassinat des frères Rosselli, Larousse,‎ 2010, 320 p. (ISBN 978-2035845955).

Travaux sur le contexte[modifier | modifier le code]

Policiers et journalistes sur la scène du crime de la Combe-aux-Fées, au bord de la voie ferrée Paris-Dijon
Si Bonny marque autant l'opinion dans l'entre-deux-guerres, c'est aussi parce que celle-ci se passionne particulièrement pour les affaires criminelles et l'action, réputée souvent occulte, de la police, tout particulièrement celle de la « Secrête », la Sûreté générale. Celle-ci y distille ses confidences, vraies ou fausses, à l'image de Bonny dans ce numéro de Police Magazine d'avril 1934[141].
  • Jean Bazal et Marcel Baudelaire, Marseille galante, Marseille, Paul Tacussel,‎ 1980, 215 p.
  • Robert Belleret, Piaf, un mythe français, Fayard,‎ 2013, 500 p. (ISBN 978-2213668819).
  • (en) Jean-Marc Berlière, « A Republican Political Police ? Political Policing in France under the Third Republic (1875-1940) », dans Mark Mazower, The Policing of Politics in the Twentieth Century: Historical Perspectives, Berghahn Books,‎ 1997, 274 p. (ISBN 978-1571818737).
  • Marie-Josèphe Bonnet, Violette Morris, histoire d'une scandaleuse, Perrin,‎ 2011, 377 p. (ISBN 978-2262035570).
  • Olivier Boura, Marseille, ou, La mauvaise réputation, Arléa,‎ 1998, 182 p. (ISBN 978-2869593909).
  • Philippe Bourdrel, La cagoule. 30 ans de complots, Albin Michel,‎ 1970, 283 p.
  • Patrick Buisson, 1940-1945 années érotiques : Vichy ou les infortunes de la vertu, t. 1, Albin Michel,‎ 2008, 570 p. (ISBN 978-2226183941).
  • Philippe Durant, Gabin, Ventura, Delon… Les légendes du Polar, Sonatine,‎ 2014, 226 p. (ISBN 978-2355843242).
  • Frédéric Freigneaux, « La Cagoule, enquête sur une conspiration d'extrême droite », L'Histoire, no 159,‎ octobre 1992, p. 6 (lire en ligne).
  • Paul Jankowski, « Stavisky s'est-il suicidé ? », L'Histoire, no 251,‎ février 2001, p. 42.
  • (en) Akane Kawakami, A Self-conscious Art: Patrick Modiano's Postmodern Fictions, Liverpool University Press,‎ 2000, 176 p. (ISBN 978-0853235361).
  • (en) Simon Kitson, Police and Politics in Marseille, 1936-1945, Brill,‎ 2014, 326 p. (ISBN 978-9004265233).
  • Jean-Paul Pellegrinetti et Ange Rovere, La Corse et la République. La vie politique, de la fin du second Empire au début du XXIe siècle, Seuil,‎ 2004, 672 p. (ISBN 978-2020526296).
  • Bernez Roux, L'Affaire Quéméneur-Seznec : Enquête sur un mystère, Apogée,‎ 2006, 267 p. (ISBN 978-2843982385).
  • (en) Edward Baron Turk, Hollywood Diva: A Biography of Jeanette MacDonald, University of California Press,‎ 1998, 467 p. (ISBN 978-0520924574).
  • Bénédicte Vergez-Chaignon, Pétain, Perrin,‎ 2014, 1040 p. (ISBN 978-2262038854).
  • Michel Winock, Le siècle des intellectuels, Paris, Seuil,‎ 1997, 695 p. (ISBN 978-2020300636).

Archives judiciaires, mémoires et évocations littéraires[modifier | modifier le code]

Dessin au trait de différents personnages représentés en grenouilles. L'une au premier plan, porte chapeau, veston et moustaches
Bonny est caricaturé en 1935 sous les traits du policier maître-chanteur Rossard dans un ouvrage satirique, Le succès. Le scandale!… C'est qu'il y ait encore des honnêtes gens, qui dénonce la main-mise des « Tripotards » sur la nation d'Ausitanie[142].

Archives de presse[modifier | modifier le code]

Photomontage incrustant la silhouette de Bonny dans le titre et les colonnes d'un article : un homme élégant vêtu d'un pardessus, avec chapeau, cravate, valise, cartable.
L'image de Bonny telle qu'elle est pratiquement fixée dès les années 1930 : l'homme en pardessus et chapeau, plutôt élégamment vêtu, empressé lors d'une enquête, faisant le bonheur de la presse[143].
photomontage accompagnant le texte d'un article : une silhouette de dos évoquant Bonny, devant la façade du ministère de la guerre
La presse contribue dès le début des années 1930 à fabriquer le passé trouble ou incertain de Bonny : ici, dans ce photomontage illustrant un témoignage à propos de sa mission secrète au ministère de la guerre remontant aux années vingt, dans le magazine Détective du 13 décembre 1934[143].
"Bonny caricaturé en troubadour"
Une toute autre image de Bonny, parodique et vaudevillesque, est parfois donnée, comme ici dans une double page du quotidien Paris-Soir en janvier 1935, intitulée « Du Bo… du Bon… Du Bonny… », où il devient l'amoureux de comédie de Mlle Cotillon[144].
Bonny les main sur les épaules de son fils Jacques, jeune adolescent, qui regarde avec l'avocat Philippe Lamour, le chien de la famille, un scottish terrier qui pose, assis sur une chaise
La presse des années 1930 met aussi parfois en scène la dimension humaine de l'affaire Bonny, comme ici Paris-Soir en octobre 1935, après la condamnation finale de Bonny et son renvoi de la Sûreté dans le contexte de l'affaire Stavisky[145].
  • « M. Seznec a été arrêté hier sur mandat du juge d'instruction de Brest », Le Matin,‎ 1er juillet 1923 (lire en ligne).
  • « Les alibis de Seznec tombent les uns après les autres », L'Ouest-Éclair,‎ 19 juillet 1923 (lire en ligne).
  • « Harcelé par l'accusation, Seznec se défend pied à pied », L'Ouest-Éclair,‎ 26 octobre 1924 (lire en ligne).
  • « Le faux marquis de Champeaubert, de son vrai nom Joseph-Eugène-Clément Pascal, avoue cyniquement le coup qu'il avait préparé », Le Petit Parisien,‎ 27 septembre 1924 (lire en ligne).
  • « Mauvaise journée hier pour Seznec », L'Ouest-Éclair,‎ 29 octobre 1924 (lire en ligne).
  • « Une bande de faussaires internationaux », Journal des débats,‎ 2 mai 1925 (lire en ligne).
  • Jules Sauerwein, « Le complot contre le franc : le gouvernement hongrois refuse tout contrôle au gouvernement français », Le Matin,‎ 24 janvier 1926 (lire en ligne).
  • « Le voleur du collier de six millions a été arrêté », Le Gaulois,‎ 16 avril 1928 (lire en ligne).
  • « Trois voleurs de bijoux de la bande des "grimpeurs" sont sous les verrous », Le Petit Parisien,‎ 8 juillet 1928 (lire en ligne).
  • « Un escroc fameux, le faux marquis de Champaubert, meurt enterré vivant », Le Petit Parisien,‎ 5 octobre 1929 (lire en ligne).
  • « On arrête à Paris l'auteur d'un vol commis à Alger », Le Petit Parisien,‎ 25 janvier 1930 (lire en ligne).
  • « L'affaire Jeanette Macdonald », Ric et Rac : grand hebdomadaire pour tous,‎ 15 août 1931 (lire en ligne).
  • « L'affaire des faux-titres de Suez : la Sûreté générale a arrêté à Barcelone le principal inculpé », L'Écho d'Alger,‎ 26 septembre 1933 (lire en ligne).
  • « Le scandale Stavisky devant le pays », Le Matin,‎ 7 janvier 1934 (lire en ligne).
  • « Le plus grand scandale du régime », L'Humanité,‎ 7 janvier 1934 (lire en ligne).
  • Louis Pannetier, « Les hommes du jour : Pierre Bonny », Le Petit Parisien,‎ 3 mars 1934 (lire en ligne).
  • « Mme Stavisky est arrêtée », Le Populaire,‎ 3 mars 1934 (lire en ligne).
  • « Où en est l'affaire ? », Vu,‎ 7 mars 1934 (lire en ligne).
  • « Jo-les-cheveux-gris s'est constitué prisonnier », Le Journal,‎ 26 mars 1934 (lire en ligne).
  • « Les deux "témoins" parisiens et le "témoin" marseillais interrogés sans désemparer durant un jour et une nuit par la Sûreté, on été inculpés d'assassinat, de vol et de complicité et arrêtés », Le Matin,‎ 30 mars 1934 (lire en ligne).
  • « En enquête avec l'Inspecteur Bonny », Police Magazine,‎ 22 avril 1934 (lire en ligne).
  • « Le chapitre de Sherlock Holmes », Lectures pour tous,‎ mai 1934, p. 14 (lire en ligne).
  • « Sarraut… Bonny… Coco… », L'Alerte,‎ juin 1934 (lire en ligne).
  • Léon Daudet, « L'assassinat d'Albert Prince. Bonny formellement reconnu », L'Action française,‎ 7 juin 1934 (lire en ligne).
  • « M. Bony, inspecteur principal à qui l'affaire Prince a valu la notoriété va-t-il être promu commissaire à la Sûreté nationale ? », Le Journal,‎ 10 juin 1934 (lire en ligne).
  • « Le concours pour l'emploi de commissaire de la Sûreté est supprimé », Le Journal,‎ 14 juin 1934 (lire en ligne).
  • « L'instruction contre Bonny », Le Figaro,‎ 26 juillet 1934 (lire en ligne).
  • « M. Jean Chiappe a accepté une confrontation avec Bonny », Le Figaro,‎ 1er août 1934 (lire en ligne).
  • « Histoire de rire, ou Bonny-Fregoli », Écoutez-moi…,‎ 4 août 1934 (lire en ligne).
  • « Le rapport Guillaume prouve que le gouvernement d'Union nationale a cherché à étouffer la vérité », L'Humanité,‎ 21 septembre 1934 (lire en ligne).
  • « Le Procès Bonny Gringoire », L'Ouest-Éclair,‎ 28 novembre 1934 (lire en ligne).
  • « L'inspecteur Bonny contre le journal "Gringoire". Des rapports du policier que l'on ignorait », L'Ouest-Éclair,‎ 29 novembre 1934 (lire en ligne).
  • « Gringoire est acquitté », Le Matin,‎ 1er décembre 1934 (lire en ligne).
  • « Carbuccia et le gérant de Gringoire sont acquittés », L'Humanité,‎ 1er décembre 1934 (lire en ligne).
  • Léon Daudet, « Les deux complices : Bonny et Chautemps », L'Action française,‎ 2 décembre 1934 (lire en ligne).
  • « Nos échos. Propos… », Le Journal,‎ 3 décembre 1934 (lire en ligne).
  • Léon Daudet, « Bonny ne peut pas donner Chautemps », L'Action française,‎ 4 décembre 1934 (lire en ligne).
  • « Autour de Bonny et Cie : le duc de Saint-Simon, médecin et général, a porté plainte contre M. Haubard », Le Petit Parisien,‎ 5 décembre 1934 (lire en ligne).
  • « L'affaire Bonny. Le duc de Saint-Simon dépose une plainte contre Jean Hobard », Le Populaire,‎ 5 décembre 1934 (lire en ligne).
  • « Bonny arrêté », Police Magazine,‎ 9 décembre 1934 (lire en ligne).
  • « Les affaires Bonny », Journal des débats,‎ 13 décembre 1934 (lire en ligne).
  • « Les médecins de l'État », Journal des débats,‎ 18 décembre 1934 (lire en ligne).
  • « Heur et malheur de Bonny », Détective,‎ 19 décembre 1934.
  • « Le Secret de Stavisky », Détective,‎ 5 avril 1934 (lire en ligne).
  • Jabon (Bernard Denisane), « Cher… Honte ou la confession de Bonny », Almanach de l'Action française,‎ 1935 (lire en ligne).
  • « Du Bo… du Bon… Du Bonny… », Paris-soir,‎ 1er janvier 1935 (lire en ligne).
  • Pierre Taittinger, « Monsieur Chéron serait mort si le ridicule tuait encore », L'Alerte,‎ janvier 1935 (lire en ligne).
  • « Bonny accuse… », Police Magazine,‎ 6 janvier 1935 (lire en ligne).
  • « Mlle Cotillon réclame à nouveau l'arrestation de l'ex-inspecteur Bonny. Bonny annonce qu'il demandera aujourd'hui l'arrestation de Mlle Cotillon », Le Matin,‎ 20 février 1935 (lire en ligne).
  • « Bonny est arrêté », Le Journal,‎ 14 mars 1935 (lire en ligne).
  • « Où est l'inspecteur Bonny ? "Je ne reviendrai en France, dit-il, que lorsque les esprits seront apaisés" », L'Ouest-Éclair,‎ 14 mars 1935 (lire en ligne).
  • « Une demande de révision qui finit mal », Journal des débats,‎ 24 mars 1935 (lire en ligne).
  • « L'instruction de l'affaire Prince. Le baron de Lussatz entendu aujourd'hui comme témoin apporte une nouvelle version », Le Matin,‎ 3 juillet 1935 (lire en ligne).
  • « Au procès Bonny Gringoire, peu d'auditeurs mais beaucoup de bruit », Le Petit Parisien,‎ 29 octobre 1935 (lire en ligne).
  • « "Je veux me reposer et oublier" nous dit l'ex-inspecteur Bonny », Paris-soir,‎ 31 octobre 1935 (lire en ligne).
  • « "Le Succès" par Tapfort », Paris-soir,‎ 10 novembre 1935 (lire en ligne).
  • « Grotesque ! Le faux duc de Saint-Simon comparaît en correctionnelle », Le Populaire,‎ 29 octobre 1936 (lire en ligne).
  • Robert Brasillach, « Lettres à une provinciale », Je suis partout,‎ 3 décembre 1937.
  • « C'est Bonny qui dirige l'enquête des Cagoulards », Le Nouvelliste d'Indochine,‎ 12 décembre 1937 (lire en ligne).
  • « Le mystère du rôle joué par Bonny dans l'affaire du C.S.A.R. reste entier », Le Figaro,‎ 18 février 1938 (lire en ligne).
  • « L'Affaire du C.S.A.R. Le rôle étrange de l'ex-inspecteur Bonny », Journal des débats,‎ 19 février 1938 (lire en ligne).
  • Jean-Maurice Hermann, « Les attentats, les crimes, les armements du C.S.A.R. œuvre de la police ! », Le Populaire,‎ 21 février 1938 (lire en ligne).
  • « En lisant le premier numéro de "Messidor" », La Révolution prolétarienne,‎ 25 mars 1938 (lire en ligne).
  • « Bony à l'interrogatoire », Franc-Tireur,‎ 16 septembre 1944 (lire en ligne).
  • « Bonny se faisait passer pour parachutiste anglais… », L'Humanité,‎ 17 septembre 1944 (lire en ligne).
  • « Tortionnaires, assassins, dépeceurs à 100.000 fr. par mois, Bony, Lafont et leur bande comparaissent en justice », L'Humanité,‎ 2 décembre 1944 (lire en ligne).
  • « Vers une révision du procès Guillaume Seznec », L'Humanité,‎ 3 avril 2001 (consulté le 25 décembre 2014).

Documentaires[modifier | modifier le code]

  • Alain Decaux et Jean-Charles Dudrumet, « L'affaire Prince », Alain Decaux raconte, sur Institut national de l'audiovisuel,‎ 1975. Alain Decaux y décrit Bonny comme un « personnage singulier, assez louche, toujours dans les avenues du pouvoir, qui rend des services au ministre s'il le faut, qui a traficoté avant, pendant et après l'affaire Stavisky. »
  • Frédéric Pottecher et Jean-Pierre Marchand, « L'affaire Seznec », 5 colonnes à la une, sur Institut national de l'audiovisuel,‎ 1967. Y est notamment interviewé le commissaire Buchet, de la brigade mobile de Rennes à l'époque de l'affaire Seznec, qui déclare à propos du rôle de Bonny : « Bonny n'a pas joué un rôle essentiel dans l'enquête Seznec. Il a joué le rôle d'un inspecteur, de l'inspecteur normal, qui écrit sous la dictée du commissaire de police, qui porte la serviette – à ce moment-là, l'inspecteur portait la serviette du commissaire […]. L'inspecteur participait rarement aux interrogatoires. Il pouvait, avec le commissaire, quand il voyait un point faible, poser une petite question, mais c'était insignifiant. Toute l'enquête était menée par le commissaire de police, qui était Vidal. »

Notes et références[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Bonny doit selon son fils, interrompre ses études menées au lycée Saint Joseph de Tivoli après le « brevet commercial », faute de moyens financiers. Lire Jacques Bonny, p. 24 et Guy Penaud, p. 13.
  2. Selon son fils, le premier emploi de Bonny aurait été « homme à tout faire » dans un journal, Le Nouvelliste de Bordeaux, mais ceci serait infirmé par les archives judiciaires. Lire Guy Penaud, p. 13 et Jacques Bonny, p. 22-25.
  3. Jacques Bonny fait état de plusieurs tentatives d'évasion, qui conduisent finalement son père en Suisse où il aurait été interné. Selon Guy Penaud, « en fait, Pierre Bonny tomba malade lors de sa captivité en Allemagne et il fut rapatrié au début de l'année 1918. » Lire Guy Penaud, p. 15-16 et Jacques Bonny, p. 27-29.
  4. Guy Penaud, p. 16 et 19 et Jacques Bonny, p. 31. Selon Guy Penaud, « la tâche des policiers était immense : retrouver les disparus, arrêter les pillards ou s'occuper de la reconstitution des actes d'état-civil. »
  5. Jacques Bonny, p. 32 et 65-66. Il épouse Blanche Émie, née le 4 novembre 1901 à Ambès. Leur mariage ne serait, d'après leur fils né en 1924, pas très heureux dans les premières années.
  6. Jacques Bonny, p. 32-33. Guy Penaud, p. 19 résume ainsi l'intervention de Bonny :

    « Chaque copie des documents secrets communiqués aux fonctionnaires ou officiers fut légèrement modifiée, par exemple une heure, un chiffre ou un nom de lieu. Assez rapidement, en comparant les différents documents modifiés avec ceux parvenus à l'extérieur, Bonny put identifier le coupable et le faire arrêter. »

  7. « Détaché au ministère de la Guerre au service du contre-espionnage, il réussit assez bien dans quelques enquêtes. Puis, passé à la Sûreté générale, il se vit confier des missions délicates dont il se tira fort heureusement. Comme il avait la réputation d'un habile homme, il fut employé à des besognes assez confidentielles et, il faut le reconnaître, un peu fâcheuses », lire Maurice Garçon, p. 101.
  8. a et b En pleine affaire Stavisky, le magazine Détective, 13 décembre 1934, consacre sa une à Bonny, accompagnée d'une double page intérieure titrée « Heur et Malheur de Bonny » qui est signée de « l'inspecteur X… ». Ce dernier est présenté comme un ancien de Sûreté générale qui aurait bien connu l'inspecteur. Il en relate les débuts, essentiellement autour de cette mission au ministère de la Guerre puis de l'affaire Seznec. Il dresse le portrait d'un agent talentueux, ambitieux, mais déjà impulsif quand il pense tenir un coupable : il place notamment dans la bouche du Commissaire Vidal ces propos, adressé à son jeune subordonné : « mon petit ami, méfiez-vous de votre nature. Vous êtes un emballé. J'étais autant que vous-même prévenu contre Seznec après son interrogatoire. Mais n'y aurait-il eu qu'une chance sur mille qu'il eût dit vrai et qu'il fût innocent, que nous devions la lui laisser. Nous faisons un métier non seulement difficile mais encore délicat. C'est une chose très grave que d'envoyer quelqu'un en prison. On ne doit pas jouer imprudemment avec la liberté des gens ! ».
  9. Guy Penaud, p. 19-20. Jacques Bonny témoigne de l'ambition dont fait alors preuve son père, qui aurait alors selon lui déclaré à son épouse : « Vois-tu, Blanche, je suis enfin heureux. Paris est la seule ville où l'on puisse faire ce que l'on veut. Aujourd'hui, je ne suis que caporal ; mais je sens que, ici, je finirai général. » Lire Jacques Bonny, p. 32.
  10. Guy Penaud, p. 20 et 229. Jacques Bonny écrit que, dans l'intervalle, son père se ronge les freins : « c'est ça la police ? Grognait-il… Ils ont fait de moi un sédentaire, un rond-de-cuir ! Je sens que je vais prendre racine dans ce bureau. Si seulement j'avais une occasion de montrer ce que je sais faire. Une toute petite occasion !… » Lire Jacques Bonny, p. 34.
  11. Bernez Roux, p. 234-235, établit de manière précise la liste des interventions de Bonny au cours de la procédure. Pour l'essentiel :
    • Il assiste à différentes dépositions faites devant le commissaire Vidal.
    • Il est également présent aux côtés de celui-ci lors des reconstitutions de l'étape finale du voyage de Seznec et Quéméneur.
    • Il participe à la perquisition menée au domicile de Quéméneur par les commissaires Vidal et Cunat.
    • Il est par la suite chargé de quelques « menues tâches de vérification » : tenter de retrouver un bidon d'essence laissé dans un garage lors du voyage, interroger deux témoins mineurs du Havre, vérifier les passages de Quéméneur et de Seznec dans un hôtel parisien, vérifier l'existence d'une première déposition du témoin Le Her dans un commissariat parisien.
    Aucune de ces missions ne se rapportent aux témoignages ou aux pièces majeurs finalement retenus contre Seznec.
  12. Guy Penaud, p. 33-34. Le procès-verbal de perquisition indique en effet que celle-ci est menée par le commissaire Jean-Baptiste Cunat et les inspecteurs Le Gall, Chelin, Thomas et Faggiani, de la brigade mobile de Rennes. Voir Yves Baudelot et 5 colonnes à la une. Jacques Bonny, p. 37 et 39 en donne une toute autre version, affirmant que « l'entrée en scène de [son] père porta un coup terrible au maître de scierie [Seznec] » et lui attribuant la découverte de la machine à écrire. Il existe également un texte en ce sens de la main même de Pierre Bonny, rédigé alors qu'il était détenu à Fresnes en 1944 et rendu public par l'avocat Yves-Frédéric Jaffré, p. 194, où il déclare en particulier :

    « Au cours d'une enquête fertile en incidents entre Brest, Morlaix-Le Havre et Paris, j'acquis la certitude de la culpabilité de Seznec et situai le crime entre Houdan et Paris. Je prouvai que la valise de Quéméneur, trouvée au bord de la plage près du Havre, après la disparition, y avait été apportée de Morlaix après le crime par Seznec et que la donation de sa propriété sur papier timbré trouvée dans la valise était l’œuvre de Seznec, qui pour le taper avait acheté une machine à écrire d'occasion au Havre, dont je retrouvai le marchand qui fut formel. Par la suite, je découvrai la machine cachée dans la scierie de Seznec à Morlaix. »

  13. Il s'agit des témoignages suivants :
    • Léon Sacré, garagiste à Mautauban, affirme en 1947 que quelqu'un qu'il identifie à Bonny lui aurait déclaré lors d'une partie de belote que « Seznec ne lui échapperait plus parce qu'il l'avait eu, en faisant découvrir chez lui la machine à écrire qui avait servi à l'acte de vente de la propriété de Quéméneur. »
    • Yvonne Chapelain de la Villeguérin, veuve du colonel Moreau-Lalande, censé avoir été le supérieur de Bonny durant la première guerre mondiale, qui déclare en 1948 que ce dernier lui aurait déclaré que Bonny lui aurait confessé en 1936 qu'il se « serait trouvé dans l'obligation de déposer la machine à écire dans l'atelier où on l'a retrouvé. »
    • Henriette Salé, maîtresse d'un des témoins de l'achat de la machine à écrire par Seznec, Georges de Hainault, déclare en 1953 que celui-ci lui aurait confessé avoir alors fait un faux témoignage.
    • Louise Héranval, autre témoin de l'achat de la machine à écrire par Seznec en 1923, aurait rétracté son témoignage en 1993.
    Entendue dans le cadre de la procédure de révision du procès Seznec en 1993, Louise Héranval déclare ne pas avoir souvenir de cette rétraction ; un rapport médical établi dans le même cadre constate qu'elle « souffre de troubles qui étaient déjà trop importants au début de l'année 1993 pour que son témoignage puisse être pris en considération. » Aucun des trois autres témoignages n'a pu être confirmé et tous ont été jugés trop tardifs et sans valeur du point de vue de la révision par la Cour de Cassation. Lire Bernez Roux, p. 236-242.
  14. Par exemple, selon le Portait de Pierre Bonny publié sur le site de l'association France Justice crée par Denis Seznec, petit-fils de Guillaume Seznec : « le génie de Bonny est celui de la confusion : il brouille les pistes en vous donnant l'impression de retrouver votre chemin tout seul, alors qu'il vous mène là où il veut. Dans l'Affaire Seznec, il n'aura de cesse de manipuler les témoins en orientant leurs dépositions. Il s'acharnera à démontrer la culpabilité du maître de scierie, sans doute pour protéger de hauts personnages compromis dans le trafic des stocks américains avec l'URSS. »
  15. Denis Langlois met en avant « les déclarations du fils de l'inspecteur Pierre Bonny qui, dans un livre, rapporte que son père, le jour même de son exécution, a confié au Docteur Paul, médecin légiste [probablement Charles Paul], qu'il regrettait d'avoir "envoyé au bagne un innocent". Certes, en juillet 1923, Bonny ne dirigeait pas l'enquête. Il n'était que le secrétaire du commissaire Vidal. Il pouvait cependant manipuler à sa guise les procès-verbaux, les pièces à conviction (notamment les faux), les sceaux et les tampons », Denis Langlois, L'Affaire Seznec 4 ainsi que Denis Langlois, L'affaire Seznec.
  16. a et b Jean-Denis Bredin, avocat de Denis Seznec, déclare par exemple, en parlant d'événements ayant lieu en 1923, dans un raccourci temporel saisissant : « Bonny, un chef de la Gestapo de la rue de la Pompe, envoyé de Paris en Bretagne pour conduire l'enquête sur le meurtre de Quemeneur qui a fait accuser Seznec, Bonny exclu de la police française, exécuté à la Libération, a révélé, selon un livre publié par son fils, qu'il avait fait condamner un innocent en la personne de Seznec » ; lire L'Humanité, Vers une révision.
  17. Guy Penaud, p. 34 : la requête en révision affirme notamment « qu'il était crédible que l'inspecteur Bonny ait pu, à lui seul, élaborer certaines charges retenues contre Seznec. »
  18. Jacques Bonny, p. 41. Jacques Bonny y fait également état d'une déclaration similaire de son père au médecin Paul, quelques instants avant sa propre exécution en décembre 1944. Guy Penaud relève sur ce point que le magistrat Donsimoni, qui assistait à l'exécution, a démenti que Bonny se soit alors entretenu avec le médecin légiste ; lire Guy Penaud, p. 115.
  19. Cité par Michel Keriel, p. 69. Lire également Jacques Bonny, p. 39-40. En revanche, dans ses déclarations sur le sujet, Denis Seznec, par exemple dans Denis Seznec, L'Affaire Seznec, Arte semble étonnamment en faire « des aveux concernant la machine à écrire » en faveur de la thèse de la machination policière ourdie par Bonny.
  20. Outre Guy Penaud, p. 57-60 et Jacques Bonny, p. 48-49, lire Bruno Fuligni. Passal eut une fin curieuse en 1929, enterré vivant de son propre chef lors d'une machination destinée à assurer la publicité de ses mémoires, ainsi que le relate Le Petit Parisien, 5 octobre 1929.
  21. Guy Penaud, p. 46-48. Ces missions avaient lieu sous l'autorité directe du directeur de la Sûreté et secrétaire général du ministère de l'Intérieur, Jean Chiappe. Jacques Bonny souligne que « ce sont ces "missions" qui dessinèrent un premier tournant dans la vie de mon père - dans cette route heurtée et accidentée qui devait le mener là où on sait » ; lire Jacques Bonny, p. 49-51 et 55-56 et Commission Stavisky.
  22. Quelques auteurs mentionnent Bonny avec le grade erroné de commissaire. C'est le cas de Lucien Thomas, p. 267 à propos de l'affaire de l'Action française, ainsi que Michel Ragon, p. 58 ou encore Denis Bon, p. 106 pour l'affaire Stavisky. Cette erreur ponctuelle apparaît dans la presse dès 1924, à l'occasion de la déposition de Bonny lors du procès Seznec : alors que Bonny a témoigné à l'issue d'une journée où l'ont précédé notamment les deux directeurs d'enquête, les commissaires Vidal et Cunat, L'Ouest-Éclair, 29 octobre 1924 le présente comme « M. Boni (sic), commissaire de la police mobile à Paris », confondant à la fois son grade, la Sûreté générale et les brigades mobiles de province.
  23. Guy Penaud, p. 62. Jacques Bonny relate la réaction très vive de son père lorsque Chiappe, jusque-là directeur de la Sûreté, nommé préfet de police en 1927, refuse de le prendre parmi ses collaborateurs et estime que sa « rancœur » a eu une influence considérable sur la suite de sa carrière, le poussant politiquement à gauche et lui faisant chercher « une sorte de revanche dans l'avancement. » Bonny attribuait également, semble-t-il, ses échecs au concours de commissaire à l'influence de Chiappe. Lire Jacques Bonny, p. 61-62.
  24. Guy Penaud, p. 72. Contrairement au nom donné par Penaud, il s'agit de Paul Colombert, dit Jean Ramus : lire L'Écho d'Alger, 26 septembre 1933.
  25. Selon la rumeur, l'actrice aurait été surprise en plein flirt avec le prince Humbert par la princesse Marie-José. Une version de l'affaire voulait que les deux amants ait eu un accident de voiture en prenant la fuite, accident fatal pour Jeanette MacDonald. Une autre affirmait que la princesse avait abattu sa rivale d'une balle de revolver, à moins qu'elle ne l'ait vitriolée. On fit état de lettres compromettantes détenues par… Charlie Chaplin (que l'actrice défigurée lui aurait confiées avant de se suicider), puis remises par celui-ci au duc de Westminster, la Grande-Bretagne s'étant entremise pour permettre leur restitution à l'Italie. Lire Ric et Rac, 15 août 1931.
  26. Guy Penaud, p. 69-70. Selon Edward Baron Turk, « [à son arrivée gare Saint-Lazarre], ce fut un chaos sans précédent. Il fallut vingt minutes pour traverser la foule déchaînée et atteindre la voiture qui la conduisit aux Champs-Elysées » ; lire Edward Baron Turk, p. 109.
  27. a et b Guy Penaud, p. 63 et L'Ouest-Éclair, 29 novembre 1934. Guy Penaud en dresse ainsi le portrait :

    « il avait pourtant encore belle allure et affichait une élégance qui contrastait avec la mise sobre de ses collègues : costume sombre trois pièces, chemise blanche, pochette blanche et cravate de soie assortie, le tout souvent accompagné d'un manteau et d'un chapeau. Avec son visage maigre encadré de bajoues, ses cheveux noirs plaqués en arrière de part et d'autre d'une raie au milieu du crâne, de grands yeux noirs et une petite moustache sous un long nez, il présentait un physique avantageux. »

    Cette image se perpétue dans les évocations littéraires de l'inspecteur Bonny, telle celle de Auguste Le Breton, chap. 2 :

    « Bonny est brun, grand, svelte, jeune encore ; ainsi que les truands qu'il est chargé de traquer, il a un faible pour les coûteux vêtements. Une courte moustache chaplinesque orne sa lèvre supérieure, où pend, collée, une moitié de cigarette anglaise. Sous les sourcils bruns, peu fournis, le regard est scrutateur. »

    Elle s'illustre encore avec le choix d'acteurs comme Paul Meurisse ou Claude Rich pour l'incarner au cinéma.
  28. Jacques Bonny, p. 186 évoque un cabriolet « roadster Ford » auquel Bonny doit renoncer après sa révocation de la Sûreté en 1935. Ce goût de l'inspecteur pour les automobiles de standing se retrouve sous l'Occupation, où la Jaguar rouge qu'il s'approprie alors est restée dans les mémoires. Lire Guy Penaud, p. 172.
  29. Guy Penaud, p. 67. Jacques Bonny, pour sa part, s'étend assez longuement sur les conditions de logement et le train de vie « médiocre, pour ne pas dire pauvre » de sa famille durant toutes les années 1920 et attribue l'amélioration de leur situation à la seule nomination de son père au grade d'inspecteur principal en 1932 ; lire Jacques Bonny, p. 43-44 et 64. Par la suite, en 1934, la presse brocarde Bonny sur son train de vie, pour le coup présenté alors de manière largement exagérée. On lit par exemple dans Écoutez-moi…, hebdomadaire appartenant à Marthe Hanau, la présentation d'une conférence imaginaire attribuée à « M. Bonny, l'économiste bien connu [qui] vient de fonder une École supérieure d'Économie ménagère » :

    « Prenant, par exemple, un inspecteur de la Sûreté, anciennement générale, au traitement mensuel de 2.200 francs, il se ferait fort de prouver que ce fonctionnaire subalterne peut, avec ses seuls moyens :

    Occuper un confortable appartement avec baignoire de marbre, le meubler d'ancien et d'objets d'arts de valeur […]

    Posséder une collection aussi élégante que variée de vêtements sortant de chez le bon faiseur […]

    Posséder une confortable voiture automobile […] et s'assurer un mois de vacances dans les meilleurs hôtels des plages à la mode […]

    S'offrir régulièrement avant chaque repos : porto de marque et fine Napoléon après […]

    [Signé] Un fonctionnaire qui gagne plus de 2.200 francs mais qui n'a ni meubles anciens ni auto et qui ne peut se payer de vacances. »

    Lire Écoutez-moi, 4 août 1934.
  30. Guy Penaud, p. 66-74 et Journal des débats, 13 décembre 1934. Le même Faillant est également impliqué avec Bonny dans l'affaire Cotillon.
  31. Guy Penaud, p. 67. L'affaire aurait été couverte sur l'intervention d'une haute personnalité politique. Jacques Bonny souligne, outre l'absence de toute trace dans les archives, qu'une telle affaire aurait certainement compromis définitivement la carrière d'un inspecteur stagiaire. Lire Jacques Bonny, p. 44-45.
  32. Le journal titre notamment sur Joseph Garat, maire et député de Bayonne, créateur du Crédit municipal qui fut au cœur de l'affaire, et sur Albert Dalimier, ministre des colonies du gouvernement Chautemps, qui incita imprudemment à souscrire les bons émis par celui-ci.
  33. Ou Zelli selon Édouard Leduc, « Le laveur de chèques ».
  34. Guy Penaud note à propos des écrits de Jacques Bonny selon laquelle son père aurait commencé à enquêter dès 1923 sur Stavisky qu'il s'agit d'une « affirmation douteuse puisque à cette époque Bonny travaillait dans le cadre de l'affaire Seznec, ayant été mis à la disposition du commissaire Vidal. » Il relève également à propos de l'arrestation manquée de Stavisky en avril 1926 que celui-ci, contrairement à ce qu'écrit Jacques Bonny, s'est présenté volontairement au Palais de justice accompagné de son avocat. Lire Guy Penaud, p. 77.
  35. Le Journal, 26 mars 1934, Guy Penaud, p. 74 et 109 et Georges Hainnaux. Georges Hainnaux a parfois été confondu avec l'un des témoins principaux de l'affaire Seznec, Georges de Hainault, ce qui a contribué à nourrir les spéculations sur le rôle de Bonny dans la supposée machination policière contre Guillaume Seznec. Lire Denis Langlois, Pour en finir…, p. 143 et Bernez Roux, p. 239.
  36. Jacques Bonny, p. 96. Jacques Bonny indique que l'accusation provient d'un ancien chef de cabinet de Chiappe, sans préciser son identité, ce qui pourrait viser de manière assez transparente Lucien Zimmer, extrêmement critique envers Bonny dans ses mémoires ; lire Lucien Zimmer.
  37. Guy Penaud, p. 76-77. Selon les mémoires d'André Tardieu, p. 224, Romagnino aurait déclaré lors de l'instruction de l'affaire Stavisky :

    « Je savais que Stavisky était en fort bons termes avec Bonny et cela depuis longtemps.

    Lorsque son permis de casino lui fut retiré, il me déclara que, grâce à Bonny, il lui serait rendu.

    Et puis, par la suite, il manifesta sa mauvaise humeur.

    Il me dit que Bonny n'était bon à rien ; qu'il lui avait promis monts et merveilles et qu'il n'était même pas capable de le réconcilier avec M. Ducloux. »

    Louis Ducloux est le contrôleur général des recherches judiciaires, supérieur hiérarchique de Bonny à la Sûreté.
  38. « Car il est bon de souligner que le fameux Bonny, celui à qui le Garde des Sceaux Chéron allait confier deux mois plus tard l'enquête sur l'affaire Prince, celui qui apporta l'affaire de la Cagoule à Marx Dormoy, celui qui se mit au service des Allemands avec Laffont et tomba finalement sous les balles d'un peloton d'exécution, le sinistre et cynique Bonny était tout simplement l'un des mercenaires d'Alexandre Stavisky. » Lire Xavier Vallat, p. 110.
  39. On retrouve curieusement cette thèse dans la principale biographie du garde des Sceaux Chéron, qui s'était imprudemment fié à Bonny ; lire Yves Robert, p. 40.
  40. Jacques Bonny, p. 103-104 et Guy Penaud, p. 78. Selon Édouard Leduc, « Bonny était bien arrivé sur les lieux de la catastrophe mais pour porter secours à l'un des ses proches gravement blessé. Il était de retour à Paris dans la nuit sans savoir que Stavisky se trouvait alors à Servoz, à des centaines de kilomètres de là » ; lire Édouard Leduc, p. 53. Selon Jean-Michel Charlier et Marcel Montarron, p. 31, il s'agissait du député Gaston Poittevin.
  41. Édouard Leduc, p. 28, 31, 34 et 120 et Paul Jankowski, p. 120-121 et 201. Les jugements à son endroit sont aussi expressifs que ceux réservés à Bonny ; Édouard Leduc tranche, sans nuances : « attaché à la Sûreté générale, l'inspecteur Bayard incarnait la basse police et ses méthodes peu orthodoxes. Stavisky en avait fait son allié. »
  42. « On ignore quand et comment la Police décida d'abandonner Bonny mais il est probable que l'instigateur de l'idée fut le préfet Chiappe lui-même en raison de leurs positions politiques opposées » ; Édouard Leduc, p. 100.
  43. Jacques Bonny, p. 109 et Guy Penaud, p. 77, 80 et 82. Selon ce dernier, « Jacques Bonny dit que c'est d'abord son père qui avait été désigné pour aller arrêter Stavisky à Chamonix. Tout permet de douter de la véracité de cette affirmation. » Sur les éléments permettant de conclure au suicide et non à l'assassinat supposé de Stavisky, lire Paul Jankowski, Stavisky s'est-il suicidé ?
  44. Selon Paul Jankowski, p. 259 et 310, Bonny transforme une unique et « glaciale entrevue de cinq minutes » entre Chiappe et Stavisky, attestée en 1933, et à la suite duquel le préfet avait conclu « attention, il me fait mauvaise impression », en familiarité suspecte.
  45. Guy Penaud, p. 85-87. Le Figaro précise que Chautemps ayant lu le rapport, inscrivit en marge : « procéder d'urgence à une enquête, ordonner de suspendre Bonny en attendant la révocation » ; lire Le Figaro, 26 juillet 1934. Selon Jacques Bonny, Chiappe aurait obtenu l'abandon des « insinuations concernant ses rapports avec Stavisky » contre son intervention pour modérer les attaques de l'extrême-droite contre le gouvernement. Lire Jacques Bonny, p. 125.
  46. Paul Jankowski, p. 357. Accusé dans la presse d'avoir tenté d'étouffer l'affaire Stavisky notamment grâce à la complicité de Bonny, Chéron se voit contraint à la démission le 13 octobre 1934, après avoir été mis en cause lors du conseil des ministres par le maréchal Pétain, qui fit lourdement allusion à celui qui, par sa seule présence, conduisait selon lui le cabinet à sa perte. Lire Édouard Leduc, « Les "stavisqueux » et Bénédicte Vergez-Chaignon, Pétain, p. 246-247.
  47. Pierre Taittinger écrit par exemple dans L'Alerte, janvier 1935 : « méprisé, il l'est à juste titre […] pour avoir surtout trahi la justice en sauvant la bande des complaisants, des compromis, des complices du scandale Stavisky, pour avoir enfin prostitué l'autorité gouvernementale en la déléguant à l'inculpé Bonny. »
  48. Le chansonnier Jabon (Bernard Denisane) fait dire à Bonny, dans l'Almanach de l'Action française, 1935 :

    « Dans un scandal' récent,
    Étant changé de l'enquête,
    Il aurait fallu que j'arrête
    Tout' la famill' Chautemps,
    Alors Chéron m'a dit :
    Bonny, sois donc un bon drille,
    — J't'en prie, n'inquiète pas Camille.
    J'ai fait ce qu'il m'a dit.

    […]

    Chéron,
    J'aime ton petit bedon,
    Chéron,
    Ton petit bedon tout rond.
    A lui, j'ai donné tout mon coeur.
    Et quand m'sieu Henri Chéron me dit :
    — Laisse tranquil' les bandits,
    Je sais qu'ils sont tous les grands amis d'Chéron
    Et d'la bande à Chéron. »

  49. Jacques Fischer, p. 135. Jacques Bonny dément cette version, expliquant qu'il ne s'agissant que de « deux bouteilles d'un piètre mousseux », dénichées avec peine dans un placard, et destinées surtout à retenir Hainnaux sur place jusqu'à la fin du long inventaire détaillé des pièces ; lire Jacques Bonny, p. 165-166.
  50. Le Petit Parisien, 3 mars 1934. Les affaires Stavisky-Prince, et en particulier le résultat « calamiteux » obtenu par Bonny dans cette dernière, provoquent la fin de la carrière politique d'Henry Chéron qui démissionne le 13 octobre 1934 ; lire Yves Robert, p. 40 et suiv.
  51. a et b Guy Penaud, p. 61-62 et 94 et Jacques Bonny, p. 168. Ce dernier, ainsi que Philippe Aziz, Tu trahiras, p. 115, situent au moment de la restitution des talons une tentative de promotion arrangée au grade de commissaire qui aurait ensuite échoué en raison de fuites dans la presse. Guy Penaud suggère que l'ex-préfet Chiappe serait à l'origine de celles-ci. Lire Le Journal, 10 juin 1934 et Le Journal, 14 juin 1934.
  52. Constituée sous le gouvernement Doumergue au lendemain des émeutes du 6 février 1934, la Commission d'enquête chargée de rechercher toutes les responsabilités politiques et administratives encourues depuis l'origine des affaires Stavisky est dépourvue de pouvoirs judiciaire et ne peut que transmettre au Parquet qui reste seul juge de l'opportunité de poursuivre. Elle siège du 24 février 1934 au 28 mars 1935. Lire Édouard Leduc, « Les "stavisqueux" ».
  53. Sont évoqués aussi bien, pour la somme globale promise à Hainnaux, deux millions de francs par Guy Penaud, p. 91-92 que deux-cent mille selon Édouard Leduc, « Où l'on retrouve l'inspecteur Bonny ».
  54. « On le dit parfois victime de son succès et, pour ne pas déplaire à la foule, le détective [Bonny] aujourd'hui se trouve dans l'obligation de trouver une solution au mystère de la Combe-aux-Fées, à moins de paraître pareil au prestidigitateur dont le numéro n'est pas au point. » Police magazine, 22 avril 1934.
  55. Guy Penaud, p. 109. Gaëtan de Lussat est impliqué au même moment dans une toute autre affaire de recel pour laquelle il est condamné à 15 mois d'emprisonnement, mais se voit également mis hors de cause ; lire Jérôme Pierrat.
  56. Guy Penaud, p. 108. Titrées « Pâques policières », ces affiches placardées à Marseille affirmaient :

    « Ne pouvant découvrir les investigateurs de l'affaire Prince, ne voulant pas brûler les auteurs du crime qui sont sans doute dans son propre sein, la Sûreté générale, affolée, brouille les pistes et jette en pâture au public tout ce que ses indicateurs lui apportent. Le grand metteur en scène de cette comédie est cet inspecteur Bonny dont un journal parisien ne craint pas de réclamer chaque jour l'arrestation.

    En attendant, les vrais coupables, dont Bonny connaît la retraite sûre, demeurent en liberté. »

  57. Guy Penaud, p. 110. La Sûreté générale, réorganisée, vient d'être transformée en Sûreté nationale par décret du 28 avril 1934. Dans son rapport officiel sur l'affaire Prince rendu public en septembre 1934, Guillaume n'évoque que très rapidement l'enquête de Bonny, soulignant que :

    « Le 27 mars 1934, Monsieur l'Inspecteur principal de la Police mobile Bonny qui, le 3 mars, avait été chargé de découvrir les assassins du Conseiller Prince, a déposé un rapport dans lequel il concluait à un crime politique.

    […]

    Malheureusement, cette piste fit perdre un temps précieux aux premiers enquêteurs et pesa fâcheusement sur la suite de l'enquête. »

    Lire L'Humanité, 21 septembre 1934 et Marcel Guillaume, Rapport…, p. 44. Par la suite, Marcel Guillaume, p. 379, qui en tient lui-même pour la thèse du suicide, ne fait aucune allusion à l'inspecteur Bonny dans ses mémoires, où il écrit, étonnamment que « [ses] camarades de la Sûreté avaient fait […] strictement leur devoir, tout leur devoir. »

  58. Guy Penaud, p. 111 ainsi que Olivier Boura, p. 129. Jacques Bonny y fait également allusion, lire Jacques Bonny, p. 170. Sur les liens de Chiappe avec Carbone et Spirito, lire Simon Kitson, p. 40. Certains auteurs affirment par ailleurs que Bonny avait des intérêts concurrents dans le trafic de drogue, mais sans apporter aucun élément à l'appui de cette thèse. Par exemple : Jacques Follorou et Vincent Nouzille, p. 32 ainsi que Jean Bazal et Marcel Baudelaire, p. 95. Pour Henry Sergg, p. 53, que rejoint Serge Jacquemard, p. 15, Bonny était surtout « décidé à frapper un grand coup pour maintenir sa réputation. »
  59. En particulier par Léon Daudet dans les colonnes de L'Action française, comme par exemple dans Bonny ne peut pas donner Chautemps, 4 décembre 1934 :

    « Le policier Bonny […] a été l'homme à tout faire du commissaire Hennett (sic) et, au-dessus d'Hennett (sic), de ses ministres Albert Sarraut et Camille Chautemps. L'un et l'autre ont plusieurs "cadavres" sur le conscience […] Il y a neuf mois, Camille Chautemps faisait assassiner le conseiller Prince par la police de la Sûreté générale, et Bonny — tout le donne à penser — était un des principaux agenciers du crime. »

    Voir également Les deux complices : Bonny et Chautemps, 2 décembre 1934.
  60. Jacques Bonny, p. 129-132 et 137-147 relate longuement les confidences que lui aurait fait son père en octobre 1944, alors qu'il était détenu. Celles-ci auraient été répétées par Bonny au docteur Paul, le jour de son exécution, selon un témoignage indirect. Le criminologue Jérôme Pierrat s'interroge à ce propos :

    « Aveu tardif chargé de regrets ou tentative machiavélique destinée à retarder l'échéance de sa mise à mort ? Si tel était le cas, pourquoi se confier à un docteur et non au procureur de la république ? »

    La théorie de l'assassinat de Prince est avancée à l'époque aussi bien par l'Humanité que par l'extrême droite, pour qui il s'agissait de « sauver la réputation du procureur Pressard, beau-frère du président du Conseil Camille Chautemps », qui aurait protégé Stavisky ; lire Édouard Leduc, p. 92. Ces accusations contre Bonny dans l'affaire Prince peuvent avoir trouvé l'une de leurs origines dans les déclarations de Gaëtan de Lussats, qui met en cause ce dernier en juillet 1935 en déclarant que « le policier Bonny avait été chargé de préparer le crime. Ce fut un de ses amis, joueur de cartes professionnel, Espagnol de nationalité, mais marié à une très belle Française, qui se chargea de lui procurer les spadassins. » La presse souligne alors que « le juge Rabut [magistrat instructeur de l'affaire Prince] décida, sans d'ailleurs marquer une hâte excessive, d'entendre l’extraordinaire témoin [mais que] dans les milieux judiciaires, on n'attache aux révélations du baron qu'une créance assez restreinte. » Lire Le Matin, 3 juillet 1935.
  61. Jacques Bonny, p. 169. Engagé par Paris-Soir pour mener l'enquête sur l'affaire Prince, Simenon entreprend de faire de la démonstration des méthodes du commissaire Maigret, mais tombe naïvement victime d'une escroquerie montée par Lussats qui lui fait publier des accusations fantaisistes contre le milieu. Lire Guy Penaud, p. 107, Michel Carly, p. 42 et suiv. et Bruno Fuligni, « Gaétan L'Herbon de Lussats ».
  62. Guy Penaud, p. 117 et Jacques Bonny, p. 81 et 276. Signe de ce discrédit, un escroc condamné quelques années auparavant dépose en mars 1935 une demande de révision motivée par… le rôle décisif du témoignage de Bonny lors de son procès. Lire le Journal des débats, 24 mars 1935.
  63. Guy Penaud, p. 65 et Jacques Bonny, p. 176-177. Une facture acquittée par Volberg auprès du tailleur Lindwall fait opportunément son apparition dans le dossier, prouvant que c'est bien le financier et non l'inspecteur qui avait payé complet et pardessus.
  64. Bonny n'est finalement pas poursuivi pour cette affaire, mais elle est exploitée en particulier par la presse d'extrême droite, à l'exemple de L'Alerte de Lyon qui transforme les faits de manière à en faire un moyen de chantage de Bonny envers Albert Sarraut, censé être directement compromis. Lire L'Alerte, juin 1934.
  65. Guy Penaud, p. 121-122. Sa remise en liberté est ainsi commentée par le Journal des débats : « nous ne disons pas que la remise en liberté de Bonny soit un signe de progrès dans les affaires judiciaires. Bonny a l'air d'être au-dessus des lois parce qu'il sait trop de choses, et que de sa parole ou de son silence dépend le sort des politiciens protecteurs des coupables. » Lire le Journal des débats, 18 décembre 1934.
  66. Roger Peyrefitte, p. 52. Ce dernier porte également au discrédit de Bonny une autre supposée affaire d'extorsions de fonds ayant pour victime l'un des témoin du procès Cotillon, « [le] duc de Saint-Simon et d'Aubusson, poursuivi pour port illégal de la légion d'honneur et de l'uniforme de général de l'armée vénézuélienne. » Il s'agit en fait de l'escroc Philippe Octave Jean Marie Dissandes de Lavillatte de La Feuillade, soi-disant « général franco-italo-monténégrin. » Aucune charge n'est retenue finalement contre Bonny à cet égard, mais ce témoin étonnant concourt à donner au procès Cotillon un aspect tragi-comique et à en faire un énorme succès de presse ; lire Guy Penaud, p. 136, Le Populaire, 29 octobre 1936, Le Petit Parisien, 5 décembre 1934 et Le Populaire, 5 décembre 1934.
  67. Guy Penaud, p. 75 et 133. La demoiselle Cotillon est alors depuis peu l'épouse de Vincenzo Salvati, un cousin de… Paul Carbone.
  68. Dans un communiqué de presse dont fait état Le Figaro en juillet 1934, Bonny précise que sa plainte contre Gringoire est motivée par les accusations suivantes, répétées dans les colonnes de ce dernier :

    « 1° Que l'inspecteur Bonny a volontairement brouillé les pistes de l'affaire Prince, et qu'il n'aurait pas agi autrement s'il avait été le complice des assassins

    2° Que l'inspecteur Bonny était le complice de Stavisky

    3° Que l'inspecteur Bonny a « tripatouillé et « maquillé » les chèques remis à la justice dans l'affaire Stavisky, qu'un certain nombre de talons de ces chèques ont été arrachés par lui, et vendus très chers à leurs bénéficiaires, qui étaient pour la plupart des députés radicaux

    4° Que l'inspecteur Bonny a « truqué » un talon de chèque pour tenter de compromettre un adversaire politique

    5° Que l'inspecteur Bonny, qui avait entre les mains les talons de chèques Starisky, au lieu de les remettre à la justice comme c'était son devoir, a fait une « affaire » que de complicité avec le nommé Hainaux, dit Jo-la-Terreur, il a fait vendre par celui-ci lesdits talons à la justice à leur profit commun

    6° Que plus précisément encore, cette vente a eu lieu moyennant le versement d'une somme de 200.000 francs prélevés sur les fonds secrets, et que sur ces 200.000 francs, l'inspecteur Bonny en a conservé 120.000. »

    Lire Le Figaro, 26 juillet 1934.
  69. « Je le reconnais bien. C'est lui ! C'est lui ! M. Hobart m'avait demandé quatre millions. Vous, M. Bonny, vous m'avez pris trois millions ! M. Faillant m'a présenté M. Bonny sous le nom de Pierre. Il a mis la main à sa poche gauche. Il a sorti les photographies. Je les ai reconnues. Il m'a conseillé de faire plaisir à ses amis et il m'a dit qu'il déchirerait les photos. J'ai tout vendu pour payer. On n'a pas déchiré les photos. Elles ont paru dans un journal de chantage. » Lire Guy Penaud, p. 132 et Le Matin, 20 février 1935.
  70. Guy Penaud, p. 132-136. L'auteur du vol de la fameuse photographie d'identité judiciaire n'est cependant pas Bonny, mais un autre inspecteur de la Sûreté, Maurice Jean Bouscatel, condamné pour sa part à trois mois de prison ferme.
  71. Son second avocat est Edmond Aaron, selon Police Magazine, 9 décembre 1934 (voir également L'Ouest-Éclair, 28 novembre 1934). Sur les relations entre Bonny et Philippe Lamour, avocat de la révision de procès Seznec en 1932, lire Guy Penaud, p. 130 et Jean-Robert Pitte. Le Fonds Philippe Lamour des Archives départementales de l'Hérault conserve les dossiers établis par cet avocat à propos des différentes affaires Annezin, Faillant, Volberg, Cotillon et Prince.
  72. Guy Penaud, p. 129 et Le Matin, 1er décembre 1934. Témoignage de son retentissement, c'est le procès Gringoire qui marque par exemple Simone de Beauvoir, qui écrit dans ses souvenirs de cette époque : « l'affaire de l'inspecteur Bonny fit rebondir le scandale Stavisky : au cours du procès en diffamation qu'il intenta à l'hebdomadaire Gringoire, Bonny fut convaincu – en particulier par la déposition de Mlle Cotillon – de chantage et de corruption » ; lire Simone de Beauvoir, p. 229.
  73. Guy Penaud, p. 144-145. Bonny a déposé auparavant sa démission, refusée par le ministre de l'Intérieur Marcel Régnier. Il se porte par la suite à trois reprises devant le Conseil d'État, pour contester sa suspension sans traitement puis sa révocation. Lire notamment Conseil d'État, 16 octobre 1936.
  74. Jacques Delarue 1985. Bonny est également brocardé en 1935 sous les traits de « Rossard, le policier maître-chanteur » dans un ouvrage satirique intitulé Le succès. Le scandale!… C'est qu'il y ait encore des honnêtes gens. Voir Tapfort, Le succès… et Paris-Soir, 10 novembre 1935.
  75. « Mon père […] fut durement touché par l'injustice de la mesure. Il eut conscience d'être victime d'une raison d'État et d'avoir été trahi par ceux-là mêmes à qui, de cœur, il avait tendance à faire confiance » ; lire Jacques Bonny, p. 126 et 179.
  76. a et b Guy Penaud, p. 137 et 146 et Jacques Bonny, p. 184-186. Jean Nocher avait défendu publiquement Bonny en 1937, le qualifiant de « fonctionnaire estimé et bien noté, mais qui avait le tort d'être de gauche. » Jacques Bonny évoque également le soutien de Pol Ferjac.
  77. C'est à dire de recouvrement de créances ; lire Dominique Kalifa, chap. 4
  78. Guy Penaud, p. 150. En février 1938, Bonny publie une « pétition » dans le quotidien Le Jour, adressée à Dormoy. Il y affirme être lui-même à l'origine de l'arrestation d'Eugène Deloncle, le chef de la Cagoule, reproche au ministre de s'attribuer le mérite qui devrait lui revenir à lui, Bonny, et l'accuse de promesse fallacieuse après l'engagement non tenu de le réintégrer dans la police. Lire le Journal des débats, 19 février 1938.
  79. Guy Penaud, p. 152. Il s'attire le commentaire suivant de la part de La Révolution prolétarienne : « M. Bonny ne nous dit pas encore comment [il a démasqué la Cagoule]. En attendant, il consacre toute une page à faire sa propre apologie […] S'il est vrai qu'on ne fait pas de la police avec des archevêques, n'est-il pas un peu osé de faire un "hebdomadaire syndical" avec un flic ? » ; lire La Révolution prolétarienne, 25 mars 1938.
  80. Je suis Partout, 3 décembre 1937. Henri Voix, complice de Stavisky, avait joué en son temps un rôle dans l'identification du refuge de celui-ci à Chamonix, après sa fuite.
  81. Dans un ouvrage ancien mais classique sur la Cagoule, le journaliste Philippe Bourdrel, p. 194, écrit par exemple, sans apporter pour autant d'éléments précis à l'appui de sa réfutation d'une « version officielle » niant le rôle de Bonny :

    « Nous ne saurions clore ce chapitre des informateurs parallèles sans évoquer le cas du fameux inspecteur Bony (sic). N'en déplaise à la version officielle du complot, qui, bien entendu, ne fit aucune mention des services des délateurs d'un genre spécial, il est certain que Bony (sic) fut utilisé pour l'enquête. »

    C'est en travaillant « à son compte » que Bonny, selon cet auteur, « fut ainsi appelé à s'occuper de l'affaire du CSAR et inspira Thomas Bourlier. »
  82. Guy Penaud, p. 162 et Jacques Delarue 1993, p. 123. Comme le souligne Marie-Josèphe Bonnet, « les auxiliaires de la Gestapo ne sont pas des fanatiques intoxiqués par le mythe du surhomme, mais plutôt de simples malfrats piégés par la Gestapo et attirés par l'appât du gain » ; lire Marie-Josèphe Bonnet.
  83. Guélin et Bonny auraient été impliqués auparavant dans une affaire de vol de 10 millions d'or au détriment d'une bijoutière ; lire Guy Penaud, p. 157 et Grégory Auda, p. 107 note 144 (Auda précise la source de cette assertion, qui serait Bonny lui-même lors de ses interrogatoires après la Libération en 1944). Selon Cédric Meletta, chap. 10, Guélin aurait été l'un des avocats de Bonny en 1935, ce que ne confirme cependant aucune autre source.
  84. Guélin était un intime de Pierre Cathala, de René de Chambrun et d'Adolphe Anglade, directeur de Radio-Lyon qui appartient à Laval. Lire Guy Penaud, p. 157.
  85. Guy Penaud, p. 157, Grégory Auda, p. 101 et Marcel Hasquenoph, p. 141. Jacques Delarue affirme pour sa part que Bonny travaillait déjà pour Otto ; lire Jacques Delarue 1985, ainsi que Jean Cathelin et Gabrielle Gray. Pour Philippe Aziz, Tu trahiras, p. 116, « [L'Abwehr] refuse d'inclure dans ses effectifs un policier aussi taré. Radecke décide d'introduire Bonny rue Lauriston. »
  86. Dans la bande Bonny-Lafont, c'est le cas de Paul Maillebuau ainsi que des inspecteurs Bérard et Pehou, ces derniers étant probablement recrutés par Bonny lui-même. Simon Kitson, p. 138 mentionne encore l'ex-inspecteur Jean Bernolles. D'anciens inspecteurs sont également présents dans la bande rivale de Rudy de Mérode, dite « Gestapo de Neuilly » ; lire Guy Penaud, p. 174, Grégory Auda, p. 121 et Serge Jacquemard, p. 6 et 16.
  87. Voir Patrick Buisson, p. 283 et Marcel Hasquenoph, p. 141. Jean-Damien Lascaux est également évoqué dans l'un des romans de Patrick Modiano ainsi que dans les souvenirs de Jacques Benoist-Méchin, avec lequel il partage une cellule à Fresnes fin 1944 et à qui il fait un récit de « meurtres, actes de barbarie, extorsion de fond, vols [et] trafics en tous genre. » Il est condamné en décembre 1944 aux travaux forcés à perpétuité. Lire Bénédicte Vergez-Chaignon, Vichy, p. 134, ainsi que Patrick Modiano, p. 99-100 et Jacques Benoist-Méchin, chap. 22.
  88. Guy Penaud, p. 170-171. Selon Roger Maudhuy, un ancien membre de la bande Lafont-Bonny lui aurait déclaré dans les années 1990 : « le seul que je n'aimais pas dans cette bande, c'était Bonny, l'ancien flic. Pas parce que c'était un flic, mais parce que c'était un emmerdeur, un type de bureau. Toujours à t'emmerder avec des rapports ! » ; lire Roger Maudhuy, p. 32.
  89. Cité par Guy Penaud, p. 164. Marcel Reboul, « jeune magistrat talentueux », avait auparavant prêté serment de fidélité à la personne du maréchal Pétain, et se fera peu après un nom lors du procès de Robert Brasillach où il fut également commissaire du gouvernement, c'est-à-dire procureur. Lire notamment Michel Winock, p. 385.
  90. Bonny déclare par exemple en 1944 : « je tiens à dire qu'il n'y a jamais eu de chambres de torture rue Lauriston ou ailleurs à ma connaissance et je n'ai assisté à aucun sévice grave ni à des brutalités particulières, ni à aucun crime ; que ni de loin ni de près je n'ai été l'auteur ou le complice, dans le service ou dehors, de crimes ou de délits quelconques. […] Mon rôle s'est surtout borné à celui de secrétaire » ; cité par Grégory Auda, p. 147.
  91. Lafont était capitaine et cinq autres de ses hommes de main étaient sous-lieutenants, chacun à la tête d'une des sections de la brigade ; lire Grégory Auda, p. 166 et Guy Penaud, p. 165-167. Jacques Bonny relate une scène où son père, qui vient de recevoir son uniforme, répond à son épouse qui manifeste sa « répugnance » à la vue de celui-ci : « rassure-toi. Je n'ai pas l'intention de me déguiser. Je l'ai dit à Lafont » ; lire Jacques Bonny, p. 236.
  92. Serge Jacquemard, p. 78 et 80. Ses révélations seraient notamment, selon Serge Jacquemard, à l'origine de l'arrestation du docteur Petiot. Ce point n'est pas confirmé par ailleurs.
  93. Bonny est défendu par Me Charles Delaunay, qui devient l'avocat de Seznec après sa libération en 1947. Delaunay plaide en vain la grâce de Bonny devant le général de Gaulle ; lire Guy Penaud, p. 220 et 223.
  94. Guy Penaud, p. 219. L'opinion publique s'impatiente pourtant et « déplore la lenteur de l'instruction de l'affaire Bonny-Lafont […] On s'étonne qu'un tribunal martial n'ait pas encore été installé et n'ait pas jugé les coupables notoires » ; rapport de police cité par Bénédicte Vergez-Chaignon, Vichy, p. 61.
  95. Jacques Delarue estime que « sur une affaire aussi complexe, pour démêler un pareil grouillement, il eût fallu passer deux ou trois ans sans doute, attendre au moins le retour des déportés, témoins capitaux. Le souci de donner des satisfactions rapides au public l'emporta car on laissa moins de trois mois au juge d'instruction chargé de l'affaire, M. Gerbinis, magistrat expérimenté et qui avait tenu tête aux occupants, pour boucler le dossier […] Beaucoup d'autres membres, permanents ou épisodiques, de la bande furent jugés au cours des années suivantes mais il est évident que la hâte apportée à conclure judiciairement cette terrible affaire a empêché que toute la lumière soit faite, et sauvé sans doute quelques misérables. » Lire Jacques Delarue 1985 ainsi que Roger Maudhuy, p. 42.
  96. Ce raccourci entre le Bonny de l'affaire Seznec et celui de la Collaboration trouve même à s'illustrer dans le domaine de la chanson bretonne, avec le titre « Le Procès », dans l'album Portaits du groupe breton Tri Yann :

    « Sur quarante-huit témoins cités
    Il y a quarante-trois policiers,
    Hier mardi c'était Vidal,
    Matois le beau méridional :
    Et Bonny qui se prend pour un superflic,
    Mais la magouille c'est sa tactique ;
    On le retrouvera bientôt
    A Paris, chef de la gestapo ! »

    Relevant notamment la publication de cet album de Tri Yann, Michel Pierre remarque à ce propos que « l'un des aspects les plus intéressants de l’affaire Seznec réside dans sa relation à la Bretagne, parfois de manière tout à fait passionnelle […] Le nom de Seznec fait partie d’un curieux panthéon. »
  97. « Les relations particulières entretenues par Bonny, lorsqu'il était policier, avec Camille Chautemps ou Albert Sarraut, son affrontement récursif avec le préfet Jean Chiappe, connu pour ses amitiés à droite, les attaques de l'extrême droite dont il fut l'objet lors des affaires Stavisky ou Prince, de même que son activité de journaliste, avant 1940, dans la presse classée à gauche, qui, de son côté, l'a longtemps soutenu, semblent démontrer qu'il était alors sincèrement de gauche, du moins que ses idées étaient proches de celles du radical-socialisme. » Guy Penaud, p. 225.
  98. Guy Penaud, p. 226. Dans le même ordre d'idée, Grégory Auda, p. 100 souligne que, fin 1941 :

    « La situation financière de Bonny est cependant des plus précaires. Il se sent déclassé et s'estime victime de combinaisons politiques. C'est donc un homme intelligent, méthodique, sûr de ses capacités et qui a de nombreux comptes à régler, qui accepte de se mettre au service de la police allemande »

    Voir encore Jean-Michel Charlier et Marcel Montarron, p. 404 pour qui :

    « Condamné pour corruption, chassé de la Police, un an et demi après avoir été sacré « premier policier de France », Bonny, aigri, ulcéré, et qui vivotait comme pigiste — notamment au Canard enchaîné, ne rêvait plus que d'une seule chose : prendre sa revanche, faire trembler tout ceux qui l'avaient renié, accablé, méprisé. Il leur en voulait, plus encore, à cause de son fils, qu'il adorait et qui, souvent, rentrait, en pleurs de l'école, parce que ses petits camarades l'avaient traité de "fils d'assassin", suite à la malencontreuse affaire Prince. »

  99. Guy Penaud, p. 226 et Jacques Bonny, p. 208, 211, 217. Après avoir souligné à quel point lui-même, après l'avoir rencontré, avait jugé que Lafont était « grand, beau, extrêmement séduisant et charmeur » et avoir écrit que son père lui-même « tomba sous ce charme », Jacques Bonny écrit :

    « On peut comprendre que Pierre Bonny, qui sortait d'une longue période noire, où il n'avait connu que blâmes, procédures humiliantes, rebuffades, affronts et trahisons de la part de ses "amis", le pénétrant d'un profond sentiment d'injustice, ait été heureux de rencontrer un homme qui lui témoignait du respect et de la considération. »

  100. Police magazine, 22 avril 1934 en dresse par exemple ainsi le portrait : « Bonny, c'est la police moderne avec deux doigts d'élégance, du savoir-vivre, une notion exacte de tous les mondes et une dose remarquable de volonté. » Le magazine très familial Lectures pour tous, mai 1934 n'hésite pas à le citer à la suite de Javert, Lecoq et Sherlock Holmes, quoiqu'en précisant qu'il est « plus discuté ».
  101. « L'inspecteur Pierre Bonny, un flic sans honneur ? » s'interroge par exemple Jérôme Pierrat tandis que Jean-Paul Lefebvre-Filleau, p. 266 le considère comme le « type parfait du flic-voyou [et un] personnage interlope. » Certains jugements ne sont pas dénués d'arrières-pensées, tel celui de Lucien Zimmer, qui le qualifie d'« individu taré [qui], avant d'être connu sous son véritable jour, avait fait illusion durant quelques années à la Sûreté générale », mais qui est lui-même un ancien policier, chef de cabinet de Chiappe à la Sûreté. Lire Lucien Zimmer, p. 108.
  102. « Ma mère […] m'a souvent dit, en d'autres termes, avoir peur de ce côté de mon père. D'expérience, elle connaissait son impulsivité, sa tendance à s'emballer trop facilement, à s'enthousiasmer – contradictoirement avec l'extrême lucidité dont il faisait preuve. » Lire Jacques Bonny, p. 124.
  103. Jacques Bonny parvient à mettre d'autant plus en relief ce qu'il estime être les qualités paternelles, morales et familiales de son père qu'il n'hésite pas à faire état de ce qui est, selon lui, sa seule « incartade » morale : il aurait brièvement trompé son épouse en 1931 avec une jeune mannequin avant de faire amende honorable. Cet attachement au cercle familial le plus proche revêt, dans l'ouvrage de Jacques Bonny, d'autant plus d'importance qu'il fait du souci d'assurer la survie matérielle de sa famille l'un des principaux motifs de son père lors de la période 1942-1944, celle de la rue Lauriston. Lire Jacques Bonny, « Il faut que je te parle », p.  65-71, et p.  208.
  104. Jean-Marc Berlière, p. 159. Cet auteur démontre en particulier l'étendue du pouvoir offert aux hommes de la Sûreté par les dossiers qu'ils détenaient ; lire Jean-Marc Berlière et Mark Mazower, p. 27-56.
  105. Jean-Marc Berlière et Denis Peschanski soulignent que

    « Cette police qui inquiète, incarnée par des figures comme celle de l'inspecteur Bonny, suscite une intense production journalistique et littéraire, grossie de livres de policiers ou des confidences, mêlant le vrai et l'affabulation, savamment distillées aux journaux. »

  106. Grégory Auda, p. 23 note 25. Voir également Serge Jacquemard, p. 15 :

    « Pierre Bonny, inspecteur de police principal, révoqué avant-guerre, c'est l'exécuteur des basses œuvres de la IIIe République, l'homme des missions secrètes, des dossiers truqués, des assassinats par commandite. Magouilleur de première classe, il a arrangé les affaire les plus délicates. »

    Indice de la force du mythe, certains ouvrages contemporains l'impliquent même dans l'affaire Mata Hari, qui se déroule pourtant en 1917, alors que Bonny, encore simple soldat, est en captivité en Allemagne ; lire Julien Arbois, « La Carlingue, rue Lauriston. » ainsi que le roman Dans la peau du Soldat inconnu de Jean-Pierre Guéno, chap. 8.
  107. Henry Sergg, p. 51 et 53, qui précise :

    « Policier véreux ? Le terme est approprié. Dans le sillage de Pierre Bonny traînent les nauséabonds relents des scandales qui ont marqué les dernières décennies de la IIIe République, défunte et non regrettée. Homme à tout faire, employé par les politiciens radicaux-socialistes qui si longtemps ont gouverné la France, l'intéressé a accepté de participer aux tâches les plus secrètes et les plus déshonorantes. »

  108. Outre les exemples supra, voir encore par exemple Gérard Boulanger, chap. 9 pour qui il est « ce policier félon, responsable de l'injuste et persistante condamnation de Guillaume Seznec. »
  109. Serge Jacquemard, p. 15 ou encore Jacques Chabannes, p. 310. Ces auteurs n'apportent toutefois aucun élément à l'appui de cette affirmation.
  110. Outre Xavier Vallat, Joseph Kessel et Bernard Michal cités précédemment, voir encore par exemple les criminologues Alain Bauer et Christophe Soullez, p. 124 :

    « Dans la police, Stavisky a pour ami Pierre Bonny. Ce dernier, inspecteur aux Recherches judiciaires, avertit le premier d'une arrestation imminente, et contribue à faire croire à son décès en plaçant ses papiers d'identité dans les poches d'un cadavre défiguré lors d'un accident de train, dans lequel aurait dû se trouver Stavisky. »

    Lire également, comme exemple d'affirmation des relations supposées de Bonny et Stavisky, Anne-Claude Ambroise-Rendu, qui écrit contre toute évidence que « Pierre Bonny, inspecteur de police principal et Jean Chiappe, le préfet de police entretiennent d'excellents rapports avec l'escroc et participent à des dîners mondains en sa compagnie. »
  111. Le journal Gringoire l'accuse en 1934 d'être l'auteur de l'ajout de la mention d'André Tardieu sur l'un des talons. Lire Guy Penaud, p. 128.
  112. Le criminologue Alain Bauer, par exemple, reproduit l'affirmation erronée, mais courante, selon laquelle Bonny aurait été révoqué et condamné au milieu des années 1930 en raison de ses supposées manipulations de preuves dans l'affaire Stavisky : « ce sulfureux personnage verra sa carrière entachée par les manipulations auxquels il se livrera en 1934 dans l'affaire Stavisky, qui lui vaudront rien moins que son exclusion de la police ». Lire Alain Bauer, Dictionnaire amoureux…, « Seznec, Guillaume ». Des affirmations similaires sur la prétendue falsification de preuves par Bonny apparaissent sous la plume d'auteurs aussi divers que Marcel Jullian, Georges Moréas, Denis Seznec ou encore Robert Belleret, p. chap. 7, note 24. Elles trouvent leur origine dans la presse contemporaine de l'affaire, comme l'illustre notamment L'Humanité du 7 janvier 1934, qui faisait déjà de Bonny l'agent du Président du Conseil et ministre de l'Intérieur Camille Chautemps, lui-même censé être compromis, selon cet article, avec Stavisky.
  113. Roger Maudhuy, p. 40 écrit par exemple : « Bonny devient le spécialiste des affaires délicates : on le verra à l'œuvre dans l'affaire Seznec, qui se retrouve au bagne pour un crime qu'il n'a certainement pas commis, dans l'affaire Stavisky, opportunément suicidé, dans l'affaire Prince, qu'on retrouve écrasé par un train… » Dans la même veine, voir Jean-Paul Lefebvre-Filleau, p. 267 et suiv. L'hypothèse est également évoquée par Emmanuel Beau de Loménie, p. 136-137. Cette accusation se retrouve encore chez Jacques Benoist-Méchin. Elle apparaît dès 1934 dans la presse d'extrême droite, comme par exemple sous la plume de Léon Daudet dans L'Action française, 7 juin 1934.
  114. Le polémiste d'extrême droite Léon Daudet, p. 115 résume ainsi, par exemple, le rôle de Bonny :

    « L'étouffement de l'affaire – par le truc classique des fausses pistes – fut confié à l'inspecteur principal Bonny, homme de confiance de Chautemps et ancien homme de confiance de Sarraut, qui venait de jouer un rôle, également de confiance, dans l'assassinat du pirate et indicateur Stavisky, au Vieux-Logis, près de Chamonix. Ce Bonny s'acquitta de sa mission avec un cynisme inouï, menant l'instruction à sa guise, comme si les juges de Paris et de Dijon n'existaient pas, mettant en scène des remises, nocturnes et rocambolesques, à domicile, de talons de chèques, par un indicateur à lui, du nom de Jo-la-Terreur, cependant que le procureur Gomien, succédant à Pressard, attendait placidement dans la pièce à côté ! Quelque temps après, le même Bonny-menteur choisissait au hasard trois individus, grands électeurs de l'avocat de S.G. Torrès, et les faisait incarcérer à tâtons comme étant les trois auteurs du crime effroyable. Bientôt, ces fausses pistes s'effondraient, le garde des Sceaux, Chéron, était couvert de ridicule et le public berné une fois de plus. »

  115. Par exemple, Frédérique Neau-Dufour, p. 68 ou encore l'historien Malcolm Anderson, p. 99 et 101, pour qui il aurait été l'unique membre des institutions policières impliqué dans le complot de la Cagoule.
  116. « Quand éclate le scandale Stavisky, qui le F.. ([Frère]) Hennett (sic) charge-t-il de l'enquête ? L'inspecteur F.. Bonny ! […] Bonny est un homme à tout faire. Il exécute les ordres de la franc-maçonnerie parce qu'il en est, parce qu'il connaît sa puissance. Il exécute les consignes des ministres francs-maçons, sachant qu'en les servant il prend hypocritement sur eux et se sert lui-même. Si le F.. ministre veut faire de son cabinet une banque, il doit laisser le F.. policier-gangster libre de convertir en coupe-gorge son bureau » ; Paul Lombard, p. 22, cité par Pascal Ory, chap. 4.
  117. Détaillant le rôle de différents policiers réputés francs-maçons dans les protections dont aurait selon lui bénéficié Stavisky, Pierre Chevalier souligne que :

    « Ce sera le trop célèbre Bonny qui retrouvera dans des conditions singulières une partie du chéquier Stavisky, tandis que les hauts fonctionnaires de la Sûreté générale, les frères Thomé, directeur, et Ducloux, contrôleur général, se gardent bien de rien faire qui puisse gêner Alexandre. »

    Lire Pierre Chevalier, p. 240. L'appartenance de Bonny à la franc-maçonnerie est jugée douteuse par Guy Penaud et démentie par Jacques Bonny ; lire Guy Penaud, p. 154 et Jacques Bonny.
  118. Né en 1924, Jacques Bonny s'appuie fréquemment dans son livre sur les conversations familiales de son enfance et de son adolescence où son père, dit-il, évoquait fréquemment certaines des affaires qu'il avait traitées. Il est également le spectateur plus direct de différentes péripéties des dernières années, sous l'Occupation, en particulier la tentative de fuite en août 1944 où il joue lui-même un rôle, ayant été chargé de se rendre en bicyclette à Paris, puis à Sens, pour tenter d'obtenir de nouvelles voitures après la confiscation de celles de Bonny et de Lafont par les FFI. Il a également fréquenté, rarement selon lui, le 93 rue Lauriston et le milieu mondain de la collaboration parisienne. Lire Jacques Bonny, p. 221-222 et 243-250.
  119. Lire Akane Kawakami, p. 70. Sans pour autant partager le point de vue de jacques Bonny, Jérôme Pierrat en fournit pour l'essentiel une synthèse au premier degré dans le chapitre qu'il consacre à Pierre Bonny dans Jérôme Pierrat.
  120. Lémery est le fugitif successeur de Chéron à la Chancellerie à l'automne 1934, dans le cabinet Doumergue. Il résume lapidairement Bonny ainsi : « il avait trompé mon prédécesseur Chéron, en brouillant volontairement les pistes. Il y avait dans son dossier des faits qui le rendaient justiciable de la Cour d'assises. Je m'en entretins avec le Procureur Général. Une instruction fut ouverte. » Lire Henry Lémery, p. 159.
  121. Pascal Bresson. On y lit à son propos, p. 27 :

    « Achille Vidal, commissaire divisionnaire, se vit confier l'enquête […] Son principal adjoint, l'inspecteur Bonny, fit de ma vie un enfer ; il pilota, influença et tira toutes les ficelles de cette affaire. »

  122. Resnais met également en scène la tentative de dépôt de faux bijoux par Bonny lui-même au Crédit municipal de Bayonne, provocation policière qui, dans la réalité, n'a pas dépassé le stade d'une proposition de l'inspecteur rejetée par ses supérieurs. Lire Police magazine, 6 janvier 1935.
  123. Yves Boisset, « L'Affaire Seznec : un coupable idéal » écrit à ce propos :

    « Au départ, je croyais fermement à l’innocence de Seznec, l'enquête avait été confiée en 1923 au sinistre inspecteur Bonny qui allait, pendant la guerre, devenir, avec son complice le gangster Laffont (sic), le principal animateur de la Carlingue, la Gestapo française de la rue Lauriston. Il était convaincu de la culpabilité de Seznec dans la disparition mystérieuse du député Quemeneur et avait sciemment truqué les pièces du puzzle pour enfoncer son coupable idéal. »

  124. S'y ajoute Bertrand Tavernier qui a envisagé au début des années 1970 de réaliser un film sur Bonny et Lafont ; lire Bertrand Tavernier, p. 159. C'est aussi le cas de Raoul Coutard selon Philippe Durant, « le souffle de la nostalgie ».
  125. 5 colonnes à la une, Alain Decaux raconte et enfin 50 ans de télévision, dans lequel Pierre Bellemare écrit : « comme par hasard, quand l'inspecteur Bonny arrive, on trouve la machine à écrire. Or, nous avons pu apporter des informations formelles selon lesquelles l'inspecteur Bonny avait l'habitude de placer des preuves là où il fallait. »

Références[modifier | modifier le code]

  1. a et b Le Petit Parisien, 29 octobre 1935.
  2. Guy Penaud, p. 131 s'interroge : « Philippe Lamour et Pierre Bonny, qui étaient alors proches, au point que le premier avait accepté de défendre le second lors du procès Bonny/Gringoire, ont-ils évoqué l'affaire Seznec ? […] Philippe Lamour, de son côté, n'en a jamais parlé. »
  3. Guy Penaud, p. 16.
  4. Détective, 5 avril 1934.
  5. Jean-Marc Berlière, p. 19-22.
  6. Guy Penaud, p. 19.
  7. Jacques Bonny, p. 33.
  8. L'Ouest-Éclair, 26 octobre 1924.
  9. Par exemple l'avocat Emmanuel Pierrat, chap. 1.
  10. Cour de cassation, arrêt 2006.
  11. Le Matin, 1er juillet 1923. Voir également Denis Langlois, L'Affaire Seznec 1 pour une version de cette photographie de meilleure qualité, mais tronquée.
  12. Cour de cassation, communiqué 2006.
  13. Le Petit Parisien, 27 septembre 1924.
  14. Philippe Aziz, Tu trahiras, p. 109.
  15. Guy Penaud, p. 48-51. L'affaire est relatée en détail par Lucien Zimmer, p. 108 et suiv.
  16. Le Journal des débats, 2 mai 1925.
  17. Guy Penaud, p. 47 ; sur cette affaire, lire par exemple Le Matin, 24 janvier 1926.
  18. Guy Penaud, p. 61-62 et Jacques Bonny, p. 176. Jacques Bonny, p. 56-59 en donne les détails.
  19. Guy Penaud, p. 50.
  20. Le Gaulois, 16 avril 1928.
  21. Guy Penaud, p. 70. Lire également Le Petit Parisien, 3 mars 1934.
  22. Le Petit Parisien, 8 juillet 1928.
  23. Guy Penaud, p. 72. Lire également Le Petit Parisien, 3 mars 1934.
  24. Le Petit Parisien, 25 janvier 1930.
  25. a et b Guy Penaud, p. 124.
  26. Le Figaro, 26 juillet 1934.
  27. Guy Penaud, p. 65, Jacques Bonny, p. 63 et Philippe Aziz, Tu trahiras, p. 113.
  28. Jacques Bonny, p. 76
  29. Jacques Bonny, p. 77.
  30. a et b Guy Penaud, p. 138-139 et 141.
  31. Pierre Lazareff en évoque le souvenir dans Pierre Lazareff, p. 232-233.
  32. Guy Penaud, p. 72-75.
  33. Guy Penaud, p. 74.
  34. Lire Guy Penaud, p. 75 et L'Ouest-Éclair, 29 novembre 1934.
  35. Guy Penaud, p. 70.
  36. Le Matin, 7 janvier 1934.
  37. Paul Jankowski, p. 7.
  38. Jacques Bonny, p. 86-89 et 96-98.
  39. Sur les différentes péripéties de la carrière de Stavisky mentionnées par Jacques Bonny, lire Paul Jankowski, p. 34-35 (l'affaire du Zelly's), 50 (l'affaire du Valvidia, 57 (l'évasion du Palais de justice), 71 (l'arrestation à Marly-le Roi) ainsi que Guy Penaud, p. 78 et Édouard Leduc, « Les faux-monnayeurs de Brunoy ».
  40. Cité par Guy Penaud, p. 76.
  41. Jacques Bonny, p. 96.
  42. Paul Jankowski, p. 437, note 39.
  43. Lire Roger Peyrefitte, p. 39, Philippe Aziz, Tu trahiras, p. 113-114 et Guy Penaud, p. 79. Selon Philippe Aziz, « Leurs liens d'amitié sont de notoriété publique. »
  44. Joseph Kessel, p. 120-121.
  45. Bernard Michal, p. 189.
  46. Gilbert Guilleminault, p. 162.
  47. Lire Fred Kupferman.
  48. Déclaration du contrôleur Louis Ducloux devant la commission d'enquête parlementaire, citée par Guy Penaud, p. 79.
  49. a, b et c Police magazine, 6 janvier 1935.
  50. Lire Guy Penaud, p. 78-80 et L'Ouest-Éclair, 29 novembre 1934.
  51. Paul Jankowski, p. 310.
  52. Guy Penaud, p. 83-85.
  53. Guy Penaud, p. 92.
  54. Guy Penaud, p. 81 et Paul Jankowski, p. 290.
  55. Guy Penaud, p. 83.
  56. Guy Penaud, p. 93, Paul Jankowski, p. 350-351 et L'Ouest-Éclair, 29 novembre 1934.
  57. Guy Penaud, p. 94.
  58. Le Populaire, 3 mars 1934.
  59. Guy Penaud, p. 95.
  60. Le Matin, 30 mars 1934.
  61. Vu, 7 mars 1934
  62. Comme le résume lapidairement Henry Sergg, p. 53.
  63. Guy Penaud, p. 105-107.
  64. Lire Jean-Paul Pellegrinetti et Ange Rovere, p. 302, note 9 et Simon Kitson, p. 40-42.
  65. Guy Penaud, p. 112 et 116.
  66. Guy Penaud, p. 112.
  67. Jacques Bonny, p. 175.
  68. Paul Jankowski, p. 444-445, note 44 ainsi que Gisèle Dessaux Prince.
  69. Photographie illustrant l'article « Bonny arrêté » publié dans Police Magazine, 9 décembre 1934.
  70. Le Journal, 14 mars 1935.
  71. a, b et c L'Humanité, 1er décembre 1934.
  72. L'Ouest-Éclair, 14 mars 1935.
  73. Jacques Bonny, p. 180 et 182 et Le Journal, 3 décembre 1934.
  74. Guy Penaud, p. 146.
  75. Guy Penaud, p. 147-148.
  76. Grégory Auda, p. 100.
  77. Jacques Bonny, p. 182 et 187.
  78. Le Nouvelliste d'Indochine, 12 décembre 1937.
  79. Jacques Bonny, p. 188-194 en fait le récit détaillé. Lire également Guy Penaud, p. 150-151, ainsi que Philippe Aziz, Les dossiers noirs, p. 161-162.
  80. C'est notamment la thèse de Philippe Aziz, Les dossiers noirs, p. 161, ainsi que d'Éric Vial, p. 177.
  81. Le Figaro, 18 février 1938.
  82. Lire par exemple E. Reybaud, p. 41.
  83. Le Populaire, 21 février 1938.
  84. Frédéric Freigneaux.
  85. Jacques Bonny, p. 195.
  86. L'Humanité, 2 décembre 1944.
  87. Jacques Bonny, p. 203.
  88. Jacques Bonny, p. 232.
  89. Jacques Bonny, p. 230 et 233.
  90. Jacques Bonny, p. 231 et 237.
  91. Jean-Claude Hazera et Renaud de Rochebrune, p. 208.
  92. Cité par Grégory Auda, p. 107.
  93. Cité par Grégory Auda, p. 150-151.
  94. Grégory Auda, p. 22.
  95. Guy Penaud, p. 170-171.
  96. Guy Penaud, p. 164.
  97. Guy Penaud, p. 181-185 et Jacques Bonny, p. 232-236.
  98. Grégory Auda, p. 159-185.
  99. Grégory Auda, p. 170 et suiv. et Guy Penaud, p. 196-205.
  100. Franc-Tireur, 16 septembre 1944.
  101. L'Humanité, 17 septembre 1944.
  102. Jean-Claude Hazera et Renaud de Rochebrune, p. 218.
  103. Guy Penaud, p. 213.
  104. Serge Jacquemard, p. 78.
  105. Jacques Bonny, p. 255.
  106. Serge Jacquemard, p. 81.
  107. Le Parisien libéré, mardi 12 décembre 1944, cité par Serge Jacquemard, p. 82.
  108. Roger Maudhuy, p. 42.
  109. Guy Penaud, p. 219-223.
  110. Lire par exemple Serge Jacquemard, p. 83 ou encore Roger Maudhuy, p. 43.
  111. Jacques Bonny, p. 274.
  112. Grégory Auda, p. 190.
  113. Lettre de Georges Prade à Jacques Bonny, citée par Jacques Bonny, p. 260-261.
  114. Guy Penaud, p. 227.
  115. a et b Lire Michel Pierre.
  116. Guy Penaud, p. 225.
  117. Police Magazine, 9 décembre 1934.
  118. Marcel Sicot, p. 133.
  119. Le Figaro, 1er août 1934. Lire également Guy Penaud, p. 226.
  120. Cité par Philippe Aziz, Tu trahiras, p. 108.
  121. Pierre Cornut-Gentille, p. 134.
  122. Maurice Garçon, p. 101.
  123. Alain Bauer et Christophe Soullez, p. 309.
  124. Jean-Marc Berlière, deux siècles de fantasmes, cité par Guy Penaud, p. 66.
  125. Voir par exemple Raynal Pellicer.
  126. Malcolm Anderson, p. 99 note 50.
  127. Lire Claude Bal.
  128. Police magazine, 22 avril 1934.
  129. cf. Guy Penaud.
  130. cf. Philippe Aziz, Tu trahiras.
  131. cf. Jacques Delarue 1985.
  132. cf. Grégory Auda.
  133. cf. Serge Jacquemard.
  134. Guy Penaud, p. 107-112. Lire également Michel Carly, p. 42-48.
  135. Lire André Tardieu.
  136. Simone de Beauvoir, p. 229.
  137. a et b Guy Penaud, p. 9.
  138. Le Berre, Bresson et Michel.
  139. Philippe Durant, « le souffle de la nostalgie ».
  140. L'Ouest-Éclair, 19 juillet 1923
  141. Police magazine, 22 avril 1934 et Jean-Marc Berlière et Denis Peschanski.
  142. Tapfort, Le succès…
  143. a et b Détective, 13 décembre 1934.
  144. Paris-Soir, 1er janvier 1935
  145. Paris-Soir, 31 octobre 1935.

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