Khat (botanique)

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Aller à : navigation, rechercher
Page d'aide sur les redirections « qat » redirige ici. Pour les autres significations, voir QAT.
Page d'aide sur l'homonymie Pour les articles homonymes, voir Khat.

Le khat, qat ou kat, est un arbuste ou arbrisseau (une sorte de fusain) de la famille des Célastracées, originaire d'Éthiopie, dont la culture s'est étendue à l'Arabie (surtout au Yémen) vers le XVe siècle. Il est consommé par les habitants de ces régions qui en mâchent (« broutent ») longuement les feuilles pour leur effet stimulant et euphorisant comparable à celui de l'amphétamine.

Khat désigne aussi la substance psychotrope contenue dans les feuilles de cette plante.

Son nom scientifique est Catha edulis (Vahl) Forssk. ex Endl. (synonyme : Celastrus edulis Vahl).

Ses noms vernaculaires : la plante, ses tiges et feuilles consommées ou bien l'arbre, sont appelés al-qât (القات al-gât) au Yémen (le Nord Yémen en particulier), tchat (ጫት) en Éthiopie et kat à Djibouti. On trouve ailleurs catha, gat, khat, qat, kus-es-salahin, miraa, tohai.

Étymologiquement, le terme « khat » vient d'un mot arabe signifiant « arbuste »[réf. nécessaire].

Description[modifier | modifier le code]

C'est un arbuste inerme qui peut mesurer de cinq à huit mètres de haut. L'écorce grise est rugueuse et souvent craquelée.

Les feuilles, persistantes et coriaces, sont opposées à un limbe grossièrement denté de forme elliptique lancéolée, en général de dix cm de long sur cinq de large, de couleur vert brillant à la face supérieure, plus pâle à la face inférieure. Le pétiole très court est rosâtre.

Les fleurs, minuscules, groupées en grappes, ont une corolle formée de cinq pétales blancs.

Le fruit est une capsule à trois lobes, brun rougeâtre à maturité, de dix mm de long environ qui contient des graines ailées.

Aire de répartition[modifier | modifier le code]

L'aire de répartition naturelle de cette espèce s'étend dans la Corne de l'Afrique (Éthiopie, Somalie, Kenya), le Sud-Est de l'Afrique (Tanzanie, Ouganda, Malawi, Mozambique, Zambie, Zimbabwe, Afrique du Sud), le Sud de l'Arabie (Arabie saoudite, Oman et Yémen) et Madagascar.

La consommation est principalement limitée aux régions de production, car seules les feuilles fraîches contiennent le principe actif[réf. nécessaire].

Propriétés[modifier | modifier le code]

Molécule de cathinone

Les principes actifs du khat sont des alcaloïdes : la cathinone et la cathine ultérieurement identifiée comme la D-norpseudoéphédrine. Les deux molécules sont présentes sous la forme lévogyre.

La methcathinone est une version synthétique du khat[1].

La cathinone est relativement instable dans les feuilles séchées et a tendance à se transformer en cathine moins active. Ce qui explique l'intérêt pour les usagers de disposer de feuilles fraîches dont l'action pharmacologique est de fait, différente[1].

Consommation[modifier | modifier le code]

Khat sur un étal de marché somalien

Le khat est utilisé depuis longtemps, ses feuilles fraîches sont mastiquées, un peu comme la coca. Elles ont un effet astringent et une odeur aromatique. Leur mastication colore les dents en brunâtre et la langue en vert[1].

Cet usage est principalement répandu à Djibouti, en Somalie, au Yémen et à Oman, mais aussi en Éthiopie. Il y donne lieu à un commerce lucratif et remplace parfois les cultures vivrières. Il est parfois consommé sous forme d'infusion (thé abyssin, thé somalien).

Du fait de l'instabilité de la cathinone, les feuilles ne se conservent pas plus de 24 heures après la cueillette[1], les usagers recherchent les feuilles les plus fraîches possible. Dans les pays du Golfe, le Khat est transporté par avion pour conserver toutes ses qualités.

Le khat peut se consommer mélangé avec de l'opium afin de servir d'antalgique[1].

Effets et conséquences[modifier | modifier le code]

Homme somalien à Mogadiscio en train de préparer des feuilles de khat.

L'effet est proche de celui des amphétamines (soulager la fatigue et la faim) et induit une accélération du rythme cardiaque, de l'hypertension, une accélération de la respiration, de l'hyperthermie et une mydriase[2].

Son usage régulier entraîne des risques d'accoutumance — voire une toxicomanie —, une tolérance croisée avec les amphétamines[2] et peut provoquer une dénutrition.

À long terme, des modifications de l'humeur, des délires, des troubles du sommeil, des troubles de l'appareil digestif et troubles sexuels voire des syndromes coronariens aigus[3] sont signalés[2].

Historique[modifier | modifier le code]

Selon les sources, les origines de cette plante alternent entre l'Éthiopie ou le Yémen. Ainsi, selon Sir Richard Burton, le khat aurait été introduit au Yémen au XVe siècle, en provenance d'Éthiopie[4]. Des analyses botaniques menées par Revri (en 1983) penchent, elles, sur une origine yéménite [réf. nécessaire]. La plante se serait ensuite étendue en Arabie et dans une partie de l'Afrique...

Les propriétés de la plante sembleraient être connues depuis les anciens Égyptiens, tandis que la plus ancienne description provient du traité Kitab al-Saidana fi al-Tibb du scientifique perse Al-Biruni. En 1854, l'écrivain malais Abdullah bin Abdul Kadir mentionne que l'usage du Khat est important à Al Hudaydah au Yémen, témoignant de l'usage assez ancien de ce produit dans ce pays[5].

L'usage en tant que plante à mâchonner daterait de l'antiquité et pourrait même précéder l'utilisation du café en tant qu'excitant[6].

Législation[modifier | modifier le code]

Il est inscrit sur la liste des stupéfiants de certains pays, notamment en France par l'arrêté du 20 février 1957, mais pas en Grande-Bretagne. Le khat est une drogue illégale dans seize des 28 pays de l'Union européenne.

En Somalie, l'Union des tribunaux islamiques, qui a pris le pouvoir à Mogadiscio en juin 2006, en a interdit la consommation. Sa consommation est rigoureusement interdite par l'Arabie saoudite, qui le considère comme une drogue, tandis que son voisin, le Yémen (lui, aussi pourtant sous large influence wahhabite) en est un très gros consommateur (des couches les plus pauvres à la présidence du pays [réf. nécessaire]). À Djibouti, le khat est vendu sous contrôle de l'État. Selon certains analystes, sa consommation massive par les habitants est un handicap pour le pays[7].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a, b, c, d et e Michel Hautefeuille, Dan Véléa, Les drogues de synthèse, Presses Universitaires de France, coll. « Que sais-je ? »,‎ 2002 (ISBN 2-13-052059-6)
  2. a, b et c Denis Richard, Jean-Louis Senon, Marc Valleur, Dictionnaire des drogues et des dépendances, Larousse,‎ 2004 (ISBN 2-03-505431-1)
  3. (en) Ali WM, Zubaid M, Al-Motarreb A. et al. « Association of khat chewing with increased risk of stroke and death in patients presenting with acute coronary syndrome » Mayo Clin Proc. 2010;85:974–80. PMID 20926835
  4. Richard Francis Burton, Premiers pas en Afrique de l'Est, 1856.
  5. Ché-Ross, Raimy. Munshi Abdullah's voyage to Mecca : A preliminary introduction and annotated translation, Indonesia & the Malay World ; juillet 2000, vol. 28 Issue 81, p. 196
  6. (en) Mateen FJ, Cascino GD, « Khat chewing: a smokeless gun? » Mayo Clin Proc. 2010;85:971–3. PMID 21037041
  7. Djibouti et le Khat. La Khat dope et engourdit à la fois l'économie, L'Expansion

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Lien externe[modifier | modifier le code]

Sur les autres projets Wikimedia :