Histoire de la cartographie

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L'histoire de la cartographie est le reflet des connaissances techniques nécessaires à l'établissement de cartes, de l'antiquité à nos jours.

Antiquité[modifier | modifier le code]

Carte du littoral français rectifiée par l'Académie Royale en 1692, en particulier par des mesures de longitudes basées sur l'observation des satellites de Jupiter. Bien que très éloignée de la précision actuelle des cartes marines ou terrestres, elle s'en approchait de façon remarquable.
Quand il doit couvrir de grandes surfaces, une des premières difficultés du cartographe, est de choisir un système de projection

Dans l'antiquité le grec Ptolémée vers 150 ap. J.-C. prépare une carte générale du monde connu avec des cartes secondaires qui fournissent des noms de fleuves, de peuples, de villes ou de promontoires dont la localisation est basée sur une réflexion scientifique dont la réalisation pratique est incertaine.

Au IXe siècle, l'Église représente le monde de façon cosmogonique: les cartes en T. Jérusalem est au centre, seules existent l'Europe, l'Afrique et l'Asie, entourés d'un océan. Ces représentations sont directement inspirées des connaissances de la période biblique. Ce type de cartes ne servait pas à se repérer. Elles étaient un support à la réflexion philosophique et religieuse. Les premières représentations cartographiques naissent au XIIe siècle. La Table de Peutinger sert alors d'itinéraire entre plusieurs villes et/ou régions, de façon linéaire.

Vers la fin du XIIIe siècle, un nouveau type de carte apparut : le portulan, très utile aux marins. Il représentait les ports de commerce, les amers (objets fixes et visibles servant de point de repère en mer ou sur la côte), les îles et les abris, etc., mais l'intérieur des côtes restait vierge.

En 1553, la première carte de France est dressée par Oronce Fine (disponible sur le site de la Bibliothèque nationale de France). Elle témoigne de la volonté du pouvoir politique de marquer sa présence sur le territoire, de s'affirmer, de se construire des limites, des frontières, pour aménager son territoire, entre autres par la fiscalité et la consolidation des marchés économiques internes. À la même époque, apparaissent les premiers plans terriers, ancêtres du cadastre actuel.

À l'époque moderne, les cartes se veulent une reproduction fidèle d'un paysage, d'une portion de l'espace terrestre : tous les éléments constitutifs d'un paysage sont représentés selon des conventions, avec des symboles. Chaque élément est représenté à l'échelle de la réalité ; les éléments trop petits en surface plane sont remplacés par des symboles d'une taille proportionnelle à leur importance relative (noms des villes de plus en plus grands selon leur population ou leur fonction administrative).

Au XVIe siècle apparait à Dieppe une importante école de cartographie. Menée par Pierre Desceliers, celle-ci permet la réalisation de nombreuses cartes et mappemondes, basés à la fois sur les portulans des marins portugais et sur les dernières connaissances acquises par l'exploration du Canada à laquelle les marins dieppois participaient activement.

Ensuite la cartographie progressera de plus en plus, par la mise au point de nouvelles techniques et par la volonté des pouvoirs politiques de maîtriser leurs territoires, en témoigne le soutien que recevaient les missions cartographiques des toutes puissantes sociétés géographiques de la fin du XIXe siècle.

Deux étapes décisives ont été l'élaboration des techniques de détermination de la longitude et de la latitude[1],[2].

France[modifier | modifier le code]

Extrait de la carte d'état-major
Couverture de la carte d'État-Major de 1866
Extrait de la carte au 1/50 000

En France, la première carte générale du territoire fut dressée par la famille Cassini au XVIIIe siècle, à l'échelle d'une ligne pour cent toises, autrement dit une échelle de 1/86 400. Un centimètre sur la carte correspond à environ 864 mètres sur le terrain.

Cette carte constituait pour l'époque une véritable innovation et une avancée technique décisive. Elle est la première carte à s'appuyer sur une triangulation géodésique dont l'établissement prit plus de cinquante ans. Les quatre générations de Cassini se succédèrent pour achever ce travail. Cette carte, encore dénommée Carte de Cassini ou carte de l'Académie, est toujours consultée de nos jours par les chercheurs (géographes, historiens, généalogistes, etc.). Le travail des Cassini laissa même son empreinte sur le terrain : on trouve encore aujourd'hui des toponymes dits Signal de Cassini, qui révèlent les lieux où s'effectuèrent les mesures de l'époque. Ces points de repère correspondent aux sommets des quelque mille triangles qui formaient le géodésique de la carte de Cassini.

En 1808, Napoléon Ier décida l'établissement d'une carte destinée à remplacer celle de Cassini ; sa mise en œuvre se fera entre 1817 et 1866 en essayant plusieurs échelles différentes. C'est une carte à l'usage des militaires : la carte de l'état-major, à l'échelle du 1/80 000. Cette désormais célèbre carte d'état-major fut levée et dessinée par le Dépôt de la Guerre, devenu ensuite le Service géographique de l'armée, et remplacé plus tard par l'Institut géographique national (IGN).

Les cartes au 1/80 000 se présentaient le plus souvent sous la forme d'une mosaïque de carrés de papier collés sur une toile, elle-même pliée et protégée par une couverture cartonnée et entoilée très dure ; elle pouvait ainsi répondre aux contraintes de terrain des militaires et des gendarmes.

Dès le début de la Première Guerre mondiale (1914-1918), les difficultés de lecture à cette échelle amenèrent l'état-major à réaliser une carte au 1/50 000, plus commode, sur laquelle apparaît un quadrillage kilométrique très pratique sur le terrain.

C'est sur la base de cette carte au 1/50 000 que sera créée la carte au 1/25 000 de l'IGN, appelée aujourd'hui carte de randonnée mais que les Français ont appelé longtemps, par habitude, carte d'état-major.

Référence[modifier | modifier le code]

  1. Florence Trystram, 2001, Le procès des étoiles. Récit de la prestigieuse expédition de trois savants français en Amérique du Sud, 1735-1771, Paris, Petite Bibliothèque Payot
  2. Dava Sobel, 1996, Longitudes, Paris, Lattès

Voir aussi[modifier | modifier le code]

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Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • P.-Th. Dufour, Les perspectives-reliefs. Nouveau procédé permettant de les obtenir par simple transposition automatique en projection oblique des formes du terrain représentées sur les cartes hypsométriques, Revue de géographie annuelle, Tome VIII, 1916-1918, Fascicule IV, Librairie Delagrave, Paris.
  • Hélène Noizet, Eric Grosso, Mesurer la ville : Paris de l'actuel au Moyen Âge. Les apports du système cartographie Alpage, Revue Le monde des cartes, Bulletin 211, 2012-3, p. 85-100 Texte
  • Thierry Garlan, Deux siècles de cartographie de sédiments marins, Revue Le monde des cartes, Bulletin 210, 2011-12, p. 15-125 Texte
  • Jean-Charles Ducène, L'Afrique dans les mappemondes circulaires arabes médiévales. Typologie d'une représentation, Revue Le monde des cartes, Bulletin 210, 2011-12, p. 19-35 Texte
  • Anna Caiozzo, Annie Vernay-Nouri, L'Afrique entre cartographes et cosmographes. Imaginaire et représentation d’Ibn Ḥaw™qal à Pīrī Re’īs d’après les collections de la BnF, Revue Le monde des cartes, Bulletin 210, 2011-12, p. 37-51 Texte
  • Robin Seignobos La Nubie entre Nil et Niger. Hydrographie et articulation des sources dans la cartographie de l’Afrique intérieure au XVIe siècle, p. 79-94, Revue Le monde des cartes Texte
  • Dominique Lasselin, Franck Jaloux, Mamadou Thiam, Didier Lequeux, Nouvelles cartographies au 1 : 200 000 du Sénégal et au 1 : 5 000 en Polynésie Française : Deux exemples de production opérationnelle de cartes topographiques numériques à partir d'imagerie satellitaire, Revue Le monde des cartes, Bulletin 202, 2009-12, p. 9-18 Texte
  • Monique Pelletier Histoire de la cartographie : Géographie et cartographie, p. 13, Emmanuel Jaurand, Les géographes français et la carte topographique sous la IIIe République (1870-1940), Revue Le monde des cartes, Bulletin 200, 2009-6, p. 14-25 Texte
  • Marie-Thérèse Besse, Histoire de la cartographie : Incidence des découvertes scientifiques, Revue Le monde des cartes, Bulletin 200, 2009-6, p. 27-37 Texte
  • Olivier Parvillers, Histoire de la cartographie : Les nouvelles cartes marines, Revue Le monde des cartes, Bulletin 200, 2009-6, p. 39-44 Texte
  • Élisabeth Habert, Techniques cartographiques : Cartographique théorique et anamorphose, Revue Le monde des cartes, Bulletin 200, 2009-6, p. 107-114 Texte
  • Paul Rey, Histoire de la cartographie de la végétation en France, Revue Le monde des cartes, Bulletin 199, 2009-3, p. 105-115 Texte
  • Michel Morizet Les instruments de levé topographique à l'époque de Vauban. Progrès et immobilisme, Revue Le monde des cartes, Bulletin 195, 2008-3, p. 7-14 Texte
  • Jerry Brotton, Une histoire du monde en 12 cartes, Flammarion (collection Au fil de l'histoire), Paris, 2013 (ISBN 978-2-0812-1433-0) ; p. 545

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]