Tube pneumatique

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Aller à : navigation, rechercher
Terminal de pneumatique moderne utilisé dans les banques ou les supermarchés. Des navettes vides se trouvent à la gauche du terminal servant à les injecter dans la canalisation. Dans le haut du terminal, une navette est en partie introduite. Le panier, qui apparaît partiellement dans le bas de la photo, sert à recevoir les navettes.

Un tube pneumatique, appelé aussi transport par tube pneumatique, est un système propulsant par différence de pression des navettes cylindriques, lesquelles servent à transporter des objets.

Histoire[modifier | modifier le code]

Tube pneumatique, modèle d'après Héron d'Alexandrie

Le principe du pneumatique est décrit par Héron d'Alexandrie au cours du premier siècle après J.C.

Au XIXe siècle : la poste pneumatique[modifier | modifier le code]

À l'époque victorienne, les pneus étaient employés pour transmettre des télégrammes depuis les stations de télégraphe jusque dans les immeubles alentour.

La poste pneumatique, appelée aussi télégraphe pneumatique, télégraphe atmosphérique ou poste atmosphérique, est un système d'acheminement rapide du courrier (plis urgents, télégrammes, sacs de dépêches, lettres et petits paquets) dans des « curseurs » (appelés aussi navettes ou cartouches, ce sont des boîtes cylindriques creuses) circulant dans des tubes pressurisés essentiellement en fer-blanc. Il a été inventé par l'ingénieur écossais William Murdoch dans les années 1800 et développé par la suite par la London Pneumatic Dispatch Company. Des systèmes de poste pneumatique ont été employés dans plusieurs grandes villes à partir de la deuxième moitié du XIXe siècle. On envisageait qu'un système de tubes pourrait déposer le courrier dans chaque maison des États-Unis[réf. nécessaire].

Les stations de poste pneumatique reliaient d'ordinaire les bureaux de poste, les bourses, les banques et les ministères. La France (timbre à date de grand format en 1901[1]) et l'Italie furent les seuls pays à émettre (entre 1913 et 1966) des timbres réservés à la poste pneumatique. L'Autriche, la France et l'Allemagne ont commercialisé de la papeterie à l'usage des pneumatiques.

La poste pneumatique s'est développée jusqu'au delà de la moitié du XXe siècle, avant de décliner face aux nouveaux moyens de communication. Elle a été largement abandonnée au XXe, bien que les pneus soient toujours utilisés sur de des réseaux individuels de taille relativement réduite.

Chronologie des services de poste pneumatique[modifier | modifier le code]

Utilisation actuelle : les réseaux privés[modifier | modifier le code]

Tubes pneumatiques d’une banque automatique “drive bank

Cette technique est toujours employée à petite échelle au début du XXIe siècle pour transporter de petits paquets et des documents, le plus souvent dans les banques, les hypermarchés et certaines grandes administrations.

  • Un grand nombre de banques drive through (accessibles sans descendre de voiture) utilisent des tubes pneumatiques pour transporter des espèces et des documents entre les voitures et les caissiers.
  • Beaucoup d'hôpitaux ont un réseau pneumatique pour transporter les médicaments, des documents et des spécimens entre les postes infirmiers[4].
  • De nombreuses usines les emploient pour transporter des pièces détachées rapidement à travers de vastes sites.
  • Beaucoup de supermarchés et grands magasins emploient des tubes pneumatiques pour transporter des chèques, billets et autres documents depuis les caisses jusqu'à la comptabilité, ou encore pour renvoyer de la monnaie aux caissiers. Un de ces systèmes affiche une vitesse de 10 m/s[réf. souhaitée].
  • Le premier centre de contrôle des missions de la NASA à Houston avait[Quand ?] des tubes pneumatiques reliant les consoles de contrôle aux salles d'assistance au personnel.
  • L'Aéroport international de Denver est remarquable pour ses multiples réseaux de tubes pneumatiques, parmi desquels un réseau de 10 pouces (env. 25 cm) de diamètre, un de 4 pouces (env. 10 cm) pour la billetterie de United Airlines et un réseau renforcé de collecte des sommes versées pour le paiement des parkings qui intègre un terminal dans chaque guérite.

En ce qui concerne les services de poste pneumatique publique, les pneus sont toujours en service à Prague, en République tchèque. Ce service de potrubní pošta fut ouvert en 1899 et couvre en 2009 environ 60 kilomètres, transportant du courrier et de petits paquets.

Projets[modifier | modifier le code]

Dans les années 1800, leurs promoteurs envisageaient aussi de les faire servir au transport du fret lourd, et même d'employer des réseaux de tubes pour le transport de passagers dans des chemins de fer atmosphériques. Ces projets ne furent jamais réalisés, toutefois en 2013, Elon Musk présente le projet d'Hyperloop qui s'inspire de cette idée pour le transport de passagers à très haute vitesse.

La poste pneumatique en France[modifier | modifier le code]

Historique[modifier | modifier le code]

Un très important réseau de tubes s'est développé à Paris à partir de 1866 qui sera exploité jusqu'au 30 mars 1984. Les télécopieurs le remplaceront partiellement avant d'être à leur tour déclassés par le courrier électronique. Dans les années 1960, alors au maximum de son extension, le réseau comptera environ 450 km de tubes. Tous les bureaux de poste de Paris (plus de 130) et ceux de Neuilly sur Seine lui seront reliés. En outre il existera à partir de 1881 et jusqu'en 1987 un réseau non ouvert à la correspondance publique reliant entre eux les deux assemblées, les principaux ministères et certains services de l'État.

Mise en place (1836-1879)[modifier | modifier le code]

Les premières expériences de transport de correspondances par tubes pneumatiques sont dues au chimiste Ador qui en 1836 étudie le transport de lettres par air comprimé et fait une démonstration publique de son système en 1852 dans le quartier de Monceau.

La première ligne de 1 km a été ouverte en décembre 1866 pour relier le Grand-Hôtel (no 12, Boulevard des Capucines)[5] au central télégraphique de Paris-Bourse de la rue Feydau. Elle était constituée d'un tube d'acier de 65 mm de diamètre intérieur posés en pleine terre. Il s'agissait alors de permettre à la riche clientèle de l'hôtel de pouvoir rester en communication avec le monde et c'était donc une ligne ouverte au public. Les clients rédigeaient leurs messages sur des formulaires qu'un employé spécial, le tubiste, roulait dans les curseurs qui sont des boîtes cylindriques étanches, avant de les expédier par tubes souterrains au central télégraphique. Là, les messages étaient extraits des curseurs et remis à un télégraphiste qui les transmettait en code (Morse, Baudot) vers n'importe quelle ville de France ou capitale étrangère. Les réponses parvenaient par le même chemin, dans l'autre sens.

L'administration des Postes et des Télégraphes s'est vite rendue compte de l'intérêt de cette nouvelle technique et s'est empressée d'étendre le réseau des tubes pour transporter les bulletins télégraphiques entre les bureaux de poste en remplacement d'un service routier déjà soumis à l'intolérable contrainte des embouteillages des voies de surface! Dès 1871, 18 km de lignes existent, désormais posées dans les galeries d'égout nouvellement creusées et qui relient les deux centraux télégraphiques de la Bourse et de la rue de Grenelle en desservant aussi 13 bureaux de poste.

Ouverture au public (1879)[modifier | modifier le code]

En 1879, le maréchal de Mac-Mahon, président de la République, signe un décret ouvrant au public le réseau des tubes pneumatiques, ce qui permet aux usagers de transmettre un message vers son destinataire en moins de 30 minutes à condition qu'il habitât dans Paris et c'est l'acte de naissance de la poste pneumatique. On rédige les messages sur des petites cartes au format des cartes postales que l'on dépose dans des boîtes aux lettres spécifiques des bureaux de postes reliés au service. Les cartes sont aussitôt expédiées par tube vers le bureau desservant le destinataire. À l'arrivée dans ce bureau, un jeune télégraphiste à vélo partait immédiatement le porter à l'adresse indiquée. C'était l'équivalent pour l'époque de nos si commodes SMS.

En 1910, la ville d'Alger se dote du même type de réseau (l'Algérie était à l'époque un territoire français), puis celle de Marseille (de 1938 jusqu'en 1964), puis celle de Lyon.

Apogée (années 30-60)[modifier | modifier le code]

En 1934, le réseau pneumatique atteint son apogée avec une longueur de 467 km, il dessert plus de 130 bureaux et distribue une dizaine de millions de correspondances par an (chiffre record de 30 millions en 1945, les Parisiens ont gardé la nostalgie de leur petit bleu) par l’intermédiaire de facteurs tubistes[6] (à pied, à vélo à partir de 1916 puis à vélomoteur pour convoyer le courrier dans les banlieues). Les tubes ont différents diamètres selon les débits utilisés, les curseurs circulent à une vitesse de 400 mètres à 1 km par minute (soit plus vite que le courrier de surface). Il fait l'objet d'un programme de modernisation de 1930 à 1960 sous l'impulsion de l'ingénieur en chef des télécommunications Louis Gaillard qui développe son automatisation  : expédition automatique des curseurs, sélection des adresses grâce à un système de palpeurs et de contacts portés par les curseurs, éjection automatique dans les augets de réception[7].

Déclin (années 70-80)[modifier | modifier le code]

À la suite de conflits d'arbitrage budgétaire entre les administrations qui s'en occupent (France-Télécom pour l'exploitation technique, La Poste pour l'exploitation commerciale), comme au déclin irrémédiable du trafic dû à la concurrence des nouveaux moyens de communication[8], le service est déficitaire malgré une politique tarifaire en hausse (7.8 fois le prix d'une lettre postale en 1975) et est suspendu en 1984[9].

De nos jours[modifier | modifier le code]

La seule ligne toujours active du service Officiel relie le Sénat, l'Assemblée Nationale et le Journal Officiel. Cette ligne exploitée avec des appareils automatiques Lamson-Louis Gaillard est maintenue pour la bonne raison qu'elle permet de délivrer au destinataire l'original signé et authentifié des pièces écrites, ce qui est justifié concernant des textes de loi. On peut d'ailleurs entendre avec un peu de chance le bruit des curseurs filant dans les tubes de cette ligne lorsque l'on visite les égouts au pont de l'Alma.

Le sous-sol parisien héberge encore les quelques tubes municipaux de la Ville de Paris qui relient l'Hôtel de Ville à quelques services voisins et aussi le tube d'une banque entre deux de ses immeubles distants de quelques kilomètres.

De nombreux petits réseaux privés modernes existent. On les trouve dans les hôpitaux (manutention automatique du linge sale des chambres jusqu'à la blanchisserie centrale) et essentiellement dans la grande distribution pour relier les caisses de vente à la caisse centrale isolée du public.

Caractéristiques techniques[modifier | modifier le code]

Les curseurs se déplacent à la vitesse de 400 m.minute dans les tubes sous l'action d'air surpressé ou raréfié produit dans 7 usines appelées "ateliers de force motrice" qui sont situées à l'Hôtel des Postes, au central télégraphique de la rue de Grenelle, rue Lauriston, rue Poliveau, rue Saint-Sabin,rue Pajol et rue de Breteuil. Des conduites en fonte distribuent la pression et le vide à 14 bureaux de poste dits "centres de forces" interconnectés qui sont le point de départ des lignes radiales.Si la pression et le vide sont faibles (moins de 1 bar), les débits sont importants et les pompes, à piston, de grandes dimensions. À l'origine actionnées par de superbes machines à vapeur (celle de l'Hôtel des Postes ne s'éteindra qu'en 1947), elles seront remplacées progressivement à partir de 1927 par des groupes électropneumatiques tournants pour une puissance totale de 1400cv.

Les curseurs sont expédiés des bureaux centres de forces par la pression et y sont ramenés par le vide. Les lignes sont composées d'une double conduite la plupart du temps en acier, une pour chaque sens (centrifuge et centripète), de diamètre 65 mm ou 80 mm et desservent chacune de 3 à 4 bureaux intermédiaires.

Les appareils d'expédition et de réception sont de trois types: les antiques Fortin-Hermann de 1885 qui dureront jusqu'à la liquidation du réseau un siècle plus tard, les superbes appareils SFTP de 1927 et les appareils Lamson entièrement automatiques conçus par l'ingénieur Louis Gaillard qui se répandront à partir de 1946. Monsieur Gaillard avait inventé un système où le curseur, paramétré par le tubiste, sélectionnait lui-même le bureau où il devait parvenir pour y être éjecté. Les appareils comportant des sas d'éclusage étaient à commande entièrement pneumatique et écoulaient un trafic horaire soutenu.

Les blocages en ligne étaient des incidents fort rares: 1 pour 400.000 km parcourus. Différentes techniques étaient utilisées par les tubistes pour parvenir à débloquer les curseurs coincés comme l'action simultanée de la pression et du vide des deux côtés ou envoie à toute pression d'un curseur-bélier lourd. En dernier recours et au moyen d'abaques, les techniciens savaient localiser avec précision le point de la ligne où le blocage était survenu. Il ne leur restait plus qu'à enfiler les bottes cuissardes et à descendre dans l'égout pour débrancher la section de ligne obstruée. Aucune correspondance n'a jamais été perdue.

Les pneumatiques au cinéma[modifier | modifier le code]

Les pneumatiques sont souvent utilisés dans les œuvres de fiction et notamment au cinéma.

Dans le film À bout de souffle de Jean-Luc Godard (1960), le journaliste américain raconte à Patricia (Jean Seberg) comment il envoie un pneumatique à "une fille [qu'il] connaît depuis deux ans" pour lui proposer de coucher avec lui ; "trois heures après", il reçoit une réponse par pneumatique. Dans Une femme est une femme du même réalisateur (1961), Alfred raconte à Angela l'histoire d'une fille qui a deux amoureux et qui envoie un pneu à chacun. Croyant s'être trompée, elle court chez l'un puis chez l'autre pour tout leur avouer. Cette histoire est ensuite mise en scène par Godard dans Montparnasse et Levallois, court-métrage inclus dans le film Paris vu par….

Dans Le Corniaud de Gérard Oury (1965), Antoine Maréchal (Bourvil) est très impressionné par les pneumatiques que Léopold Saroyan (Louis de Funès) reçoit dans son bureau parisien.

Dans Baisers volés de François Truffaut (1968), Antoine Doinel envoie à Mme Tabard un pneumatique, dont le réalisateur va filmer le parcours à travers les rues parisiennes.

Dans Brazil de Terry Gilliam (1985), l'administration utilise des tubes pneumatiques. Ces derniers participent à l'esthétique rétro-futuriste de l'œuvre. Dans une scène comique, Sam Lowry, le personnage principal, relie deux tuyaux pneumatiques et détruit son bureau dans un feu d'artifice de paperasses inutiles...

Dans The Shadow de Russell Mulcahy (1994), les agents du Shadow utilisent un réseau de tubes pneumatiques courant dans toute la ville de New-York pour transmettre des missives au Shadow.

Dans Gueule d'amour de Jean Grémillon (1937) avec Jean Gabin.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Timbres de la poste pneumatique
  2. (en) Prague Pneumatic Post
  3. (cs) Pražská potrubní pošta, avec des illustrations
  4. Réseaux pneumatiques hospitaliers
  5. « Sciences », La Presse,‎ 31 mars 1867 (lire en ligne)
  6. Engagés entre 13 et 16 ans, des anecdotes littéraires mentionnent des dames d'un certain standing utilisant ce réseau uniquement pour les voir.
  7. Thierry Poujol, Des réseaux pneumatiques dans la ville, un siècle et demi de techniques marginales, LATTS-ENPC, 1986
  8. Réseau pneumatique de Paris en 1971
  9. « Pneumatiques : fin d'un service », Timbroscopie, no 3,‎ mai 1984, p. 44

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Sur les autres projets Wikimedia :

Liens externes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Ingmar Arnold, Luft-Züge: die Geschichte der Rohrpost in Berlin und anderswo. - Berlin, 2000 ISBN 3-89218-061-x
  • Anne-Laure Cermak, La poste pneumatique, un système original d'acheminement rapide du courrier : l'exemple du réseau de Paris des origines à sa suppression : 1866-1984, mémoire de maîtrise, Paris 4, 2003. [présentation en ligne]
  • Elisa Le Briand, Anne-Laure Cermak, Le réseau avant l'heure : la Poste pneumatique à Paris (1866-1984), Comité pour l’histoire de La Poste, 2006
  • John D. Hayhurst, The Pneumatic Post of Paris, The France & Colonies Philatelic Society of Great Britain, 1974 [(en) lire en ligne]