La Chanson de Craonne
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La Chanson de Craonne (du nom de la commune de Craonne) est une chanson de tradition orale, chantée par des soldats entre 1915 et 1917. Interdite par le commandement, une de ses versions est publiée en 1919 par Paul Vaillant-Couturier sous le titre de Chanson de Lorette.
Sommaire |
[modifier] Histoire de la chanson
[modifier] Le contexte
La Chanson de Craonne est connue pour avoir été entonnée par les soldats qui se sont mutinés (dans une cinquantaine de régiments de l'armée française) après l'offensive très meurtrière et militairement désastreuse du général Nivelle au Chemin des Dames. Au cours des combats, les soldats français, partant de la vallée de l'Aisne, devaient « monter sur le plateau » tenu par l'armée allemande.
Ces révoltes sont sévèrement réprimées, notamment par le général Pétain, nommé le 17 mai 1917 pour remplacer le général Nivelle avec pour mission d'endiguer l'effondrement du moral des soldats. Plus de 500 "mutins" sont condamnés à mort (dont 26 effectivement exécutés[1]).
[modifier] L'origine de la chanson
Cette chanson anonyme a sûrement plusieurs auteurs. Elle a continuellement évolué au cours de la guerre en fonction des lieux principaux de combat[2]. Elle apparaît sous le nom de La Chanson de Lorette", « complainte de la passivité triste des combattants »[3] évoquant la bataille de Notre-Dame de Lorette à Ablain-Saint-Nazaire se déroulant entre septembre 1914 et septembre 1915. Ensuite, la chanson est transformée pour évoquer le plateau de Champagne au cours de l'automne 1915. En 1916, elle devient une chanson sur Verdun, le refrain devient :
Adieu la vie, adieu l'amour,
Adieu à toutes les femmes
C'est bien fini, c'est pour toujours
De cette guerre infâme
C'est à Verdun, au fort de Vaux
Qu'on a risqué sa peau [...]
[modifier] Le lieu évoqué dans la chanson
La chanson est associée aux mutineries de 1917 et le refrain subit une nouvelle transformation :
C'est à Craonne, sur le plateau
Pour l'occasion, le village de Craonne gagne une syllabe (Craonne se prononce habituellement krɑn, la chanson dit krɑɔn/ pour avoir le compte de syllabes). Le plateau dont il est question est le plateau de Californie qui surplombe le village. En effet l'endroit est le lieu de terribles combats à partir du 16 avril 1917 : la 1e division d'infanterie qui monte à l'assaut se trouve bloquée au niveau des caves de Craonne. Puis le 4 mai, une seconde offensive est lancée par la 36e division d'infanterie qui aboutit à la reprise de Craonne et à la progression sur le plateau de Californie[4]. La chanson de Craonne a été interdite en France jusqu'en 1974, date à laquelle Valéry Giscard d'Estaing en a autorisé la diffusion sur les ondes.
[modifier] Paroles
Plusieurs variantes de la chanson sont attestées.
Les paroles les plus connues sont celles publiées par Paul Vaillant-Couturier, lui-même issu d'une famille d'artistes lyriques parisiens[5], selon deux versions légèrement différentes : celle de 1919 parue dans La guerre des soldats et une autre, parue dans le journal Commune, en 1934[6].
L'écrivain anarchiste Henry Poulaille, soldat sur le Chemin des Dames, publie, en 1937, une variante dans Pain de soldat : 1914-1917.
| Paroles diffusées par Paul Vaillant-Couturier | Paroles diffusées par Henry Poulaille |
|---|---|
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Quand au bout d'huit jours le r'pos terminé |
Quand au bout d'huit jours le repos terminé |
[modifier] Musique
La chanson a été écrite sur l'air de la chanson Bonsoir M'amour[7], procédé fort utilisé pendant la Grande Guerre. Bonsoir M'amour, paroles de Raoul Le Peltier, musique de Adelmar Sablon (pseudonyme de Charles Sablon) sur un mouvement de valse lente, est publiée aux éditions Valsien en 1911. Créée par Karl Ditan et chantée par de nombreux artistes, dont Emma Liebel, la chanson obtient un grand succès.
Les reprises contemporaines de La chanson de Craonne sont souvent exécutées dans le style de la valse musette, avec accompagnement d'accordéon. C'est notamment le cas des versions de Tichot, des Amis d'ta femme, de Gérard Pierron, de Marc Ogeret ou de Marc Perrone. L'opposition entre une musique dans le style guinguette renforce par opposition le tragique du texte, comme c'est le cas par exemple pour Le Temps des Cerises.
[modifier] Enregistrements
À compléter.
- 1973, Marc Ogeret, Chansons De Révolte Et D'espoir (33 t. vinyl, Vogue LDM30215)
- Pia Colombo
- Mouloudji
- 1977, La Bamboche, Quitte Paris (33 t. vinyl, Hexagone 883012)
- 1999, Serge Utgé-Royo, Contrechants de ma mémoire (CD Édito-Musiques UR5)
- 2003, Les amis d'ta femme, album Noir...et rouge aussi un peu
- 2000, Mascarade, album Eh bé !
- 2003, Maxime Le Forestier La chanson de Craonne (CD Polydor 0602498075302)
- 2007, Family Fodder, ????, (Vivonzeureux ! records)
- 2008, Tichot, album 14-18 avec des mots, une vie d' bonhomme
[modifier] Bande dessinée
- La Chanson de Craonne est mentionnée dans deux albums de Jacques Tardi : Les Aventures extraordinaires d'Adèle Blanc-Sec, tome 8 : Le mystère des profondeurs (Casterman, 1998, p. 4), et Putain de guerre ! tome 2 (Casterman, 2009, p. 9).
[modifier] Usages mémoriels
- Tous les 11 novembre, depuis les années 1980, des militants pacifistes venus se recueillir devant le monument aux morts pacifiste de Gentioux, chantent la Chanson de Craonne en levant le poing[8].
[modifier] Au cinéma
Le refrain de la Chanson de Craonne est chanté par un condamné à mort dans le film Un long dimanche de fiançailles de Jean-Pierre Jeunet (2004).
Dans la scène finale du film La dette, téléfilm de Fabrice Cazeneuve (2000), le refrain de la chanson est fredonné par le préfet (André Dussolier) et son jeune stagiaire (Damien Dorsaz).
[modifier] Bibliographie
- Thierry Bouzard, Histoire du chant militaire français, de la monarchie à nos jours, Editions Grancher, 2005 (ISBN 2733909266) (P. 216-217)
- Robert Brécy, Florilège de la chanson révolutionnaire, Editions hier et demain, 1978. (ISBN 272060053Q)

- Jean-Claude Klein, Florilège de la chanson française, Bordas, 1989 (ISBN 2-04-018461-9)

- Guy Marival, « La Chanson de Craonne », in Nicolas Offenstadt (dir.), Le Chemin des dames, de l'événement à la mémoire, Stock (Essais), Paris, 2004, pp. 350-359. (ISBN 9782234056473)

[modifier] Notes et références
- Cf. Magazine « 14-18 » n° 37 sur les mutineries de 1917.
- G. Marival, 2004.
- Selon Robert Brécy, elle est publiée pour la première fois dans l'ouvrage de Raymond Lefèvre et Paul Vaillant-Couturier, La Guerre des soldats, paru en 1919.
- voir sur le site du CRID.
- Selon Pierre et Jean-Pierre Saka, L'histoire de France en chansons, Larousse, 2004, p.151.
- Robert Brécy, Florilège de la chanson révolutionnaire, Éditions Hier et Demain, 1978, p.235.
- Le refrain de Bonsoir M'amour possède est construit en anaphore : Bonsoir m'amour, bonsoir ma fleur, Bonsoir toute mon âme ! ; la Chanson de Craonne reprend cette construction.
- Le Mague : Guerre à toutes les guerres Octobre 2008.
[modifier] Annexes
[modifier] Articles connexes
[modifier] Liens externes
- Sur le site du CRID (Collectif de recherche internationale et de débat sur la guerre de 1914-1918), une présentation historique de la chanson Historique, variantes et documents sur le site du CRID 14-18
- Emission radio (Là-bas si j'y suis) autour de la chanson de Craonne : La chanson de Craonne. Les mutins (2007) Partie 1 Partie 2
- Emission radio (Là-bas si j'y suis) autour de la chanson de Craonne : Retour à Craonne (2010)
- La chanson avec un montage vidéo de films d'époque; elle est chantée par Marc Ogeret, sur un tempo plus lent que l'interprète de l'item précédent