Antoine Berman

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Antoine Berman (Argenton-sur-Creuse, 1942 - 1991) est un théoricien français de la traduction. Il était traducteur de l'allemand et de l'espagnol.

Antoine Berman se situe dans la tradition de Friedrich Schleiermacher, dont il a traduit une conférence (Des différentes méthodes du traduire, Seuil, Points, 1999), et de Walter Benjamin au regard de l'article de cet auteur sur La tâche du traducteur[1].

L’ouvrage important d'Antoine Berman, L'épreuve de l'étranger, dont le titre s'inspire d'un vers devenu célèbre de Hölderlin (à la suite sûrement de l'étude psychanalytique Hölderlin et la question du père en 1961 de Jean Laplanche sur le très grand poète allemand), porte sur « la théorie allemande » de la traduction, laquelle théorie s'élabore sciemment contre les traductions « à la française »[n 1].


Œuvres[modifier | modifier le code]

« Théorie allemande » de la traduction: Influences et interaction originaire des disciplines[modifier | modifier le code]

En se référant à Hölderlin, le titre même de l'ouvrage de Antoine Berman, L'épreuve de l'étranger révèle une interaction profonde entre le domaine proprement « linguistique » - non pas au sens des linguistiques « synchroniques » du XXe siècle, mais au sens "diachronique" de l'histoire des langues (naturelles), c'est-à-dire plutôt à celui de la grande philologie allemande du XIXe siècle refoulée par le XXe siècle « mondialisant » - et une grande théorie de la traduction psychique en psychanalyse, qui commença chez Freud (Lettre 52/112 à Wilhelm Fliess[3]). Mais dans l'histoire, et notamment dans l'histoire de la littérature, et plus spécifiquement encore, dans l'histoire de la littérature allemande, la référence à Hölderlin engage tout le chapitre en « science de la littérature » (Literaturwissenschaft (de)) ou « études germaniques » (Germaniste) de la réception des traductions de Sophocle par Hölderlin dans la littérature (allemande) du « temps de Goethe » (la Goethezeit (de)) dans l'après-coup: par-delà, aussi, cela engage, toujours après coup, le chapitre, en retour de la « littérature (allemande) appliquée à la psychanalyse (française) », de l'application d'une théorie sur les psychoses de la psychanalyse française, alors à l'égide de Jacques Lacan, à une interprétation herméneutique rétroactive de l'autre ou « étranger », c'est-à-dire en psychanalyse de l'inconscient, par exemple, donc, chez le très grand poète et penseur Hölderlin (Cf. Jean Laplanche, Hölderlin et la question du père, 1961). L'histoire de cette réception n'est évidemment pas finie dans le transfert interculturel provoqué au cours du temps. Dans le domaine propre d'une théorie « allemande » de la traduction, il s'agirait en outre de distinguer entre plusieurs courants de pensée (impliquant des filiations en philosophie allemande) émanant de plusieurs auteurs et œuvres, ainsi de faire la différence entre la théorie de la traduction poétique de Hölderlin (Remarques sur Œdipe et Antigone), complètement refusée de son temps, et ce qui arrive avec le romantisme allemand.

« À la lumière des discussions approfondies qui agitèrent l'Allemagne à l'époque "romantique", et qu'elles que soient les importantes différences entre Herder, Goethe, Schlegel[Lequel ?], Novalis, Hölderlin, Humboldt ou Schleiermacher, ce qui ressort, d'une façon générale, c'est que "la théorie allemande" de la traduction se construit consciemment contre les traductions "à la française"[4] »

— Antoine Berman, L'épreuve de l'étranger, p. 62, cité dans Traduire Freud, p. 9.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Barbara Godard: L’Éthique du traduire : Antoine Berman et le "virage éthique" en traduction. TTR : traduction, terminologie, rédaction, Volume 14, numéro 2, 2e semestre 2001, p. 49-82[5].

Liens[modifier | modifier le code]

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Antoine Berman, L'épreuve de l'étranger, Paris, Gallimard, 1984, p. 62: Cette référence est citée dans les « principes généraux » de Traduire Freud de André Bourguignon, Pierre Cotet,Jean Laplanche, François Robert, pour les OCF.P, traduction en France des Œuvres Complètes de Freud, Paris, PUF, 1989, p. 9: « le livre d'Antoine Berman sur l'histoire de la traduction en Allemagne », disent les auteurs de Traduire Freud, « fournit des repères très utiles ».
    Le titre du livre d'Antoine Berman, L'épreuve de l'étranger est une référence à Hölderlin dans un extrait de l'ébauche du grand poème Mnémosyne, qui a pris valeur d'exergue dans le livre de Jean Laplanche, Hölderlin et la question du père (1961):

    « [...] et nous avons presque
    Perdu la langue à l'étranger. »

    — Hölderlin, Mnémosyne, esquisse.

Références[modifier | modifier le code]

  1. In Walter Benjamin, Œuvres I, Gallimard, Folio Essais, trad. par Maurice de Gandillac.
  2. L'épreuve de l'étranger
  3. Cf.Freud, Lettres à Wilhelm Fliess 1887-1904, Édition complète établie par Jeffrey Moussaieff Masson. Édition allemande revue et augmentée par Michael Schröter, transcription de Gerhard Fichtner. Traduit de l'allemand par Françoise Kahn et François Robert PUF, 2007, ISBN 2-13-054995-0.
  4. Antoine Berman, L'épreuve de l'étranger, Paris, Gallimard, 1984, p. 62: cité dans les « principes généraux » de Traduire Freud, Paris, PUF, 1989,ISBN 2 13 04 2342 6, p. 9.
  5. Le virage éthique en traduction