Cercle chromatique

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Cercle chromatique avec graduation de l'angle pour définir la teinte

Un cercle chromatique est une représentation ordonnée des couleurs, présentées dans l'ordre de celles de l'arc-en-ciel, la fermeture s'effectuant par une transition du rouge au violet en passant par les pourpres, utilisée en peinture, en teinturerie, en design industriel, en mode, en arts graphiques.

Généralement, l'orientation des couleurs se fait dans le sens trigonométrique (rouge, puis jaune, puis vert, etc.).

Un cercle chromatique peut présenter les couleurs sous forme discrètes (arcs de cercle) ou en continu. Il arrive qu'on utilise tout le disque pour présenter les mélanges variant en saturation et en intensité.

Caractéristiques[modifier | modifier le code]

Le cercle chromatique a pour objet de structurer la perception des couleurs, en les mettant en relation dans un système[1]. Son intérêt réside dans sa caractéristique commune :

Dans un cercle chromatique, on procède d'une couleur à l'autre par des gradations insensibles, la couleur restant vive et pure.

L'ordre des couleurs qui permet cette propriété est invariable ; la position de chacune d'elles dépend des principes qui ont présidé à sa construction.

Implicitement, le cercle chromatique dépend, et renforce, une appréciation de la vision qui oppose le coloré à l’incolore. Les anciens, comme Aristote, ne partageaient pas cette appréciations, et classaient les couleurs linéairement du noir au blanc.

Le cercle chromatique organise les couleurs pures. La construction d'un cercle chromatique dépend donc aussi de l'expérience du mélange des couleurs, puisqu'on appelle couleur pure une couleur qu'on ne peut imiter ou approcher par un mélange d'autres couleurs, qu'ils soit fait par des mélanges de lumières colorées (synthèse additive) ou des mélanges de pigments (synthèse soustractive). Les cultures graphiques qui se sont peu intéressées au mélange n'avaient pas de raison de construire des cercles chromatiques, et la construction de ces cercles à contribué à l'intérêt pour les couleurs et leurs mélanges. Au XXe siècle, le peintre Delaunay fait du cercle chromatique le sujet de ses tableaux.

Cercles chromatiques d'artistes[modifier | modifier le code]

Le cercle chromatique de Johannes Itten associe le cercle au triangle des primaires.

Les cercles chromatiques d'artistes sont basés sur les relations qu'ils perçoivent entre les couleurs. Souvent, le rouge s'oppose au vert, et perpendiculairement le violet au jaune, comme dans le Traité des couleurs de Goethe, également concepteur d'un cercle chromatique[2].

Ils sont en général construits à partir de propriétés d'importance pratiques pour l'emploi des couleurs :

  • La complémentaire d'une couleur lui est diamétralement opposée ; le mélange de ces deux couleurs donne du gris ou du noir, on les utilise pour les tons rompus.

Ils sont souvent aussi conçus avec le soin de leur effet esthétique.

Cercles chromatiques techniques[modifier | modifier le code]

Si le cercle chromatique est conçu pour un système de synthèse des couleurs, il respecte strictement les règles de couleur du système :

  • Les couleurs primaires de la synthèse additive sont situées à 120° les unes des autres.
  • Les couleurs fondamentales qui leur sont associées pour la synthèse soustractive alternent avec les couleurs primaires, qui sont leurs complémentaires, et sont donc aussi situées à 120° les unes des autres.

Ce genre de cercle est à la base des présentations Teinte saturation lumière des couleurs infographiques.

Cercles chromatiques perceptuels[modifier | modifier le code]

Hering[modifier | modifier le code]

Cercle chromatique de Hering

Le psychologue expérimental Ewald Hering construit au milieu du XIXe siècle son disque à partir de l'opposition de certaines couleurs. Si un rouge peut « tirer sur le jaune », si on peut décrire une couleur comme un « vert bleuâtre », deux paires de champs chromatiques s'opposent : il ne peut exister de « vert rougeâtre » ni de bleu tirant vers le jaune[3]. Il place donc ces quatre couleurs sur deux axes perpendiculaires. Cette disposition diffère nettement des constructions basées sur la synthèse trichrome des couleurs. Des recherches physiologiques au XXe siècle ont confirmé que c'est de cette manière que l'œil transmet au cerveau les informations de couleur[4].

Chevreul[modifier | modifier le code]

Le cercle chromatique de Chevreul

Le chimiste Chevreul utilisera une représentation circulaire, basée sur celle des artistes, mais reliée à des évaluations visuelles et comparant les teintes à celles repérées sur le spectre grâce aux raies de Fraunhofer. Il décrit et utilise son atlas de couleurs destiné à identifier les fils pour la tapisserie à partir de 1839[5]. Cette classification physico-chimique de la couleur pigmentaire a eu un grand impact sur l'esthétique dans les arts plastiques et le design par la théorie harmonique des couleurs complémentaires[6].

Pour tenir compte de la clarté et de la chromaticité, Chevreul ajoute aux teintes pures des quantités de blanc et de noir, et développe le cercle chromatique en une sphère.

Charles Henry[modifier | modifier le code]

Le positiviste Charles Henry a recherché, par des études sur les temps de réaction à la présentation des couleurs, un fondement scientifique aux positions des couleurs. Son cercle chromatique, bien que présentant une graduation de longueur d'ondes en progression géométrique, était cependant réalisé avec des pigments. Les positions des couleurs étaient approximativement les mêmes que celles de Hering[7].

Munsell[modifier | modifier le code]

Cercle chromatique de Munsell

Le cercle chromatique du nuancier de Munsell place les couleurs de façon à égaliser les écarts perceptuels entre les secteurs. Si le rouge est pris comme origine, le jaune est à 72°, le vert à 145°, le bleu à 215°, dans le sens horaire (anti-trigonométrique)[8].

CIE L*a*b*[modifier | modifier le code]

Le système CEI L*a*b* classe les couleurs dans un espace où la direction indique la teinte, comme dans le cercle chromatique. Les deux couples couleurs élémentaires de la perception visuelle déterminent des quarts de tour, le vert opposé au rouge détermine l'axe a* et le bleu opposé au jaune détermine l'axe b*. Les couleurs dont la chromaticité a le même module C*ab sont sur un cercle, dans le sens trigonométrique[9].

Historique[modifier | modifier le code]

Robert Fludd présenta dans une œuvre médicale le premier cercle chromatique imprimé[10]. Le classement des couleurs par Isaac Newton fait suite à sa description de la décomposition de la lumière blanche du soleil par un prisme de verre en un spectre continu de toutes les couleurs visibles. Newton décrira alors des couleurs discrètes et non pas continues. Le disque de Newton a une utilité principalement pratique ; en le faisant tourner, de façon à ce qu'on ne perçoive plus les secteurs colorés, on retrouve l'absence de sensation de couleur de la lumière blanche. Son disque ne présente pas d'intermédiaires entre le bleu-violet et le rouge.

En 1708, Claude Boutet, peintre et enseignant en peinture, crée des manuels tentant de faire le tour complet des techniques picturales : proportions, composition, mais également où trouver des pigments dans la nature, et comment les transformer et les utiliser. Il y décrit deux cercles chromatiques, un à sept couleurs, et un autre de douze couleurs, plus complet et plus proche des cercles chromatiques que l'on trouve aujourd'hui dans les ateliers de peinture. Goethe élabore sur ce motif dans son Traité des couleurs. Le chimiste Chevreul utilise la représentation circulaire à partir de 1839, et la développe en une sphère, pour inclure les couleurs sombres et lavées de blanc. À partir du milieu du XIXe siècle, les représentations ordonnées de couleurs sont généralement en forme de cercle ou de disque, à l'exception de celles basées sur la synthèse trichrome, en forme de triangle.

Exemples de cercles chromatiques[modifier | modifier le code]

Voir aussi[modifier | modifier le code]

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Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Jean Petit, Jacques Roire et Henri Valot, Encyclopédie de la peinture : formuler, fabriquer, appliquer, t. 1, Puteaux, EREC,‎ 1999, p. 263sq « Atlas de couleur »
  • Jean Petit, Jacques Roire et Henri Valot, Encyclopédie de la peinture : formuler, fabriquer, appliquer, t. 2, Puteaux, EREC,‎ 2001, p. 164sq « Colorimétrie »

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Pour Hermann von Helmholtz, la mise en relation d'une sensation à un système est un élément indispensable de la perception.
  2. Olaf L. Müller, « La palette colorée de Goethe », Courrier international, Paris, no 1051-1052,‎ 22 décembre 2010 (lire en ligne) traduction partielle de (de) Olaf L. Müller, « Goethe und die Ordnung der Farbenwelt », Frankfurter Allgemeine Zeitung, Francfort,‎ 4 septembre 2010 (lire en ligne).
  3. Des chercheurs ont néanmoins tenté de créer ces couleurs impossibles, sans convaincre.
  4. Robert Sève, Science de la couleur : Aspects physiques et perceptifs, Marseille, Chalagam,‎ 2009, p. 24
  5. Cercles chromatiques de M. E. Chevreul : reproduits au moyen de la chromocalcographie, gravure et impression en taille douce combinées, Paris, Digeon,‎ 1855 (lire en ligne).
  6. Georges Roque, « Les couleurs complémentaires : un nouveau paradigme », Revue d'histoire des sciences, vol. 47, no 3,‎ 1994, p. 405-434 (lire en ligne)
  7. Olivier Lahbib, « Sur l'esthétique positiviste », Revue de métaphysique et de morale, no 62,‎ février 2009, p. 227-245 (lire en ligne) ; Charles Henry, Cercle chromatique : présentant tous les compléments et toutes les harmonies de couleurs : avec une introduction sur la théorie générale du contraste, du rythme et de la mesure, Paris, C. Verdin,‎ 1888 (lire en ligne).
  8. Sève 2009, p. 236.
  9. Sève 2009, p. 153, 161.
  10. Robert Fludd sur colorsystem.com