Patrice Talon

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Patrice Talon
Patrice Talon en 2016.
Patrice Talon en 2016.
Fonctions
Président de la République du Bénin
En fonction depuis le
(1 an, 3 mois et 4 jours)
Élection 20 mars 2016
Prédécesseur Thomas Boni Yayi
Biographie
Nom de naissance Patrice Guillaume Athanase Talon
Date de naissance (59 ans)
Lieu de naissance Bénin
Nationalité béninoise
Parti politique Indépendant
Conjoint Claudine Gbénagnon
Diplômé de Université de Dakar
Profession Homme d'affaires
Résidence Palais de la Marina (Cotonou)

Patrice Talon
Présidents de la République du Bénin

Patrice Talon, né le 1er mai 1958 est un homme d'affaires et homme d'État béninois, président de la République depuis le .

Patrice Talon a fait fortune dans la filière des intrants agricoles dans les années 1980, puis de l'égrenage du coton au Bénin au cours des années 1990 et 2000[1]. Soutien principal à l'élection du président béninois Boni Yayi en 2006, il entre progressivement en disgrâce avec ce dernier à partir de 2011. Les démêlés qu'il a avec le chef de l'État dans les affaires de subventions agricoles, du programme de vérification des importations (PVI) mais qui n'ont jamais connu de plainte officielle devant un tribunal ont fini par le contraindre à l'exil à la suite de rumeurs d'enlèvement.

Il figure au 15e rang des plus grandes fortunes d’Afrique subsaharienne francophone dans le classement Forbes[2] de 2015. Son patrimoine y est estimé à 400 millions de dollars.

Il remporte l'élection présidentielle du 20 mars 2016. Son adversaire, le Premier ministre sortant Lionel Zinsou reconnaît sa défaite le soir même de l'élection.

Il est investi président de la République du Bénin le 6 avril 2016 à Porto-Novo.

Biographie[modifier | modifier le code]

Né d'un père cheminot natif de Ouidah et d’une mère issue de la famille Guedegbe d'Abomey, Patrice Talon est marié à Claudine Gbènagnon, née à Porto-Novo, avec qui il a eu deux enfants.

Après un baccalauréat série C obtenu à Dakar, la capitale sénégalaise, il entre à la faculté des sciences de l'université de cette ville. En deuxième année de maths-physique, Patrice Talon, qui depuis l'enfance est obsédé par les avions, réussit au concours de pilote de ligne d'Air Afrique et envoyé à la base aérienne de Digne, en France, pour la visite médicale. C'est à ce niveau que malheureusement son rêve d'enfance se brise puisqu'il est recalé pour « inaptitude moteur ».

Il s'installe alors à Paris, où ses aptitudes dans les affaires (qu'il pratiquait depuis le collège avec des petits trafics de pièces détachées au Nigeria) lui ouvrent très rapidement les bonnes portes. Il entre en 1983 dans l'activité de négoce des emballages et des intrants agricoles. Il crée en 1985 la Société de distribution inter-continentale (SDI), qui fournit des intrants agricoles aux producteurs de coton.

En 1990, à la suite des recommandations de la Banque mondiale dans le cadre de l'accord de libéralisation économique mis en place dans les États ouest-africains, le Bénin était appelé à se désengager de la filière de la production de coton ; Patrice Talon gagne alors le marché d'implantation de trois usines d'égrenage de coton au Bénin. Il devient ainsi un acteur incontournable du coton béninois malgré l'installation progressive de plusieurs concurrents privés mais nettement moins bien organisés.

Ses sociétés[modifier | modifier le code]

Depuis 1985, Patrice Talon à mis en place progressivement un tissu industriel d'envergure sous la coupole de la holding SFP (Société de financement et de participation) basée au Bénin. Cette holding est majoritaire dans les filiales béninoises :

Année de création Raison sociale Sigle Description
1985 Société de distribution intercontinentale SDI Première société de Talon. Spécialisée dans la distribution d'intrants agricoles (engrais, herbicides, pesticides). Présence nationale et sous-régionale (Burkina Faso, Côte d'Ivoire, Togo, Mali, Sénégal).
1990 Industries cotonnières associées ICA Société (forme GIE) chapeautant les premières usines d'égrenage du groupe (CCB à Kandi, ICB à Ouassa Pehunco et SOCOBE à Bohicon) puis deux usines rachetées par la suite à des opérateurs privés (IBECO à Ketou et SCN à Ndali).
1997 Société des huileries de bohicon SHB Obéissant à la logique d'intégration du secteur, les sociétés cotonnières du groupe Talon pour transformer en huile végétale les graines de coton issues de l'égrenage des usines ont participé à hauteur de 25 % aux côtés du groupe SIFCA au capital de la SHB avant de racheter en 2006 les parts des Ivoiriens et devenir majoritaire.
1998 Agence de transit et de logistique Atral Société spécialisée dans le transit avec pour objectif celui d'optimiser les opérations d'importation et d'exportations des autres sociétés du groupe.
2003 SIGIB - Novotel SIGIB Actionnaire majoritaire à Novotel Bénin.
2008 Société de développement du coton Sodéco Issue du rachat de 10 usines appartenant à la Sonapra, la société nationale.
2011 Bénin Control BC Société chargée de la conduite de la réforme du PVI.

Il faut rajouter les sociétés d'envergure de la Côte d'Ivoire notamment AFCHEM SOFACO, l'un des plus gros distributeurs ivoiriens de produits phytosanitaires, la SEAP CI une usine de fabrication d'engrais à San Pedro.

En outre le groupe détient des parts minoritaires dans la Société de gestion et d'intermédiation (SGI BENIN), la SERHAU SEM et UBA BENIN.

L'usine de Ouassa Pehunco située dans une zone reculée et complètement enclavée du pays, bénéficie toutefois de la connexion Internet grâce au VSAT
L'usine de Ouassa Pehunco située dans une zone reculée et complètement enclavée du pays, bénéficie toutefois de la connexion Internet grâce au VSAT.

Les sociétés de Talon sont réputées pour leur gestion moderne, leur régularité vis-à-vis des impôts (aucun redressement à ce jour malgré l'hostilité du gouvernement actuel) et la stabilité des employés dont les salaires sont souvent nettement au-dessus de la moyenne nationale[réf. nécessaire].

La logique d'intégration de l'homme d'affaires qui veut contrôler de bout en bout sa chaîne de production (les intrants, l'égrenage de coton, l'importation, l'exportation et même la production des produits dérivés avec les huiles de SHB) a souvent dérangé et lui vaut des attaques en règle de ses concurrents[réf. nécessaire].

Des affaires à la politique[modifier | modifier le code]

Le premier client de la première société de Patrice Talon fut la Société sucrière de savè, contrôlée par le gouvernement communiste de l'époque. Depuis lors, l'homme d'affaires a vu son business indirectement lié avec l'État béninois, conséquence de l'envergure des filières où ses activités sont déployées.

En 1990, le président Nicéphore Soglo libéralise la filière coton, ce qui permet à Patrice Talon de se faire une place dans le secteur. La prospérité de ses usines attisent très tôt les convoitises et de nouveaux opérateurs économiques, souvent encouragés par le président Mathieu Kérékou obtiennent à leur tour des licences d'installation d'usines. Ses concurrents, en complicité avec des personnalités politiques de l'époque[réf. nécessaire], tentent d'évincer Patrice Talon de la filière, mais celui-ci gagne tous les procès qui lui sont intentés.

La filière coton devient très vite pléthorique et très mal organisée sous Kérékou. Cependant, de très bons cours du coton génèrent des profits colossaux en 2004. Mais leur effondrement brutal en 2005 provoque la quasi faillite de la plupart des opérateurs du secteur. Contraints de fermer, l'opérateur Fagbohoun cède son usine à Patrice Talon, qui en fait la SCN et Mathieu Adjovi cède à son tour IBECO. La MCI de Martin Rodriguez croule sous les procès et les dettes et ne sera opérationnelle qu'avec un coup de pouce de l'État.

Pendant ce temps, les entreprises de Patrice Talon, qui ont sagement passé des provisions aux temps des vaches grasses, continuent à survivre. Elles rachètent les concurrents et s'étendent à d'autres secteurs. ATRAL est créé pour éviter de passer par de longues chaînes d'intermédiaires nécessaires aux procédures d'import et export. Un port sec est créé à Allada pour faciliter l'empotage des balles de coton. L'usine HYDROCHEM est opérationnelle pour la fourniture accélérée d'engrais chimiques. La SHB réutilise les graines résultant de l'égrenage du coton pour en faire de l'huile végétale.

En 2008, Patrice Talon obtient auprès du gouvernement de son ami Boni Yayi, le rachat des 10 usines d'égrenage encore sous contrôle étatique, ce qui fait du groupe Talon de facto un quasi-monopole de la filière coton avec 15 usines sur 18 au total.

En 2011, indépendamment à la filière coton, Patrice Talon obtient du gouvernement le juteux marché du programme de vérification des importations (PVI). Mais à peine les activités du PVI démarrées, les relations se brouillent entre l'homme d'affaires et le président Yayi. Ce dernier l'accuse soudainement de mauvaise gestion non seulement dans le PVI mais dans toutes ses affaires, alors même que Patrice Talon est le soutien financier du président[3].

Le PVI est brutalement retiré sans dédommagement à Patrice Talon, la SODECO est réquisitionnée par l'État et il est reproché à Patrice Talon d'avoir fraudé sur les subventions d'engrais de la campagne 2011. Les démêlés s'accumulent et à la suite de fuites l'informant d'un projet d'enlèvement, Patrice Talon est contraint de s'enfuir et de se réfugier à Paris. Le président Yayi l'accuse alors d'avoir fomenté depuis son exil un coup d'État visant à l'empoisonner. Patrice Talon rétorque qu'il n'en est est rien et qu'en réalité Yayi cherche à lui nuire depuis qu'il a refusé de supporter sa tentative de réviser la Constitution béninoise aux fins d'obtenir un troisième mandat.

En 2015, l'affaire est classée, il peut rentrer au Bénin et se lancer en politique, avec des idées telles que le mandat présidentiel unique et la consolidation de la république[4], et le surnom de « compétiteur né »[5].

Candidat à l'élection présidentielle de 2016, il se présente comme candidat de la rupture[3] et de la justice indépendante[3]. Il annonce ne briguer qu'un seul mandat de cinq ans (il souhaite inscrire cette limitation dans la constitution)[3]. Au premier tour, il arrive en seconde position juste derrière le Premier ministre sortant Lionel Zinsou. Le soir du 20 mars, grâce notamment au soutien de l'homme d'affaires Sébastien Ajavon, arrivé troisième au premier tour, Patrice Talon remporte le second tour de la présidentielle (65,37 % contre 34,63 %), Lionel Zinsou ayant reconnu sa défaite[3].

Président de la République[modifier | modifier le code]

Il prend ses fonctions le 6 avril suivant et succède à Thomas Boni Yayi.

Le , son ministre de la Défense, Candide Azannai, démissionne, pour protester contre une réforme constitutionnelle qui limite le mandat présidentiel à un seul mandat de six ans[6]. Le 4 avril, le Parlement refuse d'examiner le texte[7] puis le rejette le lendemain 5 avril, avec 60 voix pour, 22 contre et 1 neutre[8].

Procédure d'extradition[modifier | modifier le code]

En octobre 2012, il est soupçonné d'avoir commandité un assassinat contre le président de la République du Bénin, Thomas Boni Yayi[9]. Il est sous le coup d'un mandat d'arrêt international. Après avoir été arrêté à Paris puis remis en liberté sous caution[10], la justice française a été saisie d'une demande d'extradition formulée par la justice béninoise.

En février 2013, il est soupçonné d'avoir participé à une tentative de coup d'État déjouée, à l'encontre du président Thomas Boni Yayi[11], et pour laquelle un second mandat d'arrêt international est émis contre lui[12]. Le 13 mars 2013, la chambre d'instruction de la cour d'appel de Paris[13] a estimé que la demande d'extradition déposée par les autorités béninoises était recevable. La chambre s'est réunie le 17 avril 2013 pour statuer au fond[14]. Le 22 mai 2013, la Cour d'appel de Paris a renvoyé au 18 septembre 2013 une nouvelle audience au sujet de la demande d'extradition de Patrice Talon, après avoir demandé aux avocats du Bénin des compléments d'information[15]. Lors de l'audience du 18 septembre, la Cour a annoncé qu'elle examinerait au fond la demande le 23 octobre 2013.

Instruction de l'affaire au Bénin[modifier | modifier le code]

Dans la procédure béninoise, le 17 mai 2013, le juge d'instruction Angelo Houssou, ordonne un « non-lieu à poursuivre » dans les affaires de tentative d'empoisonnement et de coup d'État contre le président Thomas Boni Yayi[16], considérant que sans passage à l'acte, il n'y avait pas d'infraction de tentative d'assassinat. Le juge d'instruction a été intercepté le soir même de la publication de son ordonnance de non-lieu à Sèmè-Kraké, alors qu'il tentait de se rendre à Lagos, transportant plusieurs valises et un visa pour les États-Unis[17]. Il a été ramené à son domicile de Cotonou, qui reste surveillé par une brigade anti-criminalité[18].

La défense a immédiatement fait appel de la décision du juge[19], et la Cour d'appel de Cotonou se prononce en juin 2013[20] : six non-lieu sont confirmés et Patrice Talon, en exil, n'obtient pas formellement de non-lieu mais n'est pas renvoyé devant la cour d'assise[21].

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. http://www.beninactu.com/index.php?option=com_content&view=article&id=1754:coton-patrice-talon-grand-vainqueur-du-duel-avec-letat&catid=36:une Site Bénin Actu, article du 4 juillet 2012
  2. Classement Forbes des Africains subsahariens francophone les plus riches - http://oeildafrique.com/ - Novembre 2015
  3. a, b, c, d et e « Bénin: Patrice Talon, le président de la rupture? », sur rfi.fr, (consulté le 22 mars 2016)
  4. « PATRICE TALON INVITE RFI DU 24 août 2015 », sur lautrefraternite.com, (consulté le 24 mars 2015).
  5. « En attendant les chiffres de la CENA, le terrain révèle certaines évidences », sur pluspresfm.net, (consulté le 24 mars 2016).
  6. « Au Bénin, le ministre de la défense annonce sa démission », sur Le Monde, (consulté le 28 mars 2017)
  7. « Au Bénin, la « gifle » du parlement au président Patrice Talon », sur Le Monde, (consulté le 7 avril 2017)
  8. « Bénin - Révision de la Constitution : le Parlement dit "non" à Talon ! », sur Le Point Afrique (consulté le 7 avril 2017)
  9. http://www.rfi.fr/afrique/20121206-france-interpellation-paris-patrice-talon-homme-affaire-beninois-boni-yayi Article du site de la radio RFI publié le 6 décembre 2012
  10. http://www.rfi.fr/afrique/20121206-france-interpellation-paris-patrice-talon-homme-affaire-beninois-boni-yayi
  11. http://www.jeuneafrique.com/Article/ARTJAWEB20130304163309/
  12. http://www.24haubenin.info/spip.php?article1290
  13. http://www.ca-paris.justice.fr/index.php?rubrique=10977&ssrubrique=11057&article=24928#bas_5
  14. http://benindemain.wordpress.com/2013/03/18/extradition-de-patrice-talon-la-france-declare-la-requete-recevable/
  15. http://www.rfi.fr/afrique/20130522-affaire-talon-justice-francaise-demande-complement-information-autorites-benin
  16. http://www.benininfoplus.com/talonlibre.htm
  17. http://www.jeuneafrique.com/Article/ARTJAWEB20130521134859/benin-nigeria-boni-yayi-cotonoubenin-affaire-talon-ce-que-contenaient-les-valises-du-juge-houssou.html
  18. http://www.jeuneafrique.com/Article/ARTJAWEB20130520110010/
  19. http://www.rfi.fr/afrique/20130518-benin-justice-non-lieu-patrice-talon
  20. http://www.lanouvelletribune.info/index.php/politique14/14653-interpellation-du-juge-angelo-houssou-eric-houndete-demande-des-comptes-au-ministre-de-l-interieur
  21. « Bénin: six non-lieux confirmés dans l'affaire Talon », sur rfi.fr, (consulté le 22 mars 2016)