Boromir

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Boromir
Personnage de fiction apparaissant dans
Le Seigneur des anneaux.

Boromir
Boromir

Naissance 2978 T.A.
Origine Minas Tirith
Décès 26 février 3019 T.A.
Sexe Masculin
Espèce Homme
Cheveux bruns
Yeux gris
Famille fils aîné de Denethor et frère de Faramir
Ennemi(s) Sauron

Créé par J. R. R. Tolkien
Interprété par Sean Bean
Voix Derek Prentice, Erik Bauersfeld, Michael Graham Cox, James Horan, William Sabatier, François-Éric Gendron
Film(s) Le Seigneur des anneaux (1978)
Le Seigneur des anneaux (films de Peter Jackson)
Roman(s) Le Seigneur des anneaux

Boromir est un personnage du légendaire de l'écrivain britannique J. R. R. Tolkien apparaissant dans le roman Le Seigneur des anneaux.

Fils de l'Intendant du Gondor Denethor et frère aîné de Faramir, il est l'un des neuf membres de la communauté de l'Anneau. Il succombe à la tentation de l'Anneau unique, jusqu'à tenter de le prendre par la force à son porteur, Frodon Sacquet. Repenti, il meurt peu après en tentant de protéger les Hobbits Merry et Pippin d'une attaque d'orques.

La faute de Boromir et sa rédemption, exemple utilisé par Tolkien pour réfuter les accusations de manichéisme portées à l'encontre de son roman, ont été étudiées à travers le prisme du catholicisme de l'auteur. Les dilemmes qui torturent ce personnage ont fait l'objet de nombreuses analyses : pour Alex Davis « déchiré entre son roi et son père, entre la Communauté et son pays, entre l'honneur et la fierté, le pouvoir et la sagesse, Boromir reflète la complexité morale et dramatique du Seigneur des anneaux[1],[Trad. 1]. »

Boromir apparaît par ailleurs dans la majorité des adaptations du Seigneur des anneaux.

Caractéristiques[modifier | modifier le code]

Description[modifier | modifier le code]

À sa première apparition dans Le Seigneur des anneaux, Boromir est décrit comme « un homme de haute taille au beau et noble visage, aux cheveux bruns et aux yeux gris, au regard fier et grave[2],[Trad. 2] ». Dans une note inédite sur la taille des Númenóréens, Tolkien indique qu'Aragorn mesure « probablement au moins 6 ft. 6 [1,98 m] ; et Boromir, de haute lignée númenóréenne, pas beaucoup moins (disons 6 ft. 4 [1,93 m][3]) ». Boromir descend par sa mère des princes de Dol Amroth, une lignée dont les hommes sont imberbes du fait de leur ascendance elfique[4].

Tolkien dresse un bref portrait moral de Boromir dans l'Appendice A du Seigneur des anneaux : « C'était plutôt un homme du genre du roi Eärnur d'autrefois, ne contractant point de mariage, mais se plaisant principalement à l'exercice des armes ; robuste et téméraire certes, mais se souciant peu des savoirs coutumiers, sinon pour les récits de batailles d'antan[5]. » Il offre ainsi un contraste frappant avec son cadet Faramir, de tempérament plus calme et davantage intéressé par le savoir que par la gloire du combat[5].

Arbre généalogique[modifier | modifier le code]

 
Intendants
du Gondor
 
Princes de
Dol Amroth
 
 
 
 
 
 
 
Rois du
Rohan
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
Denethor II
 
Finduilas
 
 
 
Éomund
 
Théodwyn
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
Boromir
 
Faramir
 
 
 
Éowyn
 
Éomer
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
Elboron
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
Barahir[N 1]
 
  1. La filiation de Barahir n'est pas certaine.

Nom[modifier | modifier le code]

Le nom Boromir, explique Tolkien dans l'Appendice F du Seigneur des anneaux, est de « forme mixte »[6] : il contient l'élément quenya mírë « joyau » et l'élément sindarin boro(n) « loyal, ferme, fidèle »[7],[8].

C'est également le nom d'un Homme du Premier Âge, l'arrière-grand-père paternel de Beren Erchamion, et du dixième Intendant souverain du Gondor (mort en 2489 T. A.), un lointain aïeul du Boromir du Seigneur des anneaux.

Histoire[modifier | modifier le code]

Blason du Gondor, la patrie de Boromir.

Né en l'an 2978 du Troisième Âge, Boromir est le fils aîné de Denethor II, l'intendant du Gondor, et de Finduilas de Dol Amroth. Son frère cadet, Faramir, naît cinq ans plus tard[9],[10]. Les deux frères perdent leur mère très jeunes (elle meurt en 2988 T. A.). Ils ont d'excellentes relations (Boromir protégeant Faramir et Faramir admirant Boromir), nullement entachées de jalousie, malgré leurs tempéraments opposés et la préférence affichée de Denethor pour son fils aîné[5].

En juin 3018 T. A., lorsque les armées de Sauron attaquent les ruines d'Osgiliath, Boromir, capitaine du Gondor, est envoyé pour défendre la cité. Vaincus par le nombre, les Gondoriens doivent se retrancher derrière l'Anduin, après avoir abattu le dernier pont sur le fleuve ; parmi les derniers défenseurs, seuls quatre parviennent à s'enfuir, parmi lesquels Boromir et Faramir. La veille de l'assaut final, Faramir fait un rêve mystérieux dans lequel il entend des vers prophétiques :

Cherche l'épée qui fut brisée :
À Imladris elle se trouve ;
Des conseils seront pris
Plus forts que les charmes de Morgul.
Un signe sera montré
Que le Destin est proche,
Car le Fléau d'Isildur se réveillera,
Et le Semi-Homme se dressera[11].

Le rêve se répète, et Boromir le fait également à une reprise. Après avoir pris conseil auprès de son père, Faramir décide de se rendre à Imladris, mais craignant pour son frère, Boromir prend sa place. Il quitte Minas Tirith le 4 juillet pour un voyage périlleux de plus de cent jours. Tolkien écrit dans les Contes et légendes inachevés que « la relation ne rend pas un juste hommage au courage et à l'endurance requis[12],[Trad. 3] » pour ce voyage. Il atteint sa destination le 24 octobre à la nuit tombée, après avoir perdu son cheval en traversant la Gwathló et avoir dû terminer son périple à pied.

Le conseil d'Elrond se tient le lendemain. Boromir y parle au nom du Gondor, premier rempart contre les forces du Mordor. Il découvre les explications de son rêve : l'épée qui fut brisée n'est autre que Narsil, l'épée d'Elendil, dont les fragments appartiennent désormais à Aragorn ; le fléau d'Isildur est l'Anneau unique, retrouvé et possédé par Frodon Sacquet, un semi-homme. Boromir propose d'utiliser l'Anneau pour lutter contre le Mordor, mais Elrond lui explique que celui qui abattrait Sauron de cette façon ne ferait que prendre sa place de Seigneur ténébreux. En fin de compte, il est décidé que l'Anneau doit être détruit. Boromir fait partie de ceux choisis pour accompagner et aider Frodon dans cette quête.

La Communauté de l'Anneau se dirige vers l'est en direction des Monts Brumeux, qu'elle compte franchir par le col du Caradhras. Boromir propose que chacun porte un fagot, idée qui sauve la vie à la Communauté lorsque le blizzard se lève au sommet du pic. La passe étant bloquée, Boromir et Aragorn portent les quatre Hobbits en sûreté hors des congères de neige. Il faut trouver un autre chemin, et Boromir propose de contourner les montagnes par le sud et la trouée du Rohan, idée rejetée par Gandalf, qui estime que ce trajet passe dangereusement près de la résidence du traître Saroumane[13]. Gandalf propose le passage de la Moria, seule voie restante, voie que Boromir rejette instamment. La Communauté doit néanmoins s'y résoudre et se dirige vers les Portes de Durin où Boromir réveille involontairement le Guetteur de l'Eau[14].

Après la chute de Gandalf face au Balrog, Aragorn prend la tête de la Communauté et la conduit en Lothlórien, malgré la méfiance de Boromir à l'égard de cette forêt. Galadriel soumet chacun des membres de la Communauté à la tentation ; Boromir refuse de révéler ce qu'elle lui a proposé[15]. Lorsque la Communauté quitte la Lórien, Galadriel offre un présent à chacun de ses membres, et Boromir reçoit une ceinture d'or et une cape elfique. Les Galadhrim donnent également trois barques à la Communauté pour la suite de son voyage le long de l'Anduin. Boromir dirige l'une d'elles, avec Merry et Pippin ; il commence à présenter des signes d'inquiétude que les Hobbits ne s'expliquent pas[16].

Boromir est convaincu que l'Anneau doit être apporté à Minas Tirith, afin de servir à la lutte contre Sauron. Lorsque la Communauté arrive à Parth Galen, et qu'elle doit décider de prendre la route du Gondor ou du Mordor, il tente de convaincre Frodon de lui remettre l'Anneau, persuadé que l'Anneau ne peut corrompre les hommes du Gondor.

« Boromir allait et venait, parlant de plus en plus fort. Il semblait presque avoir oublié Frodon, tandis que son discours roulait sur les murs, les armes et le rassemblement d'hommes ; et il tirait des plans de grandes alliances et de glorieuses victoires à venir ; il abattait le Mordor et devenait lui-même un puissant roi, sage et bienveillant[17]. »

Effrayé, Frodon refuse de lui remettre l'Anneau. Boromir, furieux, tente de le lui prendre de force, mais le Hobbit passe l'objet à son doigt et s'enfuit, invisible. La Communauté se disperse pour tenter de le retrouver, et Aragorn ordonne à Boromir de suivre et de protéger Merry et Pippin. Le Gondorien les défend contre les Orques, et la sonnerie de son grand cor les repousse un moment ; mais nulle aide n'arrive, et il devient la cible des archers orques. Lorsque Aragorn le retrouve, Boromir agonise, percé de nombreuses flèches. Dans son dernier souffle, il avoue sa faute à Aragorn et lui demande de sauver Minas Tirith[18].

Faramir et Boromir

Avec l'aide de Gimli et Legolas, Aragorn transporte le corps sur les berges de l'Anduin et le dépose dans l'une des barques elfiques avec son épée et son cor, brisé durant la lutte. Après un chant funèbre interprété par Aragorn et Legolas, la barque est emportée par le fleuve Anduin. Trois nuits plus tard, Faramir, en mission en Ithilien, voit passer la barque à Osgiliath. Ayant entendu le cor du Gondor, il comprend que son frère gît dans l'embarcation. La barque continue sa descente de l'Anduin et finit vraisemblablement par atteindre la mer. Faramir retrouve le cor brisé de son frère sur les berges de l'Anduin et le renvoie à son père[19].

Conception[modifier | modifier le code]

Le personnage de Boromir apparaît dès la première version écrite du conseil d'Elrond (fin 1939) : « un homme au visage noble, mais sombre et triste[20] ». Contrairement à d'autres personnages, il a dès le début son nom définitif[21], mais les raisons de sa venue à Fondcombe ne sont pas expliquées[22]. Tolkien n'envisage pas immédiatement d'en faire un membre de la Communauté de l'Anneau, mais l'idée émerge rapidement, de même que son ascendance, même s'il est alors le fils du « roi » d'Ond (futur Gondor)[23]. La Communauté se compose alors de Gandalf, des quatre Hobbits de la Comté et de Trotter, le précurseur d'Aragorn, lui aussi un Hobbit ; Boromir, le seul humain, joue donc un rôle important dans la première version de l'ascension manquée du col du Caradhras[24].

Des notes jetées sur des feuilles d'examen datées d'août 1940 marquent l'émergence de la raison de la venue de Boromir à Fondcombe : des « prophéties » évoquant l'Épée Brisée[25]. La quatrième version du chapitre « Le Conseil d'Elrond » voit apparaître le rêve prophétique et le poème qui l'accompagne, bien qu'ils soient alors attribués au seigneur de Minas Tirith (le personnage de Faramir n'existe pas encore)[26].

Après avoir rédigé les chapitres de la Moria, Tolkien couche sur le papier des notes sur la tournure que doivent prendre les événements. Il n'envisage pas encore la mort de Boromir : celui-ci doit tenter de prendre l'Anneau à Frodon, qui s'enfuit, mais après cela, il part pour Minas Tirith avec Aragorn, qui soupçonne quelque chose. La ville est assiégée par les forces de Sauron ; le Seigneur de Minas Tirith meurt, et le peuple choisit Aragorn pour le remplacer. Boromir, qui a totalement basculé du côté du Mal, part alors rejoindre Saroumane pour qu'il l'aide à détrôner Aragorn. Après la défaite de Sauron, Boromir doit mourir de la main d'Aragorn[27]. La trahison de Boromir reste présente dans les notes prises après les chapitres de la Lórien[28], mais lorsque Tolkien arrive à la rédaction des futurs chapitres « La Dissolution de la Communauté » et « Le Départ de Boromir » (durant l'hiver 1941-1942), l'histoire a atteint sa version finale : Boromir meurt après avoir confessé sa faute à Trotter (Aragorn)[29].

Critique et analyse[modifier | modifier le code]

Rôle et psychologie du personnage[modifier | modifier le code]

Aux lecteurs lui ayant reproché le manichéisme apparent du Seigneur des anneaux, Tolkien réplique qu'ils « oublient Boromir au moins »[30]. Cependant, pour Marjorie Burns, même si Boromir représente « l'essai le plus flagrant de Tolkien de créer une personnalité moralement troublée[31],[Trad. 4] », il ne pose guère de difficultés, car « il est trop facile de sentir (et cela sans profond regret) que Boromir est destiné à faillir[31],[Trad. 5] ». Pour d'autres, au contraire, Boromir est un des personnages qui rendent la Terre du Milieu « pleine de paradoxes et d'ambiguïté »[32].

Pour Nancy Enright, Boromir représente le stéréotype traditionnel du pouvoir masculin, et par la chute de ce personnage, Tolkien montre la faiblesse spirituelle et morale de ce type de pouvoir, quand les personnages moins héroïques à première vue résistent mieux[33].

Ralph C. Wood rapproche les personnages de Boromir et de Saroumane : « les deux se perçoivent eux-mêmes comme des chefs et des héros[34],[Trad. 6] », mais succombent devant leurs propres ambitions. Néanmoins, contrairement à Saroumane, Boromir souhaite l'Anneau pour lutter contre Sauron, là où le magicien envisage une coopération avec lui. Le courage de Boromir n'est pas suffisant pour le garder du mal car il n'est pas tempéré par la sagesse. Or la vertu de courage a été transformée dans le christianisme par la vertu du martyre : préférer mourir plutôt que de renier sa foi. Si Boromir ne craint pas la mort, il l'espère glorieuse au combat, et cède au désespoir devant le manque de troupes du Gondor face au Mordor[35]. Son arrogance de croire qu'il pourra combattre Sauron avec l'Anneau est sans doute une cause majeure de sa chute[36].

Michael D. C. Drout propose une lecture catholique des derniers instants de Boromir : après avoir succombé au péché en tentant de s'emparer de l'Anneau, il réalise son erreur et se repent. Sa pénitence consiste à essayer de protéger Merry et Pippin, et à souffrir des flèches des Orques. Sa confession à Aragorn avant de mourir conclut le processus de pénitence, au terme duquel Boromir semble avoir été absous : il a l'air en paix lorsque Faramir le voit gisant dans sa barque funéraire[37]. La mort permet d'effacer la faute, elle est rédemptrice[38]. Pour Ralph C. Wood, la mort de Boromir est « la plus poignante scène de pardon du Seigneur des anneaux »[39].

Pour Christine Brooke-Rose, Boromir est un personnage qui a un rôle essentiellement structurel dans le roman : il est celui qui introduit la division dans la Communauté de l'anneau, ce qui permet à Frodon et Sam de continuer la quête seuls[40]. La fierté de Boromir devient alors l'élément qui permet au personnage de tenter de s'emparer de l'Anneau, et qui rend cette tentative prévisible[41].

Parallèles littéraires[modifier | modifier le code]

Mort de Roland à Roncevaux. On peut voir son cor gisant à côté de lui. Enluminure de Jean Fouquet tirée des Grandes Chroniques de France (1455-1460).

Boromir est un imposant guerrier, associé à un grand cor, qui succombe loin de chez lui face à un adversaire très supérieur en nombre. Plusieurs critiques ont ainsi été tentés de le rapprocher du personnage de Roland[42],[43]. Les deux appellent au secours, Roland, le roi Charlemagne et Boromir, Aragorn, mais dans les deux cas l'aide espérée arrive trop tard[44]. L'utilisation du cor est également comparée à celle qu'en fait le personnage de Susan Pevensie dans Le Monde de Narnia de C. S. Lewis. Tous deux sonnent de leur cor mais reçoivent une « aide qui intervient sous une forme différente de celle attendue ». Dans le cas de Boromir, alors qu'il s'attend à ce qu'Aragorn l'aide à combattre, celui-ci n'arrive que pour recueillir ses dernières paroles, l'aidant à « reposer en paix[45] ». Claire Jardillier rapproche également Boromir de la figure du chevalier, en notant ses ressemblances avec Lancelot : « comme Lancelot, [Boromir] pourrait être un chevalier proche de la perfection s'il s'inquiétait de sujets plus élevés que le seul combat physique » ; Boromir ne voit que « le danger militaire qui assaille le Gondor, non le danger plus vaste et plus pernicieux qui concerne l'ensemble de la Terre du Milieu », ce qui, comme Lancelot, le fait échouer dans sa quête[46].

Janet Brennan Croft dresse une comparaison avec Macbeth, héros éponyme de la pièce de William Shakespeare : tous deux partagent une certaine ambition et sont tentés de l'assouvir par des moyens néfastes, Macbeth par les sorcières, Boromir par Galadriel, de manière moins directe. Toutefois, la fin de Boromir présente un caractère eucatastrophique absent chez Shakespeare (Macbeth est décapité sans s'être repenti), « peut-être en raison de la foi de Tolkien[47] ».

Tout en notant que Tolkien n'a jamais évoqué Homère parmi ses sources d'inspiration, Miryam Librán-Moreno discerne plusieurs points communs entre Ajax le Grand et Boromir, deux grands et fiers guerriers qui perdent la vie peu après avoir succombé à un accès de folie ; Faramir et Denethor correspondraient alors respectivement à Teucros et Télamon[48]. Pour Martin Simonson, en plus de Roland, la scène à Amon Hen crée un parallèle entre les personnages d'Aragorn et Boromir d'une part et Hector et Achille d'autre part : Hector est un guerrier avec le sens des responsabilités là où Achille se laisse emporter par sa colère. Cette distinction provient davantage du roman de Troie médiéval de Benoît de Sainte-Maure, qui en fait les prototypes du bon et du mauvais chevaliers, que d'Homère. Chez Tolkien, cette scène montre à la fois les vertus chrétiennes d'Aragorn (la pitié et le pardon) et l'ethos des guerriers épiques avec la mort au combat rédemptrice, accentuant le rapprochement avec les chansons de geste[49].

Les funérailles de Boromir évoquent celles du roi danois Scyld Scefing au début de Beowulf[50]. Boromir rappelle également le personnage de Beowulf lui-même : outre que leurs noms allitèrent, les deux personnages partagent une même force quasi-surhumaine, la même fierté du combat, et le destin commun de mourir de la main de monstres[51].

Adaptations[modifier | modifier le code]

L'acteur britannique Sean Bean interprète Boromir dans les films de Peter Jackson.

Dans la première adaptation radiophonique du Seigneur des anneaux, produite en 1955-1956 pour la BBC, Boromir est interprété par Derek Prentice, qui double également Faramir[52]. Erik Bauersfeld lui prête sa voix dans l'adaptation américaine produite en 1979 pour la NPR.

L'acteur britannique Michael Graham Cox double Boromir dans le film d'animation de Ralph Bakshi (1978)[53], ainsi que dans la seconde adaptation radiophonique de la BBC (1981). Le film de Bakshi s'éloigne nettement de Tolkien dans la description de Boromir, qui apparaît pourvu d'une barbe abondante et coiffé d'un casque à cornes.

Dans l'adaptation en trois volets de Peter Jackson (2001-2003), le rôle de Boromir est tenu par Sean Bean[53]. Dans cette adaptation, Boromir n'est pas tué par de multiples Orques anonymes, mais par un Uruk particulier, nommé Lurtz, inventé pour les besoins du film.

Selon Øystein Høgset, les films de Jackson ne sont pas aussi nuancés que Tolkien dans leur représentation de la lutte entre le Bien et le Mal ; il utilise l'exemple de Boromir pour illustrer son idée. Dans le film La Communauté de l'anneau, Boromir apparaît dès le début comme un personnage incertain. Dans la scène sur les pentes du Caradhras, où il ramasse l'Anneau tombé dans la neige, les autres membres de la Communauté réagissent avec défiance : Aragorn pose la main sur la garde de son épée, et Gandalf semble troublé, comme s'ils s'attendaient déjà à la chute de Boromir, comme si elle était inéluctable. Dès lors, traiter le corps de Boromir comme celui d'un héros après sa mort semble incohérent dans le cadre du film[54].

Dans le jeu vidéo La Communauté de l'anneau, James Horan donne sa voix à Boromir[53].

Le personnage a également inspiré les dessinateurs, comme Catherine Karina Chmiel[55], John Howe[56] ou Ted Nasmith[57]. Mathias Daval remarque que la scène de la mort de Boromir « s'est imposée dans l'iconographie de Tolkien, et […] fait partie des inévitables exercices[58] » ; il ajoute que la majorité des illustrations montrant Boromir et Aragorn donnent une image très manichéenne de la scène : « le geste de Boromir […] s'efface devant celui d'Aragorn : on oublie le sacrifice de l'un pour saluer le pardon et l'indulgence de l'autre[58] », là où le texte du roman est plus subtil.

Games Workshop a par ailleurs édité plusieurs figurines de Boromir pour son jeu de bataille Le Seigneur des anneaux[59].

Boromir a également inspiré des musiciens. Daniel McCarthy a ainsi composé un duo pour cor et marimba intitulé The Call of Boromir[60],[61]. Le Tolkien Ensemble a également composé deux chansons sur ce personnage : Lament for Boromir (sur l'album A Night in Rivendell, sorti en 2000) et Boromir's Riddle (sur l'album At Dawn in Rivendell, sorti en 2003), les deux consistant en une mise en musique des poèmes et chants du Seigneur des anneaux[62].

Notes et références[modifier | modifier le code]

Traductions[modifier | modifier le code]

  1. […] torn between King and father, Fellowship and country, honor and pride, power and wisdom, Boromir reflects many of the moral and dramatic complexities found in The Lord of the Rings.
  2. There was a tall man with a fair and noble face, dark-haired and grey-eyed, proud and stern of glance..
  3. […] the courage and hardihood required is not fully recognized in the narrative.
  4. Tolkien’s most deliberate attempt to create a morally troubled personality.
  5. is too easy to feel (and to feel without deep concern) that Boromir is destined to fall..
  6. Boromir and Saruman both see themselves as leaders and heroes..

Références[modifier | modifier le code]

  1. Davis, p. 75.
  2. Le Seigneur des anneaux, Livre II, chapitre 2, p. 267.
  3. Hammond & Scull, p. 229.
  4. Contes et légendes inachevés : le Second Âge, « Histoire de Galadriel et Celeborn : Sur Amroth et Nimrodel ».
  5. a, b et c Le Seigneur des anneaux, Appendice A « Annales des Rois et des Seigneurs souverains », I. « Les Rois Númenoréens » (iv), p. 1129.
  6. Le Seigneur des anneaux, Appendice F, I. « Langues et peuples du Troisième Âge », note 2.
  7. Hammond & Scull, p. 224.
  8. La Route perdue et autres textes, Les Étymologies, entrées « BOR- » et « MIR- ».
  9. Le Seigneur des anneaux, Appendice B, p. 1170.
  10. The People of Middle-earth, « The Heirs of Elendil «, p. 206.
  11. Le Seigneur des anneaux, Livre II, chapitre 2, p. 273.
  12. Contes et légendes inachevés, « L'Histoire de Galadriel et Celeborn », appendice : « Le port de Lond Daer », p. 149 du tome 2 de l'édition Pocket.
  13. Le Seigneur des anneaux, Livre II, chapitre 3, p. 326.
  14. Le Seigneur des anneaux, Livre II, chapitre 4, p. 338.
  15. Le Seigneur des anneaux, Livre II, chapitre 7, p. 391.
  16. Le Seigneur des anneaux, Livre II, chapitre 7, p. 417.
  17. Le Seigneur des anneaux, Livre II, chapitre 10, p. 435.
  18. Le Seigneur des anneaux, Livre III, chapitre 1, p. 450.
  19. Le Seigneur des anneaux, Livre III, chapitre 5, p. 714-715.
  20. The Return of the Shadow, p. 394.
  21. The Return of the Shadow, p. 398.
  22. The Treason of Isengard, p. 136.
  23. The Return of the Shadow, p. 410-411.
  24. The Return of the Shadow, p. 430-431.
  25. The Treason of Isengard, p. 116.
  26. The Treason of Isengard, p. 128.
  27. The Treason of Isengard, p. 211-212.
  28. The Treason of Isengard, p. 330.
  29. The Treason of Isengard, p. 378-379.
  30. Lettres, p. 197.
  31. a et b « Spiders and Evil Red Eyes », p. 69.
  32. « Love: “The Gift of Death” », p. 176.
  33. « Tolkien’s Females and the Defining of Power », p. 171.
  34. The Gospel according to Tolkien, p. 63.
  35. The Gospel according to Tolkien, p. 65-66.
  36. The Gospel according to Tolkien, p. 98.
  37. Drout, p. 505.
  38. Timtcheva, p. 38.
  39. The Gospel according to Tolkien, p. 154.
  40. « The Evil Ring », 71.
  41. « The Evil Ring », 79.
  42. Ferré, p. 138.
  43. Seaman, p. 468-469.
  44. Hammond & Scull, p. 359.
  45. Brown, chapitre 8, « How They Left the Island »..
  46. Jardillier, p. 154.
  47. Croft, p. 221-223.
  48. Librán-Moreno, p. 15-52.
  49. Simonson, p. 94-96.
  50. Ferré, p. 183.
  51. Dickerson et O'Hara, p. 115..
  52. Radio Times, Volume 129, no  1674, 9 décembre 1955.
  53. a, b et c (en) Boromir sur l'Internet Movie Database.
  54. Høgset, p. 169-170.
  55. Galerie d'illustrations sur Boromir par Catherine Karina Chmiel.
  56. Boromir et Boromir par John Howe.
  57. Boromir, Boromir Last Stan et The Last Words of Boromir par Ted Nasmith.
  58. a et b Daval, p. 77-78.
  59. Boromir (Ithilien), Boromir mourant, sur le site de Games Workshop.
  60. Middle-earth Minstrel, p. 164.
  61. Liste des œuvres de Daniel McCarthy sur son site.
  62. Œuvres du tolkien ensemble sur leur site.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Ouvrages de Tolkien[modifier | modifier le code]

Ouvrages sur Tolkien[modifier | modifier le code]

  • (en) Harold Bloom (éd.), Bloom’s Modern Critical Interpretations : J.R.R. Tolkien’s The Lord of the Rings New Edition (ISBN 978-1-60413-145-1)
    • (en) Marjorie Burns, « Spiders and Evil Red Eyes: The Shadow Sides of Gandalf and Galadriel », dans Bloom’s Modern Critical Interpretations op. cit.
    • (en) Nancy Enright, « Tolkien’s Females and the Defining of Power », dans Bloom’s Modern Critical Interpretations op. cit.
  • (en) Christine Brooke-Rose, « The Evil Ring: Realism and the Marvelous », Poetics Today, Duke University Press, vol. 1, no 4,‎ 1980, p. 67-90 (lire en ligne)
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