Hélie de Saint Marc

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Hélie de Saint Marc
Naissance
Bordeaux
Décès (à 91 ans)
La Garde-Adhémar
Origine Drapeau de la France France
Arme Légion étrangère
Grade Commandant
Années de service 19461961
Conflits Seconde Guerre mondiale
Guerre d'Indochine
Crise du canal de Suez
Guerre d'Algérie
Commandement 1er REP

Hélie Denoix de Saint Marc ou Hélie de Saint Marc[1],[2], né le à Bordeaux et mort le à La Garde-Adhémar (Drôme)[3], est un ancien résistant et un ancien officier d'active de l'armée française, ayant servi dans la Légion étrangère, en particulier au sein de ses unités parachutistes. Commandant par intérim du 1er régiment étranger de parachutistes, il prend part à la tête de son régiment au putsch des généraux en avril 1961 et sera condamné à dix ans de réclusion criminelle. Il est réhabilité dans ses droits en 1978 et élevé au rang de grand-croix de la Légion d'honneur le 28 novembre 2011.

Biographie[modifier | modifier le code]

Résistance et déportation[modifier | modifier le code]

Hélie de Saint Marc, né au sein de la société bordelaise d'avant-guerre, bénéficie de l'éducation des Jésuites. Poussé par le directeur de son collège, il entre dans la Résistance (réseau Jade-Amicol) en février 1941, à l'âge de dix-neuf ans après avoir assisté à Bordeaux à l'arrivée de l'armée et des autorités françaises d'un pays alors en pleine débâcle. Arrêté le à la frontière espagnole à la suite d'une dénonciation, il est déporté au camp de concentration nazi de Buchenwald.

Envoyé au camp satellite de Langenstein-Zwieberge où la mortalité dépasse les 90 %, il bénéficie de la protection d'un mineur letton qui le sauve d'une mort certaine. Ce dernier partage avec lui la nourriture qu'il vole et assume l'essentiel du travail auquel ils sont soumis tous les deux. Lorsque le camp est libéré par les Américains, Hélie de Saint Marc gît inconscient dans la baraque des mourants. Il a perdu la mémoire et oublié jusqu’à son propre nom. Il est parmi les trente survivants d'un convoi qui comportait plus de 1 000 déportés.

À l'issue de la Seconde Guerre mondiale, âgé de vingt-trois ans, il effectue sa scolarité à l'École spéciale militaire de Saint-Cyr, au sein de la promotion Veille au Drapeau (1943) [4].

La guerre d'Indochine[modifier | modifier le code]

Hélie de Saint Marc part en Indochine française en 1948 avec la Légion étrangère au sein du 3e REI. Il vit comme les partisans vietnamiens, apprend leur langue et parle de longues heures avec les prisonniers Viêt-minh pour comprendre leur motivation et leur manière de se battre.

Affecté au poste de Talung, à la frontière de la Chine, au milieu du peuple minoritaire Tho, il voit le poste qui lui fait face, à la frontière, pris par les communistes chinois. En Chine, les troupes de Mao viennent de vaincre les nationalistes et vont bientôt ravitailler et dominer leurs voisins vietnamiens. La guerre est à un tournant majeur. La situation militaire est précaire, l'armée française connaît de lourdes pertes. Après dix-huit mois, Hélie de Saint Marc et les militaires français sont évacués, comme presque tous les partisans, mais pas les villageois. « Il y a un ordre, on ne fait pas d'omelette sans casser les œufs », lui répond-on quand il interroge sur le sort des villageois.

Son groupe est obligé de donner des coups de crosse sur les doigts des villageois et partisans voulant monter dans les camions. « Nous les avons abandonnés ». Les survivants arrivant à les rejoindre leur racontent le massacre de ceux qui avaient aidé les Français. Il appelle ce souvenir des coups de crosse sur les doigts de leurs alliés sa blessure jaune et reste très marqué par l'abandon de ses partisans vietnamiens sur ordre du haut-commandement.

Il retourne une seconde fois en Indochine en 1951, au sein du 2e BEP (Bataillon étranger de parachutistes), peu de temps après le désastre de la RC4, en octobre 1950, qui voit l'anéantissement du 1er BEP. Il commande alors au sein de ce bataillon la 2e CIPLE (Compagnie indochinoise parachutiste de la Légion étrangère) constituée principalement de volontaires vietnamiens. Ce séjour en Indochine est l'occasion de rencontrer le chef de bataillon Raffalli, chef de corps du 2e BEP, l'adjudant Bonnin et le général de Lattre de Tassigny chef civil et militaire de l'Indochine, qui meurent à quelques mois d'intervalle.

Guerre d'Algérie et putsch des généraux[modifier | modifier le code]

Recruté par le général Challe, Hélie de Saint Marc participe à la guerre d'Algérie, notamment aux côtés du général Massu. En avril 1961, il participe – à la tête du 1er Régiment étranger de parachutistes qu'il commande par intérim – au putsch des généraux, dirigé par Challe à Alger. Cette tentative de coup d'état échoue après quelques jours et Hélie de Saint Marc se constitue prisonnier.

Il explique devant le Haut Tribunal militaire, le 5 juin 1961, que sa décision de basculer dans l'illégalité était essentiellement motivée par la volonté de ne pas abandonner les harkis, recrutés par l'armée française pour lutter contre le FLN, et ne pas revivre ainsi sa difficile expérience indochinoise. Hélie de Saint-Marc est condamné à dix ans de réclusion criminelle. Il passe cinq ans dans la prison de Tulle avant d'être gracié, le 25 décembre 1966.

Années 1960 à aujourd'hui[modifier | modifier le code]

Après sa libération, il s'installe à Lyon avec l'aide d'André Laroche, le président de la Fédération des déportés et commence une carrière civile dans l'industrie. Jusqu'en 1988, il fut directeur du personnel dans une entreprise de métallurgie.

En 1978, il est réhabilité dans ses droits civils et militaires.

En septembre 1982, réintégré dans ses droits, il se voit restituer toutes ses décorations, par la volonté du président de la République François Mitterrand[réf. nécessaire].

En 1988, l'un de ses petits-neveux, l'éditeur Laurent Beccaria, écrit sa biographie, qui connaît un grand succès[5]. Il décide alors d'écrire son autobiographie qu'il publie en 1995 sous le titre de Les champs de braises. Mémoires et qui est couronnée par le Prix Fémina catégorie « Essai » en 1996. Puis, pendant dix ans, Hélie de Saint-Marc parcourt les États-Unis, l'Allemagne et la France pour y faire de nombreuses conférences. En 1998 et 2000, paraissent les traductions allemandes des Champs de braises (Asche und Glut) et des Sentinelles du soir (Die Wächter des Abends) aux éditions Atlantis.

En 2001, le Livre blanc de l’armée française en Algérie s'ouvre sur une interview de Saint Marc. D'après Gilles Manceron, c'est à cause de son passé de résistant déporté et d'une allure différente de l'archétype du « baroudeur » qu'ont beaucoup d'autres, que Saint Marc a été mis en avant dans ce livre[6],[7]. Hélie de Saint Marc tirait des leçons de vie des multiples expériences de son existence chaotique et intense :« Il avait fait du Letton qui lui avait sauvé la vie à Langenstein, de son frère d'armes l'adjudant Bonnin mort en Indochine, du lieutenant Yves Schoen, son beau-frère, de Jacques Morin, son camarade de la Légion, des seigneurs et des héros à l'égal d'un Lyautey, d'un Bournazel, d'un Brazza[8]. »

En 2002, il publie avec August von Kageneck — un ancien officier allemand de la Wehrmacht —, son quatrième livre, Notre Histoire, 1922-1945, un récit tiré de conversations avec Étienne de Montety, qui relate les souvenirs de cette époque sous la forme d'entretiens, portant sur leur enfance et leur vision de la Seconde Guerre mondiale.

À 57 ans, il est fait commandeur de la Légion d'honneur, le 23 juin 1979, par le président de la République, Valéry Giscard d'Estaing.

À 80 ans, il est fait grand officier de la Légion d'honneur, le 28 novembre 2002[9], par le président de la République, Jacques Chirac.

À 89 ans, il est fait grand-croix de la Légion d'honneur, le 25 novembre 2011[10], par le président de la République, Nicolas Sarkozy[11].

Il meurt le [12]. Ses obsèques sont célébrées le 30 août par Mgr Philippe Barbarin, cardinal-archevêque de Lyon, en la cathédrale Saint-Jean-Baptiste de Lyon, concélébrées en particulier par l'abbé Jérôme Billioud (curé de l'Église Saint-Denis-de-la-Croix-Rousse de Lyon), en présence du maire de Lyon, Gérard Collomb, du général Bertrand Ract-Madoux, chef d'état-major de l'armée de terre, représentant le ministre de la Défense Jean-Yves Le Drian, du préfet du Rhône, Jean-François Carenco, de l'ancien ministre et maire de Lyon, Michel Noir, de l'ancien ministre de la Défense, Charles Millon[13]... Les honneurs militaires, durant lesquels le général Bruno Dary prononce son éloge funèbre[14], lui sont rendus sur la place Saint-Jean. Il est inhumé au cimetière de la Garde-Adhémar (Drôme), le 30 août[15],[16].

Décorations[modifier | modifier le code]

Rubans[modifier | modifier le code]

Legion Honneur GC ribbon.svg Croix de Guerre 1939-1945.png Croix de Guerre des toe 8 citations.png CVM 4 citation ribbon.png
Medaille des Evades ribbon.svg Medaille de la Resistance ribbon.svg Croix du Combattant Volontaire de la Resistance ribbon.svg Croix du Combattant (1930 France) ribbon.svg
Medaille d'Outre-Mer (Coloniale) ribbon.svg Medaille commemorative de la Guerre 1939-1945 ribbon.svg Medaille de l'Internement pour faits de Resistance ribbon.svg Medaille de la Deportation pour faits de Resistance ribbon.svg
Medaille commemorative de la Campagne d'Indochine ribbon.svg Medaille commemorative des Operations du Moyen-Orient ribbon.svg Medaille commemorative des Operations de securite et de Maintien de l'ordre ribbon.svg Medaille (Insigne) des Blesses Militaires ribbon avec deux blessures.png
Merite civil Tai.png

Intitulés[modifier | modifier le code]

Hommage posthume[modifier | modifier le code]

Depuis le , une rue porte son nom à Béziers[17],[18].

Ouvrages[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Laurent Beccaria, Hélie de Saint-Marc, éd. Perrin, 1989 ; rééd. « Tempus », 2008.

Documentaires[modifier | modifier le code]

  • Patrick Jeudy, Un homme d’honneur, produit par Françoise Castro, 52 min. France 2, la Cinquième et Planète. 1996.
  • Alain de Sédouy, « Le dernier engagement » d’Hélie de Saint Marc Édition ECPAD, 2008.
  • Georges Mourier, Servir ? – Hélie de Saint Marc, Coll. Le choix des hommes, 52 min, Édition À l’image près, 2008. (ISBN 377-0002154021)

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Le Journal officiel du 26 novembre 2011 écrit « Denoix de Saint Marc (Marie, Joseph, Elie) ».
  2. BNF, Notice autorité, créée le 18 juillet 1990, mise à jour le 28 juin 2005.
  3. « Hélie de Saint Marc est mort », Le Figaro, le 26 août 2013.
  4. Voir l'article qui lui est consacré sur saint-cyr.org
  5. Article sur lefigaro.fr du 14 mars 2015.
  6. Hélie Denoix de Saint-Marc ou la fabrication d’un mythe, par Gilles Manceron, 27 septembre 2007.
  7. Manceron considère par ailleurs que ce livre est publié « dans le but de démentir et de disqualifier les travaux historiques, témoignages, articles de presse et films qui avaient, en 2000 et 2001, apporté de nouveaux éclairages précis sur la conduite de l’armée française dans la guerre d’Algérie, et de leur opposer une version mise à jour du discours officiel justifiant ces méthodes. »
  8. Article sur lefigaro.fr du 14 mars 2015.
  9. Publication au Journal officiel du 30 novembre 2002.
  10. Publication au Journal officiel du 26 novembre 2011.
  11. « Sarkozy décore un ancien officier putschiste », L'Express, 28 novembre 2011.
  12. Infos Bordeaux
  13. « Les obsèques d'Hélie Denoix de Saint-Marc célébrées à Lyon », Le Point, 30 août 2014.
  14. « Eloge funèbre prononcé le vendredi 30 août aux obsèques d’Hélie de Saint Marc par le général Bruno Dary », Valeurs Actuelles, 4 septembre 2013.
  15. « Obsèques du commandant Hélie de Saint-Marc à Lyon », sur Lyon People,‎
  16. « Vidéos des obsèques d'Hélie de Saint Marc »
  17. Anne Rovan, « Béziers : Robert Ménard honore un symbole de l'Algérie française », Le Figaro, 14 mars 2015.
  18. Étienne de Montety, « Hélie de Saint Marc, homme de refus et de réconciliation », Le Figaro, 14 mars 2015.
  19. Traduction allemande des Sentinelles du soir.
  20. Traduction allemande des Champs de braises. Mémoires.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

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Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]