Gui (plante)

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Viscum album

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Le Gui (aussi appelé Gui blanc ou Gui des feuillus, même si on le trouve parfois et localement sur des résineux[1]), Viscum album, est un sous-arbrisseau, épiphyte et hémiparasite (il ne prélève presque que de la sève brute (eau et sels minéraux) est grâce à ses chloroplastes[2] capable d'assimilation chlorophyllienne y compris en hiver, et ne décompose pas le bois ni n'attaque les cellules de l'arbre), de la famille des Loranthacées[3].

Viscum album est originaire des régions tempérées d'Europe. D'autres espèces existent, y compris en Australie[4], dont certaines parasitent les racines d'arbres[4].

Autrefois récolté par les druides, c'est en Europe une plante traditionnelle qui, avec le houx, sert d'ornementation pour les fêtes de Noël et de fin d'année. Ses fruits, appréciés des certains oiseaux (Grives notamment, mais aussi Mésange bleue (Cyanistes caeruleus) ou Sittelle (Sitta europaea), participent à la dissémination des populations de Gui en consommant de nombreuses graines) apparaissent en hiver quand la nourriture se fait rare.

Les francophones l'appellent aussi Bois de Sainte Croix, Glu, Verquet, Blondeau, Gu, Vert de Pommier, Bouchon[5].

Description[modifier | modifier le code]

Gui dans une peupleraie artificielle

Port[modifier | modifier le code]

Le Gui prend, après quelques années, l'apparence d'une grosse « boule » vert jaunâtre de 50 cm à un mètre de diamètre.
Sempervirent, en hiver après la chute des feuilles des arbres, il devient facilement repérable.

Suçoirs[modifier | modifier le code]

Dépourvu de racines, il est fixé à son hôte par un suçoir primaire de forme conique qui s'enfonce profondément jusqu'au bois, sans pouvoir pénétrer le tissu ligneux. Toutefois, l'accroissement du bois en épaisseur par la formation des cernes annuels finit par englober plus profondément ce suçoir, qui émet des ramifications latérales, les cordons corticaux qui s'insinuent et se ramifient sous l'écorce à la limite du cambium et du liber et émettent à leur tour des suçoirs secondaires. L'observation sur une branche coupée de l'enfoncement de ces suçoirs dans les cernes du bois permet de déterminer l'âge de la touffe, qui peut atteindre trente-cinq ans.

Le cordon cortical souterrain peut produire des rejets.

Tiges[modifier | modifier le code]

Les tiges, cassantes, vertes et de section cylindrique, ont un mode de ramification dichotomique par suite de l'avortement du bourgeon terminal. Cette dichotomie n'est toutefois pas absolue, il peut arriver que plus de deux rameaux partent du même nœud. Les ramifications successives conduisent à la forme de boule, leur nombre permettant d'évaluer l'âge de la plante.

Feuilles[modifier | modifier le code]

Les feuilles, vertes ou tirant sur un vert-jaunâtre, sont simples, ovales, sans pétiole, légèrement charnues et disposées par paires opposées à l'extrémité des rameaux. Leur limbe, coriace, de 2 à 8 cm de long, est parcouru par cinq nervures parallèles. Elles persistent de 18 mois à deux ans, faisant du Gui une plante toujours verte.

Fleurs[modifier | modifier le code]

Le Gui est dioïque, avec des pieds à fleurs femelles et d'autres mâles. Il fleurit en mars–avril.

Il peut arriver que les touffes voisines soient imbriquées donnant l'impression de pieds hermaphrodites. De même un pied mâle peut parasiter un pied femelle, ou vice versa, donnant l'impression d'un pied hermaphrodite[6].

Les fleurs, sessiles et jaunâtres, sont groupées en petites inflorescences (glomérules) insérées au niveau des nœuds des tiges.

Les fleurs mâles comportent quatre tépales qui portent les anthères sans filet. À la floraison, elles laissent apparaître le pollen sur leur face interne.

Les fleurs femelles comportent quatre tépales surmontant un ovaire infère soudé au réceptacle. Elles sont déjà formées en automne et passent l'hiver fermées ; elles s'ouvrent aux premiers rayons de soleil du printemps[7].

Fruits[modifier | modifier le code]

Fruits du Gui

Les fruits donnés par les touffes femelles sont de fausses[réf. nécessaire] baies globuleuses de 6 à 10 mm de diamètre, d'un blanc vitreux – ou jaunâtres pour le Gui du sapin – charnues et visqueuses (caractéristique soulignée par Virgile et Pline) d'où le terme de viscum. La pulpe est constituée d'un mucilage : la viscine, substance collante qui contribue à la fixation des graines sur les branches des plantes-hôtes.

Les fruits mûrissent en deux ans et ne tombent qu'au début de la troisième année.

Biologie[modifier | modifier le code]

Le Gui est une plante hémiparasite, c'est-à-dire qu'il n'est pas totalement dépendant de son hôte. Il utilise les ressources de la plante hôte en lui soutirant eau et sels minéraux, mais il a de la chlorophylle et peut synthétiser ses propres sucres, protéines, etc. Les Guis présentent une évapotranspiration importante (nécessaire pour entretenir le gradient de pression leur permettant d'absorber de la sève de l'hôte). Mais en cas de sécheresse forte, ce phénomène n'est parfois plus suffisant et les Guis meurent alors habituellement avant leurs hôtes [4], ce qui explique — dans la nature — leur vitalité cyclique ; sauf cas exceptionnels, les Guis n'y vivent probablement que peu de temps, en fonction de facteurs tels que la disponibilité en eau, la présence d'oiseaux disséminateurs[8]Sallé G., Frochot H., Andary C., Le gui, La Recherche, 24, (1993) 1334-1342. (ou en Australie de marsupiaux prédateurs)[4].

Plantes hôtes[modifier | modifier le code]

Vue en coupe d'une branche de peuplier (en bas de l'image) parasitée par un pied de Gui.

Chaque espèce de Gui est plus ou moins inféodée à certaines essences et à un type d’habitat. V. album est réputé ne pousser que sur des feuillus, mais on le trouve exceptionnellement et localement sur des résineux introduits[1] (ex pin noir récemment de plus en plus touché dans certaines zones du sud des préalpes françaises où ces arbres ont été intensivement plantés pour lutter contre l'érosion[1]. Des observations de terrain ont suggéré qu'il pousserait plus facilement sur le sapin quand ce dernier est âgé[9], mais ceci ne vaut pas pour le pin noir introduit dans les préalpes, qui peut être touché jeune. Par ailleurs une période de croissance (de 10 à 15 ans) des boules de gui est souvent constatée, après quoi le gui ne disparait pas mais cesse de se développer rapidement dans l'arbre, peut être suite à une résistance acquise par l'arbre, ou parce que cet arbre serait moins attractif pour les grives qui en déposent (au printemps[10]) les graines alors que les sitelles s'en nourrissent plutôt en hiver[10].

Pour des raisons encore mal comprises sa répartition n'est pas homogène. Par exemple dans le nord de la France, la Flore de Flandre le considère comme commun dans une partie de la région (Artois et Boulonnais, et introduit en quelques points dans la communauté urbaine de Lille), mais il « manque totalement sur près des deux tiers du territoire régional »[11].
Plus d’une centaine d’espèces d’arbres ou grands buissons sont susceptibles d’être parasitées. Parmi les feuillus les arbres les plus fréquemment atteints sont les pommiers, les peupliers (surtout le peuplier noir ou certains de ses hybrides) et les trembles, les aubépines, les saules, les robiniers, les sorbiers, les amandiers et les tilleuls.

On le trouve plus rarement sur les poiriers, les érables, les noisetiers, les charmes, les châtaigniers et les cerisiers. Encore plus rarement sur les noyers, les frênes ou les micocouliers.

On ne le trouve jamais sur les hêtres et les platanes. Sa présence sur les ormes et les chênes est exceptionnelle, d’où l’importance que les druides accordaient au Gui récolté sur les chênes. La population des « chênes à Gui » est estimée pour la France à environ une quinzaine d’individus[12][réf. insuffisante]. Le chêne opposerait une barrière chimique empêchant la pénétration du Gui dans le rameau. Il ne peut se développer que sur des chênes ayant une déficience génétique, ce qui explique sa rareté[13].
Le Gui, parfois, peut aussi parasiter une autre touffe de Gui.

Dissémination[modifier | modifier le code]

Le gui est pollinisé par les insectes. La dispersion des graines est essentiellement assurée par certains Turdinae, notamment la grive draine, qui raffolent des fruits du Gui et rejettent les graines non digérées dans leurs fientes, parfois à plusieurs kilomètres compte tenu du temps de la digestion.

Les fauvettes à tête noire qui décortiquent les baies sur place assurent une dissémination beaucoup plus localisée. Elles sont incapables d'avaler le fruit et se contentent d'en extraire la pulpe. Les graines sont ainsi abandonnées sur des branches et trouvent les conditions idéales pour germer. Les mésanges et les sittelles, se nourrissent des graines collées sur les rameaux par les fauvettes, grâce à leur bec court et massif capable de les casser. 8 ou 9 graines sur 10 sont ainsi repérées et mangées par ces passereaux, en hiver[14].

De la graine collée à l'arbre ou sur tout autre substrat, grâce à la viscine, émerge alors une ou deux excroissances vertes (hypocotyles) — rarement trois —, correspondant chacune à un embryon. En utilisant les réserves des cotylédons de la graine, l'hypocotyle s'allonge — son extrémité présente une protubérance et se dirige vers le substrat. Au contact du rameau, se développe un « disque ou cône de fixation » permettant l'adhérence. À l'issue de deux mois environ se développe toujours à l'extrémité de l'hypocotyle un coin, qui pénètre l'écorce de l'arbre-hôte jusqu'aux vaisseaux transportant la sève ; c'est la transformation de l'hypocotyle en « suçoir ». L'embryon peut donc ne pas rester longtemps à l'état d'épiphyte stricto sensu, c'est-à-dire totalement autonome (fonction chlorophyllienne) ; mais dans tous les cas, pendant la première année surtout et les suivantes le prélèvement de sève est faible. Lorsque l'écorce est trop épaisse empêchant l'accès vers la sève, la plantule se dessèche après avoir épuisée toutes ses réserves.

Au printemps suivant, de la graine initiale, dont il ne reste plus qu'une petite tige, correspondant au suçoir, vont alors émerger deux petites feuilles constituant le premier stade d'une nouvelle touffe.

Une boule de Gui peut fabriquer près de 30 000 graines en 35 ans, 1 seule sur 10 ou 15 000 donnera un nouveau pied[15].

Les différentes espèces et sous-espèces de Gui[modifier | modifier le code]

Sur les feuillus c'est la sous-espèce Viscum album L. subsp. Album, 1753[16] ;

la sous-espèce Viscum album L. subsp. Abietis (Wiesb.) Abromeit, 1928 parasite le sapin pectiné[10] ;

la sous-espèce Viscum album L. subsp. Austriacum (Wiesb.) Vollm., 1914[17], les pins et les mélèzes en montagne à partir de 800 m d'altitude.

Il existe quelque 70 espèces du genre Viscum réparties dans les régions tempérées.

Les Guis américains, dont Phoradendron leucarpum et P. flavescens, bien que ressemblant à Viscum album appartiennent à un genre distinct, Phoradendron, originaire d'Amérique du Nord.

Répartition[modifier | modifier le code]

L'aire de répartition du gui est assez vaste. Elle comprend :

Eurasiatique, c'est une espèce présente dans les plaines, collines et en montagne jusqu'à 1 300 mètres d'altitude. Elle est rare en région méditerranéenne.

Étymologie[modifier | modifier le code]

Son nom est issu du latin viscum, devenu *WISCU en gallo-roman sous l'influence des parlers germaniques, peut-être du vieux bas francique non attesté *wîhsila « sorte de griotte », puis *gwy et guy[18],[19] ([w] > [g] est une évolution régulière du w d'origine germanique en français central « francien » cf. Wilhelm > Guillaume). L'ancien occitan quant à lui, a conservé le mot vesc issu directement du latin cf. italien vischio, roumain vâsc « gui » (v initial s'est maintenu dans les autres langues romanes tout comme dans les mots du français issus uniquement du latin, par l'intermédiaire du gallo-roman, ex : latin videre > voir). Viscum signifie « colle, glu » en référence à la viscosité de ses fruits (cf. visqueux qui est un emprunt plus tardif au bas latin viscosus « englué, enduit de glu; visqueux, gluant », dérivé en -osus de viscum). Album (du latin alba « blanc ») fait référence à la couleur blanchâtre des fruits.

Histoire et mythologie[modifier | modifier le code]

Les Grecs associaient le gui à Hermès, grand messager de l'Olympe.

Du temps des Gaulois, les druides allaient en forêt pour couper le gui sacré, le sixième jour de l'année celtique.
Les druides considéraient cette plante comme sacrée en raison des vertus médicinales, ou même miraculeuses, qu'ils lui attribuaient. Le gui était un talisman qui chassait les mauvais esprits, purifiait les âmes, guérissait les corps, neutralisait les poisons, assurait la fécondité des troupeaux, permettait même de voir les fantômes et de les faire parler. C'était le gui cueilli sur le chêne — chose rare — qui était recherché. Le chêne était l'arbre du soleil qui symbolisait la force et la puissance. Le gui était l'arbuste de la lune.

Un des plus célèbres mythes de la mythologie nordique implique le gui. D'après l'Edda de Snorri, le dieu Baldr, fils d'Odin, est rendu invincible par sa mère Frigg qui a fait jurer à toutes choses, plantes, pierres et êtres vivants, de ne pas faire du mal à son fils. Cependant le dieu malin Loki lui fait avouer qu'elle n'a pas fait jurer à une pousse de gui, tellement elle lui paraissait inoffensive. Alors Loki, jaloux de la popularité de Baldr, taille le gui et incite traîtreusement le dieu Höd de le lancer vers Baldr, ce qui le tue tragiquement.

Traditions[modifier | modifier le code]

Tradition du baiser sous le gui.

En Europe du Nord (y compris en France), il est d'usage de s'embrasser sous une branche de gui et de choisir une baie de la gerbe, symbole de prospérité et de longue vie au moment des fêtes de Noël et du jour de l'an (à minuit précisément), la gerbe de gui étant accrochée au plafond ou au-dessus de la porte d’entrée[20]. Cette tradition du baiser fait partie de tout un rituel du mariage lors des fêtes grecques des Saturnales. La saison voulant que le gui abonde, on en cueillit dès le Moyen Âge pour l'offrir avec ce souhait : « Au gui l'an neuf », formule qui fut remplacée plus tard par « Bon an, mal an, Dieu soit céans » (soit dans la maison). En Angleterre au XVIIIe siècle, si une jeune femme célibataire acceptait un baiser alors qu'elle se trouvait sous la « kissing ball » (littéralement la « boule à baisers », boule de gui décorée et accrochée aux portes), elle était promise à un mariage dans l'année, comme pour les Saturnales[21]. Au XIXe siècle on disait « Bonne et sainte année, le paradis à la fin de vos jours », expression modernisée au XXe siècle en « Bonne et heureuse année ».

En Amérique du Nord, on décore à la période de Noël avec des feuilles de Phoradendron flavescens[22]. La tradition veut que deux personnes qui se retrouvent dessous doivent s'embrasser.

Une fête à Morlaix, appelée « guignannée », correspondait à des étrennes le dernier jour de l'an, les riches offrant des présents aux pauvres à leur porte. Cette fête remonte au culte du gui du nouvel an chez les druides[23].

Effets sur les arbres[modifier | modifier le code]

Touffe de gui sur un peuplier
Bois de sapin « guité »

Sa présence affaiblit l'arbre-hôte (diminution de la croissance en diamètre et en hauteur) et diminue certaines qualité du bois par les traces de ses suçoirs (on parle de bois guité). Chez le pommier, il diminue aussi la production fruitière. Au point de fixation du gui, il se produit souvent un renflement de la branche hôte, puis progressivement un affaiblissement mesurable de la partie située au-delà de ce point, partie qui finit parfois par se dessécher. Là où il est surabondant, ce qui semble assez rare [4], le gui est donc considéré comme un fléau par les populiculteurs et les arboriculteurs. AInsi, en France, le gui peut figurer sur une liste d'organismes dits « nuisibles » dont la destruction peut être rendue localement et temporairement obligatoire par arrêté préfectoral.

Il est parfois difficile de savoir si c'est l'affaiblissement de l'arbre qui a favorisé les attaques de champignons et d'insectes ou si le gui a au contraire profité d'arbres âgés ou immunitairement affaiblis. Les monocultures équiennes ou les alignements semblent aussi faciliter la diffusion des graines par les oiseaux. De même a-t-on constaté en Amérique du Nord que les infestations par les guis nains progressent plus vite dans les peuplements arborés peu denses[24],[25].

Lutte contre le gui[modifier | modifier le code]

Le moyen de lutte le plus courant consiste à couper la touffe à sa base, mais cela ne donne qu'un répit à l'arboriculteur, car les cordons corticaux peuvent émettre des bourgeons adventifs capables de créer de nouvelles touffes. Il est possible de tailler les branches assez largement avant le point de fixation, mais cela n'est pas faisable si le gui est implanté sur une branche importante.

Paradoxalement, il a été constaté que « l'éclaircie ou la coupe de régénération éliminant en priorité les arbres infestés semble conduire à un résultat contraire. En supprimant les arbres les plus attractifs et en augmentant la pénétration dans le peuplement, ces interventions reportent l’infestation sur les arbres qui restent, accélérant ainsi la dynamique du parasite. Ce même phénomène a été également noté sur sapin[26] et dans les peuplements nord-américains infestés par les guis nains », par exemple dans le Montana[24], au Canada[27] et jusqu'en Alaska[25].

Aucun produit chimique n'existant actuellement pour contrôler le gui sans nuire à la plante hôte. La destruction chimique, notamment par l'injection dans le tronc de l'hôte d'herbicides systémiques, qui sont véhiculés par la sève, fait l'objet de recherches, la prévention, par la sélection de cultivars naturellement résistants, est une autre voie de recherche[28]. Chez le peuplier on a par exemple identifié des souches et cultivars plus ou moins résistants, grâce à « des moyens de défense préexistants liés à des caractéristiques histologiques propres à chaque cultivar » ou via la mise en place en réponse à la tentative de pénétration du bois par le gui d'une « zone périhaustoriale riche en polyphénols. Chez le cultivar résistant, ces polyphénols se caractérisent par une forte abondance en flavonoïdes avec flavones, flavanones et flavonols », mais comme chez tous les parasites, il est probable que le gui puisse dans une certaine mesure co-évoluer avec son hôte dans le cadre de ce que Claude Combes nomme les « interactions durables ».

Propriétés et utilisations[modifier | modifier le code]

Propriétés[modifier | modifier le code]

Le gui renferme des substances toxiques, des hétérosides (vraisemblablement des saponosides) qui peuvent provoquer en cas d'ingestion des fruits des troubles digestifs et même des troubles cardiaques (collapsus cardio-vasculaire) si le nombre de baies ingérées dépasse la dizaine[29].

Constituants connus :

Intérêt médicinal et pharmacopée[modifier | modifier le code]

Comme de nombreuses plantes toxiques, résistant au gel et/ou devant se défendre contre le système immunitaire de son hôte le gui pourrait contenir des substances chimiques et biochimiques d'intérêt pour la médecine et la biochimie[30], dont certaines sont exploitées depuis longemps :

Le gui était autrefois prescrit contre l'épilepsie, les désordres nerveux, pour la régulation des activités glandulaires, du rythme cardiaque et de la digestion. La décoction des branchettes donne de bons résultats sur les engelures, mais peut être cause d'intolérance.

Les jeunes pousses et feuilles de printemps sont utilisées en gemmothérapie.

L'étude chimique du gui a commencé dès le début du XXe siècle [31] et n'est pas terminée. On a par exemple appris que la viscine, substance extraite du gui, peut à forte dose ralentir dangereusement le rythme cardiaque, causer des convulsions, accroître la pression artérielle et même provoquer un avortement, alors qu'en faible dose, elle a des effets bénéfiques sur les personnes souffrant d'hypertension et de maladies cardiaques.

Des extraits de gui sont utilisés comme traitement adjuvant de certains cancers traités par chimiothérapie.

La médecine homéopathique d'orientation anthroposophique utilise le Gui dans la préparation Iscador [32]. Les études scientifiques ne démontrent pas toutes une activité anticancéreuse, ou pas contre certains types de cancer : une étude publiée en 2004 n'a pas montré de bénéfice thérapeutique pour les mélanomes à haut risque, mais les deux interférons testés en parallèle n'ont pas eu non plus d'effet thérapeutique[33]. Pour le cancer du sein, une étude [34] a montré une amélioration de la qualité de vie des patients durant la chimiothérapie et après. Une autre étude à long terme, sur 30 ans et sur 35 000 patients a permis de montrer une amélioration du taux de survie (+40%) sur plusieurs types de cancer incluant le cancer du sein[35]. Il n'existe pas à l'heure actuelle d'étude scientifique reconnue prouvant l'efficacité de l'Iscador dans le traitement du cancer[36].

Divers[modifier | modifier le code]

  • Le feuillage du gui a parfois été utilisé comme fourrage pour compléter l'alimentation des bestiaux à la mauvaise saison. Il était réputé pour favoriser la lactation des vaches et des chèvres.
  • Les fruits du gui, une fois macérés, fermentés et cuits, donnent une colle fine et très adhésive qui servait de glu (glu des oiseleurs).
  • Les touffes de gui avec leurs fruits se conservent très bien pendant des semaines voire des mois en guise d'ornement par exemple. Il suffit de tremper les extrémités des tiges coupées dans de l'eau.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a, b et c Vallauri, D. (1998). Dynamique parasitaire de Viscum album L. sur pin noir dans le bassin du Saignon (préalpes françaises du sud). In Annales des sciences forestières (Vol. 55, No. 7, pp. 823-835). EDP Sciences
  2. Tuquet, C., & Sallé, G. (1996). Characteristics of chloroplasts isolated from two mistletoes originating from temperate (Viscum album) and tropical (Tapinanthus dodoneifolius) areas. Plant physiology and Biochemistry, 34(2), 283-292.
  3. Sous-famille des Viscodeae, parfois considérée par certains auteurs comme étant une famille, celle des Viscacées
  4. a, b, c, d et e Recherche appliquée en écologie : Le Gui, menace ou assise pour la biodiversité en Australie Méridionale ? ; ISTOM Rapport d’étude effectué à « Calperum Station », Renmark – Australie Méridionale (du 22 juin 2002 au 19 novembre 2002), pour l’École Supérieure d’Agro-Développement International ; Julien Lepetit, 2003
  5. *Jean-Claude Rameau, Dominique Mansion et Gérard Dumé, Flore forestière française : uide écologique illustré, t. 1 : Plaines et collines, Paris, Institut pour le développement forestier,‎ 1er janvier 1989, 1785 p. (ISBN 2904740163 et 978-2904740169, présentation en ligne, lire en ligne), p. 698-699.
  6. La hulotte, n°49, Viscoglut contre Fritzi Pauley, p. 34.
  7. La hulotte, n°48, le Gui, p.6.
  8. Frochot H., Sallé G., Modalités de dissémination et d’implantation du gui, Revue forestière française, t. XXXII, (1980) 505-519.
  9. Plagnat F., Brossier J., Les sapinières à gui. Revue forestière française, t. XXI, (1969) 553-557.
  10. a, b et c Frochot H., Lanier L., Implantation du gui (Viscum album L.) sur différentes provenances de sapin pectiné (Abies alba Miller), Ann. Sci. For. 37 (1980) 147-157.
  11. B. Toussaint et al., Flore de la Flandre française, (ISBN 2-909024-10-5) ; Conservatoire botanique de Bailleul, 2008 ; page 276.
  12. Ibid, p. 42.
  13. Aline Raynal-Roques, Agenda botanique 2010, Belin, 2009, (ISBN 978-2-7011-5361-2).
  14. La hulotte n°49, Op. cit., p. 4 à 7.
  15. La hulotte n°48, Op. cit., p.36.
  16. Synonyme de Viscum album L. subsp. Mali (Tubeuf) Janch, 1942
  17. Synonyme de Viscum album L. subsp. Laxum (Boiss. & Reut.) Gremli, 1890
  18. Site du cnrtl : étymologie de GUI
  19. Dictionnaire étymologique Larousse, 1989, (ISBN 2-03-710006-X)
  20. Le baiser sous le gui, www.culture.gouv.fr
  21. (en) Valeri R. Helterbran, Why flamingos are pink and 250 other things you should know, Taylor Trade Publishing,‎ 2007, p. 118
  22. I.B.K. Richardson dans Les plantes à fleurs. 306 Familles de la flore mondiale, sous la direction de Vernon H. Heywood, Nathan, 1996, p.175. (ISBN 2.09.241056-3[à vérifier : ISBN invalide])
  23. Eustache Marie Pierre Marc Antoine Courtin, Encyclopédie moderne, ou dictionnaire abrégé des sciences, des lettres, des arts avec l'indication des ouvrages ou les divers sujets sont développés et approfondis, Mongie aîné,‎ 1823, p. 415
  24. a et b Dooling O.J, Johnson R.R., Eder R.G., Growth impact, spread and intensification of dwarf mistletoe in Douglas-fir and lodgepole pine in Montana, USDA For. Ser. Rep. 86 6 (1986) 1-11.
  25. a et b Shaw C.G., Hennon P.E., Spread, intensification and upward advance of dwarf mistletoe in thinned, young stands of western hemlock in southeast Alaska, Plant Dis, 75 (1991) 363-367.
  26. Plagnat F., Le gui du sapin. Ann. École nat. eaux et forêts et de la station de recherche expérimentale de Nancy, 12 (1950) 157-231.
  27. Reich R.M., Mielke P.W. Jr, Hawksworth F.G., Spatial analysis of ponderosa pine trees infected with dwarf mistletoe, Can. J. For. Res., 21 (1991) 1808-1815
  28. El Bachir Hariri, Salle G & Andary C (1990) Mécanismes de résistance de quatre cultivars de peuplier en réponse à l'attaque du gui (Viscum album L). Comptes rendus de l'Académie des sciences. Série 3, Sciences de la vie, 311(12), 439-444 (Notice Inist-CNRS).
  29. « Annuaire des plantes toxiques - Le Gui »
  30. Franz, H. (1985). Inhaltsstoffe der Mistel (Viscum album L.) als potentielle Arzneimittel. Pharmazie, 40(2), 97-104.
  31. Leprince, M. (1907). Contribution à l’étude chimique du Gui (Viscum album). Compt. rend, 145, 940-41.
  32. http://www.anthromed.org/Publication.aspx?pubpk=11
  33. « Final results of the EORTC 18871/DKG 80-1 randomised phase III trial. RIFN-alpha2b versus rIFN-gamma versus ISCADOR M versus observation after surgery in melanoma patients with either high-risk primary (thickness >3 mm) or regional lymph node metastasis. »
  34. « Quality of life is improved in breast cancer patients by Standardised Mistletoe Extract PS76A2 during chemotherapy and follow-up: a randomised, placebo-controlled, double-blind, multicentre clinical trial. »
  35. Use of Iscador®, anExtract of European Mistletoe (Viscum Album), in Cancer Treatment. ByR. G.-Maticek, Prof Dr med, H. Kiene, Dr med, S. M. Baumgartner, Dr scnat, R. Ziegler, Dr rer na, Alternative Therapies, May/June, Vol. 7, no.3 ,5/1/2001
  36. Société française du cancer. http://www.sfc.asso.fr/spip.php?article898

Liens externes[modifier | modifier le code]

  • Histoire du Gui : Un parasite guérisseur. Site Agrobiosciences [1]

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Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Beuth, J., Ko, H. L., Tunggal, L., Buss, G., Jeljaszewicz, J., Steuer, M. K., & Pulverer, G. (1994). Immunoaktive Wirkung von Mistellektin-1 an Abhängigkeit von der Dosierung. Arzneimittel-Forschung, 44(11), 1255-1258 (résumé et notice Inist-CNRS).
  • Beuth, J., Stoffel, B., Ko, H. L., Buss, G., Tunggal, L., & Pulverer, G. (1995). Immunaktive Wirkung verschiedener Mistellektin-1-Dosierungen in Mammakarzinom-Patientinnen. Arzneimittel-Forschung, 45(4), 505-507 (résumé et notice Inist-CNRS).
  • Elluru, S., DUONG VAN HUYEN, J. P., WOOTLA, B., DELIGNAT, S., Prost, F., Negi, V. S., & Kaveri, S. V. (2007). Tumor regressive effects of viscum album preparations exploration of immunomodulatory mechanisms. Medicina, 67, 85-89 (lien)
  • Lorch, E. (1993) Neue Untersuchungen über Flavonoide in Viscum album L. ssp. abietis, album und austriacum. Zeitschrift für Naturforschung. C. A journal of biosciences, 48(1-2), 105-107.
  • Plouvier, V. (1953) Sur la recherche des itols et des hétérosides du gui, viscum-album l (loranthacee). Comptes rendus hebdomadaires des séances de l’Académie des sciences, 237(25), 1761-1763.
  • Sallé G., Frochot H., Andary C., Le gui, La Recherche, 24, (1993) 1334-1342.
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