Langues kanak

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L’expression langues kanak[1] désigne les langues vernaculaires de la Nouvelle-Calédonie.

En linguistique, les « langues néo-calédoniennes » forment une branche du groupe océanien, au sein de la famille des langues austronésiennes.

Présentation[modifier | modifier le code]

Les langues kanak sont au nombre de 28, auxquelles s'ajoutent 11 dialectes, bien que l'inventaire diffère selon les auteurs et de la distinction que ceux-ci peuvent faire entre langues et variantes dialectales. Maurice Leenhardt dénombrait ainsi 37 langues et dialectes[2]. Un créole, le tayo parlé dans la commune du Mont-Dore dans le quartier de Saint-Louis, leur est souvent associé.

Comme toutes les langues océaniennes, les langues kanak font partie de la grande famille des langues austronésiennes. Celles-ci descendent toutes d'un ancêtre commun, le proto-austronésien, parlé il y a 5 500 ans environ dans l'île de Taïwan[3].

Depuis la fin des années 1960, suite aux travaux pionniers d'André-Georges Haudricourt, un travail important d'exploration, d'inventaire et de description des langues kanak a été mené par l'équipe scientifique du LACITO-CNRS, en particulier par Françoise Ozanne-Rivierre, Jean-Claude Rivierre, Claire Moyse-Faurie, Isabelle Bril et Isabelle Leblic. Ces recherches ont pris la forme de plusieurs dictionnaires, grammaires, recueils de littérature orale, articles scientifiques, enseignement universitaire, conférences publiques[4]. Outre leur intérêt scientifique, ces travaux ont aidé à faire reconnaître ces langues à une époque où les autorités françaises y prêtaient peu d'attention. Ces travaux sur les langues kanak furent synthétisés par Jean-Claude Rivierre dans le cadre d'un rapport officiel sur les langues régionales de France, dirigé par Bernard Cerquiglini en avril 1999[5]. Les données ci-dessous s'inspirent de ce rapport.

Statut des langues kanak[modifier | modifier le code]

Reconnaissance officielle[modifier | modifier le code]

Quelques-unes de ces langues sont considérées comme mortes, ou moribondes, n'ayant plus ou peu de locuteurs[6].

Pour un certain nombre de ces langues, il n'existe pas de graphie ou d'orthographe standard, celle-ci faisant parfois l'objet de controverse. Une Académie des langues kanak prévue dès 1998 par les accords de Nouméa a ainsi été créée[7].

« Les langues kanak sont, avec le français, des langues d'enseignement et de culture en Nouvelle-Calédonie. Leur place dans l'enseignement et les médias doit donc être accrue et faire l'objet d'une réflexion approfondie. Une recherche scientifique et un enseignement universitaire sur les langues kanak doivent être organisés en Nouvelle-Calédonie. L'Institut national de langues et civilisations orientales y jouera un rôle essentiel. […] Une Académie des langues kanak, établissement local dont le conseil d'administration sera composé de locuteurs désignés en accord avec les autorités coutumières, sera mise en place. Elle fixera leurs règles d'usage et leur évolution »

— article 1.3.3 desdits accords.

Enseignement[modifier | modifier le code]

La reconnaissance des langues kanak en tant que langues régionales date des arrêtés du . Celui-ci introduit quatre langues en tant qu'épreuve facultative au baccalauréat. Il s'agit du drehu, du nengone, du paicî et de l'ajië. Aujourd'hui, sont enseignés dans l'enseignement secondaire ou supérieur :

Les enfants dont les parents en ont exprimé le vœu suivent, dès la petite section de maternelle, des enseignements en langue kanak, à raison de sept heures hebdomadaires en maternelle et de cinq heures à l'école élémentaire à la fois pour apprendre à la maîtriser et se familiariser avec la culture mélanésienne, à l'écrire et à la lire mais aussi pour suivre tous les autres champs disciplinaires dans cette langue[8].

Une formation de Licence, mention Langues, Littératures et Civilisations étrangères régionales (LLCER) spécialité Langues océaniennes est proposée par l'Université de la Nouvelle-Calédonie[9]. Elle a été créée sous la forme d'un Diplôme d'études universitaires générales (DEUG) en 1999 complété par une licence en 2001. Chaque semestre, les étudiants choisissent deux langues parmi les quatre offertes en épreuve du baccalauréat soit une de la Grande Terre (ajië ou paicî) et une des Îles Loyauté (drehu ou nengone)[10].

Les langues kanak sont également représentées dans la filière « Langues océaniennes » de l'Institut national de langues et civilisations orientales, à Paris, pour le drehu[11].

Répartition géographique et nombre de locuteurs[modifier | modifier le code]

La localisation de ces langues est donnée ici à titre indicatif. Les courants migratoires, l'urbanisation ont en effet changé la donne. On considère par exemple qu'il y aurait plus de 5 000 locuteurs de drehu à Nouméa, pour environ 7 à 8 000 sur l'île elle-même.

Chaque couleur correspond à un sous-groupe linguistique distinct ou reconnu comme tel par les comparatistes, bien qu'il n'existe pas d'unanimité sur la question d'autant que ces langues se sont énormément empruntées entre elles[12], d'où le côté quelque peu biaisé de tous ces découpages.

  • Langues du groupe Nord
  • Langues du groupe Centre
  • Langues du groupe Sud
  • Langues du groupe Loyauté
  • Langue polynésienne

Carte[modifier | modifier le code]

La carte suivante[13] représente l'ensemble des langues kanak[14].

Langueskanak.jpg

Tableau[modifier | modifier le code]

Langue Graphie alternative Locuteurs Commune(s) Province Aire coutumière dialectes
1 nyelâyu yalâyu 1522 Ouégoa, Belep, Pouébo Province Nord Hoot Ma Waap Pooc/haat (Belep) ; Puma/paak/ovac (Arama, Balade)
2 nêlêmwa-nixumwak fwa kumak 1100 (2009) Koumac, Poum Province Nord Hoot ma Waap nêlêmwâ (Tribu de Nénéma), nixumwak
3 caac - 890 Pouébo Province Nord Hoot Ma Waap Cawac (variante parlée à la Conception au Mont Dore depuis 1865)
4 yuanga-zuanga yûâga 1992 Kaala-Gomen, Ouégoa Province Nord Hoot Ma Waap -
5 jawe - 729 Hienghène, Pouébo Province Nord Hoot Ma Waap -
6 nemi nèmi 768 Hienghène Province Nord Hoot Ma Waap Ouanga, Ouélis, Kavatch
7 fwâi - 1131 Hienghène Province Nord Hoot Ma Waap -
8 pije - 161 Hienghène Province Nord Hoot Ma Waap Tha (Tiendanite)
9 pwaamèi - 219 Voh Province Nord Hoot Ma Waap Naakâ (Temala, Voh); Dhaak/yaak (Fatenaoue)
10 pwapwâ - 16 Voh Province Nord Hoot Ma Waap -
11 dialectes de la région de Voh-Koné - 878 Voh, Koné Province Nord Hoot Ma Waap bwatoo (Oudjo, Népou, Baco et parlé autrefois à l'île Koniène), haeke, haveke, hmwaeke, havele, vamale (Haute Tipindje), waamwang
12 cèmuhî camuki 2051 Touho, Koné, et Poindimié Province Nord Paici Camuki -
13 paicî paici 5498 Poindimié, Ponérihouen, Koné, Poya Province Nord Paici-Camuki -
14 ajië a'jië 4044 Houaïlou, Ponérihouen, Poya, Kouaoua Province Nord Ajië-Aro -
15 arhâ - 35 Poya Province Nord Ajië-Aro -
16 arhö arö 62 Poya Province Nord Ajië-Aro -
17 orowe abwébwé 587 Bourail Province Sud Ajië-Aro -
18 neku néku 221 Bourail Moindou Province Sud Ajië-Aro -
19 sîchë zîchë, sîshëë 4 (langue éteinte depuis avril 2006) Bourail, Moindou Province Sud Ajië-Aro Parfois considéré comme une variante dialectale de l'ajië
20 tîrî tirî 264 La Foa, Sarraméa Province Sud Xaracuu tîrî, mea
21 xârâcùù xaracuu 3784 Canala, La Foa, Boulouparis Province Sud Xaracuu -
22 xârâgùrè - 566 Thio Province Sud Xaracuu Langue proche du xârâcùù
23 nââ drubéa (en) drubea 946 Païta, Dumbéa, Nouméa, Yaté Province Sud Djubéa-Kaponé -
24 nââ numèè numee/kapone 1814 Yaté, Mont-Dore, île des Pins Province Sud Djubéa-Kaponé xêrê (Yaté), wêê (île Ouen), kwênyii (île des Pins)
25 nengone - 6377 Maré, Tiga Îles Loyauté Nengone Iwateno (langue cérémonielle ou langue des chefs)
26 drehu - 11338 Lifou Îles Loyauté Drehu Miny (langue cérémonielle ou langue des chefs)
27 iaai - 1562 Ouvéa Îles Loyauté Iaai -
28 faga uvea fagauvea 1107 Ouvéa Îles Loyauté Iaai

À cet inventaire est ajoutée une 29e langue, le tayo, un créole à base lexicale française parlé par environ 600 locuteurs originaires de la tribu de Saint-Louis (Commune du Mont Dore)

Notes[modifier | modifier le code]

  1. La tradition francophone donnait « canaque », considéré aujourd'hui comme trop colonial ; les Accords de Nouméa lui ont substitué le terme kanak, invariable (d'où l'absence de marque de pluriel).
  2. Maurice Leenhardt. 1946. Langues et dialectes de l'Austro-Mélanésie, Paris.
  3. Frédéric Angleviel, Jean-Michel Lebigre, De la Nouvelle-Calédonie au Pacifique. Éléments de recherches en Lettres, Langues et Sciences Humaines, Éditions L'Harmattan,‎ 2009, p. 201
  4. Présentation de l'équipe océaniste du LACITO.
  5. Rivierre 2003.
  6. Les données concernant le nombre de locuteurs de plus de 14 ans par lieu de résidence et par communauté - chiffres issus du recensement de 1996 - sont téléchargeables au format .xls (tableur Excel) depuis le serveur de l’Institut de la statistique et des études économiques de Nouvelle-Calédonie.
  7. Académie des Langues Kanak.
  8. [hhttp://www.denc.gouv.nc/portal/page/portal/denc/pgm_outils/pgm_doc_acc/Organisation%20de%20l%27enseignement%20primaire.pdf Organisation de l'enseignement primaire, site de la DENC] [PDF]
  9. http://www.univ-nc.nc/formation/catalogue-des-formations/licence-langues--litteratures-et-civilisations-etrangeres-et-regionales Description de la formation] (site de l'UNC)
  10. [PDF] Plaquette de la licence LLCER spécialité Langues océaniennes de l'Université de la Nouvelle-Calédonie
  11. Deux diplômes, au niveau DULCO et Licence.
  12. Bien que cela soit un peu moins vrai de nos jours, les Kanaks étaient souvent bilingues voire trilingues parlant la langue du clan paternel et celle du clan maternel avec également le français ainsi que des langues véhiculaires comme le faga uvea.
  13. N'hésitez pas à améliorer cette carte. Le fichier vectoriel - Macromedia Flash version 4 et supérieur - est téléchargeable en deux formats : Fichier FLA / Fichier swf).
  14. Voir aussi : Jean-Claude Rivierre, Françoise Ozanne-Rivierre (LACITO-CNRS), « Carte de référence des aires coutumières et des langues kanak » (consulté le 4 mars 2011).

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Weniko Ihage, rapport au Congrès de la Nouvelle-Calédonie, délibération portant création de l'Académie des langues kanak 2007.
  • Jean-Claude Rivierre, « Langues de Nouvelle-Calédonie: Introduction. Aire coutumière hoot ma waap, paicî-camuki, ajië-aro, djubea-kapone, nengone », dans Bernard Cerquiglini, Les langues de France, Paris, Presses Universitaires de France,‎ 2003, p. 346-362 ; 365-404 ; 413-420 ; 431-435.