Kétou

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Kétou
Administration
Pays Drapeau du Bénin Bénin
Département Plateau
Maire
Mandat
Jean-Pierre Babatoundé
2015-
Démographie
Population 39 195 hab. (2002)
Géographie
Coordonnées 7° 21′ 29″ nord, 2° 36′ 27″ est
Divers
Langue(s) Français, Yoruba, Fongbe, Mahi
Localisation

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Kétou

Kétou (ou Ketu) est une ville du sud-est du Bénin, située à l’extrême nord du département du Plateau. C'est le chef-lieu de la commune éponyme, qui regroupe 28 villages.

Géographie[modifier | modifier le code]

La commune de Kétou se présente comme une grande communauté rurale, encore peu développée.

La ville de Kétou se situe à 140 km au nord de Cotonou et à 100 km de la capitale Porto-Novo. La frontière avec le Nigeria, se trouve à 17 km à l’est, dans le village de Ilara.

Démographie[modifier | modifier le code]

La population de la commune s’élève à 157 352 habitants selon le recensement général de la population de 2013[1].

Kétou est une ville majoritairement Yoruba (ou Nagot), bien que les communautés Fon, Mahi et Holli y soient fortement représentées.

Économie[modifier | modifier le code]

L’essentiel de l’économie de Kétou repose sur l’agriculture et le commerce. L’achèvement des axes routiers Kétou – Ilara et Pobé – Kétou devrait désenclaver la ville et en faire un carrefour commercial important.

La ville est électrifiée et l’eau courante y est disponible ainsi que la liaison téléphonique (filaire et mobile).

Administration[modifier | modifier le code]

En tant que chef-lieu de la commune de Kétou, on trouve en ville un certain nombre de services, dont une gendarmerie,un poste de police, un poste de douane, un camp militaire, un hôpital, une recette PTT, une banque de micro crédit, plusieurs écoles primaires et deux collèges.

Les maires de Kétou[modifier | modifier le code]

Depuis les élections communales de 2015, le maire de la commune est Jean-Pierre Babatoundé. Il succède au maire sortant, le docteur Saliou Salami Osséni[2].

Histoire[modifier | modifier le code]

La ville est le siège d’un très ancien royaume Yoruba, retraçant ses origines directement au berceau du peuple Yoruba, à Ilé-Ifè. Le souverain actuel, le roi Alade Ife, a été couronné 50e Alaketu le 17 décembre 2005.

Les origines – de Ife à Kétou[modifier | modifier le code]

Les différents groupes Yoruba retracent tous leurs origines jusqu'à la ville d’Ilé-Ifè dans le Nigeria actuel et à son fondateur Oduduwa. La dispersion et les migrations des Yoruba sont le fait des sept petits enfants de Oduduwa, chacun d’entre eux ayant créé ce qui est convenu d’appeler les grands royaumes Yoruba, dépositaires légitimes de la couronne Yoruba. Selon la tradition, Kétou est clairement considéré comme un membre aîné de la famille Yoruba. En effet, à sa mort, Oduduwa laissa sept princes et princesses, ancêtres des différents groupes constituant le peuple Yoruba. Parmi eux, le deuxième enfant, une princesse, devint la mère d’Alaketu, l’ancêtre du peuple Kétou.
D’après les traditions de Kétou, un certain Shopashan serait à l’origine de la fondation du royaume. Il aurait quitté Ile-Ife avec sa famille et d’autres membres de son clan, pour se diriger vers l’ouest, avant de s’installer finalement à Aro, au nord-est de Kétou. Rapidement, Aro devint trop petit pour la population grandissante du clan, et la décision fut prise de chercher un lieu plus adapté aux besoins du groupe.
Le nouveau roi Ede chercha donc conseil auprès d’un vieux chasseur du nom de Alalumon, qui lui indiqua l’emplacement de ce qui allait bientôt devenir Kétou. Le roi Ede quitta donc Aro avec 120 familles et s’installa sous l’arbre du chasseur Alalumon autour duquel la ville fut construite et dont l’emplacement est marqué jusqu’à ce jour.
Le périple qui conduisit Ede jusqu'à Kétou est aujourd’hui encore très présent dans les mémoires et les traditions de Kétou puisque chaque nouveau roi se doit de le répéter avant son intronisation. Ainsi, fut fondé le royaume de Kétou tel qu’il existe aujourd’hui. Le roi Ede, bien que fondateur de la ville, n’est que considéré comme étant le septième Alaketu, puisqu’il a été précédé par six souverains du temps de Aro.

Les premiers rois de Kétou[modifier | modifier le code]

Il n’existe aucune date précise concernant la fondation de Kétou et les estimations varient du XIe au XIVe siècle. L’histoire de Kétou, comme de l’Afrique dans son ensemble, repose essentiellement sur les traditions orales, souvent imprécises et contradictoires. Ainsi, pas grand-chose n’est connu sur l’évolution de Kétou après le règne du roi Ede. Il semble pourtant clair que les Yoruba n’étaient pas les premiers à s’établir à Kétou. La tradition indique la présence antérieure d’un peuplement autochtone dans la région, dans le village de Kpankou, à quelques kilomètres de Kétou. Les premiers arrivants Yoruba leur sont d’ailleurs redevables, puisqu'ils allumèrent leur premier feu grâce à la charité d’une certaine Iya Kpankou. Ce geste est resté dans la mémoire de Kétou, à travers un « rituel du feu » qui se déroule lors du décès de l’Alaketu. À l’annonce de la disparition du roi, tout feu doit être éteint dans la ville, pendant qu’un ministre du roi se rend à Kpankou demander du feu afin de rallumer tous les foyers à Kétou.
Bien que relativement pacifique, l’histoire ancienne de Kétou est ponctuée de tensions et de conflits. La défense du royaume était assurée en partie par l’existence d’impressionnantes fortifications, encore visibles aujourd’hui. Les murailles et la porte gardée, unique accès à la ville, furent l’œuvre du roi Sa, quatorzième souverain de Kétou.

La chute de Kétou[modifier | modifier le code]

À partir du XVIIIe siècle, l’histoire de Kétou entre dans une période de troubles et de conflits, avec pour toile de fond la rivalité qui oppose les royaumes Fon du Dahomey et Yoruba d’Oyo. Faisant effet de « zone tampon » entre les deux grandes puissances, Kétou subit de plein fouet l’agressivité des souverains dahoméens et se trouva engagée dans de nombreuses batailles avec les rois d’Abomey.

Un premier incident d’importance majeure se déroula près de Kétou en 1858, avec l’assassinat du roi Ghézo dans le village d’Ekpo, une dépendance de Kétou. L’événement provoqua une grande agitation à Kétou. Craignant une riposte dahoméenne, le roi Adegbede hésita, s’attirant ainsi la foudre de ses sujets. La confusion générale, ajoutée à l’impopularité du roi, entraîna une fin tragique puisque Adegbede se vit contraint de se suicider.

Avec l’accession au trône du roi Glélé, les ardeurs dahoméennes se portèrent alors sur les autres royaumes Yoruba. De part et d’autre, on accusait Kétou de complicité avec l’ennemi et il semble en effet que l’armée dahoméenne avait l’habitude de se ravitailler à Kétou.

Chef de Kétou (1900)

En 1883, une banale dispute d’approvisionnement entraîna la fureur de Glélé qui se jura de briser Kétou. En août, profitant d’une querelle opposant Kétou et Ibadan, Glélé lança ses troupes sur Kétou sans défense. Le roi Ojeku fut aussitôt capturé et décapité, alors que son royaume était mis à feu et à sang par l’armée de Glélé.

Malgré cette écrasante victoire, le roi Glélé n’avait pas mis fin à son hostilité à l’égard de Kétou. Avec le redressement de Kétou, il chercha d’autres moyens pour définitivement défaire son ennemi. Apprenant par un informateur que la nouvelle stratégie militaire de Kétou était essentiellement défensive, il lança en 1886 une offensive d’envergure contre Kétou. L’attaque fut de courte durée et particulièrement meurtrière pour les troupes dahoméennes, puisque la muraille de Kétou s’avéra être infranchissable. Il fut donc décidé de cerner la ville et de l’affaiblir par le blocus et la famine. Au terme d’un siège de trois mois, Glélé supervisa personnellement la destruction totale de Kétou. La ville fut pillée, les temples et autels furent détruits et toutes les maisons brûlées. La majorité des soldats et gens de Kétou furent conduits attachés jusqu’à Abomey pour endurer la honte et la cruauté, tandis que leurs chefs étaient impitoyablement exécutés.

Il faut attendre huit ans et la défaite dahoméenne aux mains des troupes françaises du général Dodds, pour voir la renaissance de Kétou. C’est donc en 1894, sous le règne du roi Oyingin que Kétou se relève définitivement. Depuis lors, Kétou a connu quatre souverains, dont l’actuel roi Alade Ife, sur le trône depuis décembre 2005.

L’actuel roi Alade Ife[modifier | modifier le code]

À la fin du règne du 49e roi Adetutu le 3 septembre 2002, et après consultation de l’oracle Ifa, le choix fut porté sur le dénommé Basile Gbotche pour assumer la fonction royale. Né à Kétou vers 1948, il avait fait carrière dans l’administration publique en tant que statisticien au Ministère du Plan et du Développement. Il fut couronné le 17 décembre 2005 sous le nom de règne de Alada Ife – le « porteur de la couronne d’amour ».
Comme tous les rois avant lui, il s’est sacrifié au rituel du pèlerinage, reprenant l’itinéraire qui a conduit le premier roi du Nigeria jusqu’à Kétou. Ainsi il s’est rendu, pour effectuer les sacrifices d’usage, à Idofa, Imeko, Illikimou, Idigny, Irokogny et Opometa avant d’entrer à Kétou par la porte Akaba Idena.
Avant d’être couronné, le roi doit également se familiariser avec les secrets de sa fonction. Ainsi, il sera initié durant plusieurs retraites royales aux sciences divinatoires et aux affaires religieuses lui permettant d’exercer sa charge. Une fois ces étapes effectuées, le roi peut officiellement entrer en fonction.

Culture[modifier | modifier le code]

On trouve sur place un grand nombre de danses et de cérémonies religieuses yoruba (culte Orisha), comme les masques gueledes (classés au patrimoine culturel mondial de l’UNESCO), les Eguns, etc…

Également, les traditions de Kétou influencent fortement les religions africaines du Brésil. On trouve notamment le Candomblé Ketu dans la région de Salvador de Bahia.

Le patrimoine touristique et artisanal[modifier | modifier le code]

Cité historique, Kétou possède plusieurs sites d’intérêt. L’industrie touristique n’y est pas du tout développée bien qu’il y ait plusieurs hôtels et auberges, dont un de bon standing. La visite de Kétou s’articule autour des sites suivants :

  • le Palais Royal, où il est possible de rencontrer le roi ;
  • le musée Akaba Idena (la porte magique), où on retrouve les fortifications de la ville, l’ancienne entrée unique du royaume ainsi que de nombreux autels religieux et sculptures Yoruba ;
  • le fétiche Aïtan-Ola, enterré sous un tas d’ordures sacré, du haut duquel on a une vue imprenable de la ville ;
  • les marchés de la ville, très animés et dont le plus grand est le marché Assena.

Jumelage[modifier | modifier le code]

Kétou bénéficie d’un jumelage avec la ville française de La Mothe-Achard (Vendée) et depuis novembre 2006 avec la ville de Vauréal (Val-d'Oise).

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. http://www.insae-bj.org/recensement-population.html?file=files/publications/RGPH4/Resultats_definitifs_RGPH4.pdf Résultats définitifs RGPH4
  2. « Jean-Pierre Babatoundé installé dans ses fonctions de maire à Kétou », Agence Bénin Presse, 4 août 2015 [1]

Sources[modifier | modifier le code]

  • Goeffrey Parrinder - Les Vicissitudes de l'Histoire de Ketu ;
  • Samuel Johnson - The History of the Yoruba  ;
  • Justin Folahan - Édition spéciale Couronnement Alade Ife ;
  • Le Canard du Nord - édition du 26 au 30 décembre 2005.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Sur les autres projets Wikimedia :

  • Edouard Dunglas, Contribution à l'histoire du Moyen-Dahomey (Royaumes d'Abomey, de Kétou et de Ouidah), Institut français d'Afrique noire, Porto-Novo, 1958, 118 p.
  • Félix Iroko et Ogunsola John Igue, Les villes yoruba du Dahomey : l'exemple de Ketu, 1975 (2e éd.), Université du Dahomey, 48 p.
  • Geoffrey Parrinder, Les vicissitudes de l'histoire de Ketu (traduit de l'anglais par Toussaint Sossouhounto), Éditions du Flamboyant, Cotonou ; Agence de la francophonie (ACCT), Paris, 1997, 151 p. (ISBN 978-2-909130-72-9)