Étienne III de Moldavie

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Étienne III Mușat / Ștefan cel Mare - Étienne le Grand
Étienne le Grand
Étienne le Grand
Titre
Voïvode
14571504
Biographie
Dynastie Mușatini
Date de naissance 1433
Lieu de naissance Borzeşti
Date de décès 2 juillet 1504
Lieu de décès Suceava
Père Bogdan II Mușat
Mère Marie Oltea
Conjoint (1) ép. Eudoxie de Kiev en 1464
(2) ép. Marie Paléologue de Mangop
(3) ép. Marie de Valachie
(4) illég. Marie Răreṣoaia

Ștefan cel Mare (Étienne le Grand ou Étienne III Mușat de Moldavie pour les historiens, dit aussi Ștefan cel Mare şi Sfânt soit Saint-Étienne le Grand pour les orthodoxes, depuis sa canonisation par l'église orthodoxe roumaine en 1992), est un voïvode de la Principauté de Moldavie qui a régné durant 47 ans entre 1457 et 1504. Étienne le Grand est membre de la famille des Mușatini. Il est né en 1433 à Borzești et mort le à Suceava. Il est célébré en Roumanie et Moldavie pour sa résistance contre l'Empire ottoman, résistance qui, de son vivant, lui a valu d'être qualifié de « champion du Christ » par le pape.

Biographie[modifier | modifier le code]

Origine[modifier | modifier le code]

Reconstitution du trône d'Étienne le Grand à Suceava.

Il est le fils du prince de Moldavie Bogdan II Mușat et de Maria qui serait originaire de la principauté de Valachie. Il est un cousin de premier degré de Vlad III l'Empaleur (Vlad Ṭepeș) et de Matthias Ier, roi de Hongrie. Selon les chroniqueurs moldaves Miron Costin et Grigore Ureche, Étienne Mușat était un « homme de petite taille, rouquin, râblé, portant cheveux longs et grosse moustache » et c'est bien ainsi qu'il est représenté sur une fresque exécutée de son vivant au monastère de Voroneţ. Mais, ultérieurement, l'iconographie le concernant évolua de plus en plus vers des représentations élancées tandis que chevelure et moustache diminuaient...

Prise et consolidation du pouvoir[modifier | modifier le code]

La Moldavie en 1483.

La couronne était élective en Moldavie et Étienne III Mușat pouvait y prétendre, étant grand boyard, mais c'est par un coup d'État mené avec son armée qu'il s'empare du trône à Suceava, la capitale de la Principauté, en avril 1457. Le prince régnant, Pierre III Aron (roumain :Petru Aron), s'enfuit en Pologne, dont la Moldavie a été la vassale de 1387 à 1497. Étienne est acclamé prince de Moldavie par le Sfatul Ţării (Chambre des boyards) et sacré le 14 avril par le Métropolite Théoctiste Ier.

Le , il renouvelle le privilège accordé par Alexandre Ier le Bon aux marchands allemands pour favoriser le commerce entre la Moldavie et la Transylvanie. En revanche, il ne renouvelle pas ceux des Génois dans leurs comptoirs des ports de Polihronia, Oblucitsa, Chilia, Licostomo et Cetatea Albă, mais fortifie ces cités et développe sa propre flotte de commerce et de guerre. Il réorganise aussi l'armée, préférant recruter des fermiers libres (răzeşi) ou des bergers libres (mocani) qu'il n'hésite pas à anoblir, plutôt que d'utiliser des mercenaires, et il agrandit et consolide les principales forteresses, qui doivent désormais pouvoir résister aux tirs d'artillerie : Hotin, Neamț, Soroca, Tighina et Suceava. Il offre à Mathias Ier Corvin, le roi de Hongrie, les anciens comptoirs génois de Chilia et Cetatea Albă, ce qui permet à la Hongrie de disposer de deux ports sur la mer Noire.

Ayant besoin du soutien des métropolites de Suceava, il édifie des monastères et des églises. Sous son règne, la tolérance religieuse est de mise : des églises catholiques fonctionnent à Baia, Suceava, Bacău et Chilia, des synagogues à Baia, Roman, Iaşi et Chilia. La plupart des églises de Moldavie sont construites sous son règne, de même que le monastère de Putna et le monastère de Voroneț qui ont conservé leurs fresques polychromes d'origine.

Conflit avec la Hongrie[modifier | modifier le code]

Le 4 avril 1459, il signe une nouvelle alliance avec la Pologne, qui le reconnaît de droit comme voïvode légitime. Ayant ainsi assuré ses arrières, il pénètre en 1461 en Transylvanie, vassale du Royaume de Hongrie pour piller les pays des Sicules, et rentre avec un important butin. De plus, il révoque les droits de la Hongrie dans les ports de Chilia, et de Cetatea Albă en 1465, ce qui mène Mathias Ier Corvin à confisquer les domaines d'Étienne le Grand en Transylvanie (citadelles de Balta et Ciceu près de Dej) et à envahir la Moldavie le 19 novembre 1467. Mathias Corvin incendie Roman et menace Suceava, puis entre dans Baia, d'où il se fait chasser par Étienne dans la nuit du 14 au 15 décembre. La situation reste indécise, mais la la menace ottomane détermine les deux monarques à se réconcilier : Étienne récupère ses domaines de Transylvanie et Mathias ses privilèges dans les ports moldaves.

Victoire sur les Tatars[modifier | modifier le code]

Le 20 août 1470, Étienne bat les Tatars dans la forêt de Lipnic près du Nistru ou Dniestr, arrête leurs pillages et capture de nombreux prisonniers Roms qui étaient les éclaireurs, charriers, maquignons et ferblantiers des Tatars, mais deviennent serfs (robi[1]) des boyards ou des monastères moldaves. Des princes tatars sont également capturés et gardés prisonniers contre rançon : quelques-uns, ne pouvant être libérés, préfèrent passer à l'orthodoxie et s'intégrer à l'aristocratie moldave, comme par exemple le khân Demir à l'origine la famille princière moldave Cantemir.

Résistance face aux Ottomans[modifier | modifier le code]

En 1470 et en 1473, Étienne le Grand s'immisce dans les querelles dynastiques de la principauté de Valachie et y impose comme voïvode Basarab III Laiotă cel Bătrân. Face aux progrès de l'Empire ottoman, ce dernier doit peu après se reconnaître vassal de la « Sublime Porte ». À cette occasion, Étienne annexe à la principauté de Moldavie la région jusque-là valaque de Vrancea, au nord-ouest de Focșani.

En 1472, Étienne le Grand, veuf, épouse en secondes noces Marie Paléologue de Mangoup, princesse grecque originaire de l'État byzantin de Théodoros en Crimée, avec laquelle il eut quatre enfants. Marie Paléologue mourut et fut enterrée à Poutna cinq ans plus tard[2]. Face à l'expansion ottomane, de nombreux Grecs de Crimée, de Bulgarie, de Dobrogée, de Constantinople et du Pont se réfugient en Valachie et en Moldavie à partir du règne d'Étienne, amenant avec eux icônes, reliques, bibliothèques, savoir-faire artistiques, artisanaux et commerciaux, ce qui contribua à faire du règne d'Étienne le Grand l'« âge d'or » de la Moldavie.

Le 10 janvier 1475, Étienne repousse les Ottomans du sultan Mehmet II à la bataille de Vaslui. Cette victoire a un grand retentissement, parvenant jusqu'aux oreilles du pape Sixte IV qui le qualifie de « athlète du Christ ». Malgré ceci, ses appels à l'aide pour former un grand front uni contre les envahisseurs Turcs restent lettre morte parmi les princes d'Europe, et les Ottomans prennent Caffa en Crimée sur les bords de la mer Noire le 6 juin 1475, mettant fin, 22 ans après la chute de Constantinople, à la présence byzantine en Crimée, d'où l'épouse d'Étienne était originaire.

Le 12 juillet 1474, à Iassy, Étienne reconnait la suzeraineté du roi de Hongrie et confirme la liberté de commerce pour les marchands hongrois de Moldavie. La Moldavie a, à ce moment, deux suzerains protecteurs et alliés contre la menace ottomane : la Hongrie et la Pologne.

Le 26 juillet 1476, l'armée d'Étienne, repliée dans la vallée de la Moldova, après avoir pratiqué la politique de la terre brûlée devant les Ottomans, est pourtant battue à la Valea Albă, au nord ouest de Roman. La Moldavie est dévastée, et si les Ottomans lèvent le siège de Suceava et de Hotin le 10 août 1476, c'est seulement faute de pouvoir trouver du ravitaillement. Étienne signe la paix avec les Ottomans, et se résout à payer le tribut annuel de 6 000 ducats d'or. La Moldavie devient ainsi vassale de trois voisins simultanément : la Hongrie, la Pologne et l'Empire ottoman, situation diplomatiquement instable.

Ce n'empêche pas, le 14 juillet 1484, le sultan Bayezid II de s'emparer de Chilia, et le 9 août, de Cetatea Albă, ce qui est très grave car cela enclave la Moldavie et lui coupe son accès à la mer. La flotte moldave est battue et brûlée, tandis que les troupes turques dévastent tout jusqu'à la capitale Suceava, incendiée le 19 septembre 1485. Étienne renouvelle son serment de fidélité au roi de Pologne Casimir IV Jagellon, et réussit, avec l'aide de celui-ci, à battre les Turcs le 16 novembre, mais ne peut reprendre Chilia. En 1489, il accepte de se reconnaître définitivement vassal du sultan, et assure ainsi à la principauté de Moldavie son autonomie vis-à-vis de la « Sublime Porte » (contrairement à ce qu'indiquent par erreur de nombreuses cartes historiques russes ou occidentales, qui représentent la Moldavie (et la Valachie) comme provinces de l'Empire ottoman).

Conflit avec la Pologne[modifier | modifier le code]

Pour restaurer sa suzeraineté sur la Moldavie et briser l'allégeance de celle-ci à la Hongrie et à l'Empire ottoman, le roi de Pologne Jean Ier Albert Jagellon met le le siège devant Suceava, sommant Étienne de ne prêter allégeance qu'à la Pologne. Étienne négocie avec lui, le rassure et obtient le retrait des troupes polono-lituaniennes vers Lwow, mais Jean ne lui fait pas confiance et marche sur Siret. Étienne réagit et surprend Jean avec son armée dans la forêt de Cosmin où il lui inflige une cuisante défaite le 26 octobre. Le 30 octobre, au moment où Jean traverse le Prut à Cernăuți, le reste de son armée est taillé en pièces à Sipinţi. Le , Étienne dépasse ses frontières et entre en Podolie. Il incendie plusieurs villes, et emmène des milliers de personnes qu'il installe en Moldavie : c'est le début de la présence ukrainienne dans les territoires qui formeront, bien plus tard, la Bucovine et la Bessarabie. Étienne signe un traité de paix avec la Pologne le  : c'est la fin de la vassalité et de l'alliance polonaise pour la Moldavie.

Fin du règne et exégèse[modifier | modifier le code]

Monument de Étienne III le Grand à Chișinău, Moldavie.

Durant les sept dernières années de son long règne, Étienne fait tout pour assurer au pays une paix durable, la prospérité commerciale et la vie culturelle et religieuse. Lui qui avait tant bataillé, conseille à ses successeurs, quels qu'ils soient, de rechercher la paix. Il meurt le mardi , et est enterré au monastère de Putna.

Dans son Histoire de l'Empire ottoman, Dimitrie Cantemir rend hommage à Étienne le Grand : « Étienne, prince de Moldavie, fut le héros de son siècle. Il vainquit le célèbre Mathias Corvin, roi de Hongrie, et lui ravit les passages montagneux de la Transylvanie qui, encore aujourd'hui, servent de limites à la Moldavie du côté du Couchant. Ses victoires réitérées lui valurent la Pocutie et la Podolie, qu'il joignit à ses États après avoir défait les Polonais, dont il fit un terrible carnage, outre quinze mille prisonniers. Cela se passa près de Cotnari, renommé pour ses vins… Il réduisit sous son obéissance toutes les villes qui sont entre Leopole (Lwow) et la Moldavie ; il donna bataille deux fois à Bayezid II et, dans toutes les deux, il eut l'avantage ; la seconde surtout fut une défaite complète. »

Au XIXe siècle, alors que la Moldavie est divisée entre l'Empire d'Autriche (qui en détient la partie septentrionale, appelée depuis 1775 « Bucovine »), l'Empire russe (qui en détient la partie orientale, appelée depuis 1812 « Bessarabie »), et un reliquat de Principauté moldave vassale de l'Empire ottoman, le nationalisme romantique roumain s'empare de la figure d'Étienne le Grand et la magnifie, notamment en histoire scolaire. L'unité de la Roumanie (et de l'ancienne Moldavie en son sein) est complète en novembre 1918. Depuis, il n'y a pas une ville en Roumanie (et, depuis 1991, en République de Moldavie) qui n'ait son artère ou sa place Ștefan cel Mare et, souvent, sa statue.

Unions et descendance[modifier | modifier le code]

Étienne III le Grand épousa [3]

D'une liaison avec Marie de Hârlău il eut également un fils illégitime :

Sur les autres projets Wikimedia :

Légende romantique[modifier | modifier le code]

La légende dit que la femme et la mère d'Étienne étaient dans un château. Ce dernier revint blessé après des luttes perdues contre les Turcs. Mais sa mère, d'en haut de la tour, lui dit ne pas le reconnaître, car son fils ne revenait jamais vaincu d'une bataille. Elle l'incita à reprendre la guerre, en lui disant : « Rassemble ton armée, pour ton pays tu meurs / Ta tombe sera couronnée de fleurs. » Il repartit et remporta la victoire[4].

Références[modifier | modifier le code]

  1. Robi est souvent traduit par erreur par "esclaves", bien que le statut de "Robie" soit différent de l'esclavage, puisque le rob (du slave robota, le travail) ne pouvait pas appartenir à un particulier, mais à un domaine seigneurial ou ecclésiastique, et pouvait racheter lui-même sa liberté s'il avait assez d'or, ou la revendre s'il avait des dettes : voir Neagu Djuvara, Les pays roumains entre l'Orient et l'Occident, P.U.F., Paris, 1989.
  2. Voir sur Mormântul Doamnei Maria Asanina Paleologhina
  3. (de) Europaïsche Stammtafeln Vittorio Klostermann, Gmbh, Francfort-sur-le-Main, 2004 (ISBN 3465032926) , Mușatini, Wojewoden der Moldau I & II Volume III Tafel 189-190:
  4. (ro) légende décrite en vers par Dimitrie Bolintineanu

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Article connexe[modifier | modifier le code]

Bibliographie et sources[modifier | modifier le code]

Précédé par Étienne III Suivi par
Pierre III Aron
Coat of arms of Moldavia.svg
Prince de Moldavie
1457-1504
Bogdan III l'Aveugle