Gabriel de Mortillet

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Gabriel de Mortillet
Archéologue
Image illustrative de l’article Gabriel de Mortillet
Présentation
Naissance
Meylan (Isère)
Décès (à 77 ans)
Saint-Germain-en-Laye (Yvelines)
Nationalité Drapeau de la France française
Activité de recherche
Découvertes principales Auteur de la première chronologie préhistorique

Gabriel de Mortillet, né le à Meylan (Isère) et mort le à Saint-Germain-en-Laye, est un préhistorien français du XIXe siècle. Il a joué un rôle majeur dans l'élaboration de la première chronologie de la Préhistoire.

Il fut maire de Saint-Germain-en-Laye de 1882 à 1888 et député de Seine-et-Oise de 1885 à 1889.

Son frère ainé, Paul de Mortillet, botaniste, a introduit le kaki japonais en France.

Biographie[modifier | modifier le code]

Jeunesse[modifier | modifier le code]

Louis Laurent Gabriel de Mortillet est le fils de Claude Romain Gallix de Mortillet, officier de cavalerie, amateur d'histoire naturelle et d'archéologie, qui fut anobli par Charles X en 1825, et d'Adélaïde de Bernon de Montélégier. La famille abandonnera le patronyme Gallix, et ne s'appellera plus que de Mortillet.

Il suit sa scolarité chez les Jésuites, qui l'affecta au point de susciter en lui une pensée très anti-cléricale[1]. Il étudie à Chambéry puis à Paris[1]. Il mène très tôt des actions militantes en écrivant des articles dans le journal d'opposition au régime de la IIe République, la Revue indépendante, hebdomadaire dont il était le directeur de la rédaction, ainsi que de plusieurs articles dans d'autres hebdomadaires à tendance socialiste[2],[1]. L'action partisane de Gabriel de Mortillet dans la Révolution de 1848 en faveur du camp socialiste lui vaut d'être condamné à l'exil en 1849, sous la IIe République présidée par Louis-Napoléon Bonaparte[1]. Il se réfugie en Suisse.

Archéologue en Italie[modifier | modifier le code]

En 1856, ses compétences en tant qu'ingénieur et géologue sont requises en Italie et Mortillet entreprend, aux côtés d'une équipe de maitres d'œuvre, la réalisation de la voie de chemin de fer raccordant la région de Lombardie à celle de Vénétie[1]. Demeurant alors à Peschiera del Garda, il participe à l'exploration des lacs lombards et met au jour le premier site néolithique italien à Isolino, près du lac Majeur, dans la province italienne de Varèse, en 1863[1].

En 1864, il crée une nouvelle revue, les Matériaux pour l'histoire positive et philosophique de l'homme, qui deviendra Matériaux pour l'histoire naturelle et primitive de l'homme et publia de nombreux articles pionniers consacrés à la Préhistoire[3].

L'un des principaux sujets d'intérêt dans le domaine de l'archéologie fut pour Gabriel de Mortillet la découverte faite en 1822 par l'abbé Giovanni Baptista Giani de la culture de Golasecca, une culture archéologique attribuée à des populations celto-italiennes du 1er et du 2e âge du fer et couvrant la Lombardie et une partie de la région nord-italiote du Piémont et du Sud du Tessin suisse,[4],[5]. Bien que moins présent sur place que son homologue Alexandre Bertrand, il effectue quelques voyages sur les sites archéologiques nord-italiens. Il en ramène une substantielle partie de la collection de l'abbé Giani pour le musée des Antiquités nationales et contribue à l'élaboration d'une chronologie plus approfondie de la culture de Golasecca. Il publie en 1865 une monographie répertoriant l'ensemble des rapports archéologiques réalisés sur ce sujet depuis 1824, suivis de ses propres analyses[6],[7].

Conservateur à St-Germain-en-Laye[modifier | modifier le code]

En 1865-66, il participe à la création des Congrès internationaux d’anthropologie et d’archéologie préhistoriques. En 1867, il organise la section préhistorique de l’exposition L’histoire du travail dans le cadre de l’Exposition universelle de Paris[3],[8]. Il devient successivement attaché aux musées d'Annecy[3] et de Genève[9], puis en 1868, sur la recommandation d'Édouard Lartet, il devient attaché à la conservation du nouveau Musée d'Archéologie nationale situé à Saint-Germain-en-Laye, dont il sera ultérieurement promu vice-conservateur général[8],[10]. Il est chargé d'y classer et d'établir des typologies culturelles ainsi que des sériations chronologiques des outils de l'âge de la pierre, à partir de matériaux muséographiques considérablement enrichis en 1865 par le don des collections de Jacques Boucher de Perthes. Un conflit durable l'opposera au conservateur, l'helléniste Alexandre Bertrand.

Apport à l'étude de la préhistoire[modifier | modifier le code]

L'un de ses principaux ouvrages est Le Préhistorique, antiquité de l'homme, publié en 1883 et illustré par son fils Adrien de Mortillet.

Sa principale contribution à la science est la classification et la nomenclature des grandes périodes du Paléolithique. Il propose en 1872 une première chronologie divisant la Préhistoire en 14 périodes, fondées sur le type d'outils produits par l'homme :

Si plusieurs de ces dénominations sont encore utilisées aujourd'hui, l'erreur principale de Mortillet est de leur accorder une valeur universelle, chacune étant considérée comme une étape par laquelle l'ensemble de l'humanité a du passer. Toutes les sociétés humaines auraient évolué partout dans le monde de la même manière.

Par ailleurs, Mortillet commet une erreur chronologique sur l'Aurignacien. Considérant que les outils en os sont rares au Solutréen, présents à l'Aurignacien et très élaborés au Magdalénien, il décrit l'Aurignacien comme une phase de transition entre le Solutréen et le Magdalénien. Au début du XXe siècle, les travaux de l'abbé Breuil rendirent à l'Aurignacien sa position chronostratigraphique exacte, antérieure au Solutréen et au Magdalénien.

Scepticisme sur l'art et la spiritualité[modifier | modifier le code]

Monument érigé en 1905 dans les arènes de Lutèce

Gabriel de Mortillet se montra résolument sceptique sur l'ancienneté de l'art pariétal et des premières sépultures. Jusqu'au bout, il se refusa à admettre que l'homme du Paléolithique supérieur pût enterrer ses morts et pratiquer un art pariétal (alors même qu'il admettait l'authenticité de l'art mobilier, considéré comme naïf, gauche ou maladroit). Des pratiques aussi complexes ne pouvaient pas être contemporaines d'industries de la pierre taillée primitives, et l'évolution de l'art, de la spiritualité et de la technique étaient nécessairement liées. Matérialiste convaincu, il considérait que l'art préhistorique est un « art pour l'art », sans lien avec la spiritualité, entrant en conflit avec les spiritualistes[11].

Il mourut en 1898 avant de voir s'effondrer complètement cette vision, en particulier avant que son ami Émile Cartailhac fît son mea culpa et reconnût l'authenticité des peintures de la grotte d'Altamira[12], en août 1902, au Congrès de l'Association française pour l'avancement des sciences. Après sa mort, ses idées furent encore défendues par certains, dont ses fils ou J. Leroy[13], avec un succès très limité compte tenu de l'accumulation des preuves contraires.

Principales publications[modifier | modifier le code]

  • « Essai d'une classification des cavernes et des stations sous abri, fondée sur les produits de l'industrie humaine » (1869)
  • « Classification de l'Âge de la pierre » (1872)
  • Formation de la nation française : textes, linguistique, paléontologie, anthropologie, Paris, Félix Alcan, coll. «Bibliothèque scientifique internationale», 1897
  • Musée préhistorique, Paris, Reinwald, 1881 (en collaboration avec Adrien de Mortillet)

Hommages[modifier | modifier le code]

Références[modifier | modifier le code]

  1. a b c d e et f Christine Lorre et Veronica Cicolani 2010, chapitre I : « Historique d'un échange scientifique européen », p. 18
  2. Christine Lorre et Veronica Cicolani 2010, chapitre I : « Historique d'un échange scientifique européen », p. 17
  3. a b et c Christine Lorre et Veronica Cicolani 2010, chapitre I : « Historique d'un échange scientifique européen », p. 19
  4. Christine Lorre et Veronica Cicolani 2010, chapitre II : « Études et analyses », p. 40
  5. Christine Lorre et Veronica Cicolani 2010, chapitre II : « Études et analyses », p. 41
  6. Christine Lorre et Veronica Cicolani 2010, chapitre I : « Historique d'un échange scientifique européen », p. 22
  7. Christine Lorre et Veronica Cicolani 2010, chapitre I : « Historique d'un échange scientifique européen », p. 23
  8. a et b Christine Lorre et Veronica Cicolani 2010, chapitre I : « Historique d'un échange scientifique européen », p. 35
  9. Union de quartier de l'Île-Verte, Mémoire de l'Île, 2006, page 55.
  10. Christine Lorre et Veronica Cicolani 2010, chapitre I : « Historique d'un échange scientifique européen », p. 34
  11. Les différentes théories d'explication de l'art préhistorique
  12. « Une influence qui a été souvent plus heureuse m'induisit bien vite au scepticisme : “Prenez garde ! On veut jouer un tour aux préhistoriens français !” m'écrivait-on. “Méfiez-vous des cléricaux espagnols”. Et je me méfiai ! » É. Cartailhac, « La grotte d’Altamira, Espagne. Mea culpa d'un sceptique », L'Anthropologie, tome 13, 1902, p.348-354
  13. « L'homme de ces époques reculées, sans cesse en butte, aux attaques des carnassiers, qui, mieux doués que lui dans la lutte pour la vie, lui disputaient les cavernes et les proies diverses dont il faisait sa subsistance, sans cesse en butte aux inclémences et aux intempéries des saisons, ne concevait pas autre chose, dans sa cervelle obtuse, que les besoins immédiats de son existence aventureuse. » in J. Leroy, « Sur la non-existence d’inhumations à l’époque paléolithique », Bulletin de la Société préhistorique française, 1914, t. 11, p. 97-106
  14. Discours d'inauguration dans le Bulletin de la société française d'archéologie sur le site Persée.fr
  15. Paris revolutionnaire.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Marc Groenen, Pour une histoire de la préhistoire, Éd. J. Millon, 1994 (ISBN 2-905614-93-5)
  • Henri Hubert, Gabriel de Mortillet, Paris, E. Leroux, 1898, 11 pages.
  • Christine Lorre (dir.) et Veronica Cicolani, Golasecca (VIIIe siècle av. J.-C. - Ve siècle av. J.-C. : Du commerce et des hommes à l'Âge du fer, Vicenza (Italie), Rmnn (Réunion des musées nationaux de France), coll. « Rmn ALBUMS HORS-SÉRIE », , 192 p. (ISBN 978-2-7118-5675-6)
  • Nathalie Richard, L'invention de la Préhistoire, Presses Pocket, 1992 (ISBN 2-266-04243-2)
  • Nathalie Richard, « Le temps transformiste de Gabriel de Mortillet », 1989, in: Le temps de la Préhistoire, Société préhistorique française, Édition Archeologia, p. 10-11.
  • Nathalie Richard, « La revue L'Homme de Gabriel de Mortillet : Anthropologie et politique au début de la Troisième république », Bulletins et Mémoires de la Société d'anthropologie de Paris, Nouvelle Série, vol. 1, nos 3 et 4,‎ , p. 231 à 255 (DOI 10.3406/bmsap.1989.2582, lire en ligne, consulté le 9 juin 2016)
  • Pascal Beyls, Gabriel de Mortillet géologue, préhistorien, Grenoble, 1999, coll. « Portraits de Meylan », 402 p. (ISBN 2-9513494-2-4)

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

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