Nikolaï Iejov

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Nikolaï Iejov.

Nikolaï Ivanovitch Iejov (en russe : Николай Иванович Ежов) était un policier et homme politique soviétique né le 19 avril (1er mai) 1895 à Saint-Pétersbourg en Russie, et mort fusillé sur ordre de Staline et de Lavrenti Beria le 3 février 1940 à Moscou.

Chef suprême du NKVD de septembre 1936 à novembre 1938, il est le principal artisan de la mise en œuvre des Grandes Purges staliniennes au cours desquelles plus de 700 000 personnes furent exécutées.

Biographie[modifier | modifier le code]

Avant
Après
Une fois Iejov condamné, une photo de lui le montrant en compagnie de Staline (en haut) fut retouchée pour supprimer toute trace de sa présence aux côtés du dirigeant soviétique (en bas).

Issu d'une famille pauvre, sans instruction[1], Iejov commence à travailler comme ouvrier à partir de 14 ans, d'abord comme tailleur, puis embauché chez Poutilov à Saint-Pétersbourg comme apprenti fourreur. Il adhère au parti bolchévique après 1917.

Jusqu'à la fin des années 1920, il est permanent du Parti dans le Kazakhstan. Son ascension débute en 1929 et il grimpe rapidement les échelons : vice-commissaire du peuple à l'Agriculture, il est chargé l'année suivante de l'organisation interne du parti. Il gère en effet les sections des cadres et les affectations du Comité central, fonction qui lui donne pouvoir et surtout influence sur l'appareil.

Type accompli de l’apparatchik inconditionnellement fidèle à Staline, Iejov est membre du Comité central en 1934. Il dirige ensuite la section du Comité central chargée de l'industrie avant d'être élu à la commission exécutive du Komintern.

Nommé vice-président de la Commission centrale de contrôle, il surveille à ce poste l'activité du NKVD (Commissariat du peuple aux Affaires intérieures). En 1936, il remplace Guenrikh Iagoda au poste de commissaire du peuple à l'intérieur où il poursuit et accentue les purges entreprises par son prédécesseur, d'où le nom Iejovtchina qu'on donne à cette Grande Terreur, qui gagne démesurément en intensité jusqu'à aboutir à l'assassinat d'une balle dans la tête d'au moins 750 000 personnes, souvent choisies au hasard pour atteindre les quotas fixés par villes ou régions (soit environ un citoyen soviétique sur 200).

En effet, chef suprême de la police politique durant deux ans — du 25 septembre 1936 au 24 novembre 1938 —, il est à ce titre le principal exécutant des Grandes Purges décidées par Joseph Staline. Ainsi, sur ordre du GenSek, il monte en 1937 un dossier d'accusation contre le chef de l'Armée rouge, Mikhaïl Toukhatchevski. Par ailleurs, toujours sur ordre de Staline, il fait fusiller son prédécesseur Guenrikh Iagoda en 1938 après l'avoir fait arrêter en avril de l'année précédente.

Sur un plan plus personnel, il est décrit diversement comme un alcoolique, bisexuel, prédateur sexuel appréciant les orgies avec des prostitués, et avec une tendance prononcée pour le sadisme, bien que périodiquement dépressif[2],[3].

Lorsque Staline décide d'arrêter les Grandes Purges, il lui faut un prétexte. Il se retourne alors contre le NKVD, accusé d'être désormais infiltré par des espions étrangers, qui ont ordonné le massacre de citoyens respectables. Sentant que le vent tourne, plusieurs hauts gradés du NKVD passent à l'ennemi, fragilisant dangereusement la position de Iejov[4].

En effet la situation du chef du NKVD ne tarde pas à empirer et il est à son tour démis de ses fonctions en décembre 1938. Il est remplacé par Lavrenti Beria, son ancien second, qui le met provisoirement à l'écart du milieu policier. Nommé commissaire du peuple aux Transports maritimes et fluviaux, il ne peut exercer longtemps ses nouvelles fonctions. Arrêté en 1939, Iejov reconnaît, lors de son procès, avoir « purgé quelque 14 000 tchékistes », ce qui lui vaut d'être rapidement fusillé, en février 1940, dans sa prison.

Surnommé « le nabot sanguinaire » — il mesurait 1,54 m —, Iejov a été liquidé pour lui faire endosser seul la responsabilité des purges et de leurs excès, laissant ainsi croire que Staline a eu les mains propres et passant du statut d'homme de confiance à celui d'ennemi du peuple. Ses derniers mots seront pour l'homme qui en a fait sa marionnette : « Dites à Staline que je meurs avec son nom sur mes lèvres[5] ».

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Dans le questionnaire qu'il dut remplir après son arrestation, en 1939, pour la rubrique « Degré d'instruction », il indiqua « école primaire inachevée » (Oleg Khlevniouk, Le Cercle du Kremlin, p. 214, Le Seuil, 1996).
  2. (es) Álvaro Lozano Cutanda, Stalin, el tirano rojo, Ediciones Nowtilus S.L., 22 févr. 2012, p. 138
  3. (en) Robert Service, Stalin: A Biography, Pan Macmillan, 4 sept. 2008 (736 pages), p. 281
  4. Sur cet épisode, voir le chapitre « Sortir de la Grande Terreur » in Nicolas Werth, L'Ivrogne et la marchande de fleurs : Autopsie d'un meurtre de masse, 1937-1938, pp. 291-314.
  5. Nicolas Werth, L'Ivrogne et la marchande de fleurs : autopsie d'un meurtre de masse, 1937-1938, p. 312.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Jean-Jacques Marie, Staline, Fayard, 2001.
  • Simon Montefiore, Staline. La Cour du tsar rouge, tr. fr. Éditions des Syrtes, 2005.
  • Collectif, Le Livre noir du communisme: Crimes, terreur, répression, Collection Bouquins, Editions Robert Laffont, 1997
  • Nicolas Werth, L'Ivrogne et la marchande de fleurs : Autopsie d'un meurtre de masse, 1937-1938, Tallandier, Paris, 2009

Article connexe[modifier | modifier le code]