Château de Voltaire à Ferney-Voltaire

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Château de Voltaire à Ferney
Image illustrative de l’article Château de Voltaire à Ferney-Voltaire
Façade est du château de Voltaire depuis le jardin français.
Période ou style Néo-classique
Type Château
Début construction XVIIIe siècle
Fin construction XVIIIe siècle
Propriétaire initial Voltaire
Destination initiale Lieu d'habitation
Propriétaire actuel République française
Protection Logo monument historique Classé MH (1958)
Logo maisons des illustres Maisons des Illustres (2011)[1]
Site web Site internet du château
Coordonnées 46° 15′ 27″ nord, 6° 06′ 13″ est
Pays Drapeau de la France France
Région historique Pays de Gex
Région Auvergne-Rhône-Alpes
Département Ain
Commune Ferney-Voltaire

Le château de Voltaire se situe à Ferney-Voltaire dans le Pays de Gex, dans le département de l'Ain, à la frontière franco-genevoise. Le domaine est pendant vingt ans la résidence de François-Marie Arouet, dit Voltaire, qui l'achète en 1758 et le transforme. Classé au titre des monuments historiques depuis 1958, l’État français l’acquiert en 1999 et le rend accessible à la visite tout au long de l’année.

Historique[modifier | modifier le code]

La seigneurie avant Voltaire[2][modifier | modifier le code]

Il semble exister une trace de la seigneurie datant du XIVe siècle, mais elle évoque plutôt une maison forte qu’un château. C’est au XVe siècle qu’une suzeraineté seigneuriale est fixée par le duc de Savoie, puis plusieurs familles genevoises font l’acquisition du domaine dont la famille Chevallier en 1594 ou bien encore les Budé en 1674.

Achat et modifications sous Voltaire[3][modifier | modifier le code]

Riche de ses placements financiers, Voltaire s'installe en mars 1755 dans les environs du lac Léman et achète une propriété qu'il appelle Les Délices. Inquiété par la République de Genève pour sa participation à l'Encyclopédie, notamment avec l'article « Genève »[4] écrit par Jean d'Alembert[5], il cherche à s'en écarter tout en restant loin de Paris et de la cour où il est persona non grata. Ferney semble un bon compromis pour le philosophe puisqu'il y demeure assez proche de ses médecins et imprimeurs genevois tout en restant caché du pouvoir français. Il rachète, au nom de sa nièce pour des raisons fiscales, le domaine à Guillaume de Budé en 1758. Le philosophe entreprend de grandes modifications puisqu’il rase la bâtisse déjà existante et construit le premier corps du bâtiment, avec l’aide de l’architecte genevois Jean-Michel Billon, pour s’y installer dès 1761. Cinq années plus tard, en 1766, déjà trop à l’étroit, il fait rajouter par l’architecte Léonard Racle les deux ailes latérales ; les dernières tours et l’enceinte sont alors détruites, l’aspect général extérieur du château est depuis le même.

Au rez-de-chaussée se situent les pièces de vie. Au sud : l’antichambre, le salon, la chambre de Voltaire et une impressionnante bibliothèque comptant près de 7000 ouvrages. Au nord, passé le salon d’axe, on retrouve : le cabinet des tableaux, les appartements de Mme Denis (nièce et compagne de Voltaire).

Le sous-sol, rez-de-jardin, accueille les cuisines et réserves. Le 1er étage est destiné aux chambres des invités qui venaient en nombre, le 2d propose des chambres pour les domestiques et au 3e se trouvent les combles.

Les modifications par les propriétaires successifs[6][modifier | modifier le code]

Suite au décès de Voltaire, Mme Denis (connue aussi sous le nom de Marie-Louise Mignot) vend le domaine au marquis de Villette. Il transforme le lieu en véritable mémorial du philosophe, notamment en faisant installer un cénotaphe dans le salon d’axe. Le mobilier est inventorié puis dispersé lors de la vente ; la bibliothèque rachetée dans son intégralité par Catherine II est, elle, transférée à Saint-Pétersbourg où elle est aujourd’hui à découvrir au musée de l’Ermitage.

Au XIXème siècle, avec la famille Lambert, la salle à manger et la bibliothèque sont réunies pour ne former plus qu’un grand salon. Une cheminée est posée et une véranda attenante offre un panorama sur les Alpes avec en son centre le Mont-Blanc. De même la chambre de Voltaire et celle de son valet sont réunies pour former l’actuel cabinet des tableaux et on transpose par symétrie la première de l’autre côté du salon d’axe. Une partie des cuisines du sous-sol est transformée en laboratoire par un descendant Lambert, chimiste.

Achat et restauration[7] par l’État[modifier | modifier le code]

Racheté par l’État en 1999, le domaine est utilisé quelques années par l’association l’Auberge de l’Europe comme lieu de résidence artistique. Le Centre des monuments nationaux, EPA (Établissement Public à caractère Administratif) du Ministère de la Culture reprend la gestion en 2007 et entreprend une série de travaux. L’orangerie restaurée en 2012 permet aujourd’hui d’accueillir des événements culturels ou privés et la chapelle est mise hors-d’eau en 2013. De 2015 à 2018 une campagne exceptionnelle de restauration[8] a lieu, le château est entièrement mis à nu. Les parquets, les huisseries, la toiture sont déposés et un parapluie recouvre le bâtiment pour le protéger des intempéries. On parle de « chantier du siècle ». Ce sont alors de nombreux corps de métiers : tailleurs de pierres, ferronniers, tisseurs, peintres… qui travaillent de concert pour redonner vie au château. Grâce à une maquette très précise, réalisée par un domestique de Voltaire, achetée par Catherine II de Russie et conservée à Saint-Pétersbourg, corrélée à un échantillonnier des tissus, on redonne les couleurs aux murs extérieurs, aux boiseries intérieures, aux cuivres de la toiture ainsi qu’aux tapisseries de soies entièrement refaites à la main en France.

Le matin du 31 mai 2018, après 3 années de fermeture, Emmanuel Macron, président de la République accompagné de Françoise Nyssen, ministre de la Culture et de Philippe Bellaval président du Centre des Monuments Nationaux, vient ouvrir le château que les Ferneysiens peuvent alors se réapproprier en avant-première dès l’après-midi.

Voltaire en son domaine[modifier | modifier le code]

La vie au quotidien[modifier | modifier le code]

Le philosophe vit en autosuffisance grâce à la diversité de son domaine ceint de champs, de vergers et de potagers que cultivent les paysans et préparent les domestiques. Ces derniers logent au 2e étage, plutôt luxueusement pour l’époque, puisqu’ils disposent d’une chambre pour deux avec cheminée et fenêtre ; le père Adam, curé du village avec qui Voltaire aime échanger et jouer aux échecs, y dispose également d’un appartement particulier. Les enfants des domestiques accèdent à l’éducation ; Jean-Louis Wagnière, valet de Voltaire devient même en 1792 le quatrième maire de la ville.

Les ateliers dans le village[modifier | modifier le code]

Quand Voltaire achète le domaine en 1759, Ferney n’est alors qu’un hameau misérable de 150 âmes. Il fait assainir ses marécages et y développe de nombreux ateliers d’artisanats : tuilerie, horlogerie, soierie… il profite de sa notoriété pour exporter ses productions locales dans toute l’Europe. À sa mort en 1778, Ferney compte 1 500 habitants.

Jean-Antoine Lépine[9] avait la gestion d'un atelier dans le village de Ferney-Voltaire.[10]

Les invités, soirées repas…[modifier | modifier le code]

Les pèlerinages autour de la figure de Voltaire[modifier | modifier le code]

Ferney du temps de Voltaire se situe d’ores et déjà sur la route du grand tour que les grandes figures aristocratiques et bourgeoises se doivent de faire et il est de bon aloi de s’y arrêter. À sa mort, on instrumentalise ce domaine qui devient une pérégrination obligatoire pour qui se réclame de « bel esprit ». De nombreux auteurs y viennent en pèlerinage : Dumas, Flaubert, Chateaubriand et aujourd’hui encore de nombreux auteurs, comédiens, hommes de lois… viennent s’inspirer des lieux du maître.

Le domaine aujourd’hui[modifier | modifier le code]

Bâtiments[modifier | modifier le code]

Château[modifier | modifier le code]

La rénovation datant de 2015 - 2018 permet aujourd'hui aux visiteurs de redécouvrir l'intérieur du bâtiment. Le RDC accessible permet de découvrir le vestibule, l'antichambre, la grande salle, le cabinet des tableaux, le salon d'axe, la chambre-mémorial, le salon de Mme Denis ainsi que sa chambre. Une diffusion vidéo est projetée dans la chambre des servantes.

Chapelle[modifier | modifier le code]

L’essentiel de la chapelle présente aujourd’hui est celle reconstruite par Voltaire en 1761. Celui-ci fut en effet contraint par les autorités ecclésiales, de la rebâtir en lieu et place de l’église paroissiale qu’il venait de faire abattre pour dégager une belle allée en perspective de son château. Contrarié, Voltaire appose toutefois sur le fronton une plaque Deo erexit Voltaire = Érigée à Dieu par Voltaire, où son nom est écrit plus gros que celui de Dieu. C’est pour lui alors : […]l’unique église de l’univers qui soit dédiée à Dieu seul. Toutes les autres sont dédiées à des saints. Pour moi j’aime mieux bâtir une église au maître plutôt qu’aux valets. Ironiquement encore, il fait construire son tombeau, en forme de pyramide, sur le côté de l’édifice : Les malins diront que je ne suis ni dedans ni dehors. Son corps n’y reposera jamais puisque décédé lors d’un ultime voyage parisien, il sera finalement enterré à l’abbaye de Sellières en Champagne puis inhumé quelques années plus tard au Panthéon. La façade à double tours disparaît durant la Révolution française ; le clocher central date, lui, de 1806.

Orangerie, serre et palmarium[modifier | modifier le code]

L’orangerie actuelle est composée de deux salles dont une en sous-sol. Le bâtiment de la salle principale vient de la terrasse haute du domaine. Elle est aujourd’hui utilisée pour les expositions d’art, les concerts, les conférences, les représentations théâtrales et des événements privés.

La serre est plus récente et est toujours utilisée pour sa fonction initiale par l’association d’insertion de travailleurs handicapés qui cultive le potager en permaculture. Le palmarium a disparu, on ne retrouve plus que les traces de ferronnerie et l'enclos au sol derrière la boutique.

Pavillon du gardien[modifier | modifier le code]

Parc[modifier | modifier le code]

Le parc d'une superficie de 7 hectares[11] permet à Voltaire d'aménager plusieurs espaces. Il sera composé notamment d'une charmille à l'arrière du château mais aussi d'un verger, et agrémenté de plusieurs bassins.

Armoiries[modifier | modifier le code]

Visibles en de nombreux endroits du domaine, les armoiries de Voltaire et de sa nièce Mme Denis blasonnent respectivement ainsi : d’azur à trois flammes d’or et d’azur au chevron d’or accompagné en chef de deux grappes de raisin d’argent et en pointe d’une main dextre appaumée d’or. Le patriarche s’auto-octroie en sommet la couronne du marquisat par un jeu de mot ; lui qui vit sur la marche (région frontalière) est conséquemment marquis.

Activités écologiques, économiques et socio-culturelles[modifier | modifier le code]

Le Centre des Monuments Nationaux multiplie les partenariats avec de nombreux acteurs du territoire franco-helvétique tels : Le festival Contrebande-Dessinée, les apiculteurs de l'arrondissement de Gex, la pâture par des moutons de race, la Ligue pour la Protection des Oiseaux, le festival de Jazz, le festival de la Bâtie, apéro philo mensuels…

Labels[modifier | modifier le code]

Le château dans sa démarche d’ouverture et de rayonnement concourt à de nombreux labels. Il est membre du réseau Maisons des illustres depuis 2011, refuge LPO (Ligue pour la Protection des Oiseaux) depuis 2017 et référencé dans de nombreux guides touristiques.

Des dossiers pour les Qualité Tourisme et Tourisme Handicap sont en cours d’instruction.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Voltaire en son château de Ferney, Christophe Paillard, Editions du patrimoine, 25 avril 2019, (ISBN 978-2-7577-0643-5)
  • Le Château de Voltaire Deux siècles d'images, Lucien Choudin, Éditeur Voltaire à Ferney, 2002, (ISBN 2-9516136-2-8)
  • Voltaire à Ferney (1758 - 1778), Eugène Noël, illustrations d'après Emmanuel Triau, Editions VisiMuz, mars 2019, (ISBN 979-10-90996-51-9)

Photos[modifier | modifier le code]

Voir aussi[modifier | modifier le code]

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Les coordonnées de cet article :

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. « Château de Voltaire à Ferney - Patrimoine(s) de l'Ain », site du département de l'Ain
  2. Christophe Paillard, Voltaire en son château de Ferney, Editions du Patrimoine, Collection Itinéraires, , 71 p. (ISBN 978-2-7577-0643-5), p. 5, 6
  3. Christophe Paillard, Voltaire en son château de Ferney, Editions du Patrimoine, Collection Itinéraires, , 71 p. (ISBN 978-2-7577-0643-5), p. 7
  4. « Quelques articles de l'Encyclopédie », sur lettrespresles.free.fr (consulté le 10 août 2020)
  5. « Chronologie | BNF ESSENTIELS », sur gallica.bnf.fr (consulté le 10 août 2020)
  6. Christophe Paillard, Voltaire en son château de Ferney, Editions du Patrimoine, Collection Itinéraires, , 71 p. (ISBN 978-2-7577-0643-5), p. 32, 33
  7. Christophe Paillard, Voltaire en son château de Ferney, Editions du Patrimoine, Collection Itinéraires, , 71 p. (ISBN 978-2-7577-0643-5), p. 34, 35
  8. « Le chantier de restauration : 2015-2018 », sur Centre des monuments nationaux (consulté le 12 juillet 2020)
  9. Le Point Montres, « Jean-Antoine Lépine », sur Le Point, (consulté le 30 juillet 2020)
  10. « Jean Antoine Lépine - Fondation de la Haute Horlogerie », sur www.hautehorlogerie.org (consulté le 30 juillet 2020)
  11. « Le parc », sur Centre des monuments nationaux (consulté le 12 juillet 2020)