Moindou

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Aller à : navigation, rechercher
Moindou
Le jardin de l'Avenir et la chapelle de Moindou.
Le jardin de l'Avenir et la chapelle de Moindou.
Noms
Nom kanak Mouidou
Administration
Pays Drapeau de la France France
Collectivité Nouvelle-Calédonie
Province Province Sud
Aire coutumière Ajië-Aro
Maire
Mandat
Léon-Joseph Peyronnet
2014-2020
Code postal 98819
Code commune 98816
Démographie
Population
municipale
704 hab. (2009)
Densité 2,2 hab./km2
Ethnie Kanak : 53,7 %
Européens : 24,4 %
Métis : 7 %
Asiatiques : 1,1 %
Tahitiens : 1 %
Wallisiens-Futuniens : 0,9 %
Ni-Vanuatu : 0,4 %
Autres : 11,2 %
Non déclarés : 0,3 %
Géographie
Coordonnées 21° 41′ 53″ S 165° 40′ 42″ E / -21.697942, 165.67820821° 41′ 53″ Sud 165° 40′ 42″ Est / -21.697942, 165.678208  
Altitude Min. 0 m – Max. 1 006 m
Superficie 321,9 km2
Localisation

Géolocalisation sur la carte : Nouvelle-Calédonie

Voir la carte administrative de Nouvelle-Calédonie (détail)
City locator 14.svg
Moindou

Géolocalisation sur la carte : Nouvelle-Calédonie

Voir la carte topographique de Nouvelle-Calédonie (détail)
City locator 14.svg
Moindou

Moindou (également Mouidou en langue kanak) est une commune française de Nouvelle-Calédonie, située sur la côte Ouest de la Grande Terre en Province Sud. Elle tire son nom de deux anciennes tribus kanak proches du centre de la commune: Petit et Grand Moindou, détruites le 22 juillet 1878 en représailles à l'attaque la veille du centre agricole de Moindou par les tribus de Moméa, de Petit et Grand Moindou.

Géographie[modifier | modifier le code]

Le point culminant de la commune est la Table Unio qui se situe à 1 006 mètres d'altitude.

Histoire[modifier | modifier le code]

Moindou est situé à environ 130 kilomètres au nord de la ville de Nouméa. La région d'Uaraï-Moindou a fait l'objet d'une première reconnaissance à la mi-octobre 1857 par le gouverneur Du Bouzet à bord du Styx. Dans son rapport du 23 octobre 1857, il écrivait: «Uaraï est certainement une des positions les plus belles de la Nouvelle-Calédonie… Ce point a de l'avenir et sera inévitablement choisi un jour pour être un des principaux centres de la colonisation; quand on voudra, on pourra y établir un blockhaus pour surveiller le pays, sur le littoral même…» (Archives d'outremer, ncl 42). Cette région a été hydrographiée vers 1859 par le lieutenant de vaisseau Chambeyron qui a reconnu qu'elle possédait une rade bien abritée pour les navires.

Les origines de Moindou sont étroitement liées à celles du centre pénitentiaire agricole de Bourail ouvert dès 1867. Il semble que les mauvaises conditions d'ancrages des navires à l'embouchure de la Néra, ouvert aux coups d'Ouest de la saison fraîche, aient conduit l'administration à chercher un port mieux abrité.

En novembre 1870, le gouverneur Louis Eugène Gaultier de La Richerie (arrivé fin août 1870) effectua une première visite à Bourail et s'arrêta à Uaraï afin de reconnaître cette région où devait passer la route coloniale, qui longeant la côte, desservirait cette région. D'Uaraï (coupée de Mara) site du futur port de débarquement, la route devait se prolonger jusqu'à Bourail: « Création d'un centre à Ourail et construction de la route de Bourail, tels sont les projets du gouvernement local » écrivait Le Moniteur du 27 novembre 1870. Fin mars 1871, le gouverneur entreprit une nouvelle visite de la région dans le but, cette fois de choisir dans la vallée d'Uaraï « une position destinée à devenir un centre de colonisation qui relierait Bourail à Nouméa »[1]. À son départ d'Uaraï, le gouverneur laissa un contingent de 25 condamnés encadrés par deux surveillants et trois gendarmes dirigés par le lieutenant Vollet, chargés de monter un camp pour héberger une compagnie d'infanterie partie à pied de Nouméa. Ce premier camp était établi à 1 500 m du bord de mer sur une hauteur surplombant l'embouchure de la rivière de La Foa, dominant le village indigène de Uaraï. Ce dernier trop proche du camp incitera les militaires à s'installer à l'Ouest de la baie d'Uaraï, sur une hauteur aride pour créer l'établissement de Uaraï-Téremba (site du fort Téremba aujourd'hui).

Cet établissement militaire et pénitentiaire s'afficha très vite comme le centre administratif de la région avec un premier acte d'état-civil établi mi-décembre 1871. Mi-mai puis en octobre 1871, le gouverneur visita en détail à cheval et en bateau la région et put se convaincre qu'elle offrait une vaste étendue de terres propices à la création d'établissements pénitentiaires. Au cours de ces reconnaissances, la rivière de Moindou avait été reconnue et remontée sans difficulté pendant plus de deux heures au milieu de riches vallées qui firent impression. La décision de créer un centre de colonisation sur les bords de la Moindou fut sans doute prise à cette occasion. Il s'agissait semble-t-il d'un centre agricole pénitentiaire à l'exemple de Bourail, mais par deux dépêches ministérielles des 19 novembre et 27 décembre 1872 le département fit savoir que la colonie devait se tenir prête à recevoir des convois nombreux et réguliers d'émigrants. Très certainement s'agissait-il d'optants alsaciens-lorrains sous les auspices de la Société de Protection des Alsaciens-Lorrains à qui l’État accordait à titre gratuit des lots de 10  ha. Cette nouvelle changea donc les destinées du centre en l'ouvrant à la colonisation libre. En décembre 1872, le gouverneur effectua une nouvelle visite pour fixer définitivement l'emplacement de la « ville de Moindou ». En avril 1873, le géomètre Gustave Gallet fut envoyé sur place pour mesurer sur 7000 ha, un lotissement de 379 concessions d'environ 10 ha chacune[2]. Les travaux prirent plusieurs mois et les futurs colons durent attendre juillet 1873 pour s'installer sur leur concession. Un centre urbain dessiné à l'américaine, comprenant 431 lots d'environ 10 ares chacun fut également dessiné et achevé en mai 1874 par Gustave Gallet.

Le centre agricole de Moindou fut ouvert le 20 juillet 1873 par cinq colons arrivés le 4 mai 1873 par deux navires de l’État, l'Orne et le Rhin[3]. Bien que la mémoire collective calédonienne associe Moindou à l'arrivée d'optants alsaciens-lorrains, en réalité, à peine une douzaine se sont effectivement installés dans le village en 1873. Il s'agit des Eschenbrenner (de Butten, Bas-Rhin), Muller (de Forbach, Moselle), Schmitt (de Surbourg, Bas-Rhin), Freudenreich (de Saint-Louis, Haut-Rhin), Wollenweber (de Strasbourg, Bas-Rhin), Simon (Wissembourg, Haut-Rhin) , Heymann (de Colmar, Haut-Rhin), Weiss (de Strasbourg, Bas-Rhin), Bechtel (d'Erstein, Bas-Rhin), Hungler (de Husseren-les-Châteaux, Bas-Rhin), Rémy (de Strasbourg, Bas-Rhin). En septembre, Gustave Gallet signalait le premier l'existence d'affleurements considérables de charbon sur la montagne de Moméa. L'ingénieur des mines Emile Heurteau envoyé sur place découvrit quant à lui des affleurements houillers assez prometteurs sur la rive gauche de la rivière de Moindou (site de la future mine Nouvelle-Anzin). En octobre, une première demande concession houillère de 1000 hectares était déposée au Service des Mines par trois investisseurs: le géomètre Gallet, l'affairiste John Higginson et le grand propriétaire terrien Gratien Brun.

Au cours des deux premières années d'existence du centre, à peine 50% des colons inscrits pour prendre une concession, s'installeront effectivement à Moindou. Devant le peu de succès rencontré, l'administration locale se résolut à installer à côté des optants alsaciens-lorrains et d'autres colons libres, un certain nombre de déportés de la Commune (dès novembre 1873) et aussi quelques condamnés méritants, instituant Moindou comme premier essai de colonisation mixte (libre et pénitentiaire). Afin d'apporter l'aisance aux colons, l'administration invita un groupe de capitalistes menés par John Higginson à monter une usine sucrière à Moindou. En contrepartie l'administration octroyait gratuitement aux usiniers 500 ha de terres d'alluvions parmi les meilleures du centre. Pour inciter les colons à planter de la canne, l'administration prolongeait l'octroi des vivres jusqu'au 1er septembre 1876, date à laquelle chaque concessionnaire devait fournir 1 ha de cannes puis 2 ha ensuite. Curieusement, cette mise en culture s'avérait pratiquement obligatoire car pour les récalcitrants et les paresseux, l'administration faisait peser sur eux une clause de déchéance. En avril 1874, 36 colons signèrent une convention avec les futurs usiniers pour la fourniture de cannes. En outre, 32 déportés sur 36 se déclaraient prêts à en fournir également. En mai, 260 concessions avaient été octroyées, soit une superficie de 2622 hectares. Seules 80 concessions étaient effectivement occupées par 42 immigrants, chefs de famille, soit 118 personnes plus 36 déportés. Sept autres colons de cette catégorie étaient sur le point de s'installer, portant la population totale à 161 habitants répartis sur 87 concessions. Fin mai, les travaux agricoles se décomposaient comme suit: sur 41 hectares travaillés, 13 hectares étaient plantés, 7 labourés et 21 défrichés. Mais six mois plus tard, en novembre, une commission instituée par le conseil d'administration de la colonie et chargée d'examiner l'état dans lequel se trouvaient les centres d'Uaraï et de Bourail rendait son rapport: « La situation générale est peu satisfaisante; elle n'est nullement en rapport avec les dépenses considérables faites par l'État et par la colonie ». La situation du centre de Moindou était alarmante: 300 concessions avaient été accordées et après 18 mois d'efforts, on ne trouvait guère que 23 hectares de terrains cultivés en maïs ou en légumes. Les colons vivaient toujours aux crochets de l'administration, nourris par des rations. Pour éviter une faillite complète du centre, la commission conseillait de créer 4 grandes concessions sur 500 ha de terres de première qualité pour être travaillées par des concessionnaires modèles et compétents. Un seul colon répondra à cette offre, Casimir Boyer, arrivé de la Réunion en 1874, qui développera une immense caféerie et plantera les fameux palmiers royaux de Cuba, fierté de la commune aujourd'hui.

La construction de l'usine sucrière n'étant toujours pas entamée, un nouvel accord fut conclu avec les usiniers pour une mise en route de l'usine fixée au 1er septembre 1877. Par ailleurs, les concessionnaires devaient être capable de fournir collectivement, à cette date, 25 hectares de cannes et pour parvenir à ce chiffre, l'administration mettait à disposition des colons de 250 à 300 transportés pour les aider. En avril 1875, un nouveau rapport sur l'état du centre de Moindou demandé par le nouveau gouverneur Léopold de Pritzbuer, constatait à nouveau la situation de grande précarité dans laquelle se trouvaient les colons, toujours nourris par l'administration. Un tiers à peine des colons s'occupait à cultiver et le reste travaillait peu ou se laissait nourrir. L'ivrognerie était devenue une plaie, notamment chez les déportés que l'administration expulsait régulièrement comme agitateurs, paresseux, perturbateurs (58 sur 14 mois - de décembre 1873 à juin 1879 alors que ce seront une centaine de déportés qui seront passés à Moindou). Les surfaces cultivées représentaient plus de 115 hectares et 77 hectares étaient défrichées. Mais les colons vivaient toujours des rations payées par la caisse d'immigration (plus de 80 000 francs au 1er avril 1875 pour nourrir 214 personnes. Sur ce chiffre, il y avait 53 déportés, 71 chefs de familles et quelques femmes veuves ou célibataires. 82 colons n'avaient pas paru ou avaient abandonné. Sur les 389 lots, 143 étaient occupés; 145 étaient libres et 101 attribués à des colons non résidents. Cette constatation amena l'administration à menacer de déchéance les colons non résidents de façon à libérer des parcelles pour les nouveaux arrivants. Enfin, le rapport dénonçait la concession de 500 ha faite aux usiniers, sans avantage aucun puisque toujours en friche. L'usine n'était toujours pas construite et les colons vivaient sur des terres à niaoulis, donc pauvres, reconnues impropres à la culture de la canne. En janvier 1876, l'administration se résolut à dénoncer la convention d'avril 1874, ce que John Higginson voulait également. Pour sauver le centre, Gustave Gallet avait proposé en octobre 1875 de diviser les 500 hectares des usiniers en petits lots pour les distribuer gratuitement aux colons. Mais les colons étaient locataires de leur concession, sauf les Alsaciens-Lorrains et les anciens militaires qui l'avaient obtenue à titre gratuit. En juin 1877, l'administration se pencha sur la question et proposa à tout concessionnaire qui aurait cultivé pendant 3 ans sa concession sans le secours de l'administration de recevoir un titre définitif de propriété.

En 1878, la situation du centre n'était toujours pas fameuse, Moindou comptait 112 colons libres, 90 déportés et 30 libérés engagés chez les concessionnaires. Un bureau d'état-civil avait ouvert en janvier, et une école primaire en avril. En mai 1878, une commission fut chargée de délimiter définitivement les concessions mais ses travaux furent interrompus par l'insurrection kanak (juin 1878-janvier 1879). Les travaux de la commission reprirent en avril 1879. Après l'insurrection et les dommages subis par les colons de Moindou, l'administration décida d'octroyer toutes les concessions à titre gratuit, Le 1er juin, tous les colons, sans exception, entrèrent en possession de leurs concessions. En juillet, la première commission municipale était instituée consacrant ainsi la naissance de la municipalité. Le centre se développa lentement autour de l'élevage et de la culture du tabac au cours des décennies suivantes jusqu'aux années 1920 où la fièvre du charbon enflamma la commune pour une dizaine d'année. Aujourd'hui, le village subsiste avec l'agriculture et l'aquaculture (avec la plus grande ferme aquacole de la Nouvelle-Calédonie).

Recensement de la population en 1889.

Lieux-dits Adultes libres Enfants Libérés Condamnés Total
Forêt de Moindou 7 1 6 4 18
Petit-Moindou 7 9 11 0 27
Rive droite 10 3 19 8 40
Rive gauche 5 17 1 2 25
Village 34 40 18 5 97
Total 63 70 55 19 207

Source: Mairie de Moindou

Administration[modifier | modifier le code]

Liste des maires successifs
Période Identité Étiquette Qualité
Les données manquantes sont à compléter.
1961 1971 Henri Eschenbrenner    
1971 2001 Justin Monawa MLC puis RPCR  
2001 2008 François Burck FCCI  
2008 en cours Léon-Joseph Peyronnet Avenir ensemble puis Calédonie ensemble  

Lieux et monuments[modifier | modifier le code]

Le patrimoine bâti de la commune comprend diverses demeures coloniales dont la Résidence, ancienne propriété de Casimir Boyer, colon venu de La Réunion en 1874; le château Beaumont, construit par le Dr Léon Eschenbrenner au début du XXe siècle.

L'ancien hôtel Bray, aujourd'hui « Auberge historique de Moindou » était auparavant un relais hôtelier routier sur la route coloniale no 1. En remontant la vallée de la rivière de Moindou, rive droite, se trouvent les imposants vestiges de l'usine de la Médouya (centrale énergétique) sur le site houiller de la mine Audaces Fortunat Juva (la « Fortune sourit aux audacieux ») exploitée de 1923 à 1930 par la Société Le Nickel pour ses besoins sidérurgiques. À flanc de colline les entrées des deux travers-bancs principaux sont encore visibles. En bordure de la rivière, non loin du village se trouvent les vestiges de l'usine de flottation qui permettait de séparer le charbon des schistes. Par ailleurs, sur la rive gauche en remontant la rivière, il existe quelques vestiges épars (dont ceux d'un va-et-vient) de l'ancienne exploitation houillère « Nouvelle-Anzin », exploitée de 1922 à 1923. La petite chapelle de Moindou date de 1947. L'implantation d'optants alsaciens-lorrains dans les années 1870 a laissé quelques traces dans les lieux-dits de la commune: marais et pont Bechtel en contrebas du château Beaumont; montagne et marais Muller; couche charbonneuse Eschenbrenner.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Bulletin no 120 de la SEHNC (1999): Les colons alsaciens de Moindou; et Bulletin no 142 de la SEHNC (2004): Aux origines de Uaraï et du centre agricole de Moindou, 1873-1879.

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

Sur les autres projets Wikimedia :

Notes et références[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

Références[modifier | modifier le code]

  1. Le Moniteur du 22 mars 1871
  2. Le Moniteur du 2 avril 1873
  3. Arrêté du 18 juillet 1873