Jerzy Skolimowski

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Jerzy Skolimowski

Description de l'image  Jerzy Skolimowski.jpg.
Naissance (75 ans)
Łódź
Pologne
Nationalité Drapeau de la Pologne Polonaise
Profession Réalisateur, scénariste, acteur, artiste peintre
Films notables Walkower
Deep End
Travail au noir
Essential Killing

Jerzy Skolimowski est un cinéaste, acteur et artiste peintre polonais né le à Łódź (Pologne).

Biographie[modifier | modifier le code]

L'enfance de Jerzy Skolimovski est fortement marquée par l'expérience de la guerre. Alors qu'il est très jeune, son père, ingénieur dans les chemins de fer et membre de la résistance polonaise, est arrêté par les nazis en 1941 et meurt au Camp de concentration de Flossenbürg en 1943[1]. Sa mère « prend le relais » dans la résistance, cachant du matériel pour imprimer des tracts sous le lit de son fils qui doit se montrer enjoué lors des fouilles de la Gestapo pour ne pas qu'elle cherche là[1]. Sa mère cachera aussi une femme et ses deux enfants juives[1].

Le jeune Jerzy Skolimowski est un enfant souvent malade, et pendant la guerre il souffre de la faim[1]. Il est aussi psychologiquement affecté par la tension de cette époque[1]. Après guerre sa mère, forte de son passé de résistante, participe à la mise en place d'une nouvelle politique d'éducation en Pologne. Elle travaille beaucoup, créant des écoles et enseignant jusque tard le soir[1]. Elle est ensuite envoyée comme attachée culturelle à Prague où elle reste de 1948 à 1953, devant alors quitter son poste parce qu'elle n'est pas membre du Parti Communiste[1]. L'enfant est scolarisé dans la même école que Václav Havel qui devient un ses bons camarades de classe[1]. À l'école, il estime avoir des professeurs « horribles » pour qui il n'a aucun respect. Ce contact a fait selon lui naître les thèmes de de la non communication entre les générations et du dédain envers les personnes plus âgées qu'on retrouve dans les films du début de sa carrière[2]. Il ressent aussi fortement qu'il existe en Pologne un fossé entre les plus âgés, qui ont vécu la guerre, et les plus jeunes, qui ne l'ont pas connue[2].

Il commence à écrire de la poésie car il souhaite travailler avec le jazzman Krzysztof Komeda. Il lui propose « naïvement » des textes pour sa musique[1]. Komeda refuse les textes, mais une amitié se crée et Skolimowski fera l'éclairage des concerts de Komeda avant que le musicien ne compose les bandes originales de tous les films du réalisateur jusqu'à sa mort en 1969[1]. Jerzy Skolimowski publie son premier recueil de poèmes Quelque Part Près de Soi en 1958 et un an plus tard il obtient son diplôme de l'Université de Littérature et d'Histoire de Varsovie. Il estime qu'il n'est pas un très bon poète[1].

Il rencontre Andrzej Wajda dans une résidence pour écrivains[1], alors qu'il est venu écrire avec Jerzy Andrzejewski le scénario des Innocents charmeurs en 1960[3]. Wadja lui demande son avis sur le scénario car il est le plus jeune des auteurs présents[1]. Skolimowski répond que les réactions des jeunes dans ce qui est écrit sont invraisemblables et Wadja lui propose de collborer au scénario[1]. C'est sur les conseils de Wajda qu'il passe le concours pour entrer à l'École nationale de cinéma de Łódź où il rencontre Roman Polanski. Il est l’auteur du scénario et des dialogues du premier long métrage de celui-ci, Le Couteau dans l'eau[3]. Il se définit comme « paresseux » et explique que c'est à cause de ce défaut qu'il abandonne l'écriture pour la réalisation : il lui semble en effet plus facile d'exprimer en un plan ce qui se dit en un long texte, et plus simple de réaliser lui-même que d'expliquer à un autre comme il imagine que doit être mis en scène le scénario qu'il a écrit[2].

Premiers films en Pologne et début de carrière à l'étranger[modifier | modifier le code]

Il réalise Boks, un moyen métrage sur la boxe en 1959, alors qu'il est en première année de l'école de Łódź[1]. Il s'agit d'un scénario que Skolimowski a envoyé à un concours organisé par le Comité Olympique Polonais pour réaliser des courts métrages afin d'inciter les jeunes à faire de la boxe. Gagnant le concours de scénario, Jerzy Skolimowski fait croire qu'il est déjà diplomé pour obtenir de pouvoir réaliser lui-même le film[1].

Skolimowski réalise ensuite la trilogie des aventures d'Andrzej Lezczyc, jeune homme en colère et inadapté, avec Signe particulier : néant, Walkower et La Barrière[3]. Signe particulier : néant est tourné durant les études du réalisateur à Łódź. Il doit en effet régulièrement y réaliser des courts-métrages pour passer ses examens et il décide de faire en sorte que tous ces films et essais soient liés entre eux pour qu'ils constituent, à la fin, un long métrage entier[2]. Skolimowski se dit que de cette manière, il n'aurait pas nécessairement à travailler comme assistant réalisateur s'étant déjà montré capable de réaliser un long métrage[2]. Le film ne sort néanmoins qu'a près qu'il a tourné Walkower la bureaucratie polonaise ne sachant que faire du film tellement, selon Skolimowski, elle semblait étonnée qu'on puisse réaliser un film ainsi[2].

N'ayant que peu de moyens pour faire ses films, il prend l'habitude de filmer les actions en une seule prise[4].

Il réalise Le Départ en Belgique (Ours d'or au Festival de Berlin en 1967[5],[6]). Il tourne ce film en 27 jours, déclarant par la suite qu'un temps aussi court lui convient car il est si « paresseux » que moins il dispose de temps, mieux il travaille[2].

En 1967 il réalise Haut les mains (Ręce do góry). Il estimera en 1968 qu'il s'agit de son meilleur film[2]. Il y montre un homme de trente-cinq ans qui, ayant réussi professionnellement et socialement, se demande ce qu'il a fait de ses dix dernières années et des idéaux de sa jeunesse[2]. Skolimowski antend ainsi parler de sa génération qui voulait « créer quelque chose artistiquement, scientifiquement, politiquement » et dont il se demande où sont maintenant passés l'enthousiasme et la rage[2].

A cette époque Skolimowski dit ne pas être engagé politiquement, n'étant pas membre du parti communiste polonais[2]. Le gouvernement, « après tout, produit [ses] films[2]. » Il pense que si un artiste se doit d'avoir une vision humaniste, il n'est pas forcé de s'engager en politique et déclare « laisser la politique aux politiciens[2]. » Il habite avec sa femme et son fils à Varsovie[2]. Même s'il aime travailler à l'étranger et que cela lui permet de faire d'autres expériences et d'avoir d'autres points de vue sur son pays, il se considère comme profondément polonais[2].

Exil[modifier | modifier le code]

Haut les mains est interdit par la censure, considéré comme une charge antistalinienne[4] (il sortira finalement en 1981) et Jerzy Skolimowski décide de ne plus tourner en Pologne[3]. Il estime que cette interdiction « a pratiquement détruit [sa] vie » car à partir de ce moment il a dû quitter son pays, vivre en allant d'un pays à l'autre et surtout cesser de faire les films qu'il voulait vraiment réaliser pour commencer à faire des films afin de gagner de l'argent[7]. Le réalisateur se sent « poussé dehors », désemparé, ne sachant où aller[8]. Skolimowski jouit pourtant à l'époque d'un certain prestige en Europe de l'Ouest : le magazine Sight and Sound le considère par exemple comme « le cinéaste le plus explosif et original de l'Europe de l'Est[2]. »

Skolimowski rejoint Roman Polanski à Londres, qui lui parle de la possiblité de réaliser un film historique à d'après Arthur Conan Doyle, Les Aventures du brigadier Gérard. Ayant un impératif besoin d'argent, Skolimowski accepte de réaliser ce qu'il considère en 2013 comme un « film stupide[8]. » Le tournage est difficile : Skolimowski souffre de ne pas parler anglais, il manque d'être renvoyé mais Claudia Cardinale menace de quitter aussi le film s'il devait partir[8]. Il « assiste » au montage du film sans pouvoir réellement y participer, et n'a pas le final cut, se sentant « évincé d'une salle façon[8] ».

Il réalise ensuite Deep End (1970) le premier de ses films à obtenir un succès international[4], puis Travail au noir (1982) et Le Succès à tout prix (1984). Suite à l'échec de ce film, il part travailler aux États-Unis. Il y réalise Le Bateau phare[4].

En 1991, il adapte un des romans majeurs de la littérature polonaise : Ferdydurke de Witold Gombrowicz. Mais si Skolimowski apprécie le talent des actrices du film, Fabienne Babe et Judith Godrèche, le film souffre d'être une coproduction entre trop de pays différents, ce que le réalisateur qualifiera « d'europudding[9] ». Ce film, qu'il considère comme son plus mauvais, le « dégoût[e] du cinéma[9]. » Il décide de s'arrêter pour ce qu'il croit être une pause de quelques années qui durera en fait 17 ans[4].

Arrêt de sa carrière et reprise au bout de 17 ans[modifier | modifier le code]

Il se consacre durant cette pause notamment à la peinture où il rencontre un certain succès[4]. Il travaille aussi régulièrement comme acteur, il tient notamment un second rôle dans Les Promesses de l'ombre de David Cronenberg. Puisque ces activités de peintre et d'acteur lui permettent de gagner confortablement sa vie, il décide qu'il ne réalisera de nouveau que s'il peut faire des films « sans compromis[4] » et en se jurant de « ne plus jamais faire un film aussi nul que Ferdydurke[9] ».

Quelques temps avant de revenir au cinéma avec Quatre nuits avec Anna en 2008, il retourne s'installer en Pologne avec sa femme, Ewa Piaskowska, à quelque distance de Varsovie[10]. Ils habitaient précédemment en Californie[10]. Ils possèdent une maison en pleine nature, ce qui est nouveau pour le réalisateur, et le rapport à la nature est pour lui une « expérience forte[10] ». Son film suivant, Essential Killing, a en grande partie été tourné en Pologne car le réalisateur souhaitait de nouveau, comme il l'avait fait pour son précédent film, tourner à proximité de son domicile[10].

À la question « par quoi vos films sont-ils obsédés ? » il a répondu en 2010 que c'était par les « outsiders[7]. »

Certaines de ses toiles sont visibles dans le film de Roman Polanski The Ghost Writer[4].

Il a été en avril 2011 président du jury du Festival international du cinéma indépendant Off Plus Camera de Cracovie.

Goûts et influences[modifier | modifier le code]

En 1968 Jerzy Skolimowski se déclare très influencé par Jean-Luc Godard. Il n'en a pourtant jamais vu un seul film lorsqu'il a réalisé Signe particulier : néant et Walkower[2]. Il déclare aussi beaucoup aimer les films américains[2]. Ses films préférés à l'époque sont Citizen Kane, À bout de souffle et Huit et demi. Il aime aussi les films de Roman Polanski, précisant que ce n'est pas parce qu'il est un de ses amis, dont son film préféré est Cul-de-sac. Il considère que le meilleur film polonais de tous les temps est Cendres et Diamant d'Andrzej Wajda.

Filmographie[modifier | modifier le code]

Réalisateur[modifier | modifier le code]

Longs métrages[modifier | modifier le code]

Courts métrages[modifier | modifier le code]

Scénariste[modifier | modifier le code]

Il est le scénariste de tous ses films sauf Roi, Dame, Valet, Haut les mains (Rece do góry) et Le Bateau phare.

Acteur[modifier | modifier le code]

Récompenses[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a, b, c, d, e, f, g, h, i, j, k, l, m, n, o et p Déniel - Keit - Uzal, p. 21-26, « Interview de Jerzy Skolimowski », entretien réalisé par Alain Keit, Alicja Korek et Marcos Uzal
  2. a, b, c, d, e, f, g, h, i, j, k, l, m, n, o, p, q et r (en) Christian Braad Thomsen, « Skolimowski », Sight and Sound, vol. 37, no 3,‎ Summer 1968, p. 142-144
  3. a, b, c et d Jean-Philippe Gravel, « Le cinéma de Jerzy Skolimowski. L’art du plaquage polonais », Ciné-Bulles, vol. 27, no 4,‎ 2009 (lire en ligne)
  4. a, b, c, d, e, f, g et h Serge Kaganski, « Rencontre avec Jerzy Skolimowski, réalisateur du splendide Essential Killing », Les Inrockuptibles,‎ 7 avril 2011 (lire en ligne)
  5. Palmarès de la Berlinale 1967
  6. Le Départ est daté de la même année que Haut les mains. Selon certaines sources, Haut les mains serait antérieur au Départ, ce qui expliquerait que Skolimowski soit parti tourner en Belgique après que les autorités lui ont fait comprendre qu'il ne pourrait plus y tourner. Mais, selon le livre Jerzy Skolimowski signes particuliers, qui contient de longs entretiens du réalisateur, Haut les mains a été tourné après Le Départ et seul un concours de circonstances a fait que Jerzy Skolimowski a tourné à ce moment-là hors de Pologne.
  7. a et b Laurent Rigoulet, « Un cinéaste au fond des yeux #66 : Jerzy Skolimowski », Télérama,‎ 5 novembre 2010 (lire en ligne)
  8. a, b, c et d Déniel - Keit - Uzal, p. 103-105, « Interview de Jerzy Skolimowski », entretien réalisé par Alain Keit, Alicja Korek et Marcos Uzal
  9. a, b et c Gilles Renault, « « Vous courez vers un abîme, mais attiré par un ciel rose », interview de Jerzy Skolimowski », Libération,‎ 6 avril 2011 (lire en ligne)
  10. a, b, c et d Michel Ciment, « Entretien avec Jerzy Skolimowski, « J'étais cet homme et j'avais son voyage dans la tête » », Positif, no 602,‎ avril 2011, p. 11-14 (ISSN 0048-4911)

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Ouvrages[modifier | modifier le code]

  • (en) Ewa Mazierska, Jerzy Skolimowski : The Cinema of a Nonconformist, Berghahn Books,‎ 2010, 212 p. (ISBN 978-1-84545-677-1, lire en ligne)
  • Jacques Déniel, Alain Keit et Marcos Uzal, Jerzy Skolimowski : Signes particuliers, Yellow Now,‎ 2013, 256 p. (ISBN 978-2-87340-321-8)

Articles[modifier | modifier le code]

  • Dan Yakir, « Entretien avec Jerzy Skolimowski », Positif, no 260,‎ octobre 1982
  • Hubert Niogret et François Thomas, « Entretien avec Jerzy Skolimowski », Positif, no 281-282,‎ juillet-août 1984
  • Youri Deschamps (dir.), Jerzy Skolimowski. Dissidence poétique, Éclipses, no 50, 2012

Liens externes[modifier | modifier le code]

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