Ewelina Hańska

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Évelyne Hańska

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Portrait par Holz Sowgen, vers 1825.

Nom de naissance Ewelina Rzewuska
Naissance 6 janvier 1801
Kiev
Décès 10 avril 1882 (à 81 ans)
Paris
Nationalité Drapeau de la Pologne Pologne

Évelyne Hańska (née Ewelina Rzewuska), comtesse Hańska, née à Pohrebyszcze, près de Kiev (aujourd'hui en Ukraine) le 6 janvier 1801, morte à Paris le 10 avril 1882, est une noble polonaise.

Biographie[modifier | modifier le code]

Sœur de l’écrivain Henryk Rzewuski, promoteur du roman historique à la Walter Scott en Pologne, elle était réputée pour sa beauté. Outre le russe et le polonais, elle parlait français, anglais et allemand[1]. Elle appartient à une famille de la haute noblesse polonaise, et est l'arrière petite-nièce de Marie Leczinska[2], reine de France par son mariage avec Louis XV en 1725.

Elle épouse en 1819 Monsieur Vinceslas Hanski (pl), un maréchal polonais[3], richissime propriétaire terrien, de vingt-cinq ans son aîné et d'une santé fragile. Ensemble ils eurent six enfants dont seule une fille, Anna, née en décembre 1828, avait survécu[4].

Retirée dans son domaine de Verkhovnia[5] en Ukraine, où elle s'ennuyait profondément, elle était très portée sur le mysticisme et lisait beaucoup de journaux et de romans français, ce qui lui fait découvrir les œuvres d’Honoré de Balzac dont elle devient une fervente admiratrice.

À l'automne 1831, sans doute en guise de jeu avec ses dames de compagnie[6], elle envoie une lettre anonyme à Balzac, signée « L'étrangère ». Cette lettre parvient à Balzac le 28 février 1832 novembre 1832. Balzac en accuse réception au moyen d'une annonce dans La Gazette de France le 2 avril 1832[7]. Comme ce journal était interdit en Russie, elle lui envoie une autre lettre en date du 7 novembre 1832 en lui demandant d'accuser réception dans La Quotidienne, ce que Balzac fait dès le 9 décembre. Une correspondance suivie commence dès février 1833, par l'intermédiaire de Henriette Borel, dite Lirette, qui était la gouvernante de sa fille Anna et que Balzac a immortalisée dans le personnage de La Cousine Bette[6]. Au cours des 18 ans qui suivent, Balzac lui enverra 414 lettres. Dès la troisième lettre, il lui déclare un amour indéfectible, alors même qu'il ne l'a jamais vue, ne sait pas son âge et ne connaît rien d'elle ; selon Stefan Zweig, l'écrivain voulait ainsi se donner une passion romantique comparable à celles des écrivains et artistes qui défrayaient alors la chronique[8].

Curieuse de le rencontrer, Évelyne persuade son mari de faire un séjour à Neuchâtel, en Suisse. Ils se rencontrent pour la première fois le 25 septembre 1833 au bord du lac de Neuchâtel. Le comte Hański était un homme taciturne, légèrement excentrique, mais profondément cultivé et, sans rien soupçonner, il est ravi de faire la connaissance d'un écrivain. Les amants parviennent avec difficulté à se rencontrer en tête à tête durant quelques heures[9], mais cela suffit à l’écrivain, qui rentre à Paris follement amoureux de cette brune potelée, tandis que la comtesse ne reste pas insensible à son charme (elle trouvait qu’il ressemblait à son frère). Il la revoit peu après à Genève, où il séjourne de la mi-décembre 1833 à la fin janvier 1834. Les amants peuvent enfin se voir longuement le dimanche 26 janvier, « jour inoubliable » pour l'écrivain[10].

Elle voyage ensuite avec son mari pour l'Italie, où ils passent plusieurs mois, avant de retourner à Vienne, où elle espère revoir le romancier. Une lettre compromettante de ce dernier est interceptée par le maréchal, mais le romancier lui assure que c'était par jeu et qu'elle avait y répondu très sévèrement[11]. Balzac peut donc aller la rejoindre à Vienne. Il se met en route le 9 mai 1835, en prétextant la nécessité de faire le repérage des champs de bataille napoléoniens d'Aspern et Wagram[12]. Pour impressionner la haute société de Vienne que fréquente son amante, il loue une calèche[10], qu'il fait décorer des armoiries de la famille d'Entragues et se fait accompagner par un valet de pied en livrée[13]. Il y restera jusqu'au 4 juin, sans qu'ils aient eu un seul moment d'intimité[14]. Les amants ne se verront plus durant sept ans.

Devenue veuve en 1841, elle hésite longtemps avant d’accepter de l’épouser finalement le 14 mars 1850 à Berdytchiv en Ukraine, quelques mois avant sa mort. Leur amour d'abord épistolaire est résumé ainsi par Gonzague Saint Bris : « dix-huit ans d'amour, seize ans d'attente, deux ans de bonheur et six mois de mariage »[15].

Elle régla difficilement la succession de Balzac qui laissait derrière lui de nombreuses dettes. Mais elle resta à Paris où elle se lia plus tard avec Champfleury et avec le peintre Jean Gigoux. Ce dernier fit d'elle un portrait au pastel qui fut exposé au Salon de 1852. Il s'ensuivit une liaison quasi maritale entre elle et le peintre, qui dura jusqu'à sa mort[16].

Elle meurt à Paris en 1882. Elle est inhumée au Cimetière du Père-Lachaise dans la tombe de Balzac (division 48).

L’affaire Octave Mirbeau[modifier | modifier le code]

Anna Mniszech, fille de la Comtesse Hańska par Jean Gigoux.

En 1907, Octave Mirbeau inclut dans La 628-E8, récit de voyage en automobile, plusieurs chapitres sur Balzac, intitulés respectivement « Avec Balzac », « La Femme de Balzac » et « La Mort de Balzac ». Dans ce dernier chapitre, il rapporte des confidences que le peintre Jean Gigoux lui aurait faites dans son atelier, selon lesquelles, pendant que Balzac agonisait, Madame Hańska recevait son amant dans la chambre voisine[17].

Apprenant par la presse l’existence de ce chapitre avant la parution du livre, Anna Hańska, comtesse Mniszech, issue du premier mariage de la comtesse et retirée au couvent des Dames de la Croix rue de Vaugirard, écrit à Mirbeau pour le prier de renoncer à la publication. Par respect pour une vieille dame soucieuse de l’honneur de sa mère, Mirbeau accepte de supprimer in extremis le chapitre incriminé, qui ne fut publié qu’après sa mort, car il aurait dû soutenir deux procès en diffamation qu’il eût perdus, n’ayant pas l’ombre d’une preuve, et parce que le livre eût été saisi[18],[19].

Réédité dans son intégralité en 1937 par Fasquelle, puis en 1989 et en 1999, La Mort de Balzac est surtout consacré à la critique des biographies de Balzac (celles de Théophile Gautier et Léon Gozlan, entre autres). Mirbeau regrette que le seul biographe balzacien compétent, le vicomte Charles de Spoelberch de Lovenjoul, n’ait justement pas écrit de biographie, peut-être par crainte de révéler des petitesses incompatibles avec l'image que l'on aime à se faire d'un grand homme. « Or c’est par ses péchés qu’un grand homme nous passionne le plus. C’est par ses faiblesses, ses ridicules, ses hontes, ses crimes et tout ce qu’ils supposent de luttes douloureuses, que Rousseau nous émeut aux larmes, et que nous le vénérons, que nous le chérissons, de tous les respects, de toutes les tendresses qui sont dans l’humanité[17]. » Il insiste sur le génie extraordinaire qui permettait à Balzac, par un seul mot, de « reconstituer, dans sa vérité logique, tout un être humain » et d'anticiper l'évolution de la société, léguant dans La Comédie humaine une « œuvre de divination universelle[17]. »

Alors que, dans ce texte, Mirbeau ne cache pas son admiration pour Balzac (« homme extraordinaire ... prodige d'humanité ») et pour son œuvre (« énorme, tumultueuse, bouillonnante »)[20], Marcel Bouteron y voit une manifestation de la misogynie de cet écrivain et de ses rapports tumultueux avec sa propre femme, l’ancienne actrice de théâtre Alice Regnault, dont il se venge par la comtesse Hańska interposée[21].

l'Affaire Radziwill[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Catherine Radziwill.

Adaptation à l'écran[modifier | modifier le code]

Le rôle de madame Hańska est interprété par Beata Tyszkiewicz dans le téléfilm : Un grand amour de Balzac, réalisé par Jacqueline Audry et Wojciech Solarz, sorti en 1973, adapté de la biographie d'Honoré de Balzac.

Mme Hańska fut aussi incarnée par Fanny Ardant dans Balzac que réalisa Josée Dayan pour TF1, en 1999.

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Zweig 1946, p. 185.
  2. Zweig 1946, p. 205.
  3. Contrairement à ce que veut croire Balzac, Monsieur Hanski n'était ni comte ni prince. Voir Zweig 1946, p. 205.
  4. Portrait de la Comtesse Anna Mniszech, fille de Madame Hanska, pastel de Jean Gigoux, 1853.
  5. « La propriété de Verkovnia se trouve à quelques kilomètres de Berditchev, dans l'Oblast de Jitomir, et abrite aujourd'hui un musée consacré à Balzac »
  6. a et b Zweig 1946, p. 187.
  7. Pierrot 1994, p. 198.
  8. Zweig 1946, p. 197-199.
  9. Zweig 1946, p. 202-204.
  10. a et b Pierrot 1994, p. 233.
  11. Zweig 1946, p. 221-224.
  12. Zweig 1946, p. 221.
  13. Zweig 1946, p. 226.
  14. Zweig 1946, p. 228.
  15. Gonzague Saint Bris, Je Vous Aime, Inconnue : Balzac Et Eva Hanska, Le Nil,‎ 16 mars 1999, 313 p..
  16. Roger Pierrot, Honoré de Balzac, Paris, Fayard, 1994, p. 519.
  17. a, b et c La mort de Balzac sur Wikisource
  18. André Maurois, 1965, p. 611.
  19. Postface de Pierre Michel et Jean-François Nivet à une réédition de La Mort de Balzac : « les mobiles de Mirbeau », Paris, Félin ; Issy-les-Moulineaux, Arte, 1999, p. 109-118.
  20. Avec Balzac
  21. Marcel Bouteron, « Apologie de Madame Hańska », La Revue des Deux Mondes, 15 décembre 1924 ; cité par André Maurois.

Références[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Daniel Beauvois, Le Monde de Madame Hanska : État de la société d’Ukraine au milieu du XIXe siècle, L’Année balzacienne, 1993, no 14, p. 21-40.
  • Michel Cadot, Quelques nouvelles données sur Custine et la Russie, L’Année balzacienne, 1993, no 14, p. 7-19.
  • André Ciechanowiecki, Le Milieu familial de Madame Hanska, Le Courrier balzacien, nouvelle série, no 53, 4e trimestre 1993
  • H. Corbes, Les Dernières Années d’Anna Hanska, Annales de Bretagne et des Pays de l’Ouest, 1960, no 67, p. 123-127.
  • Jean-Louis Dega, Une curiosité généalogique : la double alliance entre les familles Balzac et Rzewuski, Bulletin du Cercle Généalogique du Rouergue, no 12, avril 1995, pages 4 à 7
  • Polly Rimer Duke, La Muse maternelle dans Le Lys dans la vallée et Albert Savarus, Éd. Claudie Bernard, Éd. et intro. Franc Schuerewegen, Balzac, pater familias, Amsterdam, Rodopi, 2001, p. 41-50
  • Aleksandra Gruzinska, Octave Mirbeau’s Madame Hanska in La Mort de Balzac, Nineteenth-Century French Studies, Spring 1987, no 15 (3), p. 302-314.
  • (sv) Lennart Kjellberg, Madame Hanskas språk : Balzacs förebild för baron de Nucingens ?, Moderna Sprak, 1987, no 81 (1), p. 33-44.
  • Roland Le Heunen, Les Lettres à Madame Hanska : Métalangage du roman et représentation romanesque, Revue des Sciences Humaines, Juil.-septembre 1984, no 66 (195 [3]), p. 25-40.
  • Francis Ley, Balzac et Mme Hanska chez les Krüdener, L’Année balzacienne, Paris, Garnier Frères, 1967, p. 241-244.
  • Roger Pierrot, Honoré de Balzac, Paris, Fayard,‎ 1994 (réimpr. 1999), 582 p. (ISBN 2-213-59228-4)
  • Roger Pierrot, Ève de Balzac, Stock, 1999.
  • (en) Stefan Zweig, Balzac, New York, The Viking Press,‎ 1946, 404 p.

Voir aussi =[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

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