Complément alimentaire

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Un complément alimentaire est une denrée alimentaire dont le but est de fournir un complément de nutriments ou de substances ayant un effet nutritionnel ou physiologique (vitamines, minéraux, acides gras ou acides aminés) manquants ou en quantité insuffisante dans le régime alimentaire normal d'un individu. À la différence des additifs alimentaires, qui sont mélangés à certains aliments, le complément est une source concentrée qui est vendue de façon isolée.

Dans les pays souffrant de malnutrition, on parle plutôt de supplémentation.

Le principe de la complémentation alimentaire[modifier | modifier le code]

Une cuisine saine est censée fournir une alimentation équilibrée répondant aux apports journaliers recommandés (AJR). Toutefois, les suppléments nutritionnels, sous forme médicamenteuse ou par l'enrichissement des aliments, permettent d'éviter certaines carences. Ainsi, dans de nombreux pays, on enrichit le sel en iode afin de prévenir le crétinisme et le goitre. La vitamine B12 n'étant pas présente dans les plantes, les végétaliens doivent prendre un supplément ou consommer des aliments enrichis pour s'assurer un apport adéquat.

Les bébés et enfants ont besoin d'apports en vitamine D, laquelle devrait idéalement être apportée par l'alimentation, mais sera souvent prise sous forme de compléments alimentaires en raison de sa faible disponibilité dans la ration quotidienne. En Europe, la vitamine D était jusqu'à récemment souvent apportée par l'huile de foie de morue.

De même, les femmes ont des besoins 77 % plus élevés que les hommes en fer, et ce dès la puberté (en raison des pertes dues aux règles ou aux accouchements), ainsi qu'en calcium lors de la ménopause (pour éviter l'ostéoporose, conséquence des modifications hormonales).

Or les aliments vont contenir des quantités variables de vitamine D, de fer ou de calcium. Il en résulte que seule une alimentation équilibrée, associant des aliments de types nutritionnels différents (ou au pis aller un apport en complément alimentaire) peut assurer les apports des éléments indispensables.

La consommation de compléments alimentaires atteint 65% de la population adulte aux Etats-Unis[1], et entre 20% à 25% en France[2],[3]. En France les pouvoirs publics considèrent qu'une alimentation équilibrée suffit et ne recommandent pas la prise de compléments alimentaires dans la population générale. Ainsi le PNNS n'y fait jamais allusion. Aux Etats-Unis des publications scientifiques déconseillent l'usage de compléments alimentaires[4], cependant la consommation ne cesse de croître.

Réglementation[modifier | modifier le code]

Les compléments alimentaires sont encadrés au niveau européen par une directive de 2002, transposée en droit français dans le code de la consommation par un décret de 2006. Ils font partie des denrées alimentaires.

Les compléments alimentaires font l'objet d'une déclaration préalable à leur commercialisation auprès de la DGCCRF. c'est l'ANSES qui est chargé de veiller à la nutrivigilance, dispositif de vigilance des produits commercialisés instauré en 2010 à l'instar de la pharmacovigilance ou encore de la cosmétovigilance.

Allégations[modifier | modifier le code]

Utilité médicale ?[modifier | modifier le code]

Les compléments alimentaires ne sont pas des médicaments. On ne peut donc parler d'utilité médicale. Les compléments alimentaires ont, du fait de leur composition et dosage, une action physiologique et n'ont pas, à la différence du médicament, une action pharmacologique. Des études de méta-analyse montrent notamment que la prise de suppléments vitaminiques est associée à l'augmentation des risques de mortalité[5], celle des suppléments en oligo-éléments (cuivre, magnésium, fer, zinc) affecte la santé et la surmortalité des femmes plus âgées[6]. La supplémentation en calcium présenterait également des risques[7].

Le marché[modifier | modifier le code]

Le marché mondial en 2003 s'élève à 45 milliards d'euros, 37 % des compléments étant produits par les États-Unis, 30 % en Europe (la France se situe en quatrième position derrière l'Italie, l'Allemagne et la Grande-Bretagne)[8].

En 2011, le marché français réalise un chiffre d'affaires de 991 millions d'euros. La pharmacie y reste le premier circuit de vente, représentant 60 % du poids total[9]. Le groupe Natural Distribution (créé en 1985 à Ashford, sa filiale Laboratoires Santé Verte étant spécialisée dans le circuit de distribution en pharmacie) est pionnier dans la distribution de compléments alimentaires sur le marché français et en est le leader en 2011 avec 26 millions d'euros de chiffre d’affaires[10].

Les fabricants[modifier | modifier le code]

Union européenne[modifier | modifier le code]

Les compléments alimentaires sont régis par la Directive 2002/46[11] et sont définis comme des "denrées alimentaires dont le but est de compléter le régime alimentaire normal et qui constituent une source concentrée de nutriments ou d'autres substances ayant un effet nutritionnel ou physiologique seuls ou combinés, commercialisés sous forme de doses, à savoir les formes de présentation telles que les gélules, les pastilles, les comprimés, les pilules et autres formes similaires, ainsi que les sachets de poudre, les ampoules de liquide, les flacons munis d'un compte-gouttes et les autres formes analogues de préparations liquides ou en poudre destinées à être prises en unités mesurées de faible quantité.", les nutriments concernés étant les vitamines et minéraux.

Des contraintes de composition sont introduites par cette Directive. Par ailleurs, la dose recommandée ne peut apporter plus de 100 % des AJR pour chaque nutriment.

En France la Directive a été transposée par le Décrêt 2006/352[12] qui introduit une obligation d'enregistrement auprès de la DGCCRF et précise divers points (liste de plantes autorisées, etc.)

De nombreux laboratoires proposent à la fabrication des compléments alimentaires. Les plus connus sont Oenobiol, Arkopharma, Innéov Nutricosmetics (marque L'Oréal fondée à parité avec Nestlé en 2002), Juvamine, PiLeJe qui sont distribués sous leur marque, mais il existe aussi des fabricants de compléments alimentaires qui fabriquent et distribuent en « private label », c'est-à-dire qui fabriquent des produits qui seront commercialisés sous une autre marque (façonnage). C'est le cas de sociétés telles que JSK Pharma, NPU Pharma, Lustrel…

États-Unis[modifier | modifier le code]

Le complément alimentaire (« dietary supplement »)[13] est défini par le Dietary Supplement Health and Education Act of 1994[14] comme un produit répondant aux critères suivants :

  1. Il est conçu pour être complémentaire d'un régime alimentaire et peut être un comprimé, une capsule ou un liquide composé de :
  2. Il doit être précisé qu'il ne s'agit pas d'une alimentation classique et ne doit pas être consommé comme unique source d'alimentation.
  3. Il doit être clairement étiqueté comme « complément alimentaire ».

La FDA considère les compléments alimentaires comme de la nourriture, et non comme des médicaments. Elle ne doit donc pas pré-approuver leur sécurité et leur efficacité mais elle peut s'attaquer à des fabricants si elle constate a posteriori la présence de produits dangereux sur le marché. Toutefois, certains aliments (tels que les produits pour enfants ou les alicaments) sont plus surveillés car ils concernent des populations plus vulnérables.

Par rapport à l'Union européenne, la consommation des compléments alimentaires est beaucoup plus commune, quasi-systématique pour les "multivitamines"[15]. Dans la réglementation américaine, les ingrédients autorisés sont plus nombreux, et leur dosage peut être plus puissant, puisqu'il peut dépasser l'AJR, contrairement à la réglementation européenne.

Chine[modifier | modifier le code]

La Chine produit des compléments alimentaires, dont ginseng traditionnel ou le konjac, tubercule reconnu pour son action sur le cholestérol et la régulation de poids, utilisé autrefois pour calmer la faim[16]. Mal dosé, il peut provoquer une occlusion intestinale. L'administration des produits alimentaires et pharmaceutiques (SFDA) a annoncé en 2012 sa volonté de mieux surveiller les producteurs de compléments alimentaires[17].

Les fabricants[modifier | modifier le code]

En France de nombreux laboratoires fabriquent et distribuent des compléments alimentaires. Les plus connus et les plus diffusés sont Oenobiol, Arkopharma ou Innéov (marque L'Oréal) qui distribuent en noms propres ou alors GSK Pharma, Lustrel qui fabriquent à façon et distribuent pour les pharmacies, VPCistes…

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Dietary Supplements 2010
  2. Commentaires de l'ANSES sur l'étude INCA2
  3. Etude Nutrinet
  4. Enough Is Enough: Stop Wasting Money on Vitamin and Mineral Supplements
  5. (en) James Randerson, « Vitamin supplements may increase risk of death », The Guardian,‎ 16 avril 2008 (lire en ligne)
  6. (en) Jaakko Mursu et coll, « Dietary Supplements and Mortality Rate in Older Women », Archives of internal medecine, vol. 171, no 18,‎ 10 octobre 2011, p. 1625-1633 (DOI doi:10.1001/archinternmed.2011.445)
  7. High Calcium Supplement Intake Raises Male Cardiovascular Disease Death Risk
  8. Que penser des "aliments santé" ? - Chiffres de l’IRIPS, Institut régional d’information et de prévention de la sénescence
  9. Les chiffres clés du marché (Année 2011), Syndicat National des Compléments Alimentaires
  10. Fabien Guez, interview de Maryse Estienne (fondatrice du groupe Natural Distribution) dans l'émission BFM Business : Check up santé, 10 septembre 2012
  11. Directive 2002/46
  12. Décrêt 2006/352
  13. Site de la FDA sur les compléments alimentaires
  14. US Dietary Supplement Health and Education Act of 1994 - FDA
  15. (en) Article sur la consommation de multivitamines aux États-Unis
  16. « L'industrie opaque des compléments alimentaires », sur lefigaro.fr (consulté le 15 avril 2013)
  17. « La Chine lancera une supervision plus stricte des compléments alimentaires », sur chine-informations.com (consulté le 16 avril 2013)

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]