Abbaye Notre-Dame-des-Dombes

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Abbaye Notre-Dame-des-Dombes
image de l'abbaye
Façade principale de l'abbaye

Diocèse Diocèse de Belley-Ars
Patronage Notre-Dame
Numéro d'ordre (selon Janauschek) [1]
Fondation 1863
Abbaye-mère Abbaye Notre-Dame d'Aiguebelle
Congrégation Ordre cistercien de la stricte observance
Communauté du Chemin Neuf
Période ou style Roman

Coordonnées 46° 01′ 28″ nord, 5° 05′ 16″ est[2]
Pays Drapeau de la France France
Département Ain
Commune Le Plantay

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Abbaye Notre-Dame-des-Dombes

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Abbaye Notre-Dame-des-Dombes

L'abbaye Notre-Dame-des-Dombes est une abbaye trappiste située sur la commune du Plantay dans le département de l'Ain.

Histoire[modifier | modifier le code]

La fondation[modifier | modifier le code]

À la fin des années 1850, Mgr de Langalerie, évêque de Belley, porte le projet de l'établissement d'une communauté monastique en Dombes, afin principalement d'aider au développement sanitaire, social et spirituel de cette région. Son choix se porte sur la fondation d'une abbaye cistercienne.

À cette époque, à la suite des nombreuses destructions de la Révolution française et à l'exil des moines survivants, il reste très peu d'abbayes cisterciennes en France. Une des seules fondations cisterciennes susceptible de fournir assez de moines pour créer la nouvelle abbaye est la fondation d'Hautecombe, recréée en 1826. Mais cette dernière est alors située dans le royaume Piémont Sardaigne (l'annexion de la Savoie n'a lieu qu'en 1860) et l'ordre cistercien estime diplomatiquement maladroit de demander à une communauté composée principalement de moines italiens de fonder une abbaye en France[3].

Finalement, c'est l’abbaye Notre-Dame d'Aiguebelle qui accepte de détacher quarante-quatre moines pour venir défricher la région et bâtir le nouveau monastère[4]. Les conditions avancées par Mgr de Langalerie sont relativement avantageuses pour les trappistes : 160 hectares de terres leur sont offerts, y compris ferme et cheptel ; aussi, les trappistes les acceptent-ils assez facilement[3].

Les architectes de l'abbaye sont Pierre Bossan et Jean-Baptiste Bernoux.

La viabilisation des terres[modifier | modifier le code]

Le travail agricole des Trappistes contribue ainsi à améliorer les conditions de vie. Ils sont parmi les principaux acteurs de assainissement des marais de la Dombes, mais ils en sont aussi les victimes. En effet, l'assèchement de la région était soumis à une prime promise par la compagnie Mangini (fondée par les frères Lucien et Félix Mangini), mandatée pour construire la ligne de Lyon-Saint-Clair à Bourg-en-Bresse. Cette prime était une dotation conjointe de l'État et du conseil général de l'Ain, s'élevant à 1 500 000 francs, prévue pour assécher 6 000 hectares, d'où un ratio de 250 francs par hectare (l'assèchement de l'étang Flèche par les religieux montra un coût moyen effectif de 600 francs par hectare). Les Mangini décidèrent, pour augmenter leur bénéfice, de réduire cette prime à 100 francs. Dom Augustin, prieur de l'abbaye, choisit pour motiver les paysans, de quadrupler aux frais du monastère cette prime de 100 francs, ce qui causa une perte très importante dans les comptes[5].

Seconde Guerre mondiale[modifier | modifier le code]

À la suite de la déclaration de guerre par la France et le Royaume-Uni à l'Allemagne nazie le , 35 moines de l'abbaye sont appelés sous les drapeaux. Deux d'entre eux sont tués pendant la bataille de France.

L'abbaye soutient les maquis environnants en servant de dépôt d’armes, de munitions et de citernes d’essence dès l'automne 1940, puis également des Juifs et des résistants. Le matériel était camouflé dans les granges et dépendances sous la paille.

Le 11 décembre 1942, les Allemands entrent une première fois dans l'abbaye et perquisitionnent les armes. Toutefois les citernes d’essence restent cachées. En janvier 1943 le Père Bernard, Prieur de l'Abbaye (1903-1944, Gabriel Curis à l'Etat Civil) est arrêté pour la première fois puis relâché, après que le Préfet de l’Ain a restitué les cinq mille litres d’essence réclamés par l’armée Allemande. Après la création du STO le monastère accueille des juifs, des résistants, des réfractaires. Mais le monastère est surveillé par les Allemands et en novembre 1943, la Gestapo arrête à Marlieux plusieurs personnes, dont un des agents de liaison du Père Bernard qui avait parlé sous la torture. Le réseau est démantelé. Dès le 15 novembre 1943, les Allemands envahissent le monastère. La gendarmerie française conseille au père Bernard de s’enfuir. Il s’y refuse, voulant épargner le monastère et ses confrères.

Le 8 décembre 1943 la Gestapo arrête le Père Bernard Curis à la fin de la messe et l’emmènent au fort de Montluc ou il y est torturé puis déporté en Allemagne à Buchenwald, Dora et enfin Bergen-Belsen. Il y meurt le 11 avril 1944[6].

Le , la Gestapo et des miliciens font irruption dans le monastère. Le père Maurice (1883-1944, à l'Etat Civil Octave Cordier) est abattu au jardin des malades, le père Amédée Neyret dans sa bibliothèque et un autre trappiste est blessé.

En 1946, l'abbaye reçoit la croix de chevalier de la Légion d'honneur pour faits de résistance[7] ainsi que la croix de guerre 1939-1945[8] Le Père Bernard reçut également la Légion d'Honneur et la Croix de Guerre à titre personnel et posthume[9]

Le 5 octobre 2002, l'abbaye Notre-Dame des Dombes, seul lieu du département de l'Ain décoré pour faits de résistance au cours de la Seconde Guerre mondiale, célèbre le 200e anniversaire de la création de la Légion d'honneur par l'Empereur, et accueille la célébration de cet anniversaire pour tout le département de l'Ain. À cette occasion, une plaque commémorative est inaugurée dans l'enceinte de l'abbaye puis bénie pour rappeler l'implication de ses religieux au cours du conflit.

Toponymie[modifier | modifier le code]

Alors que l'usage est d'évoquer la région de Dombes au singulier — on parle de la Dombes et non des Dombes —, l'usage du pluriel dans le nom de l'abbaye peut sembler curieux. Cette subtilité renvoie en fait à la double signification du mot "Dombes". Les dombes sont les fonds d'étangs, leurs eaux troubles, qui par extension, ont donné leur nom au pays de Dombes. Ainsi, le nom de l'abbaye ne renvoie pas au territoire de la Dombes, mais plutôt à sa position au milieu de nombreux étangs.

Œcuménisme[modifier | modifier le code]

Groupe des Dombes[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Groupe des Dombes.

L'abbé Paul Couturier crée en 1937 un groupe amical de rencontres francophones entre catholiques et protestants, comprenant 20 membres de chaque confession ; à ses débuts, ce groupe se réunit à l'abbaye des Dombes, d'où son nom. Aujourd'hui, le groupe ne se réunit plus en ce lieu, mais le nom subsiste.

L'arrivée de la Communauté du Chemin Neuf[modifier | modifier le code]

L'abbaye est confiée en août 2001[4] à la communauté du Chemin Neuf (créée en 1973), qui prend le relais des moines cisterciens et prolonge cette tradition de travail et de prière. La communauté est catholique mais à vocation œcuménique ; l'abbaye accueille des membres protestants, anglicans et orthodoxes.

Par ailleurs, la Communauté en a fait un institut de théologie – l'Institut de théologie des Dombes, fondé dès 2001 – formant ses futurs prêtres ainsi que de nombreux autres étudiants (hommes et femmes) en théologie, en partenariat avec la Faculté de théologie catholique de Lyon[10] et en lien avec la faculté de théologie protestante de Strasbourg.

Un magasin propose les productions traditionnelles de l'abbaye, entre autres la Musculine.

Une hôtellerie accueille les personnes désirant vivre un temps de retraite individuelle et des groupes pour des temps de réflexion et de récollection.

Notes et références[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

Références[modifier | modifier le code]

  1. (la) Leopold Janauschek, Originum Cisterciensium : in quo, praemissis congregationum domiciliis adjectisque tabulis chronologico-genealogicis, veterum abbatiarum a monachis habitatarum fundationes ad fidem antiquissimorum fontium primus descripsit, t. I, Vienne, Puthod, , 491 p. (lire en ligne).
  2. « Abbaye Notre Dame des Dombes », sur toutes-les-abbayes.com, Abbayes d'hier et d'aujourd'hui (consulté le 5 avril 2013).
  3. a et b Bernard Delpal, Le silence des moines : les Trappistes au XIXe siècle : France, Algérie, Syrie, Éditions Beauchesne, , 612 p. (ISBN 9782701013473, lire en ligne), p. 239-242.
  4. a et b « L'Abbaye Notre-Dame-des-Dombes », sur Cuivres en Dombes (consulté le 2 juillet 2011).
  5. Étienne Goutagny, Cisterciens en Dombes : 1859-2001, Éditions L'Harmattan, 2004, (ISBN 978-2747571463), 434 pages ; pages 106 et 107.
  6. « Gabriel Curis », sur savigny-en-lyonnais-patrimoine.fr (consulté le 5 avril 2019).
  7. Au titre de la Seconde Guerre mondiale, la Légion d’honneur a été accordée à cinq régiments, à trois escadrons de l’Armée de l’air, au sous-marin Narval ainsi qu'à des institutions et collectivités civiles : la préfecture de police de Paris (1944), la Croix-Rouge française (1946), le réseau Résistance P.T.T. (1946), l’abbaye de Notre-Dame-des-Dombes (1946) et la Société nationale des chemins de fer français (1949). C'est, par conséquent, la seule institution religieuse de France décorée de cet ordre national.
  8. « Abbaye Notre-Dame des Dombes au Plantay », sur patrimoines.ain.fr (consulté le 5 avril 2019).
  9. « Les Morts dans les Camps », sur lesmortsdanslescamps.com (consulté le 14 mai 2019).
  10. « Nos partenaires locaux », Université catholique de Lyon, (consulté le 7 février 2012).

Voir aussi[modifier | modifier le code]

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Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

Abbaye Notre-Dame-des-Dombes, vue générale