Pierre Bonny

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Pierre Bonny

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Pierre Bonny caricaturé dans Le Petit Parisien en octobre 1935, lors du procès Volberg, où il est finalement condamné pour corruption[1].

Naissance 25 janvier 1895
Bordeaux, France
Décès 27 décembre 1944
Fort de Montrouge, France
Nationalité Française
Bonny, assis aux côté de son avocat, lève les yeux vers, sans doute, le banc de l'accusation
L'inspecteur Pierre Bonny (de face, à gauche, portant moustache) lors du procès en diffamation qu'il intente en novembre 1934 au directeur du journal Gringoire, Horace de Carbuccia, et qu'il perdit. À sa droite, son avocat, Philippe Lamour[2].

Pierre Bonny, né en 1895 à Bordeaux et fusillé en 1944 lors de l'épuration, est un policier français devenu célèbre durant l'entre-deux-guerres, au sein de la Sûreté générale, réputée être la « police politique » du régime : son nom est associé à de retentissantes affaires criminelles et politico-financières, dont beaucoup oubliées depuis tandis que d'autres, telles que les affaires Seznec, Stavisky et Prince, ont marqué les mémoires.

Révoqué de la police en 1935 et condamné pour corruption, puis mêlé au démantèlement de la Cagoule en 1937, il réapparaît en 1942 sous l'Occupation où il est, avec le repris de justice Henri Lafont, l'un des responsables de la Gestapo française de la rue Lauriston. Outre le souvenir accablant d'un traître et collaborateur sans scrupules, il incarne couramment la figure d'un exécuteur supposé des basses-œuvres du régime – à laquelle son fils, biographe, oppose l'image d'un homme de bonne volonté victime des circonstances et de toutes sortes de trahisons – bien que les historiens lui préfèrent celle, plus banale, d'un policier simplement vénal égaré par les multiples tentations offertes aux membres d'une police très politique.

Sommaire

Origines[modifier | modifier le code]

Né le 25 janvier 1895, Pierre Bonny est fils d'agriculteurs du Bordelais. Après ses études secondaires à Bordeaux, il est brièvement employé de bureau dans une succursale de l'entreprise Peugeot, puis à la Compagnie générale transatlantique[3]. Mobilisé en décembre 1915, il est fait prisonnier en septembre 1916 dans la Somme à Vermandovillers et passe la plus grande partie de la guerre en captivité[4]. Rapatrié en 1918, il est affecté comme secrétaire, avec le grade de caporal, à l'état-major de la région militaire de Bordeaux[5].

Les débuts dans la police (1920-1927)[modifier | modifier le code]

Il entre dans la police sur concours en 1919, en tant qu'inspecteur de police provisoire dans les régions libérées[6]. Marié en 1920[7], il exerce d'abord dans la Somme, avant d'être versé au Contrôle général des services de recherches judiciaires de la Sûreté générale, à Paris, le 11 août 1922. Il y effectue toute la suite de sa carrière jusqu'à sa révocation en janvier 1935.

Détaché au contre-espionnage ?[modifier | modifier le code]

C'est vers cette époque que Bonny aurait été détaché un temps au ministère de la guerre, au service du contre-espionnage : il y aurait, selon son fils, Jacques Bonny, résolu une affaire de fuites, ce qui lui aurait valu l'appui du général Maud'huy[8]. La date est incertaine : avant son entrée dans la police selon Maurice Garçon[9] mais au début des années 1920 selon son fils. Son principal biographe, Guy Penaud, relève à ce propos qu'« on peut se demander si ce n'est pas à cette époque, ayant alors acquis la réputation d'un homme particulièrement habile, que certains songèrent à employer Pierre Bonny à des besognes assez confidentielles, mais sans doute un peu fâcheuses parce qu'elles étaient à la limite de la légalité[10] », tandis que Jacques Bonny commente : « déjà, à peine arrivé dans la police, le sort et ses qualités aidant, il mettait bien inconsciemment le doigt dans l'engrenage, peut-être le plus dangereux de tous : celui de la "parapolitique", pour ne pas dire de la politique tout court[11]. »

L'affaire Seznec[modifier | modifier le code]

une machine à écrire de type Royal-10
L'une des principales pièces à conviction de l'affaire Seznec, la machine à écrire ayant servi à produire les fausses promesses de vente[12]. Sa découverte lors d'une perquisition chez Seznec est souvent à tort attribuée à Bonny[13] ; dans une autre version également erronée, ce dernier l'y aurait dissimulée[14].
Article détaillé : Affaire Seznec.

Quoi qu'il en soit, Bonny, à présent promu à la Sûreté générale à Paris, y obtient le grade d'inspecteur stagiaire en janvier 1923[15]. Affecté en juin 1923 comme « secrétaire greffier » auprès du commissaire Vidal[16], selon l'expression de Guy Penaud, il intervient alors dans l'affaire Seznec où il ne joue qu'un rôle mineur : son nom n'apparaît que sur quatre procès-verbaux, dont un seul établi par lui-même et sur cinq rapports ; il est également établi que ce n'est pas lui qui, affecté à une équipe différente, découvre la fameuse machine à écrire qui est l'une des preuves clés de l'affaire : il est seulement chargé de la transporter à Paris afin qu'elle soit expertisée[17].

La présence de Bonny dans l'enquête revêt cependant bien plus tard une importance considérable. En effet, la thèse présentée par la défense de Seznec après-guerre en fait l'ouvrier du complot supposé contre celui-ci, homme-orchestre de la fabrication des fausses preuves et des faux témoignages supposés[18]. C'est l'un des arguments de la demande de révision formée par l'avocat Denis Langlois en 1977[19], puis de celle présentée à nouveau en 2001 par Me Jean-Denis Bredin[20]. Ce motif est encore repris en mars 2001 par le garde des Sceaux Marylise Lebranchu pour justifier sa décision de relancer la procédure de révision[21] ; celle-ci se solde cependant par un rejet de la demande par la Cour de révision en 2006, qui constate l'absence d'éléments nouveaux en faveur de la théorie d'une « machination policière » ayant impliqué en particulier l'inspecteur Bonny[22].

Enfin, selon son fils, Bonny lui aurait affirmé en 1944 avoir finalement « la certitude, pour ainsi dire formelle, que Seznec était innocent » et aurait ajouté : « et pourtant, il est au bagne depuis plus de vingt ans et par ma faute, parce que je me suis trompé de bonne foi[23]. » La Commission de révision des condamnations pénales amenée à se prononcer en 1996 sur l'une des demandes de révision du procès Seznec relève simplement que pour autant, Bonny lui-même a tenu à démontrer qu'il ne pouvait avoir manipulé la fameuse preuve de la machine à écrire :

« Supposons que ce soit moi qui ait déposé la fameuse machine dans le grenier, et pas une autre, non celle-là même qui portait le bon numéro de série et dont les experts avaient défini les imperfections de frappe. Il m'aurait fallu de toute façon la découvrir là où elle se trouvait avant, car elle devait bien de trouver quelque part. Ce qui constituait le même exploit. Et pourquoi alors aurais-je eu besoin d'organiser cette mise en scène, en venant la placer dans le grenier de la scierie ? C'est absurde et cela ne tient pas debout[24]. »

Premiers succès et « missions secrètes »[modifier | modifier le code]

Article avec la photographie des suspects, titré « Le faux marquis de Champeaubert, de son vrai nom Joseph-Eugène-Clément Pascal, avoue cyniquement le coup qu'il avait préparé »
La Une du Petit Parisien annonce l'arrestation de l'escroc Clément Passal, dit le marquis Élie de Champaubert, le 27 septembre 1924[25], et précise : « En quarante-huit heures, M. le commissaire Vidal, de la Sûreté générale, et ses inspecteurs Bonny et Royère l'ont démasqué. »

Titularisé en septembre 1924, Bonny contribue à résoudre une affaire d'escroquerie, dite du marquis Élie de Champaubert : l'escroc Clément Passal tente à cette occasion de le gazer au chloroforme alors qu'il se fait passer pour l'une de ses victimes, un bijoutier invité à lui présenter sa marchandise à domicile[26]. Il est chargé la même année d'enquêter sur un trafic de fonds vers la Suisse organisé par le cardinal Andrieu, archevêque de Bordeaux. L'affaire se résout confidentiellement, mais aurait, selon l'avocat et historien Maurice Garçon, joué un rôle dans les pressions exercées par Aristide Briand pour obtenir du pape Pie XI la condamnation de l'Action française en 1926[27]. Il contribue à l'arrestation d'une bande de faux-monnayeurs en Italie en mai 1925[28]. Il intervient encore en 1926 dans une affaire de trafic de fausse monnaie où étaient impliqués l'aventurier Louis de Windisch-Graetz et le gouvernement hongrois[29]. Enfin, il n'hésite pas, en mars 1927, pour empêcher une tentative de chantage d'une belle-sœur du sénateur Maurice Sarraut, frère du ministre de l'intérieur Albert Sarraut, à recourir lui-même au chantage en simulant la découverte de cocaïne dans ses bagages ; Bonny fait disparaître à cette occasion le rapport de police compromettant, mais le conseiller général et adjoint au maire de la ville, Simon Sabiani, en conserve une copie dont il se servira contre lui lors de l'affaire Prince en 1934[30].

Quelques années plus tard, interrogé par la Commission d'enquête parlementaire sur l'affaire Stavisky, Bonny déclare avoir été chargé à cette époque de « missions secrètes » sans en préciser davantage la nature, et avoir perçu alors des émoluments supplémentaires prélevés sur les fonds secrets[31].

Mentionné à plusieurs reprises dans la presse, il reçoit la médaille d'argent de la police en 1927[32], mais échoue pour la troisième reprise au concours de commissaire de police. Ses relations se détériorent à cette époque avec le préfet de police Chiappe, sans que les raisons en soient connues avec certitude, qu'elles soient politiques ou davantage liées au refus du nouveau préfet de favoriser sa carrière[33].

Les premières mises en cause (1928-1933)[modifier | modifier le code]

Bonny contribue au succès de la police dans plusieurs autres affaires saluées par la presse, telles que l'arrestation de Geberac, auteur du vol d'un collier Cartier d'une valeur de six millions[34], « [celle] d'Eyraud, le jeune assommeur de la bijoutière du boulevard Haussmann[35] », « [celle] à Barcelone, après une poursuite épique, du fameux Colomber (sic), l'homme aux vingt millions de faux titres de la Compagnie de Suez[36] », celle de Jean Ebner, monte-en-l'air auteur de cambriolages retentissants dans les stations thermales de Vichy et Royat, où Le Petit Parisien le présente comme « l'inspecteur Bonny, de la Sûreté générale, spécialisé dans la recherche des grands voleurs internationaux[37] », ou encore l'affaire des « vols mystérieux de la Trésorerie générale d'Aurillac dont le plus important se chiffra par 1.200.000 francs[38]. » D'autres affaires mentionnées également par la presse paraissent cependant plus banales, telle l'arrestation de « Julien Tricoire […] recherché par le parquet d'Alger pour détournement d'une somme de 18.000 francs au préjudice d'une maison de commerce où il travaillait comme employé[39]. »

Les débuts de l'affaire Volberg[modifier | modifier le code]

caricature au trait du banquier Volberg, le menton au creux de la main et le lorgon en bataille
Le financier Aaron Volberg lors du procès qui l'oppose à Bonny en octobre 1935[1].

Il est en revanche mis en cause en mai 1928 dans une affaire de chantage exercé à l'encontre d'un financier d'origine lituanienne, immigré menacé d'expulsion, Aaron Volberg (de son vrai nom Valbergas Aronas selon Le Figaro[40]) : il a en effet monnayé des sursis à expulsion contre des cadeaux en nature (« un pardessus et un complet de qualité, d'une valeur de 4.000 francs »), puis une carte d'identité d'étranger contre 100 livres sterling. Cette dernière transaction n'aboutit pas mais Volberg en avait prévenu la police judiciaire, rivale de la Sûreté : Bonny est traduit une première fois en conseil de discipline, sans autre suite qu'une admonestation, faute de preuves suffisantes[41].

La rocambolesque affaire MacDonald[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Jeanette MacDonald.

Son crédit se réduit encore en 1930, lors de l'affaire Jeanette MacDonald : chargé par le président du Conseil André Tardieu d'enquêter sur les rumeurs de disparition et d'assassinat dont aurait été victime cette actrice sur la Riviera[42], il affirme avoir les preuves du crime, censé avoir été commis par la princesse Marie-José de Belgique, femme du prince Humbert d'Italie. L'actrice, mortellement blessée, serait morte dans un clinique privée de Nice. Mais un journal américain annonce quelques jours plus tard le prochain mariage à Chicago de Jeanette MacDonald avec son manager, avant qu'elle ne fasse elle-même un retour spectaculaire en France le 7 août 1931[43].

Selon les souvenirs de Jacques Bonny, qui qualifie lui-même toute l'affaire de « rocambolesque », son père reste pourtant longtemps attaché à sa thèse de l'assassinat, soutenant, après le retour de l'actrice : « cette Jeannette Mac Donald-là (sic) n'est pas la bonne. Elle a une sœur qui lui ressemble étonnamment et qui s'appelle Blossom. Sous la pression du gouvernement américain, Blossom a accepté de remplacer Jeannette[44]. » En août 1931, il aurait même fait irruption dans sa loge du théâtre de l'Empire pour exiger que l'actrice lui prouve son identité en lui montrant un certain grain de beauté intime dont il avait connaissance par le dossier de l'enquête ; il se serait alors attiré en retour « une mémorable paire de giffles[45]. »

Les débuts de l'affaire Cotillon[modifier | modifier le code]

Jeune femme penchée sur son étalage, vue de la vitrine
Andrée Cotillon (ici en 1937 à la devanture de son établissement « Chez Mlle Cotillon ») fut successivement et notamment charcutière aux Batignolles, barmaid, danseuse légère, tenancière de bar-restaurant, présidente du Cercle d'Iéna. Elle acheta en 1937 au prétendu prince Charles Louis Mathieu de Bourbon Naundorff une reconnaissance en paternité qui lui permit d'arborer le titre fantaisiste de princesse. Après avoir été rançonnée semble-t-il par la bande Lafont-Bonny en 1943, elle finit exécutée en 1944 par la Résistance pour collaboration[46].

Son nom est également mêlé en 1932 à une affaire de chantage et d'extorsion de fonds dont est victime une aventurière enrichie, Andrée Cotillon (par la suite « princesse Élisabeth de Bourbon[46],[47] ») : Bonny aurait fourni à ses complices une photographie d'identité judiciaire compromettante remontant à ses années de jeunesse où elle avait été arrêtée pour vol d'une chemise et d'un pantalon de femme ainsi que pour vagabondage, et serait lui-même intervenu pour la menacer. Après avoir déposé plainte en décembre 1932, la demoiselle Cotillon déclare ne pas reconnaître Bonny lors d'une confrontation, puis se désiste. L'affaire se solde provisoirement par un non-lieu le 21 octobre 1933[48].

Un train de vie suspect ?[modifier | modifier le code]

Bonny aurait eu à cette époque, selon les archives judiciaires ultérieures, un train de vie largement au-dessus de son traitement de fonctionnaire : remarqué pour son élégance vestimentaire[49], il loue un coûteux appartement boulevard Pereire, conduit sa propre automobile et fait de fréquents voyages[50]. Il est établi selon les mêmes sources qu'il aurait rendu à la même époque, contre forte rémunération, « certains services » officieux à un ancien as de l'aviation de la Grande Guerre, commandeur de la Légion d'honneur et surtout escroc notoire[51], le commandant Pierre Faillant, dont la récupération de bijoux volés à Mme Faillant au Touquet-Plage[52], ainsi qu'une intervention auprès de la brigade mobile de Dijon pour obtenir des renseignements relatifs à une enquête en cours à son encontre[53]. En revanche, il est, selon Guy Penaud, impossible de déterminer s'il est exact ou non que Bonny aurait été dénoncé pour avoir tenté, en compagnie d'un jeune collègue, de rançonner les clients fortunés des prostituées du Bois de Boulogne[54].

Bonny est cependant nommé inspecteur principal de seconde classe en 1932[55].

L'affaire Stavisky, l'affaire Prince et la révocation (1934-1935)[modifier | modifier le code]

Un article sur quatre colonnes, titré « Le scandale Stavisky devant le pays »
La Une du quotidien Le Matin du 7 janvier 1934[56] donne une idée immédiate de l'ampleur du scandale lié à l'escroc Alexandre Stavisky, qui « ébranla en 1934 les fondements même de la République[57] » et fut incidemment l'occasion de la chute de l'inspecteur Pierre Bonny[58].

Le rôle trouble de Bonny dans l'affaire Stavisky[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Affaire Stavisky.

Le grand scandale politico-financier de l'entre-deux-guerres, l'affaire Stavisky, marque à la fois l'apogée et la fin de la carrière de l'inspecteur Bonny. Les controverses sur le rôle qu'il y aurait joué sont nombreuses.

Bonny, moteur des enquêtes depuis 1923 ?[modifier | modifier le code]

Selon son fils, Bonny aurait enquêté dès le courant des années 1920 et de manière répétée sur l'escroc Alexandre Stavisky : il aurait été détaché à cet effet dès 1923 à la brigade financière de la police judiciaire de Paris sous les ordres du commissaire Pachot et aurait été un des moteurs de l'enquête avec ce dernier et le commissaire Hennet de la Sûreté. Jacques Bonny associe son père à chacune des principales étapes policières qui ponctuent la carrière de Stavisky : le vol de 800 000 francs de titres argentins à bord du steamer Valvidia à Marseille en 1923, le chèque « lavé » du cabaret Zelly's[59] la même année, la découverte du pavillon de Brunoy où se tenait une véritable entreprise de fausse monnaie et de faux titres, la première arrestation de Stavisky en avril 1926 (suivie de sa fuite en plein Palais de Justice), la découverte de sa « planque » et sa seconde arrestation à Marly-le-Roi quelques mois plus tard (suivie de sa mise en liberté provisoire pour raison de santé en décembre 1927). Il aurait encore enquêté de son propre chef durant l'été 1930, sous couvert de vacances passées à Bayonne avec sa famille, sur les agissements de l'escroc dans ce qui allait devenir l'escroquerie du Crédit municipal de Bayonne[60].

Il n'est cependant fait aucune semblable mention de Pierre Bonny dans les travaux d'historiens tels Guy Penaud[61] ou Paul Jankowski. Seuls les noms des inspecteurs Leroy et Bayard de la Sûreté y apparaissent, notamment lors de l'arrestation de Stavisky en 1926 à Marly-le-Roi[62]. La Commission d'enquête parlementaire sur l'affaire Stavisky conclut pour sa part en 1935 que « malgré l'affirmation qui avait été apportée, il ne paraît pas que Bonny ait connu ni même rencontré Stavisky[63]. »

Bonny, informateur ou complice ?[modifier | modifier le code]

Certains témoignages présentent à l'inverse Bonny comme un complice volontaire ou forcé de Stavisky. Il aurait été accusé, selon son fils, d'avoir été son informateur au sein de la police et de lui avoir permis, en 1931, de parer les révélations transmises au Parquet par le commissaire Pachot sur l'affaire du crédit municipal d'Orléans[64]. Gilbert Romagnino, l'un des complices de Stavisky, déclare lors d'un interrogatoire en juin 1934 que Bonny était entièrement sous la coupe de celui-ci. Une accusation similaire est formulée en juin 1935 par Gaëtan de Lussats, l'un des malfrats mis en cause par Bonny dans l'affaire du conseiller Prince en 1934[65]. En revanche, selon Jacques Bonny, le garde du corps de Staviksy, Georges Hainnaux, a témoigné que l'inspecteur « n'avait jamais eu, en aucune façon, partie liée avec l'escroc[66]. » Les affirmations de Romagnino et de Lussats, que rien ne vient étayer, sont jugées douteuses par Paul Jankowski, historien spécialiste de l'affaire Stavisky[67]. Enfin, dans le même ordre d'idée, Roger Peyrefitte et Philippe Aziz écrivent que Bonny aurait été l'invité de Stavisky en 1933 à l'hôtel Miramar de Biarritz, sans donner aucune source à cette affirmation contredite par les conclusions de la commission d'enquête parlementaire[68].

Bonny aurait également, selon les souvenirs de Xavier Vallat[69], Joseph Kessel ou encore selon les écrits postérieurs des journalistes Bernard Michal[70] et Gilbert Guilleminault[71], été chargé de la tentative de faire passer Stavisky pour mort en décembre 1933 dans la catastrophe ferroviaire de Lagny-Pomponne en échangeant ses papiers d'identité avec ceux d'un corps non identifiable, lui permettant ainsi de disparaître[72]. Fred Kupferman donne une version légèrement différente, selon laquelle, à cette occasion, Bonny « a laissé tomber le patron » puis a « fait commerce des dossiers, en sélectionnant les noms à divulguer et ceux à cacher[73]. » Pour Guy Penaud, « rien ne permet de confirmer cet épisode [du décès simulé], diffusé à l'époque par la presse d'extrême droite[74]. »

C'est enfin l'un des collègues de Bonny à la Sûreté, l'inspecteur Bayard, qui est, lui, bel et bien identifié comme complice et informateur de Stavisky, auquel il fournit également de faux passeports et qu'il emploie en retour comme indicateur à partir de 1927[75].

Ce qui est avéré : la tentative de compromettre le préfet Chiappe[modifier | modifier le code]

Photographie officielle du préfet Chiappe dans son bureau
Jean Chiappe, directeur de la Sûreté de 1924 à 1927, puis préfet de police de 1927 à 1934, proche des ligues et de l'extrême droite. L'inimitié entre Bonny et ce haut fonctionnaire a joué un rôle certain dans sa révocation[76].

Il est en revanche attesté que Bonny s'intéresse en 1933 de sa propre initiative aux agissements de Stavisky, comme le montrent trois notes rédigées à l'intention de ses supérieurs en mai-juillet de cette année. Il attire encore l'attention sur Stavisky après l'arrestation de Gustave Tissier, dès le début de l'affaire des bons du crédit municipal de Bayonne et se voit confier l'enquête par son supérieur, le commissaire Hennet, en décembre 1933[77].

Tentant notamment de retrouver l'escroc en fuite, il contribue à mettre l'enquête sur la piste de Chamonix grâce à l'un de ses informateurs, Georges Hainnaux. Ce sont cependant d'autres policiers de la Sûreté qui sont envoyés à Chamonix et qui découvrent le corps de Stavisky le 8 janvier 1934, alors que ce dernier vient de se suicider[78].

C'est alors, pour l'historien Paul Jankowski, que Bonny « franchit à son tour les limites de l'honnêteté pour son seul intérêt personnel[79] » lorsque se présente l'occasion de compromettre Chiappe. Bonny interroge la femme de Stavisky, Arlette, le 12 janvier 1934 et tente de lui faire faire état de relations chaleureuses entre son mari et le préfet de police. Celle-ci refuse de signer un premier procès-verbal, et n'accepte qu'après suppression de cette mention. Mais Bonny transmet cependant une « note » sur l'interrogatoire et les liens supposés de Chiappe avec Stavisky ; celle-ci parvient à Camille Chautemps, qui juge inadmissible cette « manipulation » de l'interrogatoire d'Arlette Stavisky[80]. Or le commissaire Oudard, des Renseignements généraux de la Préfecture de police, vient de transmettre à Chautemps le dossier de l'affaire Volberg, inabouti jusque-là faute de preuves. Le président du Conseil ordonne alors la suspension de Bonny[81].

L'affaire des talons de chèques : Bonny sauve sa mise[modifier | modifier le code]

Dès la fuite de Stavisky, une question brûlante est celle des talons de ses chéquiers, où les mentions des bénéficiaires sont censées être révélatrices de l'ampleur de la corruption des politiques qui l'auraient protégé. Comme le relève Guy Penaud, « Les sources divergent quant à la façon dont Bonny put mettre la main sur les talons de chèques de Stavisky[82] », détenus par des comparses de celui-ci, Romagnino et Georges Hainnaux, dit « Jo-la-Terreur. » Il avait appris leur existence par Sylvain Zweifel, un autre complice de Stavisky[83] et connaissait déjà via Pierre Curial, voisin de l'escroc à l'hôtel Le Claridge, les noms de différentes personnalités en cause[84].

Quoi qu'il en soit, l'affaire est spectaculairement mise en scène : Hainnaux se présente dans la soirée du 1er mars 1934 avec les documents (1 200 talons de chéquiers) au domicile de Bonny, où l'attendent le directeur de cabinet du garde des Sceaux, le magistrat instructeur André Ordonneau, le procureur Gomien et le commissaire Delgay[85]. Selon les commentateurs de l'époque hostiles au gouvernement, la restitution donne lieu, chez Bonny, à une « cérémonie pour le moins inattendue [avec] du champagne sablé en commun par les plus hauts magistrats de la République, des repris de justice et des policiers marrons[86]. »

portrait de Chéron, barbiche et calvitie, le visage rond et l'air jovial
Henry Chéron, garde des Sceaux qui qualifia imprudemment Bonny de « premier policier de France ». Autoritaire et impulsif, peu respectueux de l'indépendance de la magistrature et du secret de l'instruction, surtout pressé d'en finir avec l'affaire sous la pression de la presse et de la commission d'enquête parlementaire, il organise une « désastreuse contre-offensive en chargeant Bonny […] de participer à l'instruction ». Il y laisse finalement sa carrière politique[87].

Le lendemain, le garde des Sceaux de l'époque, Henry Chéron, convoque Bonny pour le féliciter et lui déclare : « Jeune homme, vous avez sauvé la République. Vous êtes le premier policier de France[88] ! » Le Petit Parisien du 3 mars commente : « Il n'y a pas plus loin de la Roche tarpéienne au Capitole que du Capitole à la Roche tarpéienne. Monsieur Bonny vient d'en faire l'expérience, lui qui, promis il y a une semaine à des sanctions disciplinaires, réussit en trois jours à s'inscrire au tableau d'avancement, à obtenir de ses chefs et de ses pairs une absolution réparatrice et unanime et à remporter un succès professionnel […] Ceux qui [l'ont] vu à l'œuvre ne doutaient pas de lui et n'ont pas été surpris de ce coup du théâtre d'avant-hier soir[89]. »

Or, la veille, Bonny a comparu à nouveau devant le conseil de discipline qui l'a une seconde fois relaxé dans l'affaire Volberg, toujours faute de preuves[90]. La presse ne manque pas de s'interroger, à l'image du Populaire qui écrit sur sa Une : « cette découverte opportune n'est-elle pas le prix contre lequel M. Bony (sic) aurait négocié sa réintégration[91] ? » La commission d'enquête parlementaire constituée sur l'affaire Stavisky[92] conclut quelques mois plus tard dans son rapport :

« Le 1er mars, après la décision favorable du conseil de discipline, se place la scène des chèques au domicile de Bonny, avec une mise en scène qui a tendu à ridiculiser quelque peu les hauts magistrats de la Seine.

Le rôle de Bonny, qui n'est pas seul responsable de cette aventure, est surtout inquiétant dans les jours précédents, où ce policier, qui n'était plus qu'amateur, s'est évidemment mis d'accord avec quelques-uns uns des inculpés, ou futurs inculpés, pour faire surgir brusquement, de la façon qui pouvait lui être personnellement la plus favorable, les fameux talons de chèques, que réclamaient avec tant d'insistance l'opinion publique[93]. »

L'affaire Prince : Bonny discrédité[modifier | modifier le code]

Sur trois colonnes, accompagné des photographies des trois malfrats, article titré « Les deux "témoins" parisiens et le "témoin" marseillais interrogés sans désemparer durant un jour et une nuit par la Sûreté, on été inculpés d'assassinat, de vol et de complicité et arrêtés »
La Une du journal Le Matin, le 30 mars 1934, annonçant l'arrestation de Carbone, Spirito et Gaëtan de Lussats[94]. La version de la mort du conseiller Prince défendue par Bonny y est déjà l'objet d'interrogations.
Article détaillé : Affaire du conseiller Prince.

Sitôt réintégré dans ses fonctions, Bonny se voit confier par le garde des Sceaux Chéron, le 3 mars 1934, l'enquête sur la mort du magistrat Albert Prince, chargé des aspects financiers du dossier Stavisky et dont le corps a été retrouvé au bord de la voie ferrée Paris-Dijon le 20 février. En contradiction avec les premiers enquêteurs chargés de l'affaire, il rejette la thèse du suicide et, le 28 mars, sur la foi d'informations données notamment par Georges Hainnaux, conduit la Justice à l'inculpation de trois malfrats marseillais, Paul Carbone, François Spirito et Gaëtan de Lussats[95].

Incarcérés le 29 mars 1934, Carbone et Spirito sont libérés dès le 26 avril, leurs avocats ayant rapidement démontré la faiblesse du dossier[96]. Un accueil triomphal leur est fait à leur retour à Marseille, à l'instigation du conseiller général et adjoint au maire de la ville, Simon Sabiani, proche du Milieu tout autant que de Chiappe[97], qui avait entrepris une campagne d'affichage particulièrement violente envers Bonny[98]. L'affaire est retirée à la Sûreté nationale et donc à Bonny le 10 mai, et confiée à la Police judiciaire, où elle est reprise par le commissaire Marcel Guillaume[99]. Les trois accusés sont définitivement mis hors de cause en octobre 1935 et l'affaire est finalement classée sans suite en 1937[100].

Les raisons pour lesquelles Bonny a impliqué ces grands noms de la pègre marseillaise restent incertaines, mais leurs liens avec le Milieu corse suggèrent le désir d'atteindre à nouveau Chiappe[101]. La commission parlementaire avoue son impuissance à élucider les motifs de cette retentissante bévue : « dans l'enquête sur la mort du conseiller Prince, Bonny, soit dans un désir de gloriole, que l'administration supérieure et la presse n'avaient que trop encouragé, soit pour des motifs qui nous échappent, a évidemment construit des hypothèses fantaisistes qui n'ont conduit à aucune recherche sérieuse[102]. »

Son fils Jacques en donne cependant une toute autre explication, jugée aujourd'hui très peu plausible : Bonny lui aurait déclaré en 1944 être lui-même l'instigateur de l'assassinat du conseiller Prince, sur l'ordre de hautes personnalités politiques[103]. Les accusations contre les trois caïds marseillais ne seraient alors selon lui qu'une diversion destinée à brouiller les pistes. Pour expliquer la situation délicate où se trouve ensuite l'inspecteur, Jacques Bonny affirme que « lorsqu'on fut assuré que le conseiller Prince ne parlerait pas, que ses dossiers resteraient lettre morte, que les chéquiers de Stavisky se trouvaient en bonnes mains, très naturellement, mon père, parce qu'il en savait trop, devint le dernier gêneur qui restât en circulation[104]. »

L'historien Paul Jankowski note cependant :

« On remarquera que les observateurs convaincus de son suicide ont, par la suite, rédigé leurs conclusions, tandis que les tenants du meurtre ont préféré se taire. Une exception à cela : l'inspecteur Bonny, qui, avant d'être exécuté pour collaboration en décembre 1944, aurait avoué (selon son fils) qu'il avait organisé l'assassinat de Prince. Cette révélation, à supposer qu'elle ait été faite, est aisément réfutable. Il en va de même pour un autre point rapporté par le fils de Bonny : Prince ayant mis la main sur les talons de chèques, l'inspecteur Bonny aurait reçu les ordres d'un "personnage haut placé", non cité comme de juste. Il suffit, pour se convaincre de l'absurdité de ces révélations, de lire [à quel point] Gisèle Dessaux Prince […] dans sa quête d'un mobile à l'assassinat de son père, est obligé de multiplier les spéculations[105]. »

Quoi qu'il en soit, son échec dans l'affaire Prince signe la fin de sa carrière et la perte de ses soutiens, que ce soient parmi les politiques ou la presse[106]. Bonny lui-même convient à la fin de sa vie, peu avant son exécution, que :

« L'affaire Stavisky, en décembre 1933, est venue anéantir quinze ans de ma vie policière. Jeté en pâture à l'opinion par des chefs indignes, lâches ou complices, je suis devenu, après une campagne de presse sans précédent, un gangster, un bandit, un être redoutable qu'il fallait abattre.

Dans l'esprit public, qu'on le veuille ou non, il en est toujours resté quelque chose. Bonny était synonyme de gangster, de mystérieux, de suspect[107]. »

Le retour des affaires Volberg et Cotillon : la chute[modifier | modifier le code]

Sur deux colonnes surmontées d'une photographie, l'article est titré « Bonny est arrêté. Peu après 1 heure, M. Priolet, commissaire à la police judiciaire, l'a appréhendé rue de Charenton »
L'arrestation de l'ex-inspecteur Pierre Bonny fait la Une du quotidien Le Journal le 14 mars 1935[108]. Sur la photographie, aux côtés de Blanche Bonny, son épouse, leur fils Jacques, qui a alors onze ans, et qui publiera en 1975 une biographie en forme de défense de celui-ci.

Bien que déjà relaxé à deux reprises par le conseil de discipline faute de preuves dans l'affaire Volberg, Bonny est à nouveau mis en cause devant la commission d'enquête parlementaire en juin 1934, cette fois de manière plus décisive. Il est également placé sur la sellette par celle-ci sur les conditions dans lesquels ont été restitués les talons de chèques de Stavisky. Enfin, Simon Sabiani fait opportunément ressurgir l'affaire marseillaise de la cocaïne de 1927. Une information judiciaire est ouverte en juillet tandis que Bonny fait l'objet d'une suspension administrative. Inculpé pour corruption de fonctionnaire, il est brièvement incarcéré en décembre 1934[109].

Bonny assis, l'air seul, dans son box
Pierre Bonny dans le box des accusés lors du procès Cotillon (8 au 20 octobre 1935).

Entretemps, l'affaire Cotillon ressort également en novembre 1934, semble-t-il à l'instigation de Chiappe et de Sabiani[110]. Andrée Cotillon, appelée à témoigner dans le cadre d'un procès en diffamation intenté par Bonny lui-même à l'hebdomadaire Gringoire et à son directeur, Horace de Carbuccia, gendre de Chiappe[111], revient sur scène et déclare cette fois reconnaître formellement Bonny comme étant l'agent de ses maîtres-chanteurs[112]. Il est inculpé pour extorsion de fonds en janvier 1935, à nouveau incarcéré en mars 1935 après avoir lui-même annoncé à la presse son intention de se réfugier à l'étranger[113], puis condamné en correctionnelle à 6 mois d'emprisonnement et 500 francs d'amende pour violation du secret professionnel, peine ramenée finalement en appel à 3 mois de prison avec sursis[114]. Son procès contre Carbuccia, où il est défendu par Philippe Lamour[115], passionnément suivi par le public parisien, s'est conclu quant à lui en novembre 1934 par l'acquittement du directeur de Gringoire[116].

Par ailleurs officiellement révoqué de la police en janvier 1935[117] et renvoyé devant la Cour d'assises pour l'affaire Volberg (Philippe Lamour y est à nouveau son défenseur), Bonny est encore condamné le 30 octobre 1935 à trois ans de prison avec sursis et 100 francs d'amende pour les faits de corruption de fonctionnaire commis en 1928 et 1929[118]. Il aura passé en tout huit mois en détention provisoire à la Santé. Pendant tout ce temps, comme le souligne Jacques Delarue, « la presse d'extrême droite a mené contre lui une campagne féroce, en faisant un symbole de la corruption et des tripotages politiques[119]. »

Tandis que Jacques Bonny considère ces affaires comme de purs coups montés contre son père et comme un prétexte utilisé par Chiappe pour se débarrasser de lui après qu'il l'ait mis en cause dans l'affaire Stavisky[120], Guy Penaud est d'un avis plus mesuré :

« Même s'il est indiscutable que Pierre Bonny avait été reconnu coupable d'infractions pénales incompatibles avec son statut d'officier de police judiciaire, il est permis d'avancer que sa révocation administrative et ses condamnations pénales furent la manifestation la plus criante de la jalousie quotidienne qui opposait alors Préfecture de police et Sûreté nationale, et sans doute aussi de la haine qui depuis des années opposait l'ancien policier à l'ancien préfet de police[121]. »

Les années de vaches maigres (1936-1941)[modifier | modifier le code]

Bonny journaliste, voire détective[modifier | modifier le code]

Chassé de la police, Bonny se tourne vers le journalisme et devient pigiste pour L'Œuvre et Le Canard enchaîné grâce à Jean Nocher et Pierre Bénard[122]. Dans une situation matérielle précaire, il se serait tourné également vers d'autres activités plus équivoques : sont ainsi évoqués par Guy Penaud un trafic de faux timbres et la surveillance de groupes d'extrême-droite en tant que détective privé pour le compte des ministres de l'intérieur Albert Sarraut et Marx Dormoy[123], ou encore, comme c'est plus fréquemment le cas pour des policiers révoqués, « une agence de "Contentieux"[124] » selon Dominique Kalifa. Grégory Auda est plus affirmatif sur cette reconversion forcée, soulignant que « disposant d'un réseau très fiable d'indicateurs, capable de tordre la loi pour les besoins de ses enquêtes, fin connaisseur des milieux interlopes de la capitale et des cercles politiques d'extrême droite, [Bonny] reste un professionnel du renseignement et de l'investigation. Après son limogeage, il continue donc de travailler dans son domaine d'excellence[125]. » Jacques Bonny, lui, ne fait aucune allusion à ces activités.

La Cagoule[modifier | modifier le code]

Un entrefilet de deux paragraphes, titré « C'est Bonny qui dirige l'enquête des Cagoulards »
L'hebdomadaire Le Nouvelliste d'Indochine dénonce le rôle supposé de l'ex-inspecteur Pierre Bonny dans l'affaire de la Cagoule en 1937, et évoque « Bonny, le Bonny des talons de chèques, le Bonny de Cotillon, le Bonny sorti de prison […] l'homme au pardessus de Volberg[126]. »
Article détaillé : La Cagoule.

C'est de manière mieux attestée qu'il est mêlé à l'automne 1937 au démantèlement de La Cagoule[127], sans pour autant obtenir en retour du ministre de l'Intérieur Max Dormoy la réintégration escomptée[128] : c'est par son intermédiaire qu'un membre de l'organisation (peut-être un indicateur infiltré par Bonny lui-même[129]), Thomas Bourlier, révèle une liste de caches d'armes de la Cagoule ainsi que le nom d'une partie de ses membres. Sous le titre « Le mystère du rôle joué par Bonny dans l'affaire du C.S.A.R. reste entier », Le Figaro du 18 février 1938 cite laconiquement le directeur général de la Sûreté nationale, qui déclare à ce propos : « jamais je n'ai entendu parler dans le cabinet de M. Marx Dormoy, le prédécesseur de M. Albert Sarraut [Ministre de l'intérieur], de la réintégration de l'inspecteur Bonny. Quant aux indicateurs de la Sûreté nationale, il nous est impossible naturellement de les faire connaître[130]. » Bonny, lui, publie plusieurs articles sur son propre rôle dans l'affaire, en 1938, dans l'hebdomadaire syndical de Léon Jouhaux, Messidor – Le grand magazine du peuple[131].

Preuve, s'il en est besoin, de l'image déjà laissée par Bonny, le polémiste d'extrême droite Robert Brasillach ne manque pas, en décembre 1937, de dénoncer le fait que, selon lui[132], « Rue des Saussaies [siège de la Sûreté] tout est dirigé, on le sait maintenant, par l'inspecteur Bonny et par le sinistre Voix, du Vieux Logis de Chamonix. Ce sont les mêmes qui reparaissent, et la Mafia est bien heureuse d'avoir rencontré la Cagoule. » L'implication de Bonny, abondamment relevée, nourrit plus généralement le sentiment que l'affaire de la Cagoule serait un complot gouvernemental[133].

Quant à la portée finale de l'initiative menée par Bonny contre cette organisation, elle demeure difficile à déterminer. L'historien Frédéric Freigneaux souligne que « très vite, la police réussit à infiltrer certains de ses agents au cœur de la Cagoule. Avant même les attentats de septembre 1937, la police en connaît les principaux chefs. […] Le 16 septembre, elle […] trouve la liste des adhérents du mouvement terroriste[134]. » Bien avant, donc, l'intervention de Bonny qui se situe en octobre, et qui n'aurait donc pas été aussi décisive que la presse l'a alors supposé.

Bonny contre la cinquième colonne ?[modifier | modifier le code]

Jacques Bonny est, semble-t-il, la seule source à relater une dernière intervention de son père dans les affaires occultes au cours de cette période. Selon son témoignage, Bonny aurait tenté en 1939 de démasquer un réseau d'espions allemands, une fois encore grâce aux informations fournies par Georges Hainnaux et cette fois grâce à des fonds apportés par le Consistoire israélite. Les informations en question n'auraient, finalement, pas été exploitées[135].

La rue Lauriston (1942-1944)[modifier | modifier le code]

Plaque commémorative portant l'inscription « En hommage aux résistants torturés dans cette maison pendant l'occupation, 1940-1944, par des Français, agents auxiliaires de la Gestapo du groupe dit "Bonny-Lafont" »
Plaque commémorative en hommage aux victimes de la Gestapo française.

Fin 1941 ou début 1942, Bonny rejoint la Gestapo française installée au 93, rue Lauriston sous la direction d'Henri Lafont dont il devient l'adjoint, et dont les activités concernent essentiellement alors le racket des trafiquants et le vol au cours des perquisitions[136]. Les intermédiaires de ce recrutement sont incertains : sont évoqués en particulier l'ancien avocat et homme politique Jean Aimé Guélin[137], trafiquant proche de l'entourage de Pierre Laval[138] et indicateur de la Gestapo, ainsi que le capitaine Wilhelm Radecke, adjoint d'« Otto » Hermann Brandl de l'Abwehr, le responsable des « bureaux d'achats » allemands en France[139]. Son cas n'est d'ailleurs pas exceptionnel : d'autres anciens policiers révoqués se retrouvent également aux côtés des malfrats de la bande Lafont ou des autres officines de la Gestapo française[140]. Bonny y recrute lui-même son propre neveu, Jean-Damien Lascaux[141].

Tout en qualifiant de « descente aux enfers[142] » les années de collaboration de son père, Jacques Bonny soutient que celui-ci a ignoré jusqu'au procès de 1944 l'étendue des exactions et des tortures exercées par la bande de Lafont[143], qu'il n'y a joué qu'un rôle administratif, qu'il n'a participé à la traque des résistants que contraint et forcé par Lafont, Knochen et la Gestapo allemande[144] et qu'il « ne prit jamais part à aucune action » de la Brigade nord-africaine et qu'il n'a mené à Tulle qu'une brève « mission d'intendance[145]. » Une toute autre réalité est cependant révélée par les archives judiciaires et les témoignages.

Bureaucrate, mais aussi tortionnaire[modifier | modifier le code]

Prenant la succession du secrétaire de Lafont, Edmond Delahaye[146], Bonny joue en premier lieu un rôle clé d'organisateur de ce qui était avant tout un groupe de mercenaires, tenant la caisse, dirigeant le personnel, rédigeant les procès-verbaux et gérant rapports, dossiers et procédures[147]. Il en témoigne lui-même : « lorsque nous avions une affaire à traiter, une procédure judiciaire était dressée par moi et, le cas échéant, c'est-à-dire si Lafont l'estimait utile, cette procédure était traduite en allemand et remise avec les inculpés aux deux sous-officiers [allemands du SD], qui écrouaient directement les inculpés[148]. »

Ainsi que le résume le procureur Marcel Reboul lors de son procès en 1944[149] : « vous avez, par votre connaissance administrative, donné à la Gestapo française le lien qui lui manquait. Vous en avez fait une administration officielle, vous avez assuré la pérennité de sa puissance. A votre apparition, l'assemblage disparate de malfaiteurs que Lafont avait réunis en une bande organisée devait devenir ce que vous avez appelé le Service. Il s'y rédige des rapports qui ont la forme administrative. Les Allemands savent qu'ils peuvent compter sur vous d'une façon durable et ils vous englobent dans leur système administratif. »

Mais il est aussi établi que, malgré ses dénégations[150], Bonny participe personnellement aux interrogatoires et aux violences exercées en ces occasions. Un témoin, parmi d'autres, déclare en 1944 :

« Le 3 mai 1944, j'ai été arrêté par quatre policiers du Capitaine Henri, comme suspecté d'appartenir à la Résistance. Ils m'ont conduit devant le Capitaine Henri Lafont et le lieutenant Pierre Bonny. Ils m'ont posé des questions et, jugeant mes réponses insatisfaisantes, le lieutenant Pierre a commencé à me porter des coups au visage. Devant mon obstination à ne pas avouer, j'ai été conduit à la salle de bains, située au 1 er étage. Là, ils m'ont mis des menottes en les serrant si fort que les branches se sont incrustées dans mes poignets. […] Ils enroulèrent ensuite une corde autour de ma poitrine et de mes bras, et me ligotèrent les chevilles. L'un de mes tortionnaires me saisit par la tête, tandis qu'un autre me soulevait par les pieds. Ils me plongèrent dans une baignoire remplie d'eau glacée. Pendant 1h30, ils me torturèrent, m'immergeant la tête jusqu'à suffocation. Entre les reprises, ils me posaient des questions. Je m'évanouissais souvent[151]. »

La traque des résistants[modifier | modifier le code]

Comme le souligne Grégory Auda, « cette association [de Lafont et de Bonny], qui alliait l'instinct du prédateur à la rigueur de l'administrateur, allait se révéler redoutablement efficace dans la lutte contre la Résistance[152]. »

Bonny est en contact répété avec le colonel Helmut Knochen, chef de la police de sûreté (SIPO) et du service de sécurité (SD) pour la France, voire sous ses ordres[153]. S'il n'est pas l'initiateur de la chasse aux résistants et aux maquisards vers laquelle se tourne bientôt la Gestapo de la rue Lauriston, il y joue, selon Guy Penaud[154], un rôle essentiel : il est, par exemple, l'auteur de l'arrestation de Geneviève de Gaulle le 20 juillet 1943, prise dans une souricière tendue aux membres du réseau Défense de la France[155] . Après qu'elle a révélé son identité à Bonny, elle est interrogée à l'annexe de la rue Lauriston située place des États-Unis, puis remise à la Gestapo.

La Brigade nord-africaine[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Légion nord-africaine.

Il prend part enfin aux opérations menées en province par la « Brigade nord-africaine. » Créée en janvier 1944 par Lafont et Mahfou El-Maadi, avec le soutien notamment de Jean Luchaire, celle-ci était censée décharger les armées allemandes de la lutte contre les maquis. Forte de 250 à 300 hommes, elle est envoyée dans le Périgord, en Franche-Comté et dans le Limousin, puis se replie à Paris fin mai, après des pertes importantes, avant de se décomposer en juillet 1944[156].

Bonny reçoit à cette occasion le grade et l'uniforme de lieutenant dans la SS[157]. Il participe à l'expédition de Tulle en avril 1944 où, contrairement à ses affirmations ultérieures lors de son procès, il est attesté qu'il prend une part active aux exactions de la Brigade, aussi bien lors des interrogatoires que lors des actions sur le terrain[158].

Fuite, procès et condamnation[modifier | modifier le code]

Article titré « Bonny se faisait passer pour parachutiste anglais… »
Le journal L'Humanité titre en Une, en septembre 1944, sur Pierre Bonny avant le procès de la Gestapo française de la rue Lauriston (son nom est incorrectement orthographié)[159].

Après avoir géré la liquidation de la rue Lauriston, distribuant « primes de départ » et détruisant les dossiers[160], Bonny est dénoncé avec Lafont par Joseph Joanovici[161]. Ils sont capturés avec leurs familles le 31 août 1944 dans une ferme du Loiret à Bazoches-sur-le-Betz.

Bonny « compte sur la solidarité policière pour lui éviter le pire. Il est prêt à collaborer en espérant que la Justice tiendra compte de cette coopération spontanée[162] » : il livre les noms des membres de la Carlingue, rédigeant lui-même, selon son fils, les procès-verbaux de ses interrogatoires[163]. Mais, « habilement, il mélange le vrai et le faux, procède à un véritable chef-d'œuvre de montage dans lequel il s'attribue le beau rôle et amoindrit considérablement ses responsabilités en chargeant ses complices à outrance[164]. »

Le procès de la bande Bonny-Lafont s'ouvre le 1er décembre 1944. Bonny comparaît aux côtés de dix autres accusés dont Lafont[165]. Les audiences sont l'occasion de nombreux témoignages spontanés et s'en tiennent essentiellement à ce qui a trait à la collaboration, laissant de côté les activités criminelles[166]. Selon le Parisien libéré, « Bonny, à force de dénonciations, espère pourtant avoir sauvé sa tête[167]. » Roger Maudhuy écrit à ce propos : « Lafont prend tout sur lui, couvre ses hommes. Bonny ergote, larmoie, discute, implore. Un homme et une carpette[168]. » Il est pourtant condamné à mort le 11 décembre 1944 et fusillé, au fort de Montrouge, le 27 décembre de la même année[169]. La morgue de Lafont lors de son exécution est fréquemment opposée à la lâcheté d'un Pierre Bonny effondré, pleurant et gémissant face au poteau[170]. Jacques Bonny s'élève contre ces affirmations[171], rejoint par Grégory Auda qui souligne que « Le panache [dont fit preuve Lafont] contribua à l'édification de son mythe, au détriment de Bonny qui fit figure de lâche et de "balance". Cela est injustifié car si Bonny parla, il ne s'effondra pas à l'annonce du jugement et affronta le peloton avec résignation[172]. »

Jacques Bonny soutient que l'instruction et le procès, menés à charge, n'ont pas retenu ce qui aurait dû être porté au crédit de son père, à savoir les « services de sauvetage, grâces, libérations » qu'il aurait rendu[173]. Les commentateurs s'accordent à constater que « l'instruction de l'affaire dite de la rue Lauriston fut réduite à sa plus simple expression[174] » et que le procès fut en effet expéditif[175]. Pour Guy Penaud :

« En fait, Pierre Bonny a payé pour toutes les atrocités commises pendant trois années, certaines par lui, mais également par tous ceux, hommes bien peu recommandables, qu'il avait, pour certains recrutés, pour tous les autres commandés, et dont il avait couvert les actions criminelles qu'il ne pouvait ignorer[176]. »

Une postérité complexe[modifier | modifier le code]

Comme le signale Michel Pierre, la figure de Pierre Bonny est avant tout interprétée à rebours, après-coup, à partir de l'image du collaborateur de la rue Lauriston projetée sur tout son passé, non sans anachronismes parfois[177],[20].

Comment le « premier policier de France » devient-il un gestapiste ?[modifier | modifier le code]

Le parcours de Bonny, ou plutôt l'époque 1942-1944 auquel il est le plus souvent réduit, suscite de nombreuses interrogations chez ses biographes. Politiquement à gauche tout au long de sa carrière policière[178], il se rallie pourtant en 1942 à l'une des formes les plus radicales de la collaboration. Au-delà des lectures simplistes qui attribuent globalement cette fin à une sorte de tare initiale, Guy Penaud évoque en particulier, pour l'expliquer plus précisément, « sa révocation de la police qu'il jugeait anormale […] le sentiment d'avoir été lâché par ses amis politiques alors qu'il leur avait parfois rendu des services à la limite de la légalité […] la situation financière délicate dans laquelle s'était débattue sa famille après sa révocation [et] l'appât du gain facilement et illégalement obtenu (alors qu'il était encore en fonction, cet aspect de sa personnalité était déjà frappant)[179]. »

La séduction plus personnelle exercée par Lafont sur Pierre Bonny est également relevée, tant par Guy Penaud que par son fils, bien que celui-ci démente l'existence de tout lien d'amitié entre les deux responsables de la rue Lauriston et s'attache à soutenir que leur relation ne fut que distante et formelle[180].

Policier dans l'âme, mais vénal ?[modifier | modifier le code]

Ses qualités policières sont également questionnées ; enquêteur-né pour les uns, c'est un policier vénal, un « escroc[181] », voire un « individu taré » pour les autres[182]  : « inspecteur audacieux et entreprenant, ayant de l'allant et de l'initiative, mais dont l'activité devait être étroitement surveillée… [et qui] n'inspirait pas un sentiment de sécurité absolue[183] » selon son supérieur et ennemi, le préfet Jean Chiappe, il est jugé beaucoup plus sévèrement par l'un de ses collègues, le commissaire Clot, pour qui « Bonny ne fut jamais un grand policier… Bonny a toujours eu une activité marginale, qui le mettait en contact avec le milieu, avec les truands et les trafiquants. Il a toujours eu un côté peu rassurant, équivoque, à la limite du policier marron. En revanche, il était précis, méticuleux, avec un sens administratif aigu[184]. » De même, l'avocat et historien Pierre Cornut-Gentille rapporte que le supérieur hiérarchique de Bonny, Louis Ducloux, contrôleur général des Recherches judiciaires à la Sûreté générale, jugeait que « quand il s'intéressait à une affaire, on ne savait jamais si c'était pour le bien du service ou dans son intérêt propre[185]. » Maurice Garçon suppose quant à lui qu'« il aurait pu réussir [dans la police] s'il n'avait été complètement dénué de scrupules et de moralité[186] », tandis que les criminologues Alain Bauer et Christophe Soullez le qualifient abruptement d'« aussi intelligent que malsain[187]. »

Jacques Bonny, qui dément cette image, lui oppose celle d'un père passionnément policier, certes ambitieux, parfois emporté par son élan et sa certitude d'avoir trouvé la bonne piste, mais avant tout homme rangé, entièrement dévoué à sa famille et finalement victime des circonstances[188].

L'historien Jean-Marc Berlière, spécialiste de l'histoire des polices françaises, relève que Bonny, avant tout, est un exemple des dangers auxquels est exposée la police politique – telle que la Sûreté générale – dont les membres, « chargés de missions bien particulières, plongés dans une ambiance délétère, […] peuvent céder à la tentation de profiter, pour leur propre compte, des secrets découverts[189] », et nuance ces jugements contradictoires en écrivant que :

« Le pouvoir que confèrent à certains policiers les missions dont on les charge, l'absence de contrôle réel, l'impunité et l'autonomie de fait dont ils jouissent peuvent provoquer chez de petits fonctionnaires médiocrement payés des vertiges particulièrement graves. Chantage, corruption, exactions font une litanie qui accompagne en permanence des hommes auxquels les dossiers qu'ils possèdent confèrent des pouvoirs considérables et dont une minorité de policiers peu scrupuleux a pu profiter dans des buts personnels. Le cas de l'inspecteur Bonny dans les années trente illustre à merveille ces dangers qui ne relèvent pas du seul fantasme[190]. »

L'homme de l'ombre et des affaires[modifier | modifier le code]

Bonny est déjà, de son vivant, la cible de nombreux articles polémiques, dus pour une part à la presse d'extrême droite, qui concourent à créer le mythe de l'homme de tous les complots[191]. Cette image se perpétue après la seconde guerre mondiale aussi bien en France que dans la littérature anglo-saxonne[192].

« Représentatif de tous les fantasmes et les peurs des Français concernant la police française » pour l'historien britannique Malcolm Anderson[193], Pierre Bonny a fait l'objet d'une abondante littérature souvent journalistique ou polémiste plus qu'historienne qui a entretenu l'image de l'exécuteur des basses œuvres du régime, véritable « préposé aux affaires les plus sombres de la période[194] » ou même « tueur politique du régime[195] ». Il aurait ainsi été tour à tour l'instigateur de la machination policière contre Seznec[196], le complice ou « l'homme-lige[197] » de Stavisky[198], à moins qu'il n'ait été son assassin, le maquilleur des fameux talons de chèque[199] ou celui qui en aurait détourné une partie, le grand falsificateur des preuves contre les radicaux alors au pouvoir[200], l'organisateur de l'assassinat du conseiller Prince[201] ou encore celui qui permit d'étouffer toute l'affaire[202]. Mais on en fait tout aussi bien un membre ou un complice de la Cagoule[203] ou même, sous l'Occupation, sous la plume d'un journaliste « réinterprétant à son tour l'histoire de la Troisième République comme celle d'un long complot des Loges », un séide du « complot maçonnique[204] », tandis que Pierre Chevalier, dans sa monumentale Histoire de la Franc-Maçonnerie française, laisse planer le doute à son sujet[205].

L'historien Michel Pierre s'interroge sur cette image, soulignant à propos de l'affaire Seznec que :

« [S'il] est certain que ce policier brillant a pour le moins mal tourné […] chacun est-il à ce point prédestiné qu'être un collaborateur de la pire espèce pendant l'Occupation signifie qu'on était déjà une crapule vingt ans plus tôt[177] ? »

Une abondante postérité littéraire et cinématographique[modifier | modifier le code]

Le fils de Pierre Bonny, Jacques Bonny, publie en 1975, avec l'aide du journaliste Pierre Demaret, une biographie de son père : Mon père l'inspecteur Bonny, appuyée sur les archives familiales et ses souvenirs personnels[206]. Sous couvert d'une enquête qui se présente comme sans indulgence, ce « récit justificatif » vise à réhabiliter le personnage, en adoptant les formes plus que le fond d'une démarche historienne[207]. L'ancien policier devenu historien Guy Penaud s'en est tenu, pour sa part, à une approche strictement balisée par les sources écrites, judiciaires et policières, dans L'inspecteur Pierre Bonny. Le policier déchu de la « gestapo française » du 93, rue Lauriston (2011)[208].

Outre la biographie de référence due à Guy Penaud, Bonny est l'objet de plusieurs autres publications historiennes ou parfois journalistiques, le plus souvent limitées cependant à la période de la rue Lauriston : Tu trahiras sans vergogne de Philippe Aziz (1973)[209], un article de Jacques Delarue en 1985[210], puis Les Belles Années du « milieu » de Grégory Auda (2005)[211] ou encore La bande Bonny-Laffont, de Serge Jacquemard (2014)[212].

Parmi ses contemporains, le souvenir de Pierre Bonny est principalement évoqué par Joseph Kessel dans Stavisky, L'homme que j'ai connu en 1934 et Auguste Le Breton dans 2 sous d'amour. Simenon, engagé par le quotidien Paris-Soir en 1934 pour commenter l'affaire Prince et manipulé par Gaëtan de Lussats, s'y oppose à Bonny dans une série d'articles où il mettait en cause, sur la foi de sources fantaisistes, différents malfrats marseillais[213]. Bonny apparaît enfin plus fugitivement dans les mémoires de divers acteurs ou simples spectateurs de l'époque, d'André Tardieu[214] à Simone de Beauvoir[215] en passant par Henry Lémery[216] et Xavier Vallat.

Son personnage a été représenté plus littérairement par Alphonse Boudard dans Les Matadors en 1966, puis dans Madame de… Saint Sulpice en 1996, Patrick Modiano dans La Place de l'Étoile en 1968, puis, à travers le personnage de Pierre Philibert dans La Ronde de nuit en 1969, suivi par Roger Peyrefitte dans Manouche en 1972 ou encore Frédéric H. Fajardie dans son anthologie Romans noirs en 2006[217].

Le cinéma l'a mis en scène notamment dans Stavisky d'Alain Resnais, en 1974, sous les traits de Claude Rich, puis Le Bon et les méchants de Lelouch (1976, Stéphane Bouy), One, Two, Two : 122, rue de Provence de Christian Gion (1978, Jean-François Dupas), le téléfilm L'affaire Seznec d'Yves Boisset (1993, Maxime Leroux) ou encore 93, rue Lauriston de Denys Granier-Deferre (2004, Christian Charmetant)[218].

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Bibliographie principale[modifier | modifier le code]

  • Grégory Auda, Les Belles Années du « milieu », 1940-1944 : le grand banditisme dans la machine répressive allemande en France, Paris, Michalon,‎ 2002, 254 p. (ISBN 978-2841861644).
  • Philippe Aziz, Tu trahiras sans vergogne: histoire de deux collabos, Bonny et Lafont, Fayard,‎ 1969, 281 p.
  • Jean-Marc Berlière, « Images de la police : deux siècles de fantasmes ? », sur Criminocorpus,‎ 1er janvier 2009 (consulté le 25 décembre 2014).
  • Jacques Bonny, Mon père l'inspecteur Bonny, Paris, Robert Laffont,‎ 1975, 277 p.
  • Jacques Delarue, « La bande Bonny-Laffont », L'Histoire, no 80,‎ juillet 1985, p. 62 (lire en ligne).
  • Jacques Delarue, Trafics et crimes sous l'Occupation, Paris, Fayard,‎ 1993, 501 p. (ISBN 978-2253012832).
  • Serge Jacquemard, La bande Bonny-Laffont, French Pulp Éditions,‎ 2014, 176 p. (ISBN 978-2940349470).
  • Paul Jankowski, Cette vilaine affaire Stavisky : histoire d'un scandale politique, Paris, Fayard,‎ 2000, 467 p. (ISBN 978-2213606453).
  • Roger Maudhuy, Vichy, les procès de la collaboration, Ixelles,‎ 2011, 416 p. (ISBN 978-2875151193).
  • Guy Penaud, L'inspecteur Pierre Bonny. Le policier déchu de la « Gestapo française » du 93, rue Lauriston, Paris, L'Harmattan,‎ 2011, 260 p. (ISBN 978-2296551084).
  • Jérôme Pierrat, « L'inspecteur Pierre Bonny, un flic sans honneur ? », dans Les grandes énigmes de la police, First,‎ 2010, 231 p. (ISBN 978-2754015813), chap. 2.

Publications connexes[modifier | modifier le code]

Autres travaux mentionnant Pierre Bonny[modifier | modifier le code]

  • Anne-Claude Ambroise-Rendu, Crimes et délits. Une histoire de la violence de la Belle Époque à nos jours, Nouveau Monde,‎ 2012, 382 p. (ISBN 978-2847361674).
  • (en) Malcolm Anderson, In Thrall to Political Change: Police and Gendarmerie in France, Oxford University Press,‎ 2011, 504 p. (ISBN 978-0199693641).
  • Julien Arbois, Histoires insolites de la Seconde Guerre Mondiale, City Edition,‎ 2014, 250 p. (ISBN 978-2824605142).
  • Philippe Aziz, Les dossiers noirs de l'occupation, vol. 2, Famot,‎ 1979, 250 p.
  • Alain Bauer et Christophe Soullez, Une histoire criminelle de la France, Odile Jacob,‎ 2012, 365 p. (ISBN 978-2738128096).
  • Emmanuel Beau de Loménie, Les Responsabilités des dynasties bourgeoises, vol. 5, La Librairie française,‎ 1963, 685 p.
  • Jean-Marc Berlière, Le monde des polices en France : XIXe-XXe siècles, Paris, Complexe,‎ 1996, 275 p. (ISBN 978-2870276419).
  • Jean-Marc Berlière et Denis Peschanski, La police française (1930-1950): Entre bouleversements et permanences, Documentation Française,‎ 2000, 328 p. (ISBN 978-2110044273).
  • Gérard Boulanger, L'Affaire Jean Zay: La République assassinée, Paris, Calmann-Lévy,‎ 2013, 528 p. (ISBN 978-2702151334).
  • Michel Carly, Les vrais crimes de Simenon, Les Amis de Georges Simenon,‎ 2004, 89 p.
  • Jean Cathelin et Gabrielle Gray, Crimes et Trafics De La Gestapo Française, t. 2, Historama,‎ 1972, 501 p. (ISBN 978-2253012832).
  • Jacques Chabannes, Les Scandales De La Troisième république (De Paname A Stavisky), Perrin,‎ 1972, 345 p.
  • Pierre Chevalier, Histoire de la Franc-Maçonnerie française : La Maçonnerie, Église de la République (1877-1944), Fayard,‎ 1975, 479 p. (ISBN 978-2213001623).
  • Pierre Cornut-Gentille, Un scandale d'Etat : L'affaire Prince, Paris, Perrin,‎ 2010, 256 p. (ISBN 978-2262032128).
  • Jacques Follorou et Vincent Nouzille, Les Parrains Corses: Leur histoire, leurs réseaux, leurs protections, Fayard,‎ 2004, 618 p. (ISBN 978-2213637396).
  • Bruno Fuligni, Les Aristos du crime, Prisma,‎ 2014, 186 p. (ISBN 978-2810413461).
  • Maurice Garçon, Histoire de la justice sous la IIIe République, vol. 1, Paris, Fayard,‎ 1957.
  • Gilbert Guilleminault, Les Années difficiles, Denoël,‎ 1958, 318 p.
  • Marcel Hasquenoph, La Gestapo en France, De Vecchi,‎ 1975, 546 p. (ISBN 978-2732840543).
  • Jean-Claude Hazera et Renaud de Rochebrune, Les Patrons sous l'Occupation, Odile Jacob,‎ 2013, 959 p. (ISBN 978-2738129383).
  • Yves-Frédéric Jaffré, L'affaire Seznec, SEGEP,‎ 1956, 217 p.
  • Dominique Kalifa, Histoire des détectives privés : En France (1832-1942, Nouveau Monde,‎ 2007, 292 p. (ISBN 978-2369430384).
  • Michel Keriel, Seznec. L'impossible réhabilitation, Le Manuscrit,‎ 2006, 142 p. (ISBN 978-2748170788).
  • Fred Kupferman, « L'Affaire Stavisky », L'Histoire, no 7,‎ décembre 1978, p. 43.
  • Denis Langlois, L'affaire Seznec, Paris, Plon,‎ 1993, 430 p. (ISBN 978-2259025331).
  • Édouard Leduc, Une affaire d'État : le dossier Stavisky, Publibook,‎ 2011, 142 p. (ISBN 978-2748370515).
  • Jean-Paul Lefebvre-Filleau, Les scandales de la IIIe République, Safed Editions,‎ 2005, 282 p. (ISBN 978-2914585873).
  • Cédric Meletta, Jean Luchaire: L'enfant perdu des années sombres, Perrin,‎ 2013, 445 p. (ISBN 978-2262034375).
  • Bernard Michal, Les Grandes Énigmes de l'entre-deux guerres, vol. 1, Saint-Clair,‎ 1966, 250 p.
  • Frédérique Neau-Dufour, Geneviève de Gaulle-Anthonioz: l'autre De Gaulle, Cerf,‎ 2004, 237 p. (ISBN 978-2204075770).
  • Pascal Ory, La France allemande (1933-1945), Gallimard,‎ 2013, 384 p. (ISBN 978-2070328932).
  • (en) Raynal Pellicer, Mug shots: an archive of the famous, infamous, and most wanted, Abrams,‎ 2009, 285 p. (ISBN 978-0810921092).
  • Emmanuel Pierrat, Les grandes énigmes de la justice, First,‎ 2009, 282 p. (ISBN 978-2754007054).
  • Michel Pierre, « L'affaire Seznec, "Une innocence difficile à prouver" », L'Histoire, no 257,‎ septembre 2001, p. 75.
  • Jean-Robert Pitte, Philippe Lamour: Père de l'aménagement du territoire en France (1903-1992), Fayard,‎ 2002, 369 p. (ISBN 978-2213612027).
  • Yves Robert, Henry Chéron, 1867-1936: un grand nom de l'histoire normande, Cahiers du temps,‎ 2010 (ISBN 978-2355070334).
  • Henry Sergg, Paris gestapo, Dualpha,‎ 2002, 263 p.
  • Bénédicte Vergez-Chaignon, Vichy en prison: Les épurés à Fresnes après la Libération, Gallimard,‎ 2006, 432 p. (ISBN 978-2070762095).
  • Éric Vial, La cagoule a encore frappé: l'assassinat des frères Rosselli, Larousse,‎ 2010, 320 p. (ISBN 978-2035845955).

Travaux sur le contexte[modifier | modifier le code]

  • Robert Belleret, Piaf, un mythe français, Fayard,‎ 2013, 500 p. (ISBN 978-2213668819).
  • (en) Jean-Marc Berlière, « A Republican Political Police ? Political Policing in France under the Third Republic (1875-1940) », dans Mark Mazower, The Policing of Politics in the Twentieth Century: Historical Perspectives, Berghahn Books,‎ 1997, 274 p. (ISBN 978-1571818737).
  • Marie-Josèphe Bonnet, Violette Morris, histoire d'une scandaleuse, Perrin,‎ 2011, 377 p. (ISBN 978-2262035570).
  • Olivier Boura, Marseille, ou, La mauvaise réputation, Arléa,‎ 1998, 182 p. (ISBN 978-2869593909).
  • Patrick Buisson, 1940-1945 années érotiques : Vichy ou les infortunes de la vertu, t. 1, Albin Michel,‎ 2008, 570 p. (ISBN 978-2226183941).
  • Frédéric Freigneaux, « La Cagoule, enquête sur une conspiration d'extrême droite », L'Histoire, no 159,‎ octobre 1992, p. 6 (lire en ligne).
  • Paul Jankowski, « Stavisky s'est-il suicidé ? », L'Histoire, no 251,‎ février 2001, p. 42.
  • (en) Akane Kawakami, A Self-conscious Art: Patrick Modiano's Postmodern Fictions, Liverpool University Press,‎ 2000, 176 p. (ISBN 978-0853235361).
  • (en) Simon Kitson, Police and Politics in Marseille, 1936-1945, Brill,‎ 2014, 326 p. (ISBN 978-9004265233).
  • Jean-Paul Pellegrinetti et Ange Rovere, La Corse et la République. La vie politique, de la fin du second Empire au début du XXIe siècle, Seuil,‎ 2004, 672 p. (ISBN 978-2020526296).
  • (en) Edward Baron Turk, Hollywood Diva: A Biography of Jeanette MacDonald, University of California Press,‎ 1998, 467 p. (ISBN 978-0520924574).
  • Bénédicte Vergez-Chaignon, Pétain, Perrin,‎ 2014, 1040 p. (ISBN 978-2262038854).
  • Michel Winock, Le siècle des intellectuels, Paris, Seuil,‎ 1997, 695 p. (ISBN 978-2020300636).

Archives, mémoires et évocations littéraires[modifier | modifier le code]

Archives de presse[modifier | modifier le code]

  • « Harcelé par l'accusation, Seznec se défend pied à pied », L'Ouest-Éclair,‎ 26 octobre 1924 (lire en ligne).
  • « Le faux marquis de Champeaubert, de son vrai nom Joseph-Eugène-Clément Pascal, avoue cyniquement le coup qu'il avait préparé », Le Petit Parisien,‎ 27 septembre 1924 (lire en ligne).
  • « Une bande de faussaires internationaux », Journal des débats,‎ 2 mai 1925 (lire en ligne).
  • Jules Sauerwein, « Le complot contre le franc : le gouvernement hongrois refuse tout contrôle au gouvernement français », Le Matin,‎ 24 janvier 1926 (lire en ligne).
  • « Le voleur du collier de six millions a été arrêté », Le Gaulois,‎ 16 avril 1928 (lire en ligne).
  • « Trois voleurs de bijoux de la bande des "grimpeurs" sont sous les verrous », Le Petit Parisien,‎ 8 juillet 1928 (lire en ligne).
  • « Un escroc fameux, le faux marquis de Champaubert, meurt enterré vivant », Le Petit Parisien,‎ 5 octobre 1929 (lire en ligne).
  • « On arrête à Paris l'auteur d'un vol commis à Alger », Le Petit Parisien,‎ 25 janvier 1930 (lire en ligne).
  • « L'affaire Jeanette Macdonald », Ric et Rac : grand hebdomadaire pour tous,‎ 15 août 1931 (lire en ligne).
  • « L'affaire des faux-titres de Suez : la Sûreté générale a arrêté à Barcelone le principal inculpé », L'Écho d'Alger,‎ 26 septembre 1933 (lire en ligne).
  • « Le scandale Stavisky devant le pays », Le Matin,‎ 7 janvier 1934 (lire en ligne).
  • Louis Pannetier, « Les hommes du jour : Pierre Bonny », Le Petit Parisien,‎ 3 mars 1934 (lire en ligne).
  • « Mme Stavisky est arrêtée », Le Populaire,‎ 3 mars 1934 (lire en ligne).
  • « Les deux "témoins" parisiens et le "témoin" marseillais interrogés sans désemparer durant un jour et une nuit par la Sûreté, on été inculpés d'assassinat, de vol et de complicité et arrêtés », Le Matin,‎ 30 mars 1934 (lire en ligne).
  • « L'instruction contre Bonny », Le Figaro,‎ 26 juillet 1934 (lire en ligne).
  • « M. Jean Chiappe a accepté une confrontation avec Bonny », Le Figaro,‎ 1er août 1934 (lire en ligne).
  • « Histoire de rire, ou Bonny-Fregoli », Écoutez-moi…,‎ 4 août 1934 (lire en ligne).
  • « Le Procès Bonny Gringoire », L'Ouest-Éclair,‎ 28 novembre 1934 (lire en ligne).
  • « Les affaires Bonny », Journal des débats,‎ 13 décembre 1934 (lire en ligne).
  • « Les médecins de l'État », Journal des débats,‎ 18 décembre 1934 (lire en ligne).
  • « Mlle Cotillon réclame à nouveau l'arrestation de l'ex-inspecteur Bonny. Bonny annonce qu'il demandera aujourd'hui l'arrestation de Mlle Cotillon », Le Matin,‎ 20 février 1935 (lire en ligne).
  • « Bonny est arrêté », Le Journal,‎ 14 mars 1935 (lire en ligne).
  • « Où est l'inspecteur Bonny ? "Je ne reviendrai en France, dit-il, que lorsque les esprits seront apaisés" », L'Ouest-Éclair,‎ 14 mars 1935 (lire en ligne).
  • « Une demande de révision qui finit mal », Journal des débats,‎ 24 mars 1935 (lire en ligne).
  • « Au procès Bonny Gringoire, peu d'auditeurs mais beaucoup de bruit », Le Petit Parisien,‎ 29 octobre 1935 (lire en ligne).
  • Robert Brasillach, « Lettres à une provinciale », Je suis partout,‎ 3 décembre 1937.
  • « C'est Bonny qui dirige l'enquête des Cagoulards », Le Nouvelliste d'Indochine,‎ 12 décembre 1937 (lire en ligne).
  • « Le mystère du rôle joué par Bonny dans l'affaire du C.S.A.R. reste entier », Le Figaro,‎ 18 février 1938 (lire en ligne).
  • « L'Affaire du C.S.A.R. Le rôle étrange de l'ex-inspecteur Bonny », Journal des débats,‎ 19 février 1938 (lire en ligne).
  • « En lisant le premier numéro de "Messidor" », La Révolution prolétarienne,‎ 25 mars 1938 (lire en ligne).
  • « Bonny se faisait passer pour parachutiste anglais… », L'Humanité,‎ 17 septembre 1944 (lire en ligne).
  • « Vers une révision du procès Guillaume Seznec », L'Humanité,‎ 3 avril 2001 (consulté le 25 décembre 2014).

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a et b Le Petit Parisien, 29 octobre 1935.
  2. L'Ouest-Éclair, 28 novembre 1934.
  3. Selon son fils, le premier emploi de Bonny aurait été « homme à tout faire » dans un journal, Le Nouvelliste de Bordeaux, mais ceci serait infirmé par les archives judiciaires. Lire Guy Penaud, p. 13 et Jacques Bonny, p. 22-25.
  4. Jacques Bonny fait état de plusieurs tentatives d'évasion, qui conduisent finalement son père en Suisse où il aurait été interné. Selon Guy Penaud, « en fait, Pierre Bonny tomba malade lors de sa captivité en Allemagne et il fut rapatrié au début de l'année 1918. » Lire Guy Penaud, p. 15-16 et Jacques Bonny, p. 27-29.
  5. Guy Penaud, p. 16.
  6. Guy Penaud, p. 16 et 19 et Jacques Bonny, p. 31. Selon Guy Penaud, « La tâche des policiers était immense : retrouver les disparus, arrêter les pillards ou s'occuper de la reconstitution des actes d'état-civil. »
  7. Jacques Bonny, p. 32 et 65-66. Il épouse Blanche Émie, née le 4 novembre 1923 à Ambès. Leur mariage ne serait, d'après leur fils, dans les premières années, pas très heureux.
  8. Jacques Bonny, p. 32-33. Guy Penaud résume ainsi l'intervention de Bonny : « chaque copie des documents secrets communiqués aux fonctionnaires ou officiers fut légèrement modifiée, par exemple une heure, un chiffre ou un nom de lieu. Assez rapidement, en comparant les différents documents modifiés avec ceux parvenus à lextérieur, Bonny put identifier le coupable et le faire arrêter. » Lire Guy Penaud, p. 19.
  9. « Détaché au ministère de la Guerre au service du contre-espionnage, il réussit assez bien dans quelques enquêtes. Puis, passé à la Sûreté générale, il se vit confier des missions délicates dont il se tira fort heureusement. Comme il avait la réputation d'un habile homme, il fut employé à des besognes assez confidentielles et, il faut le reconnaître, un peu fâcheuses », lire Maurice Garçon, p. 101.
  10. Guy Penaud, p. 19.
  11. Jacques Bonny, p. 33.
  12. L'Ouest-Éclair, 26 octobre 1924.
  13. Par exemple l'avocat Emmanuel Pierrat, chap. 1.
  14. Cour de cassation, arrêt 2006.
  15. Guy Penaud, p. 19-20. Jacques Bonny témoigne de l'ambition dont fait alors preuve son père, qui aurait alors selon lui déclaré à son épouse : « Vois-tu, Blanche, je suis enfin heureux. Paris est la seule ville où l'on puisse faire ce que l'on veut. Aujourd'hui, je ne suis que caporal ; mais je sens que, ici, je finirai général. » Lire Jacques Bonny, p. 32.
  16. Guy Penaud, p. 20 et 229. Jacques Bonny écrit que, dans l'intervalle, son père se ronge les freins : « c'est ça la police ? Grognait-il… Ils ont fait de moi un sédentaire, un rond-de-cuir ! Je sens que je vais prendre racine dans ce bureau. Si seulement j'avais une occasion de montrer ce que je sais faire. Une toute petite occasion !… » Lire Jacques Bonny, p. 34.
  17. Guy Penaud, p. 33-34. Le procès-verbal de perquisition indique en effet que celle-ci est menée par le commissaire Jean-Baptiste Cunat et les inspecteurs Le Gall, Chelin, Thomas et Faggiani, de la brigade mobile de Rennes. Lire Yves Baudelot. Jacques Bonny en donne une toute autre version, affirmant que « l'entrée en scène de [son] père porta un coup terrible au maître de scierie [Seznec] » et lui attribuant la découverte de la machine à écrire ; lire Jacques Bonny, p. 37 et 39. Il existe également un texte en ce sens de la main même de Pierre Bonny, rédigé alors qu'il était détenu à Fresnes en 1944 et rendu public par l'avocat Yves-Frédéric Jaffré ; lire Yves-Frédéric Jaffré.
  18. Par exemple, selon le Portait de Pierre Bonny publié sur le site de l'association France Justice crée par Denis Seznec, petit-fils de Guillaume Seznec : « le génie de Bonny est celui de la confusion : il brouille les pistes en vous donnant l'impression de retrouver votre chemin tout seul, alors qu'il vous mène là où il veut. Dans l'Affaire Seznec, il n'aura de cesse de manipuler les témoins en orientant leurs dépositions. Il s'acharnera à démontrer la culpabilité du maître de scierie, sans doute pour protéger de hauts personnages compromis dans le trafic des stocks américains avec l'URSS. »
  19. Denis Langlois met en avant « les déclarations du fils de l'inspecteur Pierre Bonny qui, dans un livre, rapporte que son père, le jour même de son exécution, a confié au Docteur Paul, médecin légiste, qu'il regrettait d'avoir "envoyé au bagne un innocent". Certes, en juillet 1923, Bonny ne dirigeait pas l'enquête. Il n'était que le secrétaire du commissaire Vidal. Il pouvait cependant manipuler à sa guise les procès-verbaux, les pièces à conviction (notamment les faux), les sceaux et les tampons », Denis Langlois, L'Affaire Seznec 4 ainsi que Denis Langlois.
  20. a et b Jean-Denis Bredin, avocat de Denis Seznec, déclare par exemple, dans un raccourci temporel saisissant : « Bonny, un chef de la Gestapo de la rue de la Pompe, envoyé de Paris en Bretagne pour conduire l'enquête sur le meurtre de Quemeneur qui a fait accuser Seznec, Bonny exclu de la police française, exécuté à la Libération, a révélé, selon un livre publié par son fils, qu'il avait fait condamner un innocent en la personne de Seznec » ; lire L'Humanité, Vers une révision.
  21. Guy Penaud, p. 34 : la requête en révision affirme notamment « qu'il était crédible que l'inspecteur Bonny ait pu, à lui seul, élaborer certaines charges retenues contre Seznec. »
  22. Cour de cassation, communiqué 2006.
  23. Jacques Bonny, p. 41. Jacques Bonny y fait également état d'une déclaration similaire de son père au médecin Paul, quelques instants avant sa propre exécution en décembre 1944. Guy Penaud relève sur ce point que le magistrat Donsimoni, qui assistait à l'exécution, a démenti que Bonny se soit alors entretenu avec le médecin légiste ; lire Guy Penaud, p. 115.
  24. Cité par Michel Keriel, p. 69. Lire également Jacques Bonny, p. 39-40.
  25. Le Petit Parisien, 27 septembre 1924.
  26. Outre Guy Penaud, p. 57-60 et Jacques Bonny, p. 48-49, lire Bruno Fuligni. Passal eut une fin curieuse en 1929, enterré vivant de son propre chef lors d'une machination destinée à assurer la publicité de ses mémoires, ainsi que le relate Le Petit Parisien, 5 octobre 1929.
  27. Guy Penaud, p. 48-51. L'affaire est relatée en détail par Lucien Zimmer, p. 108 et suiv.
  28. Le Journal des débats, 2 mai 1925.
  29. Guy Penaud, p. 47 ; sur cette affaire, lire par exemple Le Matin, 24 janvier 1926.
  30. Guy Penaud, p. 61-62 et Jacques Bonny, p. 176. L'affaire est relatée en détail par Jacques Bonny, p. 56-59.
  31. Guy Penaud, p. 46-48. Ces missions avaient lieu sous l'autorité directe du directeur de la Sûreté et secrétaire général du ministère de l'Intérieur, Jean Chiappe. Jacques Bonny souligne que « ce sont ces "missions" qui dessinèrent un premier tournant dans la vie de mon père - dans cette route heurtée et accidentée qui devait le mener là où on sait » ; lire Jacques Bonny, p. 49-51 et 56 et Commission Stavisky.
  32. Guy Penaud, p. 50.
  33. Guy Penaud, p. 62. Jacques Bonny relate la réaction très vive de son père lorsque Chiappe, jusque-là directeur de la Sûreté, nommé Préfet de police en 1927, refuse de le prendre parmi ses collaborateurs et estime que sa « rancœur » a eu une influence considérable sur la suite de sa carrière, le poussant politiquement à gauche et lui faisant chercher « une sorte de revanche dans l'avancement. » Bonny attribuait également, semble-t-il, ses échecs au concours de commissaire à l'influence de Chiappe. Lire Jacques Bonny, p. 61-62.
  34. Le Gaulois, 16 avril 1928.
  35. Guy Penaud, p. 70. Lire également Le Petit Parisien, 3 mars 1934.
  36. Penaud, op. cit., p. 70. Contrairement au nom donné par Penaud, il s'agit cependant de Paul Colombert, dit Jean Ramus : lire L'Écho d'Alger, 26 septembre 1933.
  37. Le Petit Parisien, 8 juillet 1928.
  38. Guy Penaud, p. 72. Lire également Le Petit Parisien, 3 mars 1934.
  39. Le Petit Parisien, 25 janvier 1930.
  40. Le Figaro, 26 juillet 1934.
  41. Guy Penaud, p. 65 et Jacques Bonny, p. 63.
  42. Selon la rumeur, l'actrice aurait été surprise en plein flirt avec le prince Humbert par la princesse Marie-José. Une version de l'affaire voulait que les deux amants ait eu un accident de voiture en prenant la fuite, accident fatale pour Jeanette MacDonald. Une autre affirmait que la princesse avait abattu sa rivale d'une balle de revolver, à moins qu'elle ne l'ait vitriolée. On fit état de lettres compromettantes détenues par… Charlie Chaplin (que l'actrice défigurée lui aurait confiées avant de se suicider), puis remises par celui-ci au duc de Westminster, la Grande-Bretagne s'étant entremise pour permettre leur restitution à l'Italie. Lire Ric et Rac, 15 août 1931.
  43. Guy Penaud, p. 69-70. Selon Edward Baron Turk, « [à son arrivée gare Saint-Lazarre], ce fut un chaos sans précédent. Il fallut vingt minutes pour traverser la foule déchaînée et atteindre la voiture qui la conduisit aux Champs-Elysées » ; lire Edward Baron Turk, p. 109.
  44. Jacques Bonny, p. 76
  45. Jacques Bonny, p. 77
  46. a et b Guy Penaud, p. 139 et 141.
  47. Pierre Lazareff en évoque le souvenir dans Pierre Lazareff, p. 232-233.
  48. Guy Penaud, p. 72-75.
  49. Guy Penaud, p. 63 en dresse ainsi le portrait :

    « il avait pourtant encore belle allure et affichait une élégance qui contrastait avec la mise sobre de ses collègues : costume sombre trois pièces, chemise blanche, pochette blanche et cravate de soie assortie, le tout souvent accompagné d'un manteau et d'un chapeau. Avec son visage maigre encadré de bajoues, ses cheveux noirs plaqués en arrière de part et d'autre d'une raie au milieu du crâne, de grands yeux noirs et une petite moustache sous un long nez, il présentait un physique avantageux. »

    Cette image se perpétue dans les évocations littéraires de l'inspecteur Bonny, telle celle de Auguste Le Breton, chap. 2 :

    « Bonny est brun, grand, svelte, jeune encore ; ainsi que les truands qu'il est chargé de traquer, il a un faible pour les coûteux vêtements. Une courte moustache chaplinesque orne sa lèvre supérieure, où pend, collée, une moitié de cigarette anglaise. Sous les sourcils bruns, peu fournis, le regard est scrutateur. »

  50. Guy Penaud, p. 67. Jacques Bonny, pour sa part, s'étend assez longuement sur les conditions de logement et le train de vie « médiocre, pour ne pas dire pauvre » de sa famille durant toutes les années 1920 et attribue l'amélioration de leur situation à la seule nomination de son père au grade d'inspecteur principal en 1932 ; lire Jacques Bonny, p. 43-44 et 64. Par la suite, en 1934, la presse brocarde Bonny sur son train de vie, pour le coup présenté alors de manière largement exagérée. On lit par exemple dans Écoutez-moi…, hebdomadaire appartenant à Marthe Hanau, la présentation d'une conférence imaginaire attribuée à « M. Bonny, l'économiste bien connu [qui] vient de fonder une École supérieure d'Économie ménagère » :

    « Prenant, par exemple, un inspecteur de la Sûreté, anciennement générale, au traitement mensuel de 2.200 francs, il se ferait fort de prouver que ce fonctionnaire subalterne peut, avec ses seuls moyens :

    Occuper un confortable appartement avec baignoire de marbre, le meubler d'ancien et d'objets d'arts de valeur […]

    Posséder une collection aussi élégante que variée de vêtements sortant de chez le bon faiseur […]

    Posséder une confortable voiture automobile […] et s'assurer un mois de vacances dans les meilleurs hôtels des plages à la mode […]

    S'offrir régulièrement avant chaque repos : porto de marque et fine Napoléon après […]

    [Signé] Un fonctionnaire qui gagne plus de 2.200 francs mais qui n'a ni meubles anciens ni auto et qui ne peut se payer de vacances. »

    Lire Écoutez-moi, 4 août 1934.
  51. Guy Penaud, p. 74.
  52. Guy Penaud, p. 66-74 et Journal des débats, 13 décembre 1934. Le même Faillant est également impliqué avec Bonny dans l'affaire Cotillon.
  53. Guy Penaud, p. 75.
  54. Guy Penaud, p. 67. L'affaire aurait été couverte sur l'intervention d'une haute personnalité politique. Jacques Bonny souligne, outre l'absence de toute trace dans les archives, qu'une telle affaire aurait certainement compromis définitivement la carrière d'un inspecteur stagiaire. Lire Jacques Bonny, p. 44-45.
  55. Guy Penaud, p. 70.
  56. Le Matin, 7 janvier 1934.
  57. Paul Jankowski, p. 7.
  58. Le journal titre notamment sur Joseph Garat, maire et député de Bayonne, créateur du Crédit municipal qui fut au cœur de l'affaire, et sur Albert Dalimier, ministre des colonies du gouvernement Chautemps, qui incita imprudemment à souscrire les bons émis par celui-ci.
  59. Ou Zelli selon Édouard Leduc, « Le laveur de chèques ».
  60. Jacques Bonny, p. 86-89 et 96-98.
  61. Guy Penaud note à propos des écrits de Jacques Bonny selon laquelle son père aurait commencé à enquêter dès 1923 sur Stavisky qu'il s'agit d'une « affirmation douteuse puisque à cette époque Bonny travaillait dans le cadre de l'affaire Seznec, ayant été mis à la disposition du commissaire Vidal. » Il relève également à propos de l'arrestation manquée de Stavisky en avril 1926 que celui-ci, contrairement à ce qu'écrit Jacques Bonny, s'est présenté volontairement au Palais de justice accompagné de son avocat. Lire Guy Penaud, p. 77.
  62. Sur les différentes péripéties de la carrière de Stavisky mentionnées par Jacques Bonny, lire Paul Jankowski, p. 34-35 (l'affaire du Zelly's), 50 (l'affaire du Valvidia, 57 (l'évasion du Palais de justice), 71 (l'arrestation à Marly-le Roi) ainsi que Guy Penaud, p. 78 et Édouard Leduc, « Les faux-monnayeurs de Brunoy ».
  63. Cité par Guy Penaud, p. 76.
  64. Jacques Bonny, p. 96. Jacques Bonny indique que l'accusation provient d'un ancien chef de cabinet de Chiappe, sans préciser son identité, ce qui pourrait viser de manière assez transparente Lucien Zimmer, extrêmement critique envers Bonny dans ses Mémoires ; lire Lucien Zimmer.
  65. Guy Penaud, p. 76-77.
  66. Jacques Bonny, p. 96.
  67. Paul Jankowski, p. 437, note 39.
  68. Lire Roger Peyrefitte, p. 39, Philippe Aziz, Tu trahiras, p. 113-114 et Guy Penaud, p. 79.
  69. « Car il est bon de souligner que le fameux Bonny, celui à qui le Garde des Sceaux Chéron allait confier deux mois plus tard l'enquête sur l'affaire Prince, celui qui apporta l'affaire de la Cagoule à Marx Dormoy, celui qui se mit au service des Allemands avec Laffont et tomba finalement sous les balles d'un peloton d'exécution, le sinistre et cynique Bonny était tout simplement l'un des mercenaires d'Alexandre Stavisky. » Lire Xavier Vallat, p. 110.
  70. Bernard Michal, p. 189.
  71. Gilbert Guilleminault, p. 162.
  72. On retrouve curieusement cette thèse dans la principale biographie du garde des Sceaux Chéron, qui s'était imprudemment fié à Bonny ; lire Yves Robert, p. 40.
  73. Lire Fred Kupferman.
  74. Jacques Bonny, p. 103-104 et Guy Penaud, p. 78. Selon Édouard Leduc, « Bonny était bien arrivé sur les lieux de la catastrophe mais pour porter secours à l'un des ses proches gravement blessé. Il était de retour à Paris dans la nuit sans savoir que Stavisky se trouvait alors à Servoz, à des centaines de kilomètres de là » ; lire Édouard Leduc, p. 53.
  75. Édouard Leduc, p. 28, 31, 34 et 120. Les jugements à son endroit sont aussi expressifs que ceux réservés à Bonny ; Édouard Leduc tranche, sans nuances : « attaché à la Sûreté générale, l'inspecteur Bayard incarnait la basse police et ses méthodes peu orthodoxes. Stavisky en avait fait son allié. »
  76. « On ignore quand et comment la Police décida d'abandonner Bonny mais il est probable que l'instigateur de l'idée fut le préfet Chiappe lui-même en raison de leurs positions politiques opposées » ; Édouard Leduc, p. 100.
  77. Guy Penaud, p. 78-80.
  78. Jacques Bonny, p. 109 et Guy Penaud, p. 77, 80 et 82. Selon ce dernier, « Jacques Bonny dit que c'est d'abord son père qui avait été désigné pour aller arrêter Stavisky à Chamonix. Tout permet de douter de la véracité de cette affirmation. » Sur les éléments permettant de conclure au suicide et non à l'assassinat supposé de Stavisky, lire Paul Jankowski, Stavisky s'est-il suicidé ?
  79. Paul Jankowski, p. 310.
  80. Guy Penaud, p. 83-85.
  81. Guy Penaud, p. 85-87. Le Figaro précise que Chautemps ayant lu le rapport, inscrivit en marge : « procéder d'urgence à une enquête, ordonner de suspendre Bonny en attendant la révocation » ; lire Le Figaro, 26 juillet 1934. Selon Jacques Bonny, Chiappe aurait obtenu l'abandon des « insinuations concernant ses rapports avec Stavisky » contre son intervention pour modérer les attaques de l'extrême-droite contre le gouvernement. Lire Jacques Bonny, p. 125.
  82. Guy Penaud, p. 92.
  83. Guy Penaud, p. 81 et Paul Jankowski, p. 290.
  84. Guy Penaud, p. 83.
  85. Guy Penaud, p. 93 et Paul Jankowski, p. 350-351.
  86. Jacques Fischer, p. 135. Jacques Bonny dément cette version, expliquant qu'il ne s'agissant que de « deux bouteilles d'un piètre mousseux », dénichées avec peine dans un placard, et destinées surtout à retenir Hainnaux sur place jusqu'à la fin du long inventaire détaillé des pièces ; lire Jacques Bonny, p. 165-166.
  87. Paul Jankowski, p. 357. Accusé dans la presse d'avoir tenté d'étouffer l'affaire Stavisky notamment grâce à la complicité de Bonny, Chéron se voit contraint à la démission le 13 octobre 1934, après avoir été mis en cause lors du conseil des ministres par le maréchal Pétain, qui fit lourdement allusion à celui qui, par sa seule présence, conduisait selon lui le cabinet à sa perte. Lire Édouard Leduc, « Les "stavisqueux » et Bénédicte Vergez-Chaignon, Pétain, p. 246-247.
  88. Guy Penaud, p. 94.
  89. Le Petit Parisien, 3 mars 1934. Les affaires Stavisky-Prince, et en particulier le résultat « calamiteux » obtenu par Bonny dans cette dernière, provoquent la fin de la carrière politique d'Henry Chéron qui démissionne le 13 octobre 1934 ; lire Yves Robert, p. 40 et suiv.
  90. Guy Penaud, p. 94 et Jacques Bonny, p. 168. Ce dernier situe à ce moment une tentative de promotion arrangée au grade de commissaire qui aurait échoué en raison de fuites dans la presse. Guy Penaud suggère que le Préfet Chiappe serait à l'origine de celles-ci ; lire Guy Penaud, p. 62.
  91. Le Populaire, 3 mars 1934.
  92. Constituée sous le gouvernement Doumergue au lendemain des émeutes du 6 février 1934, la Commission d'enquête chargée de rechercher toutes les responsabilités politiques et administratives encourues depuis l'origine des affaires Stavisky est dépourvue de pouvoirs judiciaire et ne peut que transmettre au Parquet qui reste seul juge de l'opportunité de poursuivre. Elle siège du 24 février 1934 au 28 mars 1935. Lire Édouard Leduc, « Les "stavisqueux" ».
  93. Guy Penaud, p. 95.
  94. Le Matin, 30 mars 1934.
  95. Guy Penaud, p. 105-107.
  96. Guy Penaud, p. 109. Gaëtan de Lussat est impliqué au même moment dans une toute autre affaire de recel pour laquelle il est condamné à 15 mois d'emprisonnement, mais se voit également mis hors de cause ; lire Jérôme Pierrat.
  97. Lire Jean-Paul Pellegrinetti et Ange Rovere, p. 302, note 9 et Simon Kitson, p. 40-42.
  98. Guy Penaud, p. 108. Titrées « Pâques policières », ces affiches affirmaient :

    « Ne pouvant découvrir les investigateurs de l'affaire Prince, ne voulant pas brûler les auteurs du crime qui sont sans doute dans son propre sein, la Sûreté générale, affolée, brouille les pistes et jette en pâture au public tout ce que ses indicateurs lui apportent. Le grand metteur en scène de cette comédie est cet inspecteur Bonny dont un journal parisien ne craint pas de réclamer chaque jour l'arrestation.

    En attendant, les vrais coupables, dont Bonny connaît la retraite sûre, demeurent en liberté. »

  99. Guy Penaud, p. 110. La Sûreté générale, réorganisée, est transformée en Sûreté nationale par décret du 28 avril 1934.
  100. Guy Penaud, p. 112 et 116.
  101. Guy Penaud, p. 111 ainsi que Olivier Boura, p. 129. Jacques Bonny y fait également allusion, lire Jacques Bonny, p. 170. Sur les liens de Chiappe avec Carbone et Spirito, lire Simon Kitson, p. 40. Certains auteurs affirment par ailleurs que Bonny avait des intérêts concurrents dans le trafic de drogue, mais sans apporter aucun élément à l'appui de cette thèse. Par exemple : Jacques Follorou et Vincent Nouzille, p. 32.
  102. Guy Penaud, p. 112.
  103. Jacques Bonny relate longuement les confidences que lui aurait fait son père en octobre 1944, alors qu'il était détenu. Celles-ci auraient été répétées par Bonny au docteur Paul, le jour de son exécution, selon un témoignage indirect. Le criminologue Jérôme Pierrat s'interroge à ce propos : « aveu tardif chargé de regrets ou tentative machiavélique destinée à retarder l'échéance de sa mise à mort ? Si tel était le cas, pourquoi se confier à un docteur et non au procureur de la république ? » Lire Jacques Bonny, p. 129-132 et 137-147 et Jérôme Pierrat. La théorie de l'assassinat de Prince est avancée à l'époque aussi bien par l'Humanité que par l'extrême droite, pour qui il s'agissait de « sauver la réputation du procureur Pressard, beau-frère du président du Conseil Camille Chautemps », qui aurait protégé Stavisky ; lire Édouard Leduc, p. 92.
  104. Jacques Bonny, p. 175.
  105. Paul Jankowski, p. 444-445, note 44 ainsi que Gisèle Dessaux Prince.
  106. Comme le résume lapidairement Henry Sergg, p. 53, « cette fois, Bonny est ridiculisé et démonétisé. »
  107. Guy Penaud, p. 117 et Jacques Bonny, p. 81 et 276. Signe de ce discrédit, un escroc condamné quelques années auparavant dépose en mars 1935 une demande de révision motivée par… le rôle du témoignage de Bonny lors de son procès. Lire le Journal des débats, 24 mars 1935.
  108. Le Journal, 14 mars 1935.
  109. Guy Penaud, p. 121-122. Sa remise en liberté est ainsi commentée par le Journal des débats : « nous ne disons pas que la remise en liberté de Bonny soit un signe de progrès dans les affaires judiciaires. Bonny a l'air d'être au-dessus des lois parce qu'il sait trop de choses, et que de sa parole ou de son silence dépend le sort des politiciens protecteurs des coupables. » Lire le Journal des débats, 18 décembre 1934.
  110. Guy Penaud, p. 75.
  111. Dans un communiqué de presse dont fait état Le Figaro en juillet 1934, Bonny précise que sa plainte contre Gringoire est motivée par les accusations suivantes, répétées dans les colonnes de ce dernier :

    « 1° Que l'inspecteur Bonny a volontairement brouillé les pistes de l'affaire Prince, et qu'il n'aurait pas agi autrement s'il avait été le complice des assassins

    2° Que l'inspecteur Bonny était le complice de Stavisky

    3° Que l'inspecteur Bonny a « tripatouillé et « maquillé » les chèques remis à la justice dans l'affaire Stavisky, qu'un certain nombre de talons de ces chèques ont été arrachés par lui, et vendus très chers à leurs bénéficiaires, qui étaient pour la plupart des députés radicaux

    4° Que l'inspecteur Bonny a « truqué » un talon de chèque pour tenter de compromettre un adversaire politique

    5° Que l'inspecteur Bonny, qui avait entre les mains les talons de chèques Starisky, au lieu de les remettre à la justice comme c'était son devoir, a fait une « affaire » que de complicité avec le nommé Hainaux, dit Jo-la-Terreur, il a fait vendre par celui-ci lesdits talons à la justice à leur profit commun

    6° Que plus précisément encore, cette vente a eu lieu moyennant le versement d'une somme de 200.000 francs prélevés sur les fonds secrets, et que sur ces 200.000 francs, l'inspecteur Bonny en a conservé 120.000. »

    Lire Le Figaro, 26 juillet 1934.
  112. « Je le reconnais bien. C'est lui ! C'est lui ! M. Hobart m'avait demandé quatre millions. Vous, M. Bonny, vous m'avez pris trois millions ! M. Faillant m'a présenté M. Bonny sous le nom de Pierre. Il a mis la main à sa poche gauche. Il a sorti les photographies. Je les ai reconnues. Il m'a conseillé de faire plaisir à ses amis et il m'a dit qu'il déchirerait les photos. J'ai tout vendu pour payer. On n'a pas déchiré les photos. Elles ont paru dans un journal de chantage. » Lire Guy Penaud, p. 132 et Le Matin, 20 février 1935.
  113. L'Ouest-Éclair, 14 mars 1935.
  114. Guy Penaud, p. 132-136. L'auteur du vol de la fameuse photographie d'identité judiciaire n'est cependant pas Bonny, mais un autre inspecteur de la Sûreté, Maurice Jean Bouscatel, condamné pour sa part à trois mois de prison ferme.
  115. Sur les relations entre Bonny et Lamour, avocat de la révision de procès Seznec en 1932, lire Guy Penaud, p. 130 et Jean-Robert Pitte.
  116. Guy Penaud, p. 129. Témoignage de son retentissement, c'est le procès Gringoire qui marque par exemple Simone de Beauvoir, qui écrit dans ses souvenirs de cette époque : « l'affaire de l'inspecteur Bonny fit rebondir le scandale Stavisky : au cours du procès en diffamation qu'il intenta à l'hebdomadaire Gringoire, Bonny fut convaincu – en particulier par la déposition de Mlle Cotillon – de chantage et de corruption » ; lire Simone de Beauvoir, p. 229.
  117. Guy Penaud, p. 154.
  118. Guy Penaud, p. 124.
  119. Jacques Delarue 1985.
  120. « Mon père […] fut durement touché par l'injustice de la mesure. Il eut conscience d'être victime d'une raison d'État et d'avoir été trahi par ceux-là mêmes à qui, de cœur, il avait tendance à faire confiance » ; lire Jacques Bonny, p. 126 et 179.
  121. Guy Penaud, p. 146.
  122. Guy Penaud, p. 137 et 146 et Jacques Bonny, p. 184-186. Jean Nocher avait défendu publiquement Bonny lors de l'affaire Cotillon en 1937, le qualifiant de « fonctionnaire estimé et bien noté, mais qui avait le tort d'être de gauche. »
  123. Guy Penaud, p. 147-148.
  124. C'est à dire de recouvrement de créances ; lire Dominique Kalifa, chap. 4
  125. Grégory Auda, p. 100.
  126. Le Nouvelliste d'Indochine, 12 décembre 1937.
  127. Jacques Bonny, p. 188-194 en fait le récit détaillé. Lire également Guy Penaud, p. 150-151, ainsi que Philippe Aziz, Les dossiers noirs, p. 161-162.
  128. Guy Penaud, p. 150. En février 1938, Bonny publie une « pétition » dans le quotidien Le Jour, adressée à Dormoy. Il y affirme être notamment à l'origine de l'arrestation d'Eugène Deloncle lui-même, reproche au ministre de s'attribuer le mérite qui devrait lui revenir à lui, Bonny, et l'accuse de promesse fallacieuse après l'engagement non tenu de le réintégrer dans la police. Lire le Journal des débats, 19 février 1938.
  129. C'est notamment la thèse de Philippe Aziz, Les dossiers noirs, p. 161, ainsi que d'Éric Vial, p. 177.
  130. Le Figaro, 18 février 1938.
  131. Guy Penaud, p. 152. Il s'attire le commentaire suivant de la part de La Révolution prolétarienne : « M. Bonny ne nous dit pas encore comment [il a démasqué la Cagoule]. En attendant, il consacre toute une page à faire sa propre apologie […] S'il est vrai qu'on ne fait pas de la police avec des archevêques, n'est-il pas un peu osé de faire un "hebdomadaire syndical" avec un flic ? » ; lire La Révolution prolétarienne, 25 mars 1938.
  132. Je suis Partout, 3 décembre 1937. Henri Voix, complice de Stavisky, avait joué en son temps un rôle dans l'identification du refuge de celui-ci à Chamonix, après sa fuite.
  133. Lire par exemple E. Reybaud, p. 41.
  134. Frédéric Freigneaux.
  135. Jacques Bonny, p. 195.
  136. Guy Penaud, p. 162 et Jacques Delarue 1993, p. 123. Comme le souligne Marie-Josèphe Bonnet, « les auxiliaires de la Gestapo ne sont pas des fanatiques intoxiqués par le mythe du surhomme, mais plutôt de simples malfrats piégés par la Gestapo et attirés par l'appât du gain » ; lire Marie-Josèphe Bonnet.
  137. Guélin et Bonny auraient été impliqués auparavant dans une affaire de vol de 10 millions d'or au détriment d'une bijoutière ; lire Guy Penaud, p. 157 et Grégory Auda, p. 107 note 144 (Auda précise la source de cette assertion, qui serait Bonny lui-même lors de ses interrogatoires après la Libération en 1944). Selon Cédric Meletta, chap. 10, Guélin aurait été l'un des avocats de Bonny en 1935, ce que ne confirme cependant aucune autre source.
  138. Guélin était un intime de Pierre Cathala, de René de Chambrun et d'Adolphe Anglade, directeur de Radio-Lyon qui appartient à Laval. Lire Guy Penaud, p. 157.
  139. Guy Penaud, p. 157, Grégory Auda, p. 101 et Marcel Hasquenoph, p. 141. Jacques Delarue affirme pour sa part que Bonny travaillait déjà pour Otto ; lire Jacques Delarue 1985, ainsi que Jean Cathelin et Gabrielle Gray.
  140. Dans la bande Bonny-Lafont, c'est le cas de Paul Maillebuau ainsi que des inspecteurs Bérard et Pehou, ces derniers étant probablement recrutés par Bonny lui-même. Simon Kitson, p. 138 mentionne encore l'ex-inspecteur Jean Bernolles. D'anciens inspecteurs sont également présents dans la bande rivale de Rudy de Mérode, dite « Gestapo de Neuilly » ; lire Guy Penaud, p. 174, Grégory Auda, p. 121 et Serge Jacquemard, p. 6 et 16.
  141. Voir Patrick Buisson, p. 283 et Marcel Hasquenoph, p. 141. Jean-Damien Lascaux est également évoqué dans l'un des romans de Patrick Modiano ainsi que dans les souvenirs de Jacques Benoist-Méchin, avec lequel il partage une cellule à Fresnes fin 1944 et à qui il fait un récit de « meurtres, actes de barbarie, extorsion de fond, vols [et] trafics en tous genre. » Lire Bénédicte Vergez-Chaignon, Vichy, p. 134, ainsi que Patrick Modiano, p. 99-100 et Jacques Benoist-Méchin, chap. 22.
  142. Jacques Bonny, p. 203.
  143. Jacques Bonny, p. 232.
  144. Jacques Bonny, p. 230 et 233.
  145. Jacques Bonny, p. 231 et 237.
  146. Jean-Claude Hazera et Renaud de Rochebrune, p. 208.
  147. Guy Penaud, p. 170-171. Selon Roger Maudhuy, un ancien membre de la bande Lafont-Bonny lui aurait déclaré dans les années 1990 : « le seul que je n'aimais pas dans cette bande, c'était Bonny, l'ancien flic. Pas parce que c'était un flic, mais parce que c'était un emmerdeur, un type de bureau. Toujours à t'emmerder avec des rapports ! » ; lire Roger Maudhuy, p. 32.
  148. Cité par Grégory Auda, p. 107.
  149. Cité par Guy Penaud, p. 164. Marcel Reboul, « jeune magistrat talentueux », avait auparavant prêté serment de fidélité à la personne du maréchal Pétain, et se fera peu après un nom lors du procès de Robert Brasillach où il fut également commissaire du gouvernement, c'est-à-dire procureur. Lire notamment Michel Winock, p. 385.
  150. Bonny déclare par exemple en 1944 : « je tiens à dire qu'il n'y a jamais eu de chambres de torture rue Lauriston ou ailleurs à ma connaissance et je n'ai assisté à aucun sévice grave ni à des brutalités particulières, ni à aucun crime ; que ni de loin ni de près je n'ai été l'auteur ou le complice, dans le service ou dehors, de crimes ou de délits quelconques. […] Mon rôle s'est surtout borné à celui de secrétaire » ; cité par Grégory Auda, p. 147.
  151. Cité par Grégory Auda, p. 150-151.
  152. Grégory Auda, p. 22.
  153. Guy Penaud, p. 170-171.
  154. Guy Penaud, p. 164.
  155. Guy Penaud, p. 181-185 et Jacques Bonny, p. 232-236.
  156. Grégory Auda, p. 159-185.
  157. Lafont était capitaine et cinq autres de ses hommes de main étaient sous-lieutenants, chacun à la tête d'une des sections de la brigade ; lire Grégory Auda, p. 166 et Guy Penaud, p. 165-167. Jacques Bonny relate une scène où son père, qui vient de recevoir son uniforme, répond à son épouse qui manifeste sa « répugnance » à la vue de celui-ci : « rassure-toi. Je n'ai pas l'intention de me déguiser. Je l'ai dit à Lafont » ; lire Jacques Bonny, p. 236.
  158. Grégory Auda, p. 170 et suiv. et Guy Penaud, p. 196-205.
  159. L'Humanité, 17 septembre 1944.
  160. Jean-Claude Hazera et Renaud de Rochebrune, p. 218.
  161. Guy Penaud, p. 213.
  162. Serge Jacquemard, p. 78.
  163. Jacques Bonny, p. 255.
  164. Serge Jacquemard, p. 78 et 80. Ses révélations seraient notamment, selon Serge Jacquemard, à l'origine de l'arrestation du docteur Petiot. Ce point n'est pas confirmé par ailleurs.
  165. Bonny est défendu par Me Charles Delaunay, qui devient l'avocat de Seznec après sa libération en 1947. Delaunay plaide en vain la grâce de Bonny devant le général de Gaulle ; lire Guy Penaud, p. 220 et 223.
  166. Serge Jacquemard, p. 81.
  167. Le Parisien libéré, mardi 12 décembre 1944, cité par Serge Jacquemard, p. 82.
  168. Roger Maudhuy, p. 42.
  169. Guy Penaud, p. 219-223.
  170. Lire par exemple Serge Jacquemard, p. 83 ou encore Roger Maudhuy, p. 43.
  171. Jacques Bonny, p. 274.
  172. Grégory Auda, p. 190.
  173. Lettre de Georges Prade à Jacques Bonny, citée par Jacques Bonny, p. 260-261.
  174. Guy Penaud, p. 219. L'opinion publique s'impatiente pourtant et « déplore la lenteur de l'instruction de l'affaire Bonny-Lafont […] On s'étonne qu'un tribunal martial n'ait pas encore été installé et n'ait pas jugé les coupables notoires » ; rapport de police cité par Bénédicte Vergez-Chaignon, Vichy, p. 61.
  175. Jacques Delarue estime que « sur une affaire aussi complexe, pour démêler un pareil grouillement, il eût fallu passer deux ou trois ans sans doute, attendre au moins le retour des déportés, témoins capitaux. Le souci de donner des satisfactions rapides au public l'emporta car on laissa moins de trois mois au juge d'instruction chargé de l'affaire, M. Gerbinis, magistrat expérimenté et qui avait tenu tête aux occupants, pour boucler le dossier […] Beaucoup d'autres membres, permanents ou épisodiques, de la bande furent jugés au cours des années suivantes mais il est évident que la hâte apportée à conclure judiciairement cette terrible affaire a empêché que toute la lumière soit faite, et sauvé sans doute quelques misérables. » Lire Jacques Delarue 1985 ainsi que Roger Maudhuy, p. 42.
  176. Guy Penaud, p. 227.
  177. a et b Lire Michel Pierre.
  178. « Les relations particulières entretenues par Bonny, lorsqu'il était policier, avec Camille Chautemps ou Albert Sarraut, son affrontement récursif avec le préfet Jean Chiappe, connu pour ses amitiés à droite, les attaques de l'extrême droite dont il fut l'objet lors des affaires Stavisky ou Prince, de même que son activité de journaliste, avant 1940, dans la presse classée à gauche, qui, de son côté, l'a longtemps soutenu, semblent démontrer qu'il était alors sincèrement de gauche, du moins que ses idées étaient proches de celles du radical-socialisme. » Guy Penaud, p. 225.
  179. Guy Penaud, p. 226. Dans le même ordre d'idée, Grégory Auda souligne que, fin 1941, « la situation financière de Bonny est cependant des plus précaires. Il se sent déclassé et s'estime victime de combinaisons politiques. C'est donc un homme intelligent, méthodique, sûr de ses capacités et qui a de nombreux comptes à régler, qui accepte de se mettre au service de la police allemande » ; lire Grégory Auda, p. 100.
  180. Guy Penaud, p. 226 et Jacques Bonny, p. 208, 211, 217. Après avoir souligné à quel point lui-même, après l'avoir rencontré, avait jugé que Lafont était « grand, beau, extrêmement séduisant et charmeur » et avoir écrit que son père lui-même « tomba sous ce charme », Jacques Bonny écrit en particulier « on peut comprendre que Pierre Bonny, qui sortait d'une longue période noire, où il n'avait connu que blâmes, procédures humiliantes, rebuffades, affronts et trahisons de la part de ses "amis", le pénétrant d'un profond sentiment d'injustice, ait été heureux de rencontrer un homme qui lui témoignait du respect et de la considération. »
  181. Marcel Sicot, p. 133.
  182. « L'inspecteur Pierre Bonny, un flic sans honneur ? » s'interroge par exemple Jérôme Pierrat tandis que Jean-Paul Lefebvre-Filleau, p. 266 le considère comme le « type parfait du flic-voyou [et un] personnage interlope. » Certains jugements ne sont pas dénués d'arrières-pensées, tel celui de Lucien Zimmer, qui le qualifie d'« individu taré [qui], avant d'être connu sous son véritable jour, avait fait illusion durant quelques années à la Sûreté générale », mais qui est lui-même un ancien policier, chef de cabinet de Chiappe à la Sûreté. Lire Lucien Zimmer, p. 108.
  183. Le Figaro, 1er août 1934. Lire également Guy Penaud, p. 226.
  184. Cité par Guy Penaud, p. 226.
  185. Pierre Cornut-Gentille, p. 134.
  186. Maurice Garçon, p. 101.
  187. Alain Bauer et Christophe Soullez, p. 309.
  188. Jacques Bonny parvient à mettre d'autant plus en relief ce qu'il estime être les qualités paternelles, morales et familiales de son père qu'il n'hésite pas à faire état de ce qui est, selon lui, sa seule « incartade » morale : il aurait brièvement trompé son épouse en 1931 avec une jeune mannequin avant de faire amende honorable. Cet attachement au cercle familial le plus proche revêt, dans l'ouvrage de Jacques Bonny, d'autant plus d'importance qu'il fait du souci d'assurer la survie matérielle de sa famille l'un des principaux motifs de son père lors de la période 1942-1944, celle de la rue Lauriston. Lire Lacques Bonny, « Il fait que je te parle », p.  65-71, et p.  208.
  189. Jean-Marc Berlière, p. 159. Cet auteur démontre en particulier l'étendue du pouvoir offert aux hommes de la Sûreté par les dossiers qu'ils détenaient ; lire Jean-Marc Berlière et Mark Mazower, p. 27-56.
  190. Jean-Marc Berlière, deux siècles de fantasmes, cité par Guy Penaud, p. 66.
  191. Jean-Marc Berlière et Denis Peschanski soulignent que « cette police qui inquiète, incarnée par des figures comme celle de l'inspecteur Bonny, suscite une intense production journalistique et littéraire, grossie de livres de policiers ou des confidences, mêlant le vrai et l'affabulation, savamment distillées aux journaux » ; lire Jean-Marc Berlière et Denis Peschanski.
  192. Voir par exemple Raynal Pellicer.
  193. Malcolm Anderson, p. 99 note 50.
  194. Grégory Auda, p. 23 note 25. Voir également : « Pierre Bonny, inspecteur de police principal, révoqué avant-guerre, c'est l'exécuteur des basses œuvres de la IIIe République, l'homme des missions secrètes, des dossiers truqués, des assassinats par commandite. Magouilleur de première classe, il a arrangé les affaire les plus délicates », Serge Jacquemard, p. 15. Indice de la force du mythe, certains ouvrages contemporains l'impliquent même dans l'affaire Mata-Hari, qui se déroule pourtant en 1917, alors que Bonny, encore simple soldat, est en captivité en Allemagne ; lire Julien Arbois, « La Carlingue, rue Lauriston. » ainsi que le roman Dans la peau du Soldat inconnu de Jean-Pierre Guéno, chap. 8.
  195. Henry Sergg précise « Policier véreux ? Le terme est approprié. Dans le sillage de Pierre Bonny traînent les nauséabonds relents des scandales qui ont marqué les dernières décennies de la IIIe République, défunte et non regrettée. Homme à tout faire, employé par les politiciens radicaux-socialistes qui si longtemps ont gouverné la France, l'intéressé a accepté de participer aux tâches les plus secrètes et les plus déshonorantes » ; lire Henry Sergg, p. 51 et 53.
  196. Outre les exemples supra, voir encore par exemple Gérard Boulanger, chap. 9 pour qui il est « ce policier félon, responsable de l'injuste et persistante condamnation de Guillaume Seznec. »
  197. Serge Jacquemard, p. 15 ou encore Jacques Chabannes, p. 310. Ces auteurs n'apportent toutefois aucun élément à l'appui de cette affirmation.
  198. Outre Xavier Vallat, Joseph Kessel et Bernard Michal cités précédemment, voir encore par exemple les criminologues Bauer et Soullez : « Dans la police, Stavisky a pour ami Pierre Bonny. Ce dernier, inspecteur aux Recherches judiciaires, avertit le premier d'une arrestation imminente, et contribue à faire croire à son décès en plaçant ses papiers d'identité dans les poches d'un cadavre défiguré lors d'un accident de train, dans lequel aurait dû se trouver Stavisky. » Lire Alain Bauer et Christophe Soullez, p. 124. Lire également, comme exemple d'affirmation des relations supposées de Bonny et Stavisky, Anne-Claude Ambroise-Rendu, qui écrit contre toute évidence que « Pierre Bonny, inspecteur de police principal et Jean Chiappe, le préfet de police entretiennent d'excellents rapports avec l'escroc et participent à des dîners mondains en sa compagnie. »
  199. Le journal Gringoire l'accuse en 1934 d'être l'auteur de l'ajout de la mention de André Tardieu sur l'un des talons. Lire Guy Penaud, p. 128. .
  200. Robert Belleret, p. chap. 7, note 24.
  201. Roger Maudhuy écrit par exemple : « Bonny devient le spécialiste des affaires délicates : on le verra à l'œuvre dans l'affaire Seznec, qui se retrouve au bagne pour un crime qu'il n'a certainement pas commis, dans l'affaire Stavisky, opportunément suicidé, dans l'affaire Prince, qu'on retrouve écrasé par un train… » Lire Roger Maudhuy, p. 40. Dans la même veine, voir Jean-Paul Lefebvre-Filleau, p. 267 et suiv. L'hypothèse est également évoquée par Emmanuel Beau de Loménie, p. 136-137. Cette accusation se retrouve encore chez Jacques Benoist-Méchin.
  202. Le polémiste d'extrême droite Léon Daudet résume ainsi, par exemple, le rôle de Bonny :

    « L'étouffement de l'affaire – par le truc classique des fausses pistes – fut confié à l'inspecteur principal Bonny, homme de confiance de Chautemps et ancien homme de confiance de Sarraut, qui venait de jouer un rôle, également de confiance, dans l'assassinat du pirate et indicateur Stavisky, au Vieux-Logis, près de Chamonix. Ce Bonny s'acquitta de sa mission avec un cynisme inouï, menant l'instruction à sa guise, comme si les juges de Paris et de Dijon n'existaient pas, mettant en scène des remises, nocturnes et rocambolesques, à domicile, de talons de chèques, par un indicateur à lui, du nom de Jo-la-Terreur, cependant que le procureur Gomien, succédant à Pressard, attendait placidement dans la pièce à côté ! Quelque temps après, le même Bonny-menteur choisissait au hasard trois individus, grands électeurs de l'avocat de S.G. Torrès, et les faisait incarcérer à tâtons comme étant les trois auteurs du crime effroyable. Bientôt, ces fausses pistes s'effondraient, le garde des Sceaux, Chéron, était couvert de ridicule et le public berné une fois de plus. »

    Lire Léon Daudet, p. 115.
  203. Par exemple, Frédérique Neau-Dufour, p. 68 ou encore l'historien Malcolm Anderson, p. 99 et 101, pour qui il aurait été l'unique membre des institutions policières impliqué dans le complot de la Cagoule.
  204. « Quand éclate le scandale Stavisky, qui le F.. ([Frère]) Hennett charge-t-il de l'enquête ? L'inspecteur F.. Bonny ! […] Bonny est un homme à tout faire. Il exécute les ordres de la franc-maçonnerie parce qu'il en est, parce qu'il connaît sa puissance. Il exécute les consignes des ministres francs-maçons, sachant qu'en les servant il prend hypocritement sur eux et se sert lui-même. Si le F.. ministre veut faire de son cabinet une banque, il doit laisser le F.. policier-gangster libre de convertir en coupe-gorge son bureau » ; Paul Lombard, p. 22, cité par Pascal Ory, chap. 4.
  205. Détaillant le rôle de différents policiers réputés francs-maçons dans les protections dont aurait selon lui bénéficié Stavisky, Pierre Chevalier souligne que « ce sera le trop célèbre Bonny qui retrouvera dans des conditions singulières une partie du chéquier Stavisky, tandis que les hauts fonctionnaires de la Sûreté générale, les frères Thomé, directeur, et Ducloux, contrôleur général, se gardent bien de rien faire qui puisse gêner Alexandre » ; lire Pierre Chevalier, p. 240. L'appartenance de Bonny à la franc-maçonnerie est jugée douteuse par Guy Penaud et démentie par Jacques Bonny ; lire Guy Penaud, p. 154 et Jacques Bonny.
  206. Né en 1924, Jacques Bonny s'appuie fréquemment dans son livre sur les conversations familiales où son père, dit-il, évoquait fréquemment certaines des affaires qu'il avait traitées. Il est également le spectateur plus direct de différentes péripéties des dernières années, sous l'Occupation, en particulier la tentative de fuite en août 1944 où il joue lui-même un rôle, ayant été chargé de se rendre en bicyclette à Paris, puis à Sens, pour tenter d'obtenir de nouvelles voitures après la confiscation de celles de Bonny et de Lafont par les FFI. Il a également fréquenté, rarement selon lui, le 93 rue Lauriston. Lire Jacques Bonny, p. 221-222 et 243-250.
  207. Akane Kawakami, p. 70. Sans pour autant partager le point de vue de jacques Bonny, Jérôme Pierrat en fournit pour l'essentiel une synthèse au premier degré dans le chapitre qu'il consacre à Pierre Bonny dans Jérôme Pierrat.
  208. Guy Penaud.
  209. Philippe Aziz, Tu trahiras.
  210. Jacques Delarue 1985.
  211. Grégory Auda.
  212. Serge Jacquemard.
  213. Guy Penaud, p. 107-112. Lire également Michel Carly, p. 42-48.
  214. Lire André Tardieu.
  215. Simone de Beauvoir, p. 229.
  216. Lémery est le fugitif successeur de Chéron à la Chancellerie à l'automne 1934, dans le cabinet Doumergue. Il résume lapidairement Bonny ainsi : « il avait trompé mon prédécesseur Chéron, en brouillant volontairement les pistes. Il y avait dans son dossier des faits qui le rendaient justiciable de la Cour d'assises. Je m'en entretins avec le Procureur Général. Une instruction fut ouverte. » Lire Henry Lémery, p. 159.
  217. Guy Penaud, p. 9.
  218. Guy Penaud, p. 9. On peut y ajouter Bertrand Tavernier qui envisagea au début des années 1970 de réaliser un film sur Bonny et Lafont ; lire Bertrand Tavernier, p. 159.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]