Kamel Morjane

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Aller à : navigation, rechercher
Kamel Morjane
Kamel Morjane en mai 2008.
Kamel Morjane en mai 2008.
Fonctions
21e ministre tunisien des Affaires étrangères
14 janvier 201027 janvier 2011
Président Zine el-Abidine Ben Ali
Fouad Mebazaa (intérim)
Premier ministre Mohamed Ghannouchi
Gouvernement Ghannouchi I
Ghannouchi II
Prédécesseur Abdelwahab Abdallah
Successeur Ahmed Ounaies
22e ministre tunisien de la Défense
17 août 200514 janvier 2010
Président Zine el-Abidine Ben Ali
Premier ministre Mohamed Ghannouchi
Gouvernement Ghannouchi
Prédécesseur Hédi M'henni
Successeur Ridha Grira
Biographie
Date de naissance 9 mai 1948 (66 ans)
Lieu de naissance Hammam Sousse, Tunisie
Nationalité tunisienne
Parti politique Néo-Destour/PSD/RCD, indépendant, L'Initiative puis Initiative nationale destourienne
Conjoint Dorra Morjane
Diplômé de Université de Tunis
Institut de hautes études internationales (Genève)
Université du Wisconsin
Académie de droit international de La Haye
Profession Fonctionnaire international

Kamel Morjane (arabe : كمال مرجان), né le 9 mai 1948 à Hammam Sousse, est un fonctionnaire international et homme politique tunisien.

Biographie[modifier | modifier le code]

Formation[modifier | modifier le code]

Juriste de formation (maîtrise en droit public de la faculté de droit de Tunis), diplômé de l'École nationale d'administration de Tunis et de l'Institut de hautes études internationales de Genève (IUHEI), il est également diplômé de l'Université du Wisconsin et de l'Académie de droit international de La Haye[1].

Carrière internationale[modifier | modifier le code]

Après avoir été assistant en droit international à l'IUHEI de 1976 à 1977, il intègre en 1977 le Haut Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR), au sein duquel il assume de hautes responsabilités, tant au siège de Genève que sur le terrain à Djibouti et en Égypte[1]. Il retourne en Tunisie pour la première fois en 1989, alors qu'il est directeur des services du personnel du HCR, pour rejoindre le cabinet du ministre des Affaires étrangères afin de mettre en place le programme de formation des jeunes diplomates qui servira de base à la création de l'Institut diplomatique.

Dix mois plus tard, considérant cette expérience comme non concluante, il répond à l'appel du nouveau haut commissaire des Nations unies pour les réfugiés, le Norvégien Thorvald Stoltenberg, qui le nomme à la tête de la direction Asie du Sud-Ouest, Afrique du Nord et Moyen-Orient immédiatement après l'invasion du Koweït en août 1990. En juillet 1994, au milieu de la crise des Grands Lacs, avec le génocide au Rwanda, il est muté à la direction Afrique. En septembre 1996, il est nommé ambassadeur, représentant permanent de la Tunisie auprès de l'Office des Nations unies à Genève. À ce titre, il préside notamment l'organe de règlement des différends de l'Organisation mondiale du commerce en 1998 et le comité des affaires administratives et financières de la même organisation[1].

Il est ensuite désigné le 13 novembre 1999 par le secrétaire général des Nations unies Kofi Annan comme son représentant spécial pour la République démocratique du Congo, avec rang de secrétaire général adjoint, assurant ainsi la mise en place de la MONUC et le début de la pacification de ce grand pays africain. Il retourne à Genève en octobre 2001 comme Haut Commissaire assistant pour les réfugiés, chargé des opérations[1].

Carrière politique[modifier | modifier le code]

Suivant l'exemple de son père Kantaoui Morjane, militant de la première heure du Néo-Destour et gouverneur de Kasserine[2] puis de Sousse[3] sous la présidence de Bourguiba, il adhère à ce même parti dès l'âge de quatorze ans, tout en étant actif au sein de l'Organisation de la jeunesse scolaire et du mouvement scout tunisien. Plus tard et alors qu'il est étudiant, il est élu membre de la commission administrative de l'Union générale des étudiants de Tunisie puis président de la cellule du Parti socialiste destourien au sein de la faculté de droit et secrétaire général du Bureau national des étudiants destouriens.

Après l'expérience non concluante de 1989, il regagne la Tunisie pour la deuxième fois, le 17 août 2005, lorsque le président de l'époque, Zine el-Abidine Ben Ali, le nomme ministre de la Défense[1]. Le 14 janvier 2010, il hérite du portefeuille des Affaires étrangères détenu jusque-là par Abdelwahab Abdallah. Abdelwaheb Jemal est brièvement l'un des trois secrétaires d'État qui le secondent, les deux autres étant Saïda Chtioui et Abdelhafidh Hergam.

Affaire WikiLeaks[modifier | modifier le code]

Le 3 décembre 2010, quelques jours avant le début du soulèvement populaire conduisant à la révolution tunisienne, Kamel Morjane s'exprime devant la Chambre des conseillers au sujet des informations publiées par WikiLeaks et dénonce certains télégrammes en les qualifiant de « reproduction de mensonges et de calomnies »[4].

Dans ces derniers, l'ambassade des États-Unis à Tunis évoque les abus de pouvoir de l'entourage familial du président, le qualifiant de « quasi-mafia »[4].

Parcours post-révolutionnaire[modifier | modifier le code]

Deux jours après la fuite du président Zine el-Abidine Ben Ali en Arabie saoudite, Kamel Morjane lui livre un passeport diplomatique, arguant son statut d'ancien président de la République, ainsi qu'à sa femme Leïla et ses deux enfants mineurs. Une semaine plus tard, il annule ces passeports suite aux poursuites judiciaires initiées contre l'ancien couple présidentiel par le ministère de La Justice[5].

Sa reconduction à son poste, et celle d'autres ministres, au sein du « gouvernement d'union nationale » conduit par Mohamed Ghannouchi, cristallise la colère d'une partie de la population qui exige la formation d'un gouvernement excluant les personnalités de l'ancien parti présidentiel, le Rassemblement constitutionnel démocratique, dont Kamel Morjane est alors membre : il siège en effet au comité central du parti à partir du congrès du Défi, tenu du 30 juillet au 2 août 2008[6], et intègre son bureau politique le 26 janvier 2010.

Kamel Morjane quitte finalement le RCD le 20 janvier 2011[7] puis présente sa démission du gouvernement d'union nationale le 27 janvier[8]. Le 1er avril, son nouveau parti, L'Initiative, est légalisé[9] ; il obtient cinq sièges à l'assemblée constituante lors des élections du 23 octobre 2011. Le 1er décembre 2013, il fusionne au sein de l'Initiative nationale destourienne dont il devient le président[10]. Le 13 septembre 2014, il annonce sa candidature à l'élection présidentielle[11], qu'il dépose le 20 septembre[12].

Poursuites judiciaires[modifier | modifier le code]

Il est concerné par une plainte pour détournement d'argent public et abus de pouvoir, liée à l'affaire de mise à disposition de fonctionnaires au profit du RCD, déposée par 25 avocats tunisiens contre lui et neuf autres figures du RCD : Mohamed Ghariani, Abdallah Kallel, Ridha Chalghoum, Abderrahim Zouari, Zouheir M'dhaffer, Chédli Neffati, Abdelaziz Ben Dhia, Hamed Karoui et Abdelwahab Abdallah[13].

Il est entendu le 21 avril 2011 par le juge d'instruction du tribunal de première instance de Tunis qui décide de clore l'affaire en ce qui le concerne ; les avocats interjettant appel[14], il est laissé en liberté[15]. Il fait cependant l'objet d'une interdiction de quitter le territoire et se voit refusé, le 24 août, sa demande d'annulation de la procédure par le même tribunal[16]. Cette interdiction est finalement levée le 3 février 2014[17].

Vie privée[modifier | modifier le code]

Kamel Morjane est père de deux enfants[1]. Il est marié depuis 1979 à Dorra, fille de Bouraoui Ben Ali, pilote de ligne, auteur d'un livre sur l'aviation[18] et cousin de l'ancien président Zine el-Abidine Ben Ali[19].

Références[modifier | modifier le code]

  1. a, b, c, d, e et f (fr) « Remaniement partiel du gouvernement », La Presse de Tunisie, 18 août 2005
  2. (fr) « Kamel Morjane : Cet homme qui donne du temps au temps », La Revue - Pour l'intelligence du monde, n°4, juillet-août 2010
  3. (fr) Ridha Kéfi, « Le sens d'un remaniement », Jeune Afrique, 5 septembre 2005
  4. a et b (fr) « WikiLeaks : Tunis minimise la portée des révélations tout en les dénonçant », Agence France-Presse, 10 décembre 2010
  5. (fr) « Tunisie : Morjane, Ben Ali et l'affaire du passeport », Jeune Afrique, 27 septembre 2011
  6. (fr) « Liste des membres du comité central du RCD », Tunis Afrique Presse, 2 août 2008
  7. (fr) « Tunisie : les ministres quittent le parti de Ben Ali », Le Parisien, 20 janvier 2011
  8. (fr) « Démission de M. Kamel Morjane de ses fonctions en tant que ministre des Affaires étrangères », Tunis Afrique Presse, 27 janvier 2011
  9. (fr) « Tunisie - Kamel Morjane obtient le visa pour son parti L'Initiative », Business News, 1er avril 2011
  10. (fr) « Tunis : Fusion entre quatre partis politiques », L'Économiste maghrébin, 31 juillet 2014
  11. (fr) « Kamel Morjane candidat à la présidentielle », Shems FM, 13 septembre 2014
  12. (fr) « Kamel Morjane candidat officiel à la présidentielle », Mosaïque FM, 20 septembre 2014
  13. (fr) « 25 avocats poursuivent en justice Ghariani, Zouari et les grandes figures du RCD », Tunisie Mag, 9 février 2011
  14. Attounissia, 26 avril 2012, p. 11[réf. incomplète]
  15. (fr) « Kamel Morjane interrogé et maintenu en état de liberté », Mosaïque FM, 21 avril 2011
  16. (ar) Attounissia, 24 août 2011[réf. incomplète]
  17. (fr) « Levée de l'interdiction de voyager à l'encontre de Kamel Morjane », Shems FM, 4 février 2014
  18. Bouraoui Ben Ali, Les ailes des hommes, éd. Pharos/Jacques-Marie Laffont, Paris, 2005 (ISBN 978-2-756-90021-6)
  19. (fr) Samy Ghorbal, « Kamel Morjane sur tous les fronts », Jeune Afrique, 2 mai 2005