Theo Angelopoulos

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Theo Angelopoulos

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Theo Angelópoulos en 2009

Nom de naissance Theódoros Angelópoulos
Naissance
Athènes, Grèce
Nationalité Drapeau de Grèce Grec
Décès (à 76 ans)
Pirée, Grèce
Profession Réalisateur
Films notables Alexandre le Grand,
Le Voyage des comédiens,
Le Regard d'Ulysse,
L'Éternité et Un Jour

Theódoros Angelópoulos (grec moderne : Θεόδωρος Αγγελόπουλος), plus connu à l’étranger sous le nom de Theo Angelopoulos, est un cinéaste grec né à Athènes le et mort au Pirée le [1],[2], à l'âge de 76 ans.

Après avoir été critique de films entre 1964 et 1967, il s'est tourné vers la réalisation de longs métrages. Theódoros Angelópoulos fut lauréat de la Palme d'or du Festival de Cannes et du Lion d'argent au Festival de Venise.

Biographie[modifier | modifier le code]

Jeunesse et études[modifier | modifier le code]

Après des études de droit à Athènes, Theo Angelopoulos rejoint Paris en 1961. Il étudie d'abord à la Sorbonne la philosophie et le cinéma. L'année suivante, il entre à l’IDHEC (aujourd'hui La Fémis). Il en est renvoyé pour « non-conformisme » dès la fin de sa première année[3],[4] mais tourne avec des condisciples de l'IDHEC sa première œuvre En noir et blanc qui ne sera jamais développée par manque de moyens[4].

De retour à Athènes, il devient critique cinématographique au quotidien Demokratiki Allaghi jusqu’au coup d’État des Colonels du 21 avril 1967[3]. Occasionnellement, il assure les fonctions d'acteur et de directeur de production sur quelques tournages.

En 1965, il entame la réalisation d'un premier long métrage qui reste inachevé[3].

Cinéma politique[modifier | modifier le code]

Après son court métrage L’Émission, Théo Angelopoulos réalise en 1970 son premier long métrage, La Reconstitution, récompensé par les Prix du meilleur film et du meilleur réalisateur au festival de Thessalonique[5].

Les premiers films de Theo Angelopoulos, de 1970 à 1980 sont marqués par une dénonciation politique, principalement de la dictature en Grèce. La trilogie débutée en 1972 par Jours de 36, poursuivie trois ans plus tard avec Le Voyage des comédiens puis achevée en 1977 par Les Chasseurs évoque la mise en place du régime du 4-Août de Ioánnis Metaxás, puis les années d'occupation et de guerre civile et enfin la domination politique de la bourgeoisie choisissant par peur la dictature des colonels. Ensuite, son Alexandre le Grand de 1980 crée la surprise et change de point de vue. Angelopoulos s'y intéresse en effet à la dérive totalitaire de l'idéologie socialiste, une fois confrontée à l'exercice du pouvoir[6].

Cinéma existentiel[modifier | modifier le code]

Le deuxième cycle cinématographique d'Angelopoulos (Voyage à Cythère 1983, L’Apiculteur 1986 et Paysage dans le brouillard 1988) quitte le récit collectif fondé sur l'Histoire, pour se tourner vers l'expérience individuelle et intérieure, avec cependant encore un discours politique en arrière-plan[7]. Face aux limites du gouvernement PASOK d’Andréas Papandréou, le désenchantement d'Angelopoulos est réel : si la politique ne peut transformer le monde, le réalisateur place alors ses espoirs dans l'enfance, capable de recréer le monde[8].

Cinéma universel[modifier | modifier le code]

Dans un troisième cycle (Le Pas suspendu de la cigogne, Le Regard d’Ulysse et L'Éternité et Un Jour), Theo Angelopoulos ouvre son discours, jusque-là grec, au monde[9].

Films[modifier | modifier le code]

Les films de Théo Angelopoulos, contemplatifs, sont exigeants, hermétiques et déroutants pour le grand public. Ils se caractérisent généralement par une durée dilatée, une structure narrative complexe et des plans séquences d'une grande sophistication.

Si la première partie de son œuvre se définit comme une série de fresques monumentales sur l'histoire grecque, la seconde, qui garde les Balkans comme cadre de prédilection, s'inscrit en revanche plus dans un cycle de thèmes universels : la vie, la mort, l'enfance, la vieillesse, le souvenir, la mélancolie, la frontière, l'art, le rêve… L’Apiculteur marque clairement un passage vers une tonalité intimiste, ce que confirment Voyage à Cythère, Le Pas suspendu de la cigogne et L'Éternité et un jour. La mémoire collective et individuelle joue un rôle primordial chez le cinéaste qui oppose, de manière dialectique, réalité historique et onirisme, allégorie et vie quotidienne.

Ses films, qui explorent largement la dimension du mythe et des symboles, ont régulièrement été salués par la critique et la profession. Alexandre le Grand, qui relate le parcours d'un brigand grec, remporte le Prix Fipresci à la Mostra de Venise en 1980. Un Lion d'argent vient ensuite récompenser Paysage dans le brouillard en 1988. Quatre ans auparavant, le réalisateur avait obtenu, à Cannes, le Prix du scénario et le Prix de la Critique internationale pour Voyage à Cythère, coécrit avec Tonino Guerra.

Dans les années 1990, le travail d'Angelopoulos est reconnu au plus haut niveau. Trois ans après que Le Regard d'Ulysse a remporté le Grand Prix au Festival de Cannes, le cinéaste se voit décerner la Palme d'or pour L'Éternité et Un Jour en 1998, récompense qui lui avait toujours échappé. Il fait alors une pause dans son parcours et revient en 2004 avec Eléni, premier volet d'une trilogie sur le XXe siècle par le prisme d’une histoire d’amour.

En 2004, l'Université Stendhal-Grenoble 3 lui a décerné le titre de docteur honoris causa[10]. Il reçoit le prix Robert-Bresson en 2005, reconnaissance de compatibilité de son œuvre avec l'Évangile.

En 2008, il signe La Poussière du temps, deuxième opus de sa trilogie Eléni. Curieusement, en dépit d'une distribution de premier ordre (Michel Piccoli, Bruno Ganz, Willem Dafoe, Irène Jacob…) et de la réputation dont jouit le cinéaste auprès des critiques et des cinéphiles français, ce dernier n'est distribué en France qu'en 2013 alors qu'il avait été projeté en ouverture de la Berlinale en .

Décès[modifier | modifier le code]

Dans l'après-midi du , Theo Angelopoulos tourne, dans une rue d'une banlieue du Pirée, le dernier volet de sa trilogie, L'Autre Mer, consacré à la crise grecque. En la traversant durant le tournage, il est renversé par un motard de la police (pas en service au moment des faits). Le choc provoque de graves blessures crâno-encéphaliques, une hémorragie interne et plusieurs fractures. Il est transporté d'urgence dans un hôpital privé où il succombe à ses blessures vers 22 h 40 (UTC+2)[11]. Une enquête est ouverte sur les circonstances de l'accident[12] et la réaction des services de secours[13].

Hommages[modifier | modifier le code]

Un prix Theo Angelopoulos est créé pour lui rendre hommage. Il sera remis lors de chaque festival international du film de Thessalonique[12].

Filmographie[modifier | modifier le code]

Courts métrages[modifier | modifier le code]

Longs métrages[modifier | modifier le code]

Récompenses[modifier | modifier le code]

Annexes[modifier | modifier le code]

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Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Michel Estève, « Théo Angelopoulos : Un cinéma politique », dans Gérard Pangon et Michel Estève, Cannes les années festival : cinquante ans de cinéma, Paris, Arte Editions et Mille et une nuits,‎ avril 1997 (ISBN 2-84205-283-8)
  • Nikos Kolovos, « Le voyageur et le poète (sur Theo Angelopoulos) », dans Michel Démopoulos, Le Cinéma grec, Paris, Centre Georges Pompidou, coll. « cinéma/pluriel »,‎ 1995 (ISBN 2858508135)
  • Sylvie Rollet (dir.) (préf. Theo Angelopoulos), Théorème 9 : Théo Angelopoulos au fil du temps, Paris, Presses Sorbonne Nouvelle,‎ 2007, 189 p. (ISBN 978-2-87854-372-8)

Liens externes[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Décès du cinéaste Théo Angelopoulos dépêche AFP du 24 janvier 2012.
  2. Jacques Mandelbaum, « Theo Angelopoulos, l'éternité et une nuit », sur lemonde.fr,‎ 2012 (consulté le 25 janvier 2012)
  3. a, b et c Estève 1997, p. 21
  4. a et b Entretien avec Theo Angelopoulos, Vincent Remy, dans Télérama du 22 avril 1995, republié le 25 janvier 2012.
  5. Kolovos 1995, p. 24-26
  6. Estève 1997, p. 22-24
  7. Estève 1997, p. 24-25.
  8. Estève 1997, p. 28-30.
  9. Estève 1997, p. 30-33
  10. Université Stendhal.
  11. AFP, « Theo Angelopoulos, figure du cinéma grec, est mort », sur Lalibération.fr,‎ 2012 (consulté le 25 janvier 2012)
  12. a et b (en) e-Kathimerini 26/01/2012
  13. « C'est la crise qui a tué Theo Angelopoulos », Courrier international, 30 janvier 2012.