Conseil turcique

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Conseil turcique
Logo de l'organisation
Carte de l'organisation
Carte des pays du Conseil turcique
Situation
Création

(Accord du Nakhitchevan)

Type Organisation régionale
Siège Drapeau de la Turquie Turquie, Istanbul
(Secrétariat général)
Drapeau de l'Azerbaïdjan Azerbaïdjan, Bakou
(Assemblée parlementaire)
Drapeau du Kazakhstan Kazakhstan, Astana
(Académie turcique)
Langue Azéri
Kazakh
Kirghize
Turc
Anglais [1]
Organisation
Membres Depuis le 3 octobre 2009

Drapeau de l'Azerbaïdjan Azerbaïdjan
Drapeau du Kazakhstan Kazakhstan
Drapeau du Kirghizistan Kirghizistan
Drapeau de la Turquie Turquie
Depuis 2018
Drapeau de l'Ouzbékistan Ouzbékistan

Secrétaire général Drapeau de l'Azerbaïdjan Ramil Hasanov

Site web www.turkkon.org

Le Conseil turcique ou Conseil turc (azéri : Türk Şurası, kazakh : Түркі кеңесі, kirghize : Түрк кеңеш, turc : Türk Keneşi, anglais : Turkic Council) est une organisation internationale regroupant les États turcophones, fondée le à Nakhitchevan (Azerbaïdjan) par l'Azerbaïdjan, le Kazakhstan, le Kirghizistan et la Turquie. L'Ouzbékistan rejoint l'organisation en 2018[2]. L’objectif de cette coopération est de promouvoir le développement fraternel entre ces pays partageant la langue turque et de permettre une coordination générale. Leurs domaines d’actions sont, entre autres, économiques et énergétiques mais aussi et surtout culturel. Au-delà d'une réelle approche multilatérale effective, cette organisation permet de mettre en réseau ces différents États.

États membres[modifier | modifier le code]

Pays Population Superficie (km²)
Drapeau de l'Azerbaïdjan Azerbaïdjan 9 961 396 86 600
Drapeau du Kazakhstan Kazakhstan 17 948 816 2 724 900
Drapeau du Kirghizistan Kirghizistan 5 727 553 198 500
Drapeau de l'Ouzbékistan Ouzbékistan 29 748 859 447 400
Drapeau de la Turquie Turquie 82 835 090 783 562

États turcophones non-membres du Conseil[modifier | modifier le code]

Institution[modifier | modifier le code]

Le Conseil turcique a trois capitales, Istanbul (Turquie), Bakou (Azerbaïdjan) et Astana (Kazakhstan). Istanbul est la capitale administrative, Bakou est la capitale de l'Assemblée parlementaire et Astana est la capitale de l'Académie turcique.

Origine historique[modifier | modifier le code]

Suite à la chute de l’Union des Républiques Socialistes Soviétiques (URSS) en 1991, la Turquie va se rapprocher des ex-Républiques soviétiques d’Asie orientale. La zone territoriale du Caucase et de l’Asie orientale devient un enjeu stratégique pour Ankara. Suite au retrait du « Grand voisin du Nord », la Turquie apparait pour les puissances de l’Ouest comme un moyen de faciliter la transition économique libérale et démocratique des Républiques turcophones pour faciliter les échanges avec l’Occident. Insérée dans l’Organisation du Traité Atlantique Nord (OTAN) et proche de l’Union européenne[3], la Turquie représente un moyen indirect de lutte contre les puissances fondamentalistes de l’Iran et de l’Arabie Saoudite.

Néanmoins, les Républiques turcophones de l’Azerbaïdjan, du Kazakhstan, de Kirghizistan et de l’Ouzbékistan connaissent des difficultés économiques importantes. Le revenu par habitant s’avère être en dessous de la moyenne de l’ex-URSS. La croissance est également plus lente avec un rapport au revenu moyen par habitant de l’URSS passé de trois quarts en 1970 à moins de deux tiers en 1990[4].

Sous le régime soviétique ces difficultés étaient compensées via des transferts budgétaires. Toutefois, après la fin de ce régime les Républiques turcophones se retrouvent face à elles-mêmes, ayant des déséquilibres internes très affaiblis ainsi que des besoins de financement important. Au niveau des échanges commerciaux, les déficits sont également élevés, hormis pour l’Azerbaïdjan. En outre, ces États connaissent un goulet d’étranglement d’ordre structurel et financier.

À cette époque, les relations commerciales avec la Turquie sont relativement faibles. En 1992, le volume des échanges s’établissait à 283,7 millions de dollars, soit 0,8% du commerce extérieur de la Turquie.

Cependant, après l’URSS, la Turquie va progressivement jouer le rôle d’intermédiaire auprès des milieux occidentaux pour l’Azerbaïdjan, le Kazakhstan, le Kirghizistan et l’Ouzbékistan. En développant l’idée d’un grand monde turc, la coopération entre ces États turcophones va s’accroitre grâce à l’organisation de la Turcophonie. Cet espace devient le sommet de coopération principale entre la Turquie, l’Asie orientale et le Caucase. La Turquie va ainsi chercher à promouvoir le développement économique de ces pays mais aussi et surtout à encourager une unité turcophone. À travers l’Asie centrale et le Caucase, les États turcophones représentent une population non négligeable: 8 millions d’habitants pour l’Azerbaïdjan, 14 millions pour le Kazakhstan, 5 millions pour le Kirghizistan et 25 millions pour l’Ouzbékistan[5]. Le souhait de construire un grand projet pan-Turc se fait donc ressentir pour la Turquie qui voit à cette époque un moyen de développer son influence régionale et mondiale. Ainsi, le Président turc de l’époque, Süleyman Demirel, déclara à cette époque sa volonté de construire: « Un Monde turc s’étendant de l’Adriatique jusqu’à la Grande Muraille de Chine »[6]. Avec ce projet, l'aspiration à l’image romantique d’étendre une grande Turquie sur le monde est nette. Cependant, les Républiques turcophones étant marquées par des difficultés économiques et structurelles hétérogènes, cette coopération va progressivement se concentrer sur des ambitions concrètes, souvent bilatérales, davantage que sur un Monde turc unifié.

Domaines d'actions[modifier | modifier le code]

Coopération économique[modifier | modifier le code]

À l’occasion de l’ouverture de la Turcophonie, la Turquie s’est dotée de l’Agence Turque de Coopération et de Développement (TIKA).

Le décret-loi statutaire n° 480 du Ministère des affaires étrangères a créé cette organisation en 1999. En 2001, l’ensemble des règles de l’organisation a été défini au travers la « loi n° 4668 sur "l'organisation et les tâches de la Direction turque de la coopération et du développement".

Cette agence fut organisée en deux départements aux missions différentes. Le premier département fut chargé des questions économiques, commerciales et techniques (Ekonomik Ticari ve Teknik İşbirliği Dairesi) et le second chargé des affaires sociales et culturelles (Eğitim Kültür ve Sosyal İşbirliği Dairesi).

La TIKA devient alors un instrument économique privilégié pour accroitre les échanges entre la Turquie, l’Asie Centrale et les Balkans mais aussi avec l’Amérique latine, l’Afrique ou encore les îles du Pacifique[7].

Au-delà de l’agence TIKA, la coopération économique des Républiques Turcophones et de la Turquie passe par d’autres collaborations concrètes, notamment avec de grandes multinationales. Les petites et moyennes entreprises sont également amenées à travailler conjointement afin de maintenir une activité économique dynamique dans la région.

Néanmoins, les réalisations économiques du Conseil turcique s’avèrent peu effectives par rapport à d’autres domaines d’actions.

Coopération énergétique[modifier | modifier le code]

L’énergie représente également un enjeu de collaboration important pour les États membres du Conseil turcique. En effet, la Turquie dispose de ressources énergétiques importantes dans la région d’Asie centrale. Depuis 2005, l’Oléoduc Bakou-Tbilissi-Ceyhan (BTC) transporte sur 1 776 km le pétrole brut du champ pétrolifère d'Azeri-Chirag-Guneshli sur la mer Caspienne jusqu'à la mer Méditerranée. Ce projet implique directement l’Azerbaïdjan puisque l’oléoduc prend racine à Bakou.  

Le projet du Gazoduc transanatolien (TANAP) constitue également un enjeu de coopération énergétique majeur dans la région. Ayant pour but un acheminement en gaz naturel de l’Azerbaïdjan jusqu’à l’Europe via la Turquie, ce gazoduc est présenté comme le symbole de l’amitié et la fraternité entre la Turquie et l’Azerbaïdjan en Anatolie. L’inauguration du projet TANAP a eu lieu le 12 juin 2018 à Eskisehir, en Turquie en présence de Mustafa Akinci, président de la République turque de Chypre du Nord, Aleksandar Vucic, président de la République de Serbie, Petro Porochenko, président d’Ukraine, le président de la République d’Azerbaïdjan, Ilham Aliyev et Recep Tayyip Erdogan, président de la République de Turquie. La coopération énergétique constitue donc un enjeu important pour les États membres du Conseil turcique mais l’action concrète de cette organisation au sein de cette thématique reste limitée.  

Coopération culturelle[modifier | modifier le code]

Alphabet[modifier | modifier le code]

Une des mesures les plus symboliques en matière culturelle fût l’adoption de l’alphabet latin au détriment de l’alphabet cyrillique par les Républiques turcophones, encouragée par la Turquie[8]. L’Ouzbékistan, l’Azerbaïdjan et le Turkménistan ont en effet approuvé l’alphabet latin, rejoins par le Kazakhstan. La Turquie a proposé son assistance à ces pays pour changer d’alphabet sous la supervision du Ministre de la Culture Turc et de l’Association pour la Langue Turque afin de promouvoir une communication simplifiée entre les pays.

TÜRKSOY[modifier | modifier le code]

L’Organisation internationale pour la culture turque (TÜRKSOY[9]) constitue une institution dévouée à la promotion de la culture turque, pouvant être comparée à l’UNESCO pour le monde turc. En 1992, les ministres de la culture de l'Azerbaïdjan, du Kazakhstan, du Kyrgyzstan, de l'Ouzbékistan, de la Turquie, et du Turkménistan déclarèrent leur engagement à coopérer pour un cadre culturel commun. Le 12 juillet 1993 à Almaty, un accord entre ces pays conduisit à la naissance de cette organisation internationale. Elle permet désormais le travail entre plusieurs acteurs (associations, ministères, municipalités) d’Asie centrale pour promouvoir cette culture. Elle vise aussi à promouvoir des figure intellectuelles comme Olzhas Suleymanov, Abdulla Oripov, and Tchinguiz Aïtmatov.

Education[modifier | modifier le code]

L’éducation représente également un enjeu important pour la coopération entre les États turcophones.  Beaucoup d’échanges universitaires ont lieu entre la Turquie et les quatre États turcophones, et inversement. Des programmes universitaires communs sont aussi permis notamment grâce au « Big student projet », programme du Ministre de l’éducation après la chute de l’URSS pour développer les échanges universitaires. Plusieurs bourses universitaires sont mises en place pour faciliter ces échanges mais dans les faits celles-ci sont parfois insuffisantes pour que les ressortissants des quatre autres États viennent étudier en Turquie. Deux grandes universités ont joué un rôle majeur pour faciliter ce partenariat universitaire dont l’Université Ahmet Yesevi, du nom du protagoniste ayant contribué au développement d’un mysticisme islamique commun à l’Asie Centrale et l’Anatolie. Cette université turque est implantée au Kazakhstan et Kyrgyzstan. L’Université de Manas dispose également d’un rôle majeur, créée au Kyrgyzstan en 1995, du nom de la figure littéraire ayant contribué à l’histoire et l’identité littéraire du Kyrgyzstan.

Religion[modifier | modifier le code]

Suite à la chute de l’URSS, la Turquie a participé à l’expansion de son modèle religieux, le sunnisme hanafi au sein du monde turc. Cette exportation du modèle religieux turc fût perçue par l’Occident comme un moyen d’empêcher la diffusion du fondamentalisme religieux de l’Arabie Saoudite ou de l’Iran dans la région. Le Diyanet, l’institution s’occupant de la religion, va mener une politique active dans la région. Ainsi, la Turquie va chercher à exporter son modèle en Asie Centrale. Ce modèle de l’État turc ayant des relations étroites avec les instituions religieuses va plaire avec à partir de 1995 l'organisation de sommets où le Diyanet va prendre la tête de cette coopération. Depuis les années 1990, l’État Turc a utilisé cette congrégation religieuse comme tête de pont vis-à-vis de l’Asie centrale via des écoles turcophones en Asie centrale, comme en Azerbaïdjan. Sous la présidence d’Erdogan, cette influence religieuse est perpétuée via la construction de Mosquées. En 2018, le Président Turc inaugura la Grande Mosquée de Bishkek au Kirghizistan.

La religion s’illustre donc comme une forme de coopération importante pour les États membres du Conseil turcique, apparaissant comme un moyen de renforcer sa politique extérieure avec les pays membres de cette zone.

Enjeux et tensions[modifier | modifier le code]

Le mouvement Güleniste[modifier | modifier le code]

Fethullah Gülen est le chef de la confrérie des Fethullahci (adeptes de Fethullah), un courant affilié au mouvement religieux sunnite Nurcu (« adeptes de la lumière »). Ancien allié de Erdogan, son influence s’imposa progressivement en Turquie dans les années 1990. De nombreuses organisations sont liées à ce mouvement Gülen, comme des associations, des écoles, des réseaux d’affaires. Ces établissements scolaires s’avèrent être particulièrement implantés en Asie Centrale. Certains pays apparaissaient néanmoins hostiles à cette organisation. En 1999, l’Ouzbékistan ferma l’accès au mouvement Güleniste sur son territoire, suivi de la Russie. C’est aussi à cette époque que Gülen s’exila aux États-Unis.

En 2013 un conflit entre Gülen et Erdogan éclata sur fonds de corruption. De premières vives tensions se firent alors sentir. À l’occasion de la tentative de coup d’État de juillet 2016, le Président Erdogan accusa son ennemi juré d’être à l’origine de ce complot. Selon le premier ministre Turc Binali Yildirim, 265 morts et 1 440 blessés ont été victimes de ces évènements. S’en est suivie une répression massive du mouvement Güleniste, le Président Erdogan implorant:

« Après cette tentative de coup d’État, une fois encore je demande à Barack Obama de transférer cette personne de Pennsylvanie jusqu’en Turquie ».

Gülen va fermement nier toute implication au sein du Coup d’État mais cet épisode a cristallisé fermement les rapports entre les deux hommes, engendrant des conséquences sur les rapports avec les Républiques turcophones. Le Tadjikistan, Kazakhstan, et Azerbaïdjan décidèrent de fermer toutes les écoles gülennistes au sein de leurs pays. Le Kyrgyzstan quant à lui changea le nom de ces écoles et accentua leur surveillance.  

La neutralité du Turkménistan[modifier | modifier le code]

Bien que Turcophone, l’État du Turkménistan refuse de prendre part à la coopération des États turcophones au sein du Conseil turcique. Il revendique depuis toujours sa neutralité affichée, valeur importante du pays étant illustrée au sein de l’architecture par l’Arche de la neutralité à d'Achgabat, capitale du Turkménistan.

Une résolution de l’Assemblée générale des Nations unies du 12 décembre 1995 vient même reconnaitre cette neutralité vis-à-vis de toute politique étrangère[10]. Le 12 décembre a ainsi été fixé comme date de « la journée internationale de la neutralité » depuis 2015[11].

La Hongrie[modifier | modifier le code]

À l’occasion du sommet annuel du Conseil turcique de 2018 ayant eu lieu à Tcholpon-ata au Kirghizistan, le Premier Ministre Viktor Orbán a signé le statut de pays observateur de la Hongrie. Il a ainsi mis en avant l’origine hunnique des Hongrois, qui seraient selon lui « les descendants des enfants d’Attila »[12].

Viktor Orbán a également affirmé que:

« Il est désormais clair que l’ordre mondial ancien s’est effondré, dont le dogme voulait que l’argent et le savoir venaient de l’Occident riche et puissant pour ruisseler vers les pauvres pays de l’Est » ajoutant que la Hongrie « se tient désormais prête pour l’ouverture d’un nouveau chapitre dans la coopération hongro-turcique ».

Cette nouvelle coopération illustre l’intérêt croissant de la Hongrie pour l’Asie centrale, déjà très impliquée dans d’autres partenariats euro-asiatiques comme le Format 16+1 et de la Nouvelle Route de la soie, qui rassemblent la Chine et plusieurs pays d’Europe centrale et orientale. Via cette édition de 2018, la Hongrie a également pris part aux Jeux mondiaux nomades organisés en marge du sommet. En affichant sa participation à cette manifestation sportive promouvant la culture traditionnelle d’Asie centrale, la Hongrie s’affirme dans le souhait d’une coopération approfondie avec les Républiques turcophones.


Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. (tr) Turkkon.org
  2. (en) « Uzbekistan decides to join ‘Turkic alliance’ during Erdogan’s visit », sur Hürriyet Daily News, (consulté le 3 mai 2018).
  3. Vaner Semih, « La Turquie dans les politiques américaine et européenne. Convergences, divergences et interactions. Journées d'études au CERI 10-11 décembre 2001 », CEMOTI n°3, Drogue et politique,‎ , pp. 328-338
  4. Akagül Deniz, « L'insertion des républiques turcophones dans l'économie mondiale et le rôle de la Turquie », CEMOTI n°16, Istanbul - Oulan Bator: autonomisation, mouvements identitaires et construction du politique,‎ , pp. 273-296
  5. Patrice de Beer, « Le monde turcophone », Le Monde,‎ (lire en ligne)
  6. Bertrand Buchwalter, Les sommets de la turcophonie in La Turquie en Asie Centrale - La conversion au réalisme, Istanbul, Institut français d’études anatoliennes,
  7. (en) « History of TIKA », sur Turkish Cooperation and Coordination Agency
  8. (en) Bayram Balci & Thomas Liles, « Turkey's Comeback to Central Asia », Insight Turkey,‎
  9. Interview Stéphane de Tapia pour les Cafés géographiques de Rennes
  10. « Présentation du Turkménistan », sur France Diplomatie
  11. « La Journée internationale de la Neutralité a été fixée au 12 décembre », sur Chambre de commerce France - Turkménistan
  12. Ludovic Lepeltier-Kutasi et Novastan, « Viktor Orbán veut mettre la Hongrie sur la carte de l’Asie centrale », Le Courrier d'Europe Centrale,‎

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]