Louis Charbonneau-Lassay

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Louis Charbonneau-Lassay (1871-1946) était un symboliste chrétien. Il fut également, dans le cadre de ses recherches: archéologue, préhistorien, historien, iconographe, graveur, héraldiste, sigillographe, numismate et collectionneur d'objets anciens. Toutes ces activités, il ne s'y adonna pas en tant que simple amateur, mais les pratiqua comme étant un prolongement de sa recherche spirituelle. Son œuvre s'inscrit dans la mouvance catholique, dans une optique exclusivement religieuse, en dehors de tout engagement politique. Il entretint une longue relation épistolaire avec le métaphysicien René Guénon (1886-1951). Il est surtout passé à la postérité pour son ouvrage monumental le Bestiaire du Christ, dont la première édition parut en 1940, et fait toujours autorité en matière d'emblématique christique et de symbolisme. Traduit en plusieurs langues, il est souvent réédité.

Biographie[modifier | modifier le code]

Louis Charles Joseph Charbonneau naquit le 18 novembre 1871 à Loudun, dans le Poitou, fils de Louis Charbonneau (1837-1860) et de Marie Hélène Chaveneau (1836-?), domestique. Ses ancêtres paternels, dont le nom apparaît dès le XIe siècle sans la région poitevine, possédaient de nombreuses propriétés foncières, sans toutefois appartenir à la haute noblesse. Mais sa famille, après s'être scindée en deux branches distinctes, fut ruinée en raison de la troisième guerre de religion. En effet, en 1568, l'armée des Huguenots, alors commandée par Henri de Navarre, le futur roi de France Henri IV, assiégea Loudun et brûla de nombreux édifices religieux (églises, couvents, collégiales), et fit de même dans les villages alentour, sans épargner les fermes et autres bâtiments communs.

Leurs biens réduits en cendre, dans toute l'acception du terme, les Charbonneau ne s'en relevèrent pas, mais demeurèrent dans la région où ils avaient leurs racines. Ainsi, moins d'un siècle plus tard, un aïeul de Louis né en 1638, prénommé René, est mentionné en qualité de simple laboureur, dans les registres officiels de Lassay, un hameau proche de Loudun; nom qu'il accolera plus tard à son patronyme.

Le jeune Louis, né dans une famille pieuse, reçut une éducation catholique. Bien qu'étant d'une santé fragile, il montra cependant des dispositions certaines pour les études dès l'école primaire, alors prise en charge par la Congrégation enseignante des Frères de Saint Gabriel. Tant et si bien qu'à la fin de sa scolarité, et après son noviciat, il y fut admis sous le nom de Frère René (sans doute parce que ce prénom fut porté par plusieurs de ses ancêtres, dont son grand-père paternel), et commença une carrière d'enseignant à Poitiers[1].

Parallèlement, il s'adonnait également à l'étude de l'archéologie auprès de M. Joseph Moreau de La Ronde, savant régional, et signa ses premiers articles sur la préhistoire du Poitou dès 1892. Il fut bientôt amené à faire une rencontre déterminante dans sa formation, en la personne du Père Camille de la Croix, érudit jésuite, reconnu par l'ensemble de la communauté scientifique de l'époque. Membre influent de la Société des antiquaires de l'Ouest, établie à Poitiers, il convainquit Louis Charbonneau d'y adhérer. Ainsi, douze ans plus tard, le Frère succèdera au Père, à la mort de celui-ci, dans la fonction de questeur. Il rédigea également des articles pour la Revue Nationale d'anthropologie de Paris, et devint membre de la Société d'Archéologie de Nantes. Dès cette époque, il commença à rassembler et collectionner de nombreuses pièces archéologiques[2].

Mais en mars 1903, un événement indépendant de sa volonté, allait orienter sa carrière dans une autre direction: l'arrivée au pouvoir du Radical Émile Combes; ce dernier, partisan avoué "d'une énergique laïcité", allait s'efforcer de veiller à une plus stricte application de la loi du 1er juillet 1901 relative au Droit des associations en France, qui stipule" que chaque Congrégation devra être autorisée par une loi et pourra être dissoute par simple décret."(art.14); ainsi, à compter du 11 mars 1903, les Congrégations religieuses masculines ne furent plus autorisées à enseigner (à compter de juillet pour les Congrégations féminines). Ce fut une étape de plus vers la Loi de séparation des Églises et de l'État, qui sera votée en 1905[2].

Ces détails montrent que, d'un point de vue historique, la famille Charbonneau aura subi deux bouleversements dus à l'intolérance religieuse, à plusieurs siècles d'intervalle. Car Louis, ou plutôt Frère René, n'ayant pas encore prononcé ses vœux définitifs, décida alors de retourner à la vie laïque, mais en promettant "de rester fidèle à son Dieu et à sa Religion, et de travailler de toute son âme à l'étude et à l'histoire de tout ce qui concerne le Catholicisme".

Dès lors, il continuera à publier de nombreux articles, et peu avant le début de la première guerre mondiale, il finalisera le travail entreprit par son premier Maître, et publiera L'Histoire des Châteaux de Loudun, d'après les fouilles archéologiques de Monsieur Moreau de la Ronde, qui parut en 1915.

Peu à peu, son intérêt pour le symbolisme se précisa, et il commencera bientôt sa double activité d'iconographe-graveur, concrétisant manuellement le fruit de ses observations. Quant à la numismatique, l'héraldique et la sigillographie, il s'y spécialisera également, ces domaines ayant toujours joué un rôle particulièrement important dans le symbolisme. À ses yeux, ces prolongements, essentiels pour ses recherches, n'étaient pluridisciplinaires qu'en apparence, et constituaient un tout indissociable.

À partir de 1928, il fut nommé correspondant des Beaux-Arts et fera classer, au titre des Monuments Historiques, de nombreux édifices de la région poitevine.

En 1938, il fut à l'origine de la fondation de la Société Historique du Loudunois, non pour concurrencer la célèbre Société des antiquaires de l'Ouest, mais dans le but de faire découvrir et aimer Loudun et le Loudunais, qui étaient chers à son coeur. Il en assumera la présidence jusqu'à sa mort. Son ami Pierre Delaroche lui succédera[2]. Cette Société existe encore aujourd'hui.

Bien qu'ayant produit de nombreux articles depuis 1892, sa collaboration à la revue REGNABIT, de 1922 à 1929, puis dans Le Rayonnement Intellectuel, de 1931 à 1939, fut importante pour lui à un autre titre. En effet, ce fut à cette époque qu'il fit la connaissance du métaphysicien René Guénon, lequel devait également rédiger des articles pour REGNABIT, entre mars 1925 et novembre 1927. Sans être amis intimes, ils entretinrent néanmoins une correspondance cordiale de novembre 1924 à novembre 1945.

Ce qui rapprochait les deux personnalités, c'était leur intérêt commun pour le symbolisme, bien que leurs buts respectifs fussent différents (se reporter à l'article René Guénon pour plus de détails). Mais ils étaient d'accord sur un point essentiel à leurs yeux: l'incontestable existence d'une hermétique chrétienne au Moyen Âge, dont le rôle fut important.

Dans une certaine mesure, on peut dire que Louis Charbonneau Lassay fut "la" référence, pour Réné Guénon, en matière de symbolisme chrétien, et que celui-ci jouait le même rôle auprès de celui-là en matière de symbolisme en général. Mais cela ne signifiait pas que l'un des deux était subordonné à l'autre. Chacun suivait sa propre voie: l'un ne s'intéressait qu'à la tradition chrétienne, tandis que l'autre avait l'intention "de montrer le parfait accord du Christianisme avec toutes les autres formes de la tradition universelle", ainsi que le rappelle Michel Vâlsan (1907-1974), un autre ami de René Guénon, dans son introduction à un recueil posthume de ce dernier, Symboles fondamentaux de la science sacrée, dont la première édition parut chez Gallimard en 1962[3].

Louis Charbonneau Lassay entretint également des relations étroites avec deux confréries initiatiques catholiques existant depuis le XVe siècle: L'Estoile Internelle et la Fraternité des Chevaliers du Divin Paraclet.

Durant la Seconde Guerre Mondiale, sa maison sera réquisitionnée par l'armée occupante, mais il sera autorisé à y demeurer. Il put ainsi continuer ses recherches autant que son état de santé le lui permettait.

Sur un plan plus personnel, il épousa mademoiselle Hélène Ribière en 1933, alors qu'il était âgé de 62 ans. Celle-ci décèdera dix ans plus tard. Il lui survivra quelques années et s'éteindra à son tour le 26 décembre 1946, des suites d'une maladie glandulaire incurable, laissant de nombreuses notes et plusieurs manuscrits inachevés. Il avait 75 ans[2].

Les Confréries initiatiques[modifier | modifier le code]

Louis Charbonneau Lassay a prétendu avoir entretenu des relations étroites avec deux authentiques organisations chrétiennes à caractère initiatique, fondées au XVe siècle. Il s'agit bien en effet de "prétentions" car Mark Sedgwick (voir plus loin) non seulement a émis l'hypothèse selon laquelle ledit Charbonneau Lassay a pu inventer ces confréries pour empêcher la fuite de catholiques vers des religions non chrétiennes et vers l'islam en particulier mais il se trouve qu'aucun document d'époque ni trace historique de ces confréries n'a été produite.

L'Estoile Internelle[modifier | modifier le code]

La première s'appelait "l'Estoile Internelle", confrérie des plus fermées, puisque le nombre de ses membres était(est?) statutairement limité à douze, cooptés à vie, chacun d'eux devant désigner son successeur avant sa mort. Le "Major", au début du XXe siècle, aurait été le Chanoine Barbot (1841-1927). En cette qualité, celui-ci aurait remis à Louis Charbonneau Lassay, entre 1925 et 1927, quelques documents iconographiques (il est question d'un "cahier") remontant aux origines de la fondation de la confrérie, dans le but de lui faciliter ses recherches relatives au Bestiaire[4].

Néanmoins, la rumeur[5] d'une résurgence de cette "Etoile Internelle" dont le major serait actuellement une dame de Nancy, savoir l'épouse d'un ancien moquadem de F. Schuon qui porte le même nom qu'un compagnon d'un Président de la République connu pour diverses implications dans des affaires concernant l'économie mondiale...

La "Fraternité des Chevaliers du Divin Paraclet"[modifier | modifier le code]

La seconde Confrérie, la "Fraternité des Chevaliers du Divin Paraclet", était également dirigée par le même Chanoine, sous le titre de "Chevalier Maître". Elle était (est?) tout aussi secrète que la première, mais plus ouverte aux postulants, le nombre de ses membres n'étant pas limité.

Une sorte de lien subtil était censé relier entre elles les deux Confréries, ainsi qu'il apparaît dans la lettre de Marcel Clavelle (alias Jean Reyor(1905-1988)) au sujet du Paraclet[6].

En effet, vers la fin du XIXe siècle, quand la Fraternité du Paraclet fut "mise en sommeil", ses archives furent "confiées" au Chanoine, probablement en sa qualité de "Major" de l'Estoile, avec mission d'œuvrer pour son "réveil" dès que possible. Si la raison de cette "mise en sommeil" reste inconnue, elle établit de façon formelle qu'il n'y avait pas de rivalité entre les deux organisations.

En 1925, le "réveil" n'ayant pu être organisé, faute de postulants initiables, le Chanoine, qui sentait sa fin proche, fit une double transmission à Louis Charbonneau-Lassay: l'initiation du Paraclet, et la mission de terminer ce que lui-même n'avait pu mener à son terme.

La documentation disponible à ce propos est fort limitée, Louis Charbonneau ne s'étant jamais montré très disert à ce sujet. Tout juste évoqua-t-il vaguement «de singulières circonstances m'ont permis d'avoir, sur plusieurs groupements hermético-mystiques du Moyen Âge, et sur leurs doctrines et pratiques symboliques, une source d'information qui ne relève pas de l'ordinaire domaine de la biographie et qui est, pour le moins, tout aussi sûre[7]

Mais si le Paraclet était en sommeil depuis près d'un demi-siècle, l'occultisme était dans l'air du temps. Les « organisations anti-traditionnelles, occultistes, pseudo-religieuses et pseudo-initiatiques », selon les termes de René Guénon, se multipliaient[8]. Aussi, les Catholiques pratiquants qui souhaitaient intégrer une société initiatique authentique, sans être en désaccord avec les Autorités Ecclésiastiques, ne savaient pas à quelle porte frapper en toute confiance. Certains allèrent même jusqu'à « passer à l'Islam », comme Marcel Clavelle (Jean Reyor), bien qu'étant profondément chrétiens, tant leur soif d'initiation était forte[9].

Le "réveil" de 1938[modifier | modifier le code]

Fort de ce constat, Louis Charbonneau-Lassay, qui souhaitait qu'une authentique initiation chrétienne perdure, se décida enfin, en 1938, à « réveiller » la Fraternité du Paraclet, à la demande insistante de Marcel Clavelle. Il semblerait que René Guénon ait joué un rôle non négligeable en la circonstance, et qu'il serait intervenu en qualité "d'avis autorisé et de conseil", son autorité en la matière étant incontestée. Il aurait d'ailleurs encouragé ce « réveil », et assurait qu'il n'était pas incompatible de recevoir plusieurs initiations[10]

Cette attitude de René Guénon, lui-même engagé dans la voie de l'Islam, était conforme à l'enseignement d'un de ses Maîtres, le cheikh Abder-Rahman Elîsh El-Kebîr, Maître soufi de la Confrérie Chadhiliyya, à laquelle il adhérait[11] et Grand Mufti Malékite d'Égypte. Celui-ci œuvrait au rapprochement de l'Islam et du Christianisme, et possédait des connaissances étendues en symbolisme universel, qu'il soit islamique, chrétien ou maçonnique[12].

L'histoire et l'historique de la Fraternité du Paraclet, ont été étudiés par l'historien italien Pier Luigi Zoccatelli, dans son ouvrage Le lièvre qui rumine, Autour de René Guénon, Louis-Charbonneau Lassay et la Fraternité du Paraclet](1999), lequel comporte de nombreux documents inédits (voir références complètes en bibliographie).

Suspicion de "faux et usage de faux"[modifier | modifier le code]

Il faut tout de même savoir à ce propos que Mark J. Sedgwick dans "Contre le monde moderne" paru en anglais en 2004 aux Oxford University Press, a, dans l'édition française[13] émis la thèse selon laquelle La Fraternité du Paraclet aurait été inventée de toutes pièces par Charbonneau-Lassay pour éviter la fuite de chrétiens vers d'autres religions non chrétiennes, à commencer par l'Islam.

Pier Luigi Zoccatelli tient les statuts présumés de la Fraternité qu'il a publié de Frédéric Luz, héraldiste qui les avait publiés dans le n° 37 de La Place Royale (octobre 1996, pp. 105-116). Il est connu que Henry Montaigu, le fondateur de la revue, les avait obtenu de Jean Borella (ou d'une de son entourage[14]) sous la forme d'un simple tapuscrit.

Ce tapuscrit provenait de l'Abbé Henri Stephane (alias Gircourt de son vrai nom) un personnage dont certaines lettres ont été publiées par Zoccatelli. En d'autres termes, Charbonneau Lassay n'a jamais communiqué le moindre fac simile d'un document censé être d'époque mais uniquement des copies de documents anciens censés lui avoir été communiqués par le chanoine Barbot qui n'était plus là pour confirmer ni même contredire quoi que ce soit.

Si donc on lit attentivement ce que Charbonneau Lassay a écrit, il en ressort qu'aucun document ne lui aurait été légué et qu'ils auraient été simplement mis à sa disposition. En d'autres termes, Sedgwick était parfaitement en droit d'évoquer la thèse d'une invention pure et simple car Charbonneau-Lassay a pu, en tant qu'antiquaire, obtenir le "cahier" allégué chez une bouquiniste ou par tout autre moyen que la mise à disposition alléguée.

On notera que Jean-Pierre Brach et Pier Luigi Zoccatelli étaient conscient, d'une certaine manière de la fragilité de leur supputations à propos de la Fraternité car dans leur article intitulé "Courants renaissant de réforme spirituelle et leurs incidences"[15], ils écrivaient ceci :

"Cet aspect des choses nous renvoie évidemment aux documents d'époque que Louis Charbonneau-Lassay aurait eus en mains, voire hérités du Chanoine Barbot, documents à l'évidence seuls susceptibles d'établir définitivement la question d'un point de vue historique mais dont on ignore l'actuelle localisation. Lors même que leur existence est en soi parfaitement admissible et ne présenterait même aucune surprise, leur absence contraint à se limiter -- sub conditione -- à la considération du témoignage de Charbonneau-Lassay et à l'évaluation de son degré de vraisemblance contextuelle, ce que nous avons précisément tenté de faire ici."

Personne en effet ne sait où serait passés les documents d'époque allégués et l'on doit faire remarquer que l'évocation d'une "Etoile Internelle" réduite à 12 membres avait l'avantage de permettre de cautionner la Fraternité tout en égarant d'éventuelles recherches puisque mis à par le chanoine Barbot personne n'a connu les autres membres, pas même Charbonneau-Lassay...

Les auteurs précités continuaient en ces termes :

"Relevons pour terminer que, dans le cas présent, l'éventuelle transmission d'éléments documentaires semble se doubler jusqu'à nos jours, aux dires du moins de Charbonneau-Lassay, de celle -- beaucoup plus précieuse, à n'en pas douter, aux yeux de l'auteur du Bestiaire -- du dépôt spirituel (c'est-à-dire doctrinal, symbolique et rituel) propre à la Fraternité, (...)"

Cette allusion à un dépôt "spirituel" mot derrière lequel on sous-entend un caractère "initiatique" (selon la vision guénonienne) n'est guère soutenable car ce qui est dit dans les statuts[16] nous renvoie l'image d'un confrérie mis chevaleresque, mi dévotionnelle qui ne présente aucun caractère vraiment particulier.

Les éléments de "méthode" allégués[modifier | modifier le code]

Ces éléments de "méthode" sont apparus tardivement. Charbonneau-Lassay aurait fini par se rappeler que le chanoine Barbot lui aurait transmis une pratique à caractère "mantrique" (répétition de Veni Creator) et la chose ne lui serait revenue en mémoire qu'après que Guénon ait fait remarquer précisément l'absence (ou la perte) de tout élément méthodique permettant de conclure à l'existence d'un caractère vraiment initiatique.

Or si l'on examine le document daté de 1947 reproduit par Zoccatelli dans "Le Lièvre qui rumine" p. 127 on est bien en droit de se demander si le ressouvenir opportun de Charbonneau-Lassay ne cachait point une simple fabrication de sa part. Fabrication conçue pour plaire aux guénoniens par ses références à une technique fondée sur le souffle rappelant les pratiques de l'hésychasme mais en fait très élémentaire.

D'autre part, il a existé plusieurs versions de ce texte dont une de Thomas et celle dont on parle n'est pas, croyons-nous, de la main de Charbonneau-Lassay mais plus vraisemblablement de Marcel Clavelle qui ont dû transcrire des indications orales.

Reprenons le texte cité ci-dessus :

"(...) ce qui présuppose en l'espèce une continuité historique aussi discrète que remarquable ; si, et a fortiori sur ce plan, les attestations historiques font à nouveau et, cette fois, inévitablement défaut, on peut estimer néanmoins que Louis Charbonneau-Lassay et ses confrères, ces dernier influencés à divers titres par certaines considérations développées dans l’œuvre de R. Guénon, se seront montrés scrupuleusement vigilants à cet égard."

La « continuité historique » ou plutôt l'historicité de la fameuse « Fraternité » n'a jamais été prouvée, faut-il y insister, et on la tient pour improbable historiquement ce qui est commode en vertu du principe « guénonien » voulant que certaines organisations initiatiques n'ont pas à laisser de traces historiques. Cela est certes plausible mais on ne peut se défendre de penser que c'est bien pratique et que c'est en définitive la porte ouverte à bien des abus qui se trouvent ainsi soustraits à toute discussion.

Quant à prétendre que les acteurs de la résurgence évoquée auraient été « scrupuleusement vigilants » l'affirmation n'est pas sérieuse puisqu'ils n'ont même pas pensé à exiger de leur transmetteur une photographie des documents originaux et en particulier des fameux statuts. On doit donc, bien au contraire, déplorer la « naïveté » et la crédulité des personnes impliquées.

L'histoire des pratiques en usage dans l'Ordre décrite par Zoccateli[17] n'est pas sans rappeler un autre écrit, savoir Sept enseignements aux frères en Saint Jean publié par Ars Magna qui pourrait être un texte en français ancien que l'on a "guénonisé".

Deux indices en faveur de la thèse d'une "forgerie"[modifier | modifier le code]

Quoi qu'il en soit il n'existe strictement aucune espèce de mention historique ancienne de cette chevalerie du Paraclet et absolument pas le moindre document ou fac simile de document ancien susceptible de constituer une amorce de preuve en faveur de ce qu'a raconté Charbonneau-Lassay. Ce sont là des faits indiscutables qui parlent d'eux-mêmes. Partant de là, il n'est pas impossible qu'il ait inventé; comme l'a suggéré Mark Sedgwick, la fameuse « Estoile Internelle » pour servir de caution à la Fraternité paraclétique.

Notons encore ceci : dans le texte de Brach et Zoccatelli évoqué plus haut ont lit ceci dans la note n° 30 :

"L'examen des statuts publiés (cf. Note 9) ne peut laisser de doute à cet égard (détail de la « vesture » portée lors des processions publiques, par exemple).

Cette assertion qui se fonde sur un détail des statuts nous semble très contradictoire car si les chevaliers disposaient d'une « vesture portée lors des processions publiques » une telle affirmation implique que la Fraternité devait avoir une existence discrète mais officielle. On ne peut pas imaginer que le public n'ait pas su à qui appartenaient la "vesture" dont il est question si les chevaliers étaient représentés lors de "processions publiques" (sic) !

Autre chose : c'est en 1929, soit deux ans après la disparition du chanoine Barbot que Charbonneau-Lassay écrivait ceci : « de singulières circonstances [qui] m'ont permis d'avoir, sur plusieurs groupements hermético-mystiques du Moyen Age, et sur leurs doctrines et pratiques symboliques, une source d'information qui ne relève pas de l'ordinaire domaine de la bibliographie et qui est, pour le moins, tout aussi sûre[18] Si en 1929, le chanoine Barbot ne pouvait plus contredire l'auteur de ces propos, en revanche le passage de plusieurs guénoniens à l'Islam commençait à le préoccuper puisque Guénon n'allait pas tarder à s'établir au Caire et à y mourir...

Voilà donc deux indices sérieux d'une éventuelle forgerie.

Autres Fraternités paraclétiques[modifier | modifier le code]

Dans l'hypothèse où Charbonneau-Lassay aurait inventé la "Fraternité des chevaliers du Paraclet" la première mention historique d'une telle chevalerie se trouverait dans le "Lucifer Démasqué" de Jules Doinel (1893) où il est question, p. 293 d'un "Ordre de la Colombe du Paraclet".

En 1992, l'écrivain Henry Montaigu fondait une association intitulée "Ordre du Paraclet" qui fit l'objet d'une certaine réclame dans un livre de Frédéric Luz intitulé "Le Soufre et l'Encens"[19]. Après avoir mis en scène diverses "petites églises" assez folkloriques, l'auteur proposait "en guise de conclusion" cet ordre qui n'eut aucun succès et dont il est bien revenu depuis lors[20].

Le Bestiaire du Christ[modifier | modifier le code]

Le genre littéraire a son origine vers le IIe siècle après Jésus-Christ, par un texte anonyme rédigé en grec ancien, le Physiologos. Le texte fut l'objet de nombreuses traductions, et donna naissance au Moyen Âge aux bestiaires. On vit ensuite se développer des ouvrages encyclopédiques, la thématique se rapprocha de plus en plus des « sciences naturelles ».

D'où le souhait de Louis Charbonneau d'œuvrer dans le sens d'un retour à la symbolique pure, plus conforme à l'esprit de l'Église[21].

Le 7 décembre 1996, dans le cadre d'un colloque organisé à Loudun, pour la célébration du cinquantenaire de la mort de Louis Charbonneau-Lassay, l'historien des religions Pier Luigi Zoccatelli a présenté la genèse du Bestiaire : en quelles circonstances l'idée en a été "suggérée" à Louis Charbonneau-Lassay; quelles difficultés il dut surmonter en amont et en aval de sa rédaction (il n'est pas possible d'en reproduire de larges extraits ni d'en faire le résumé pour le respect du droit d'auteur)[22].

L'ouvrage parut en 1940. En 1943, un incendie détruisit la moitié du tirage (dans un entrepôt des Éditions Desclée de Brouwer, à Bruges, en Belgique). Il sera réédité par plusieurs maisons d'édition (cf. bibliographie).

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Une bibliographie presque complète a été établie par l'historien Pier Luigi Zoccatelli (listage des articles publiés, titres, dates de publication, revues...), comprenant également les listes: des traductions en italien, anglais et espagnol; des recueils posthumes (en français, en espagnol, en italien; des articles, ouvrages et opuscules divers, autour de l'œuvre de Louis Charbonneau-Lassay, rédigés en différentes langues, par plusieurs chercheurs et universitaires européens.

Il est impossible de la reproduire dans son intégralité (une douzaine de pages)[23].

En voici néanmoins une sélection:

  • Livres publiés:

- Les châteaux de Loudun, d'après les fouilles archéologiques de M. Moreau de la Ronde,Éditions Louis Blanchard, Loudun (1915);

- Le Cœur rayonnant du donjon de Chinon attribué aux Templiers, Secrétariat des œuvres du Sacré-Cœur/ Beaux-Livres, Fontenay-le-Comte (1922); réimprimé par Archè, Milan (1975);

- Le Bestiaire du Christ. La mystérieuse emblématique de Jésus-Christ, Desclée de Brouwer, Bruges (1940); réédité par Archè, Milan (1974, 1975,1994) et Albin Michel, Paris (2006);

- Héraldique Loudunaise, Presses Sainte-Radegonde, La Roche Rigault à Loudun (1996).

  • Revues dans lesquelles L.C-L publia des articles:

- Revue du Bas-Poitou (de 1892 à 1941, 60 articles);

- Revue de l'École d'Anthropologie de Paris (de 1903 à 1905, 3 articles);

- Bulletin de la Société des antiquaires de l'Ouest (de 1910 à 1925, 10 articles);

- Revue REGNABIT (de 1922 à 1929, environ 80 articles);

- Revue La semaine Religieuse du Diocèse de Poitiers (1927, 1 article);

- Revue Atlantis (de 1929 à 1937, 4 articles);

- Revue Le Rayonnement intellectuel (de 1931 à 1939, 50 articles);

- Revue Le Voile d'Isis (1935, 1 article);

- Revue Les Éditions Traditionnelles (1937, 1 article et 3 reprises posthumes);

- Diverses revues internationales (entre 1970 et 1991, reprise de plusieurs articles).

  • Recueils posthumes:

- L'Ésotérisme de quelques symboles géométriques chrétiens, notice introductive par Georges Tamos, appendice par René Mutel, Paris, Les Éditions traditionnelles, 1960;

- Études symboliques chrétiennes (2 volumes), Gutenberg Reprint, Paris (1981-1986). Regroupement presque complet des articles parus dans REGNABIT et Le Rayonnement Intellectuel, et n'ayant pas été repris par L.C-L dans le Bestiaire;

- Diverses traductions d'articles en italien, espagnol anglais (entre 1983 et 1995).

  • Ouvrages autour de l'œuvre de Louis Charbonneau-Lassay

- Lièvre qui rumine (le), Autour de René Guénon, Louis Charbonneau-Lassay et la Fraternité du Paraclet (avec des documents inédits), par Pier Luigi Zoccatelli, Éditions Archè, Milan (1999) (Dépositaire en France: Edidit), ISBN 88-7252-215-3

- Hermétique et emblématique du Christ dans la vie et l’œuvre de Louis Charbonneau-Lassay, par Stephano Salzani et Pier Luigi Zoccatelli, Archè, Milan (1996)(Dépositaire en France: Edidit)

  • Autres et divers

De nombreux documents inédits (articles non publiés, notes, ébauches d'articles) retrouvés dans les archives personnelles de Louis Charbonneau-Lassay, ont pu être consultés par Pier Luigi Zoccatelli et ont fait l'objet de divers articles et publications.

Liens externes[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. cf.www.cesnur.org /paraclet/(puis article:Colloque/L'expérience de Louis Charbonneau Lassay)
  2. a, b, c et d id.note 1
  3. Remarque à propos de Symboles fondamentaux de la science sacrée: à partir de la seconde réédition, l'introduction de Michel Vâlsan sera retirée, à la suite de la demande, semble-t-il, des héritiers de René Guénon, et le titre sera changé en Symboles de la science sacrée
  4. cf.www.cesnur.org/paraclet/ (puis article:Lettre de Marcel Clavelle)
  5. Elle a paru dans une note ancienne du blog http://cret.blogspirit.com et son auteur la tenait manifestement d'un canal remontant vers la ville de Nancy où demeurerait l'actuelle "Grande Maîtresse" de cette confrérie. Il est bien évidemment impossible de se prononcer sur la véracité de cette rumeur et elle est à rapprocher d'une information publiée autrefois par les "Cahiers de Recherches et d'Études Traditionnelles" faisant état d'une initiation reçue par Michel Bertrand (qui présidait à l'époque aux destinées de "Connaissance des Religions" une autre revue) de la part d'un Jean Tourniac dans la cuisine de Henry Montaigu fondateur de "La Place Royale" qui, en son absence, aurait consenti "à son insu de plein gré" à cette mascarade. Dans ce cas précis, l'information devait de Montaigu.
  6. cf.note 7
  7. In revue REGNABIT, 8e année, n°8-janvier 1929,article intitulé "La Colombe"; in revue ATLANTIS, 3e année, n°1-21,sept-octobre 1929, article intitulé "La triple enceinte de l'emblématique chrétienne.
  8. cf.Le Théosophisme, histoire d'une pseudo-religion,(1921) par René Guénon, Éditions Traditionnelles, Paris.
  9. cf.note 7.
  10. id.note 7.
  11. cf. La vie simple de René Guénon,(1958) par Paul Chacornac, Éditions Traditionnelles, Paris.
  12. À ce propos, il convient de rappeler la dédicace de René Guénon, en tête de son ouvrage Le symbolisme de la Croix, paru en 1931 (Éditions Véga-Guy Trédaniel):« À la mémoire vénérée de ECH-CHEIKH ABDER-RAHMAN-ELICH EL-KEBIR,el-âlim el-mâlki el-maghribi, à qui est due la première idée de ce livre. Meçr el-Qâhirah,1329-1349 H.» Ceci confirme qu'en se montrant favorable au «réveil» d'une confrérie catholique, R.Guénon ne se contredisait en aucune façon.
  13. Mark J. Sedgwick, Contre le monde moderne, 2004, Oxford University Press ; page 100 et suivantes
  14. Selon une information donnée par F. Luz au rédacteur de cette précision
  15. Politica Hermetica, N° 11 - 1997, pp. 31-46 repris sur http://www.cesnur.org/paraclet/paraclet_01.htm
  16. Le Lièvre qui rumine, pp.77-91 repris d'après "La Place Royale" n° 37.
  17. Pier Luigi Zoccatelli, Le lièvre qui rumine, Autour de René Guénon, Louis Charbonneau-Lassay et la Fraternité du Paraclet, Éditions Archè, Milan (1999), p. 127 à 133
  18. Voir La triple enceinte dans l'emblématique chrétienne" in Atlantis, 3ème année n° 1, septembre-octobre 1929, pp. 4-9.
  19. Edition Claire Vigne, 4ème trimestre 1995.
  20. Il a admis récemment (voir http://cret.blogspirit.fr) avoir surévalué les "prétentions initiatiques" de Henry Montaigu.
  21. Jean-Pierre Brach, « Louis Charbonneau-Lassay et le Bestiaire du Christ », dans Conférence du 7-12-1996, à Loudun (église collégiale Sainte-Croix), à l’occasion des commémorations du cinquantenaire de la mort de Louis Charbonneau-Lassay (lire en ligne)
  22. PierLuigi Zoccatelli, « De Regnabit au Bestiaire du Christ. L'itinéraire intellectuelle d'un symboliste chrétien : Louis Charbonneau-Lassay », dans Conférence du 7-12-1996, à Loudun (église collégiale Sainte-Croix), à l’occasion des commémorations du cinquantenaire de la mort de Louis Charbonneau-Lassay (lire en ligne)
  23. cf.www.cesnur.org/paraclet (puis: Bibliographie).