Langage épicène

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Le langage épicène est une règle d'écriture de la langue qui vise à rendre neutre le langage du point de vue du genre[1]. Le langage épicène est parfois utilisé par des militants afin de « promouvoir l’égalité des genres » dans la rédaction.

Histoire[modifier | modifier le code]

Si certaines initiatives isolées ont pu voir le jour au cours du XXe siècle, le langage non sexiste n'a réellement émergé que dans les années 1990, sous l'impulsion d'auteurs et d'autrices engagé.e.s. En France, Benoîte Groult, écrivaine féministe, abordait dès 1977 cette question, avec Ainsi soit-elle[2], mettant en particulier l’accent sur la féminisation des noms de professions. Par la suite, les ouvrages théoriques comme pratiques sur le langage non sexiste se sont succédé :

  • Anne-Marie Houdebine, professeur émérite de linguistique et de sémiologie : Les femmes et la langue (in Tel quel, 1977[3]), Trente ans de recherche sur la différence sexuelle (in langage et société, 2003[4]), L'académie contre la langue française (corédigé avec Maria Candea et Yannick Chevalier, sous la direction d’Éliane Viennot, 2016[5]) ;
  • Éliane Viennot, professeur de littérature : avec en particulier Non, le masculin ne l’emporte pas sur le féminin (2014), qui retrace trois siècles de batailles de grammairiens et les résistances sociales rencontrées pour imposer la règle de la prévalence du masculin dans les accords en genre[6] ;
  • Louise-Laurence Larivière, docteur en linguistique : Guide de féminisation des noms communs de personnes (2005[7]), ou encore Dis-moi comment tu te nommes et je te dirai qui tu es (in Nouvelles Questions Féministes, 2007[8]);
  • Femme, j'écris ton nom... : guide d'aide à la féminisation des noms de métiers, titres, grades et fonctions (1999).

Dans le même temps, outre-Atlantique, des auteurs et des autrices québécois.es ont contribué au développement de cette conception du langage. Au féminin, livre écrit sous la direction de Monique Biron, a été publié en 1991. Plus récemment, Pierrette Vachon-L'Heureux et Louise Guénette faisaient la promotion de la rédaction épicène au travers de leur ouvrage, Avoir bon genre à l'écrit (2006).

Définition[modifier | modifier le code]

Les langues ne sont pas des outils neutres : elles influent sur notre façon de parler, de penser, de se représenter. Les langages genrés dont le neutre est identique au masculin ou dont le masculin l'emporte dans un groupe posent trois problèmes selon certains analystes : ils invisibiliseraient les femmes ; ils obligeraient à avoir une vision dichotomique du genre humain ; ils imposeraient à quiconque de se positionner en tant que femme ou en tant qu'homme[9]. Une étude menée en 2008, par Markus Brauer et Michaël Landry montre que «en moyenne, 23 % des représentations mentales sont féminines après l’utilisation d’un générique masculin, alors que ce même pourcentage est de 43 % après l’utilisation d’un terme générique épicène»[10].

Le terme langage inclusif désigne un langage qui n’exclurait personne pour motif de sexe, d'âge, de race ou d'orientation sexuelle[11]. Par exemple, les expressions « les handicapés » ou « les aborigènes » seraient des expressions exclusives. Les expressions « personnes handicapées » ou « personnes aborigènes » seraient en revanche des expressions inclusives[11]. Le langage inclusif est différent du langage neutre[11].

Le langage neutre ou épicène vise à remplacer des termes masculins par des termes neutres. L'expression « Dieu écoute les prières de tous les hommes » est considérée par certains comme exclusive. L'expression « Beaucoup de personnes travaillent au projet » est neutre. « Des hommes et des femmes travaillent au projet » est une expression inclusive[11].

Les pratiques pour un langage non sexiste, inclusif ou épicène portent sur trois aspects[12] :

  • accorder les noms de métiers et de fonctions au sexe de la personne qui l'occupe ;
  • utiliser des expressions non sexuées, comme « les droits humains » ;
  • utiliser les deux formes grammaticales. Pour cela, il existe deux possibilités[9] :
    • faire figurer les deux formes comme « elles et ils partent en vacances », « he or she » ;
    • utiliser à l'écrit une forme liée par un point, un tiret, une barre oblique, une majuscule etc. comme « ami·e » « participant·e ».

Critiques[modifier | modifier le code]

Les recommandations grammaticales de certains défenseurs du langage inclusif suscitent différentes critiques : selon les opposants, en plus de ne pas correspondre aux standards d'écriture, elles produisent des phrases inesthétiques, difficiles à lire, manquant de fluidité et jonchées de redondances (par répétition du féminin après un masculin à valeur neutre). À cela s'ajoute que certaines de ces préconisations n'affectent que le langage écrit, car imprononçable en pratique, amoindrissant de fait drastiquement leur intérêt pour l'usage oral. Ces critiques s'adressent principalement aux recommandations sur l'ajout de «-e » en fin de mots, et autres formes tronquées usant de parenthèses, de points ou de tirets, ou utilisant le E majuscule ou la barre oblique. D'autres critiques s'adressent à l'emploi de nouveaux pronoms voulus neutres en genre comme « iels », « toustes » et « ceulles » (venant compléter respectivement « ils / elles », « tous / toutes » et « ceux / celles »)[9].

Pour le linguiste Alain Bentolila, « voir un complot machiste dans la langue française manifeste une totale ignorance[13]. »

Enfin, on peut noter la remarque de Bertilo Wennergren, auteur du Plena Manlibro de Esperanta Gramatiko (PMEG), dans le chapitre Genre lexical des substantifs de ce même dictionnaire « Ce n'est pas la langue elle même qui est discriminatoire, mais le cas échéant ses locuteurs » (PMEG[14] – §4.3).

Éléments de réponse[modifier | modifier le code]

À ces critiques viennent s'opposer quelques éléments de réponse : premièrement, l'ensemble des règles d'écriture ainsi que l'appréciation esthétique des phrases est principalement une question d'habitudes personnelles, fortement susceptibles de varier d'un individu à l'autre et d'une époque à l'autre ; il en va de même pour l'appréciation de la lisibilité et la fluidité des phrases[9] — cependant, la poésie versifiée serait pour sa part intransposable puisque le nombre de syllabes changerait. Concernant la redondance, les défenseurs arguent que l'emploi du masculin comme marque de neutralité aurait des effets néfastes de plusieurs natures, comme détaillés ci-dessus dans l'article.

Différence entre les langues[modifier | modifier le code]

Allemand[modifier | modifier le code]

Le débat sur la féminisation de la langue est assez fort dans les pays germanophones, en particulier dans les milieux de gauche. Ainsi, bien qu'on puisse en allemand obtenir le féminin d'un nom en y ajoutant le suffixe -in, il existe des mots qui font exception et pour lesquels le féminin est peu usité, ou assez récent. Par ailleurs, comme en français, le masculin peut servir de forme générique au pluriel. C'est notamment l'aspect le plus critiqué par les partisans et les partisanes d'un langage féministe. Il est ainsi devenu relativement fréquent d'utiliser un pluriel en -Innen (Binnen-I), c'est-à-dire le pluriel féminin, mais avec une majuscule afin d'indiquer qu'il s'agit d'un pluriel mixte (die StudentInnen, die KollegInnen, etc.).[réf. nécessaire] On utilise aussi les formes /innen (die Student/innen, die Kolleg/innen, etc.) ou _innen (die Student_innen, die Kolleg_innen, etc.). On peut également remplacer certains mots par d'autres jugés plus neutres, notamment des participes employés comme substantifs (die Studierende, participe présent de étudier) ou des termes tels que Lehrkraft (personnel enseignant). De façon extrêmement marginale, on remplace parfois man (on) par mensch ou frau, formés à partir de Mensch (être humain, personne) et Frau (femme), à cause de la similitude entre man (on) et Mann (homme)[15].

Les formulations avec un slash sont utilisées depuis les années 1980, dans les universités. En 2013, les universités de Leipzig et Potsdam décident d'utiliser le féminin générique pour dénommer l'ensemble des personnes d'un même titre ou fonction. L'expression « Die / der Professor / Professorin » est remplacée par la forme générique « die Professorin »[16].

Anglais[modifier | modifier le code]

L'anglais apparaît relativement neutre du point de vue de l'usage grammatical des genres. La langue comprend un vestige de genres féminin et masculin pour les noms désignant des personnes, voire des animaux familiers du sexe correspondant ; les bateaux (ship) sont souvent désignés par le pronom féminin she. Les autres noms ont un genre non défini ou neutre. Le genre n'est toutefois pas marqué dans la conjugaison ni dans les adjectifs et n'apparaît donc que dans le choix des pronoms personnels utilisés pour remplacer les noms correspondants à la troisième personne du singulier, à savoir he pour le masculin, she pour le féminin, it pour le neutre. Cependant, on voit actuellement réapparaître un they singulier dont la fonction est de désigner une personne dont on ignore le sexe. Cet usage du pronom a plusieurs siècles, mais est tombé en désuétude au XVIIe siècle avant de réapparaître dans les années 1980[17].

Le mot man, quant à lui, qui signifiait simplement à l'origine « être humain », est à la base de mankind signifiant « humanité ». S'il s'est spécialisé par la suite pour signifier « homme » (être humain masculin), il reste utilisé de nos jours dans ce sens. Il y a donc la même ambivalence qu'en français avec le mot homme, un terme signifiant aussi tantôt un être humain masculin, tantôt l'humanité dans son ensemble[18] (voir la partie de l'article évoquant la langue française). Le terme woman « femme », lui, provient de l’anglo-saxon wīfmann, composé de wīf « femme » et mann « être humain ».

L'anglais dispose par ailleurs du terme asexué sibling, signifiant « frère ou sœur », qui n'a pas d'équivalent direct en français.

Certains auteurs et certaines autrices, principalement aux États-Unis, emploient maintenant le féminin pour désigner une personne dont le sexe est indéterminé dans le contexte (le lecteur ou la lectrice, un auteur ou une autrice quelconque hypothétique, etc.) :

Ex. : « When you find value assumptions, you know pretty well what a writer or speaker wants the world to be like – what goals she thinks are most important ; but you do not know what she takes for granted […][19]. »

De plus, aux États-Unis, l'usage de he or she (« il ou elle ») à l'oral et de he or she, (s)he, ou s/he à l'écrit lorsque le sexe de l'individu n'est pas connu a aujourd'hui tendance à disparaître au profit du they singulier.

Espéranto[modifier | modifier le code]

En espéranto, le genre grammatical n'existe pas[20]. La racine des mots est généralement sémantiquement neutre, le sexe pouvant être marqué par le préfixe vir- pour le masculin et le suffixe -in- pour le féminin. Par exemple, ŝafo (mouton), virŝafo (bélier), ŝafino (brebis).

Ido[modifier | modifier le code]

L'ido utilise le suffixe -in- pour marquer le féminin, et -ul- pour le masculin, avec par exemple : frato (« frère ou sœur »), fratino (« sœur »), fratulo (« frère »).

Français[modifier | modifier le code]

Pratiques possibles :

  • l'emploi de parenthèses : « musicien(ne) ». Les parenthèses peuvent être également utilisées pour noter un pluriel facultatif : « le(s) musicien(ne)(s) » ;
  • l'emploi du trait d'union et de sa forte symbolique unioniste : « musicien-ne-s », « motivé-e-s », et même l'article « un-e » ;
  • l'emploi du point médian, semblable au trait d'union mais plus discret : « musicien·ne·s », « motivé·e·s » ;
  • l'emploi du point, plus facile d'accès sur un clavier que le point médian, mais peut prêter à confusion : « musicien.ne.s », « motivé.e.s » ;
  • l'emploi de l'apostrophe, plus facile d'accès sur un clavier que le point médian, et qui évite la confusion avec le point en se plaçant sur la ligne haute : « musicien'ne's », « motivé'e's » ;
  • la terminaison à deux genres : « acteurs/trices » ou « acteurs-trices » ;
  • l'emploi du E majuscule : « motivéEs »... Cette forme est fréquemment utilisée en allemand ;
  • la création de mots trans-sexes : « illes » ou « iels » pour « ils et elles », « celleux » ou « ceulles » pour « celles et ceux », « chanteureuses » ou « chanteuseurs » pour chanteurs et chanteuses. ;
  • l'emploi de termes épicènes, c'est-à-dire prenant la même forme aux deux genres ou pouvant désigner aussi bien des femmes que des hommes : parler d'« élèves du lycée » plutôt que de « lycéens », de « personnalité politique » plutôt que d'« homme politique », au risque d'une altération du sens lorsqu'il n'existe pas de terme épicène strictement équivalent au terme genré. Le genre d'un nom prenant la même forme au féminin et au masculin peut toutefois apparaître dans le contexte si ce nom est précédé d'un article au singulier (« un/une ministre ») ou lorsqu'il est accompagné d'un adjectif (« trois élèves doués/douées »), ce qui doit être pris en compte si on cherche à utiliser un langage non genré[9].

La règle de proximité consiste à accorder le genre et le nombre de l'adjectif avec celui du plus proche des noms qu'il qualifie, et le verbe avec le plus proche de ses sujets. Cette règle, présente en latin mais progressivement abandonnée en français, a pu s'appliquer jusqu'au XVIIe siècle[21].

Pour justifier la primauté du masculin, l'abbé Bouhours déclare en 1675 que « lorsque les deux genres se rencontrent, il faut que le plus noble l'emporte » ; étant entendu que, comme l'explique le grammairien Beauzée en 1767, « le genre masculin est réputé plus noble que le féminin à cause de la supériorité du mâle sur la femelle[22]. » Ces explications sont cependant fantaisistes, et ne tiennent pas compte de l'évolution de la langue.

L'accord actuel pour lequel le genre non marqué (semblable au masculin) prévaut, a donc pu être considéré comme une marque de domination masculine[23].

En France[modifier | modifier le code]

Un certain nombre de pratiques visent le langage sexiste. Il s'agit d'introduire des apports linguistiques novateurs, essentiellement (pour l'instant) lorsqu'on parle d'un groupe de personnes composé d'individus indifférenciés ou des deux sexes.

Le gouvernement s'exprime en 1984 en faveur de « la féminisation des titres et fonctions et, d’une manière générale, le vocabulaire concernant les activités des femmes. » Deux circulaires du Premier ministre se prononcent à sa faveur : le 11 mars 1986[24] et le 6 mars 1998[25].

L'Académie française récuse l'autorité du gouvernement à réformer la langue et s'oppose à cette tendance en 1984 puis en 2002[26]. En 2014, elle reprend cependant une conclusion de la Commission générale de terminologie et de néologie qui « s'incline [devant] le désir légitime des individus de mettre en accord, pour les communications qui leur sont personnellement destinées, leur appellation avec leur identité propre[27] », concluant que c'est l'épreuve du temps qui doit l'emporter.

En politique, le souvenir de l'adresse célèbre « Françaises, Français ! » des débuts des discours du général de Gaulle[28], parfois dénoncée comme une absurdité grammaticale, reste vivace de nos jours au travers des innombrables « Les Françaises et les Français » qui continuent à émailler les discours des personnalités politiques de tout bord[29]. Cette expression a été raillée par Pierre Desproges dans Le Tribunal des flagrants délires (« Françaises, Français. Belges, Belges »[30]). Elle a été habilement remplacée par la suite par l'expression « Mes chers compatriotes ».

Le 21 février 2012 sous l'impulsion de Roselyne Bachelot, les termes et expressions mademoiselle, nom de jeune fille, nom patronymique, nom d'épouse et nom d'époux sont supprimés des formulaires et correspondances administratifs français, par la circulaire no 5575[31]. Les défenseurs de ces termes arguaient qu'il était utile à l'administration pour savoir si le nom qui suivait était susceptible de changer. En France, chacun des époux peut user du nom de l'autre[32]. Cependant l'évolution moderne du droit des familles (divorces, mariage homosexuel et, depuis la loi du 4 mars 2002, la possibilité de transmettre aux enfants, le nom du père, de la mère ou des deux noms accolés[32]) a largement affaibli cet argument.

En , le Haut Conseil à l'égalité entre les femmes et les hommes publie un Guide pratique pour une communication publique sans stéréotype de sexe[33]. Ce guide en détaillant dix recommandations, invite à promouvoir un langage reflétant le principe d’égalité entre les femmes et les hommes[34]. Inspirée par cette démarche, une agence de communication édite et diffuse en un premier Manuel d'écriture inclusive[35] proposant trois conventions d’écriture afin de faire progresser l’égalité, notamment sur le plan professionnel, entre les femmes et les hommes. En , l'éditeur Hatier sort le premier manuel scolaire employant l'écriture inclusive, intitulé Questionner le monde et destiné aux CE2. Sa sortie ne manque pas de faire réagir, Le Figaro titrant un article « Un manuel scolaire écrit à la sauce féministe », et Raphaël Enthoven accusant l'écriture inclusive d'être un « lifting du langage qui croit abolir les injustices du passé en supprimant leur trace »[36].

En Suisse[modifier | modifier le code]

Le courant prônant l'emploi d'un « langage épicène » (expression souvent employée en Suisse) a atteint les sphères officielles dès la fin du XXe siècle, à la suite de la parution dès 1994 des ouvrages spécialisés de Thérèse Moreau s'adressant aux écoles, aux métiers, puis aux administrations (voir la bibliographie). La Chancellerie fédérale publie en 2000 un Guide de formulation non sexiste des textes administratifs et législatifs de la Confédération[37]. Les administrations cantonales, les hautes écoles, publient leurs propres recommandations[38].

En Belgique[modifier | modifier le code]

Plusieurs guides de communication épicène ont été publiés en Belgique :

  • « Mettre au féminin - Guide de féminisation des noms de métier, fonction, grade ou titre »[39], Fédération Wallonie-Bruxelles, 3e édition, 2014.
  • « Égalité et diversité dans la communication de la Fédération Wallonie- Bruxelles - Trucs et astuces pour les communicateur-trice-s »[40], SPF Chancellerie du Premier Ministre, DG Communication externe, 2013.
  • « Intégrer la dimension de genre dans la communication fédérale – Guide pour les communicateurs fédéraux »[41], SPF Personnel et Organisation et SPF Chancellerie du Premier ministre, COMM Collection n° 25, 2013.
  • « Liste alphabétique des noms de métier, fonction, grade ou titre »[42], Communauté française de Belgique, Conseil supérieur de la langue française.
  • Guide du bon usage du genre dans votre communication[43], UCL Université catholique de Louvain.

Au Québec[modifier | modifier le code]

Au Québec, la féminisation lexicale est encouragée dès 1979 par l'Office québécois de la langue française, qui promeut également la rédaction épicène[44]. L'Office québécois de la langue française met à disposition une banque de dépannage linguistique sur la rédaction épicène en 2002[45], et publie un Guide de rédaction épicène en 2006[46].

Tchèque[modifier | modifier le code]

Le nom de famille d'une femme se met au féminin, Jana Tichá porte le même patronyme que Miloš Tichý. Dans le cas présent, tichý est un adjectif et la forme féminine de cet adjectif est tichá. Quand le nom de famille est un substantif, il est le plus souvent dérivé du masculin par l'ajout de « —ová » : Eva Romanová est la sœur de Pavel Roman. La forme « —ová » désigne un adjectif d'appartenance et implique, au grand dam des féministes, l'idée de possession[47] (madame Nováková est littéralement l'épouse ou la fille de monsieur Novák).

Jusqu'à il y a peu, cette forme était obligatoire, imposée par la loi tchécoslovaque puis tchèque. Plus que sexiste, on peut voir dans cette obligation une mesure vexatoire envers les minorités linguistiques, forcées d'adopter les usages slaves. Désormais, l'épouse tchèque d'un ressortissant étranger ou d'un membre d'une minorité linguistique[48] de la République tchèque peut choisir entre :

  • garder son nom de naissance ;
  • accoler son nom de naissance avec celui (inchangé) de son époux ;
  • accoler son nom de naissance avec le nom slavisé de son mari (ce qui était déjà possible) ;
  • adopter le nom, slavisé ou non, de son époux[49].

La loi tchécoslovaque, novatrice en la matière, permettait au mari d'accoler le nom de son épouse au sien et que le premier président, Tomáš Garrigue Masaryk a été l'un des premiers à montrer l'exemple.

En 2006, l'entrée en vigueur de l'équivalent tchèque du pacte civil de solidarité, qui permet à la partenaire tchèque d'une ressortissante étrangère d'adopter son nom de famille[50] (comme pour les épouses dans un mariage classique) qui, pour une oreille tchèque sera forcément « masculin », a provoqué une réaction homophobe ou misogyne. Certains législateurs réactionnaires ont tenté de s'opposer à cette liberté patronymique accordée aux lesbiennes — en vain.[réf. nécessaire]

Espagnol[modifier | modifier le code]

Quand ils cherchaient à s'exprimer en langage non-sexiste, les hispanophones devaient employer des expressions répétées du type « queridos amigos, queridas amigas » (chers amis, chères amies). Comme souvent on passe du masculin au féminin en remplaçant le « o » par un « a », les hispanophones ont eu l'idée de remplacer la répétition par un mot avec un « @ » (car ressemblant visuellement à un « a » dans un « o »), ce qui donne « querid@s amig@s »[51].

L'usage de l'astérisque (l*s amig*s), du «x» (lxs amig*s) ou «e» (les amiges) est aussi possible. Il est préféré d'utiliser ces trois possibilités plutôt que « @ » car ils n'excluent pas les personnes non-binaires. Le «e» est quant à lui aussi préféré à «x» ou «*»pour une plus simple prononciation.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. « La désexualisation selon Sandrine Salerno », sur lematin.ch/ (consulté le 9 avril 2016)
  2. « Ainsi soit-elle de Benoîte Groult », AgoraVox,‎ (lire en ligne)
  3. Anne-Marie Houdebine, « Les femmes et la langue », Tel Quel,‎ , p. 84-95
  4. Anne-Marie Houdebine-Gravaud, « Trente ans de recherche sur la différence sexuelle, ou Le langage des femmes et la sexuation dans la langue, les discours, les images », Langage et société,‎ , p. 33–61 (ISSN 0181-4095, lire en ligne)
  5. « Devenir féministe - Entretien avec Anne-Marie Houdebine, linguiste (1) - Féministes en tous genres », sur feministesentousgenres.blogs.nouvelobs.com (consulté le 31 octobre 2016)
  6. « Non, le masculin ne l'emporte pas sur le féminin », LExpress.fr,‎ (lire en ligne)
  7. « Guide de féminisation des noms communs de personnes » (consulté le 31 octobre 2016)
  8. Louise-Laurence Larivière, « Dis-moi comment tu te nommes et je te dirai qui tu es », Nouvelles Questions Féministes, vol. 26,‎ , p. 47–56 (ISSN 0248-4951, lire en ligne)
  9. a, b, c, d et e Borde, Davy,, Tirons la langue : plaidoyer contre le sexisme dans la langue française (ISBN 9782919160228, OCLC 958416136, lire en ligne).
  10. Markus Brauer et Michaël Landry, « Un ministre peut-il tomber enceinte ? L’impact du générique masculin sur les représentations mentales », L’année psychologique,‎ , p. 243-272 ([psych.wisc.edu/Brauer/BrauerLab/wp-content/uploads/2014/07/Brauer-_-Landry-2008-AP.pdf lire en ligne])
  11. a, b, c et d Brenda MacLauchlan, Le mot rend justice : Guide pour l’utilisation du langage inclusif, Toronto, , 41 p.
  12. France. Haut conseil à l'égalité entre les femmes et les hommes., Pour une communication publique sans stéréotype de sexe : guide pratique, La documentation française (ISBN 9782111451377, OCLC 964445259, lire en ligne)
  13. Alain Bentolila, interviewé par Eugénie Bastié, « Voir un complot machiste dans la langue française manifeste une totale ignorance », lefigaro.fr, 26 septembre 2017.
  14. Voir sur bertilow.com.
  15. Andreas Lebert im Gespräch mit Armin Kratzert: Anleitung zum Männlichsein.
  16. Charly Wilder, « Ladies First: German Universities Edit Out Gender Bias », Spiegel Online,‎ (lire en ligne).
  17. The New Fowler's Modern English Usage, 3e édition (préparée par R. W. Burchfield), Oxford University Press, 1996 (rubrique themself, p. 777) : « The OED reports standard uses of the alternative form themself from the 14c. to the 16c., but then it seems to have lost its grip on the language and disappeared from sight. A remarkable by-product of the search for gender-neutral pronouns, themself re-emerged in the 1980s ».
  18. L'ouvrage de Teilhard de Chardin, L'Avenir de l'Homme (dans le sens évident de « l'Humanité ») est traduit à la lettre en anglais par The Future of Man.
  19. « Lorsque vous rencontrez des présupposés de valeur, vous savez fort bien à quoi un auteur ou un orateur voudrait que le monde ressemble – quels sont les objectifs qu'elle considère comme les plus importants ; mais vous ne savez pas ce qu'elle tient pour acquis […]. » M. Neil Browne, Stuart M. Keeley, « Asking the Right Questions », A Guide to Critical Thinking, Pearson / Prentice Hall, 2007.
  20. Plena Manlibro de Esperanta Gramatiko (PMEG) §4.3
  21. Eliane Viennot, Non, le masculin ne l'emporte pas sur le féminin !, Paris, IXe éditions, , 128 p. (ISBN 979-1-09-006220-7)
  22. Nicolas Beauzée, Grammaire générale ou Exposition raisonnée des éléments nécessaires du langage : pour servir de fondement à l'étude de toutes les langues, livre III, chapitre VII « De la Concordance », 1767, tome II, p. 358 (lire sur Gallica).
  23. Anne Chemin, « Genre, le désaccord », Le Monde,‎ (lire en ligne).
  24. « Journal officiel »
  25. « Journal Officiel »
  26. « Féminisation des noms de métiers, fonctions, grades et titres », (Actualités 2002, féminisation), site de l'Académie française.
  27. « La féminisation des noms de métiers, fonctions, grades ou titres - Mise au point de l’Académie française »
  28. Françaises, Français ! Aidez-moi !, 1961, archive vidéo INA.
  29. « [… car les Françaises et les Français finiront par se rendre compte de la réalité […] »] (Didier Migaud, Assemblée nationale, débats parlementaires, 4 décembre 2003).
  30. Pschitt.info, Le Tribunal des flagrants délires Voir le réquisitoire de Desproges contre Sapho, consacré à cette expression.
  31. Circulaire du Premier ministre sur Légifrance.
  32. a et b Evelyne Pisier, Le droit des femmes, Paris, Dalloz, , 142 p. (ISBN 978-2-247-07014-5), p. 53-54
  33. « Lancement du « Guide pratique pour une communication publique sans stéréotype de sexe » - Haut Conseil à l'Egalité entre les femmes et les hommes », sur www.haut-conseil-egalite.gouv.fr (consulté le 14 juillet 2016)
  34. Catherine Mallaval, « Plombière, cheffe, sous-préfète : petit guide du parler non-sexiste », (consulté le 14 juillet 2016)
  35. Voir sur ecriture-inclusive.fr.
  36. Lacroux 2017.
  37. Guide de formulation non sexiste, Chancellerie fédérale, décembre 2000.
  38. Exemple : la page « Langage épicène » de la Haute école Arc Neuchâtel-Berne-Jura, au chapitre de l'« Égalité des chances ».
  39. Voir sur cfwb.be.
  40. Voir sur egalite.cfwb.be.
  41. Voir sur fedweb.belgium.be.
  42. Voir sur cfwb.be.
  43. Voir sur uclouvain.be.
  44. Pierrette Vachon-L'Heureux, « Au Québec, la rédaction épicène devient une proposition officielle », Nouvelles Questions féministes, 2007/3 (Vol. 26)
  45. Féminisation et rédaction épicène, Office québécois de la langue française, 2002.
  46. Pierrette Vachon-L'Heureux et Louise Guénette. Avoir bon genre à l’écrit : Guide de rédaction épicène, Québec, Office québécois de la langue française, Les Publications du Québec, 2006.
  47. « Féminisme et grammaire tchèque : et maintenant « ová » où ? », Café Babel, 24 septembre 2012.
  48. « République tchèque : Loi sur les droits des minorités nationales (2001) », L'Aménagement linguistique dans le monde, université Laval.
  49. Guillaume Narguet, « Les -ová des noms de famille au féminin (3) », Radio Prague, 21 mars 2009.
  50. Guillaume Narguet, « Les -ová des noms de famille au féminin (dernière partie) », Radio Prague, 25 avril 2009.
  51. '@robase politiquement correcte, Cécile Thibaud, L'Express du 17 mai 2004.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

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Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Françoise Marois, « Vers l'égalité linguistique », mémoire de recherche, université du Québec à Chicoutimi, 1996, vol. 1. La Féminisation comme instrument d’analyse sociolinguistique, vol. 2. La Féminisation comme outil d'application pédagogique, vol. 3. La Féminisation, une réalité sociolinguistique
  • Françoise Marois, La Féminolinguistique, actes du colloque international sur La Recherche féministe en francophonie, Groupe de recherche multidisciplinaire féministe (GREMF), université Laval, cahier 13, Québec, 1996, p. 79
  • Françoise Marois, La Féminisation comme phénomène sociolinguistique, actes du colloque international sur « La Problématique de l’aménagement linguistique : enjeux théoriques et pratiques », Office de la langue française et université du Québec à Chicoutimi, collection Langues et sociétés, tome I, Chicoutimi, 1994, p. 279-309i.
  • Françoise Marois, Féminisme/humanisme, revue Femmes d’ici, Association féminine d’éducation et d’action sociale (AFÉAS), vol. 25, no 4, mars-avril 1991, Montréal, p. 23.
  • Françoise Marois, De Grevisse à Marois, essai, revue Rauque, no 4, éditions Prise de parole, Sudbury, 1987
  • Françoise Marois, Le Féminin générique, Les Propos, Association des femmes d’affaires du Québec, 1986, Montréal
  • Céline Labrosse, Pour une langue française non sexiste, Les Intouchables (ISBN 2-89549-087-2)
  • Louise-L. Larivière, Pourquoi en finir avec la féminisation linguistique ou À la recherche des mots perdus, Montréal, Éditions du Boréal, 2000. 149 p.
  • Louise-L. Larivière, Comment en finir avec la féminisation linguistique ou Les mots pour LA dire, [en ligne]. Paris, Zéro Heure, 2000. <www.00h00.com>
  • Louise-L. Larivière, Guide de féminisation des noms communs de personnes, Montréal, Fides, 2005. 217 p.
  • Becquer, Annie, Bernard Cerquiligni, Nicole Cholewka, Martine Coutier, Josette Frécher, Marie-Josèphe Mathieu (1999), Femme, j'écris ton nom… Guide d'aide à la féminisation des noms de métiers, titres, grades et fonctions. Paris : Documentation française
  • Butler, Judith (2005), Trouble dans le genre. Paris : La Découverte. Traduction de Gender Trouble. Feminism and the Subversion of Identity (1990). New York : Routledge
  • Commission Générale de Terminologie et de Néologie (1998), Rapport sur la féminisation des noms de métier, fonction, grade ou titre. <www.culture.gouv.fr/culture/ dglf/cogeter/feminisation>
  • Institut national de la langue française, Le guide d'aide à la féminisation des noms de métiers, titres, grades et fonctions,, Paris, Centre national de la recherche scientifique, , 119 p. (lire en ligne)
  • Khaznadar, Edwige (1990) Le Nom de la femme. Virtualisation idéologique et réalité linguistique. Thèse de l'université de Toulouse-Le Mirail
  • Khaznadar, Edwige (2000) « La suffixation du masculin et du féminin dans l’alternance en genre en français : de la réalité contemporaine et de quelques vieilles lunes » in Actes du XXIIe congrès international de linguistique et de philologie romanes. Bruxelles (ULB) 1998, vol. VI (p. 251-259). Tübingen, Niemeyer
  • Khaznadar, Edwige (2002a) Le Féminin à la française. Paris : L'Harmattan
  • Khaznadar, Edwige (2002b) « Métalangage du genre : un flou artistique » in Extension du féminin - Les incertitudes de la langue, sous la direction de Marie-Jo Mathieu (p. 25-41). Paris : Honoré Champion.
  • Khaznadar, Edwige (2005) « Le masculin dit générique : mythe et langue » in Désexisation et parité linguistique - Le cas de la langue française, coordination Véronique Perry (p. 67-86). Toulouse : ANEF
  • Moreau, Thérèse (1994). Pour une éducation épicène. Guide de rédaction et de ressources de documents scolaires s’adressant aux filles comme aux garçons. Lausanne : Réalités sociales
  • Moreau, Thérèse (1999). Nouveau Dictionnaire féminin masculin des professions, des titres et des fonctions. Genève : Métropolis
  • Moreau Thérèse. (2001) Écrire les genres, guide romand d’aide à la rédaction administrative et législative épicène. Genève : État de Genève
  • Nouvelles Questions féministes, Lausanne. Éditions Antipodes, volume 26, no 3, 2007
  • Margaux Lacroux, « Prêt·e·s à utiliser l'écriture inclusive ? », Libération (en ligne),‎ (lire en ligne) Document utilisé pour la rédaction de l’article

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]