The Byrds

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The Byrds

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Les Byrds en 1970. De gauche à droite : Roger McGuinn, Skip Battin, Clarence White et Gene Parsons.

Informations générales
Pays d'origine Drapeau des États-Unis États-Unis
Genre musical rock, pop, folk rock, rock psychédélique, raga rock, country rock
Années actives 1964-1973
1989-1991
2000
Labels Columbia
Site officiel www.byrds.com
Composition du groupe
Anciens membres Roger McGuinn
Chris Hillman
David Crosby
Gene Clark
Mike Clarke

Gram Parsons
Kevin Kelley
John York
Clarence White
Skip Battin
Gene Parsons

The Byrds est un groupe de rock américain formé à Los Angeles en 1964 et disparu en 1973. Durant sa décennie d'existence, il connaît de nombreux changements de personnel ; le guitariste et chanteur Roger (Jim) McGuinn est le seul à en avoir toujours fait partie. Les Byrds ne connaissent le succès commercial qu'à leurs débuts, en 1965-1966, mais ils sont considérés comme l'un des groupes les plus influents des années 1960, ayant contribué à la naissance du genre folk rock avec leur reprise de Mr. Tambourine Man (1965), puis à l'émergence du rock psychédélique avec le single Eight Miles High (1966), avant de s'orienter vers le country rock, un autre genre dont ils sont les pionniers avec l'album Sweetheart of the Rodeo (1967).

À l'origine, les Byrds se composent de Jim McGuinn (chant, guitare), Gene Clark (chant, tambourin), David Crosby (chant, guitare rythmique), Chris Hillman (chant, basse) et Michael Clarke (batterie). Dès 1966, Clark quitte un groupe où il se sent de plus en plus isolé. Les autres continuent l'aventure à quatre jusqu'au départ de Crosby et Clarke, courant 1967. De nouveaux membres sont recrutés, dont le musicien de country Gram Parsons, mais il s'en va dès l'année suivante, de même que Hillman. McGuinn se retrouve alors le dernier membre d'origine du groupe. Il engage de nouveaux musiciens, dont le guitariste Clarence White, et le groupe connaît une certaine stabilité au début des années 1970. Cette formation tardive des Byrds est dissoute au début de l'année 1973 afin de permettre la réunion du quintette original, qui enregistre un unique album avant de se séparer.

Plusieurs membres des Byrds connaissent par la suite le succès en solo ou au sein de groupes comme Crosby, Stills, Nash & Young ou The Flying Burrito Brothers. Une querelle juridique éclate à la fin des années 1980 entre les membres originaux concernant les droits sur le nom du groupe. Ils se retrouvent ensemble tous les cinq pour la dernière fois à l'occasion de l'entrée du groupe au Rock and Roll Hall of Fame, en janvier 1991, quelques mois avant le décès de Gene Clark.

Histoire[modifier | modifier le code]

La naissance du quintette (1964)[modifier | modifier le code]

C'est au Troubadour, une boîte de nuit de Los Angeles, que Jim McGuinn et Gene Clark font connaissance en 1964.

C'est au début de l'année 1964 que le trio composé de Jim McGuinn[N 1], Gene Clark et David Crosby se forme à Los Angeles[1]. Tous trois ont fait leurs armes sur la scène des cafés folk[2], en solo et au sein de divers groupes. McGuinn a également connu une expérience d'auteur-compositeur au Brill Building, sous le tutorat de Bobby Darin. Séduit par la musique des Beatles, il commence à introduire des reprises acoustiques de leurs chansons dans son répertoire[3]. Après un concert au Troubadour, il est contacté par un autre fan des Beatles : Gene Clark. Les deux jeunes gens forment un duo à la Peter and Gordon, interprétant des reprises des Beatles, des versions « beatlisées » de chansons folk traditionnelles, et quelques-unes de leurs propres chansons[4]. David Crosby les rejoint peu après ajoutant ses harmonies vocales à leurs performances. Le trio adopte pour nom « The Jet Set », inspiré par la passion de McGuinn pour l'aéronautique[5].

Crosby présente son associé Jim Dickson à McGuinn et Clark. C'est grâce à lui que Crosby a pu enregistrer des démos aux studios World Pacific. Dickson se rend très vite compte du potentiel du trio et devient leur manager, tandis que son partenaire en affaires Eddie Tickner devient leur comptable et gère leurs finances. Les répétitions des Jet Set aux studios World Pacific leur permettent d'affiner leur mélange de pop inspirée par les Beatles et de folk traditionnelle ou dylanesque. Ce nouveau son folk rock émerge naturellement avant que le groupe ne décide consciemment de fusionner les deux genres. Les démos enregistrés par le trio durant cette période sont parus ultérieurement sur diverses compilations, la première, Preflyte, sortie dès 1969[5].

Michael Clarke rejoint les Jet Set en tant que batteur à la mi-1964[6]. Son expérience se limite à avoir joué des congas en semi-professionnel autour de San Francisco et Los Angeles, et s'il est recruté, c'est surtout parce qu'il est joli garçon, avec sa coupe de cheveux à la Brian Jones. Il ne possède même pas de batterie et en est réduit à jouer sur des boîtes en carton couronnées d'un tambourin dans un premier temps[7]. Pendant ce temps, Dickson conclut un accord avec Jac Holzman, le fondateur d'Elektra Records, pour la parution d'un 45 tours[8]. Le single Please Let Me Love You / Don't Be Long est enregistré par McGuinn, Clark et Crosby avec deux musiciens de studio, Ray Pohlman (basse) et Earl Palmer (batterie). Il est publié sous le nom « The Beefeaters », jugé plus « britannique » et donc plus vendeur à une époque où la British Invasion touche de plein fouet les États-Unis[8]. Malgré cela, le 45 tours passe inaperçu des hits-parades à sa sortie, en octobre[9].

Entre-temps, au mois d'août 1964, Dickson met la main sur un acétate d'une chanson de Bob Dylan inédite, Mr. Tambourine Man. Il pense que les Jet Set pourraient en faire une bonne reprise[6]. Bien qu'ils ne soient guère convaincus par la chanson de prime abord, ils l'essaient en adoptant une signature rythmique de 4/4, plus rock que la 2/4 d'origine. Afin d'encourager le groupe à croire en cette chanson, Dickson invite Dylan aux studios World Pacific pour y écouter le groupe. Impressionné, Dylan s'exclame : « Woah, mec ! On peut danser là-dessus ! », dissipant les derniers doutes concernant la viabilité de cette reprise[10].

Après le visionnage du film des Beatles Quatre garçons dans le vent, les Jet Set décident d'adopter des instruments semblables à ceux des Fab Four : une guitare à douze cordes Rickenbacker pour McGuinn, une batterie Ludwig pour Clarke et une guitare Gretsch Tennessean pour Clark. Crosby s'approprie rapidement cette dernière, et Clark est relégué au tambourin[6],[11]. En octobre, Dickson recrute Chris Hillman, un joueur de mandoline ayant joué dans plusieurs groupes de bluegrass, comme bassiste du groupe[12].

Les Jet Set décrochent un contrat avec Columbia Records grâce à une connaissance de Dickson, l'imprésario Benny Shapiro, et sur la recommandation du trompettiste de jazz Miles Davis. Ils signent le 10 novembre 1964. Deux semaines plus tard, durant le repas de Thanksgiving chez Eddie Tickner, ils décident de se rebaptiser « The Byrds ». Ce nouveau nom conserve l'idée de vol, et l'orthographe bousculée (un Y à la place du I) rappelle les Beatles[13],[14].

Aux origines du folk rock (1965-1966)[modifier | modifier le code]

Les studios Columbia d'Hollywood, où les Byrds enregistrent Mr. Tambourine Man en janvier 1965.

Les Byrds se rendent aux studios Columbia d'Hollywood le 20 janvier 1965 pour y enregistrer leur premier 45 tours sur le label Columbia : la reprise de Mr. Tambourine Man en face A et I Knew I'd Want You, une composition de Gene Clark, en face B[9],[15]. Comme le groupe n'est pas encore tout à fait à l'aise, le producteur Terry Melcher décide de faire appel à des musiciens de studio : aux côtés de McGuinn à la guitare douze cordes, les deux chansons sont enregistrées par le batteur Hal Blaine, le bassiste Larry Knechtel, le guitariste Jerry Cole et le pianiste Leon Russell, avant que McGuinn, Clark et Crosby ne viennent y apporter leurs harmonies vocales[13].

En attendant la sortie du single, les Byrds prennent leurs quartiers au Ciro's, une boîte de nuit du Sunset Strip, à Hollywood[16]. Ils s'y produisent régulièrement durant les mois de mars et d'avril 1965, ce qui leur permet d'apprendre à mieux se connaître musicalement et de développer leur répertoire, tout en se construisant une image de dandys détachés[17]. Leur popularité va croissant : des célébrités comme Kim Fowley, Peter Fonda, Jack Nicholson, Arthur Lee et Sonny & Cher viennent assister à leurs concerts[18],[19],[20], et chaque soir, des centaines d'adolescents s'amassent à l'entrée du Ciro's dans l'espoir de voir jouer le groupe[16]. Cette passion des jeunes bohémiens et autres hipsters pour les Byrds annonce d'une certaine manière la contre-culture hippie qui déferlera sur la région quelques années plus tard[17],[21],[22].

Le 45 tours Mr. Tambourine Man sort le 12 avril 1965[9]. En offrant une interprétation de la chanson avec des instruments électrique, les Byrds et leur producteur Terry Melcher ont posé la première pierre d'un nouveau genre : le folk rock. Le son de la guitare à douze cordes Rickenbacker, fortement compressé pour lui donner une couleur beaucoup plus lumineuse et pleine de sustain (« jangle »), devient l'une des marques de fabrique du groupe, qui influence de nombreux artistes dans les années qui suivent[15]. L'autre élément caractéristique de la musique des Byrds apparaît sur ce single : les harmonies vocales du trio McGuinn-Clark-Crosby, les deux premiers chantant à l'unisson et le troisième un ton au-dessus[19]. En l'espace de trois mois, Mr. Tambourine Man se classe no 1 des ventes aux États-Unis comme au Royaume-Uni. Ce succès foudroyant donne lieu à une véritable vague folk rock en 1965-1966, qui voit de nombreux musiciens inspirés par les Byrds connaître à leur tour la réussite dans ce genre[23],[24]. Le nom même de « folk rock » apparaît dans la presse américaine en juin 1965 pour qualifier le son des Byrds, au moment où leur single atteint le sommet des charts[25],[26].

Le premier album des Byrds, également intitulé Mr. Tambourine Man, sort le 21 juin[9]. Il mêle reprises de chansons folk, parmi lesquelles l'adaptation par Pete Seeger du poème The Bells of Rhymney, reprises de Bob Dylan et compositions des membres du groupe, en particulier Gene Clark[26]. Le 33 tours contribue tout autant que le 45 à populariser le folk rock naissant, se classant dans le Top 10 des ventes aux États-Unis et au Royaume-Uni. Les Byrds deviennent ainsi le premier groupe américain capable de rivaliser commercialement avec les Beatles et les autres groupes de la British Invasion[2].

Le deuxième 45 tours du groupe est une autre reprise de Bob Dylan : All I Really Want to Do. Les musiciens ne sont guère enthousiastes à l'idée de le sortir, craignant de se retrouver catalogués, mais leur maison de disques leur force la main, persuadée de pouvoir reproduire le succès de Mr. Tambourine Man[27]. Elle sort le 14 juin, afin de concurrencer la reprise de All I Really Want to Do par la chanteuse Cher, parue au même moment sur un autre label[27],[28]. Aux États-Unis, le duel entre les deux versions se termine en faveur de celle de Cher, celle des Byrds se classant seulement no 40[28], mais c'est l'inverse au Royaume-Uni, où elles se classent respectivement 9e et 4e[29].

Les Byrds connaissent alors une popularité considérable chez les adolescents : leurs chansons passent en boucle sur les stations de radio et ils font la couverture des magazines[30]. Ils s'habillent avec sophistication, ce qui tranche avec les costumes de mise chez les groupes de beat. Crosby et McGuinn se distinguent particulièrement, le premier avec sa cape en daim verte, le second avec ses petites lunettes rectangulaires[31],[32]. Pour ajouter à ce cool californien, les Byrds adoptent une attitude détachée, ne souriant jamais sur scène ou à la télévision. Cet air distant s'explique en partie par les importantes quantités de cannabis qu'ils consomment, et qui ont parfois un effet négatif sur la qualité de leurs concerts[33]. Durant cette période, la presse exprime souvent des réserves vis-à-vis de leurs performances scéniques[30],[34].

Les Byrds se produisent en Angleterre en août 1965. Cette tournée britannique, organisée par le promoteur Derek Taylor pour capitaliser sur le succès de Mr. Tambourine Man, connaît de nombreux problèmes : la sonorisation est médiocre, les musiciens tombent malades, et leur dilettantisme sur scène ne leur gagne pas beaucoup d'admirateurs, d'autant que le groupe est vendu au public comme « la réponse américaine aux Beatles », une étiquette bien trop lourde à porter. La presse les descend en flèche, mais cette tournée leur permet de faire la connaissance de plusieurs musiciens britanniques, dont les Rolling Stones et les Beatles eux-mêmes[30]. Ces derniers prennent la défense des Byrds, qu'ils citent comme des concurrents de poids et leur groupe américain favori[35]. L'influence des Byrds sur les Beatles se fait sentir sur les chansons Nowhere Man et If I Needed Someone de l'album Rubber Soul, sorti au mois de décembre[36],[37].

Terry Melcher, Gene Clark et David Crosby en studio en 1965.

Le troisième 45 tours des Byrds aurait dû être une reprise de It's All Over Now, Baby Blue[38], mais le groupe change d'avis et décide d'enregistrer Turn! Turn! Turn! (To Everything There Is a Season), une composition de Pete Seeger aux paroles tirées de l'Ecclésiaste[39]. Elle sort le 1er octobre 1965 et devient le second no 1 du groupe aux États-Unis. Son message de paix et de tolérance acquiert une résonance particulière dans un pays plongé en pleine guerre du Viêt Nam[40].

L'album Turn! Turn! Turn! sort au mois de décembre[41]. Comme Mr. Tambourine Man, il comprend un mélange de reprises de chansons folk, de titres de Bob Dylan et de nouvelles compositions, reprenant les harmonies vocales et la guitare jangly caractéristiques du groupe. Les compositions originales sont plus nombreuses cette fois-ci, Gene Clark s'imposant notamment comme un compositeur de premier plan[42]. L'album est bien accueilli dans l'ensemble, même si la critique y voit une copie inférieure de son prédécesseur[43]. Il permet aux Byrds de s'imposer comme l'une des principales forces créatives du rock, aux côtés des Beatles, des Rolling Stones et des Beach Boys[44]. Si l'album se classe no 17 aux États-Unis et no 11 au Royaume-Uni, le single Set You Free This Time, avec sa mélodie mélancolique et ses paroles complexes, ne dépasse pas la 63e place du Billboard en janvier 1966[45].

Tout semble aller pour le mieux pour les Byrds, mais des tensions voient le jour durant les séances d'enregistrement de l'album Turn! Turn! Turn! Les relations entre le producteur Terry Melcher et le manager Jim Dickson deviennent difficiles, le second espérant remplacer le premier comme producteur du groupe et se montrant par conséquent particulièrement critique à l'égard de son travail[46]. Moins d'un mois après la parution de l'album, Dickson et les Byrds exigent que Melcher soit remplacé et obtiennent gain de cause. Le souhait de Dickson n'est pas exaucé pour autant, puisque Columbia assigne le groupe à Allen Stanton, le directeur de sa branche A&R sur la Côte Ouest[44],[46].

Expérimentations psychédéliques (1966-1967)[modifier | modifier le code]

Le 22 décembre 1965, les Byrds enregistrent une nouvelle composition aux studios RCA d'Hollywood : Eight Miles High[47]. Ils doivent la réenregistrer quelques semaines plus tard aux studios Columbia, la maison de disques refusant de commercialiser une chanson enregistrée dans un studio concurrent[48]. Eight Miles High marque une étape importante dans l'évolution du groupe, ainsi que dans la naissance du rock psychédélique, un genre émergent auquel des artistes comme Donovan ou les Yardbirds s'essaient également au même moment[49],[50],[51]. Musicalement, la chanson est caractérisée par le jeu de guitare novateur de Roger McGuinn, qui s'efforce d'imiter le saxophone de John Coltrane[52]. Elle affiche également des influences indiennes, en particulier le ronronnement de la ligne vocale, évocateur de la musique de Ravi Shankar[53],[54]. La presse musicale invente l'expression « raga rock » pour désigner la chanson, même si l'influence des râgas indiens se fait davantage sentir sur Why, la face B du 45 tours[53]. À sa sortie, le 14 mars 1966, Eight Miles High est censurée par de nombreuses stations de radio américaines qui considèrent que ses paroles font l'apologie de la drogue, bien que les Byrds et leur management affirment qu'elle s'inspire en réalité du vol en avion qui les a conduits sur le sol britannique l'année précédente[55]. Cette censure joue sans doute un rôle dans les ventes décevantes du single, mais sa nature expérimentale n'a probablement pas facilité les choses[52],[55],[56].

Entre-temps, Gene Clark a quitté le groupe au mois de février[57]. Son départ est en partie dû à sa peur de l'avion : témoin d'un accident d'avion mortel dans son enfance, il est victime d'une crise d'angoisse au moment de prendre un avion pour New York avec les Byrds et refuse d'embarquer[58]. Jouant sur le sens original du mot bird (« oiseau »), McGuinn lui déclare alors : « si tu ne peux pas voler, tu ne peux pas être un Byrd[8] ». D'autres facteurs pèsent dans cette décision : Clark se sent de plus en plus isolé au sein du groupe, d'autant que ses crédits d'écriture lui ont permis de devenir le plus riche des cinq musiciens, ce qui n'est pas sans causer un certain ressentiment chez ses camarades[58]. Columbia ne tarde pas à lui offrir un contrat, marquant le début d'une carrière solo saluée par la critique mais largement ignorée du grand public[59].

Le troisième album des Byrds, Fifth Dimension, sort au mois de juillet. Le groupe y prolonge les expérimentations psychédéliques de Eight Miles High, tandis que Chris Hillman commence à prendre le relais de Gene Clark comme troisième chanteur[60]. La critique lui réserve un accueil mitigé[61], et il se vend moins bien que ses deux prédécesseurs, marquant le début du déclin de la popularité des Byrds. À la fin de l'année, l'immense majorité du grand public a déjà oublié le groupe[62]. Il est néanmoins considéré comme un précurseur sur la scène underground, et de nouveaux groupes californiens comme Buffalo Springfield, Jefferson Airplane ou Love s'en réclament[63].

Les Byrds réduits à un quatuor en 1967.

Les Byrds retrouvent les studios du 28 novembre au 8 décembre pour enregistrer leur quatrième album, Younger Than Yesterday[64]. Allen Stanton venant de quitter Columbia pour A&M, le groupe fait appel à Gary Usher pour le remplacer. Son apport se révèle crucial durant cette période[65]. L'album est plus varié que Fifth Dimension, introduisant des éléments psychédéliques au sein de chansons d'inspiration folk ou country[66]. Il inclut notamment une reprise de My Back Pages de Bob Dylan, ainsi que quatre chansons de Chris Hillman, qui s'impose définitivement comme auteur-compositeur. Deux de ses chansons, Time Between et The Girl with No Name, annoncent le virage du groupe vers la country dans les mois qui suivent[67],[66].

So You Want to Be a Rock 'n' Roll Star, la première chanson enregistrée durant ces séances, s'en prend avec humour au phénomène des groupes manufacturés comme les Monkees[68]. Elle sort en 45 tours en janvier 1967 et se classe 29e aux États-Unis[69]. L'album sort le mois d'après. Bien accueilli par la critique, il est quelque peu ignoré du grand public et réalise des performances similaires à celles de Fifth Dimension dans les charts[69],[66]. S'il passe au-dessus de la tête du public adolescent des Byrds, il trouve les faveurs d'une autre catégorie d'auditeurs, plus underground, davantage intéressée par les 33 tours que par les singles à succès[21].

En juillet 1967 paraît Lady Friend, le premier 45 tours des Byrds dont la face A est écrite par le seul David Crosby. Le groupe a beau faire plusieurs apparitions télévisées pour en assurer la promotion, il réalise des ventes décevantes et ne dépasse pas la 82e place du classement Billboard[70]. Déçu, Crosby accuse le mixage de Gary Usher d'avoir causé cet échec commercial[71]. Au même moment, la compilation The Byrds' Greatest Hits rencontre en revanche un franc succès et ne tarde pas à devenir disque d'or. Elle reste à ce jour l'album le plus vendu du groupe[71],[72]. Les Byrds se sont entre-temps séparés de leurs managers Jim Dickson et Eddie Tickner, avec qui les relations étaient devenues tendues. Larry Spector est engagé sur une suggestion de Crosby pour s'occuper des finances du groupe, dont les membres décident de se manager eux-mêmes[70].

Les Byrds se consacrent à leur cinquième album, The Notorious Byrd Brothers, de juin à décembre 1967. Les séances d'enregistrement sont marquées par des tensions croissantes entre les musiciens, qui aboutissent au départ de Mike Clarke et de David Crosby. Le premier claque la porte au mois d'août, las des disputes et mécontent des chansons écrites par les autres membres du groupe. S'il continue à se produire en concert avec les Byrds afin que le groupe respecte ses engagements, ses anciens camarades doivent faire appel aux batteurs Jim Gordon et Hal Blaine pour boucler l'enregistrement de l'album[73],[74].

De son côté, Crosby est encore amer de l'échec de Lady Friend, et McGuinn et Hillman ont de plus en plus de mal à supporter chez lui ce qu'ils considèrent comme de l'égocentrisme et un désir de dicter l'orientation musicale des Byrds. Lors du festival de Monterey, en juin, Crosby se distingue en prononçant de longues diatribes politisées entre les chansons[75]. En septembre 1967, il refuse de participer à l'enregistrement de Goin' Back, une chanson écrite par Gerry Goffin et Carole King : selon lui, le groupe ne devrait plus reprendre les chansons d'autres compositeurs, et il presse ses camarades de remplacer Goin' Back par une de ses compositions, Triad, au sujet controversé (un ménage à trois). Il n'obtient pas gain de cause et offre sa chanson à Jefferson Airplane, tandis que Goin' Back sort en 45 tours et se classe 89e[76]. En fin de compte, Crosby est renvoyé des Byrds par McGuinn et Hillman au mois d'octobre. Il reçoit une compensation financière qu'il utilise pour acheter un voilier et forme peu après le supergroupe Crosby, Stills & Nash[77]. Gene Clark rejoint brièvement les Byrds à la suite du départ de Crosby, mais il en repart au bout de trois semaines, encore une fois à cause de sa peur de l'avion[78].

Sorti en janvier 1968, The Notorious Byrd Brothers marque l'apogée des expérimentations psychédéliques du groupe, qui mélange folk rock, country, jazz et psychédélisme (parfois au sein d'une seule chanson) et emploie des techniques avancées en studio, comme le phasing ou le flanging[79],[80]. Plusieurs musiciens de studio y prêtent main-forte aux Byrds, dont le guitariste bluegrass Clarence White, déjà présent sur Younger Than Yesterday, qui apporte une couleur country à plusieurs chansons[64],[81]. À sa sortie, l'album est bien accueilli par la critique, mais ne dépasse pas la 47e place des ventes[82].

Vers le country rock avec Gram Parsons (1968)[modifier | modifier le code]

Réduits à un duo, Roger McGuinn et Chris Hillman partent à la recherche de nouveaux membres. Kevin Kelley, cousin de Hillman, est rapidement engagé pour tenir la batterie avant une tournée des universités américaines, début 1968[83]. Cependant, il s'avère rapidement impossible de recréer la musique des Byrds pour un simple trio, et McGuinn et Hillman font appel à Gram Parsons comme claviériste[83],[84]. Ni Parsons, ni Kelley ne sont alors membres à part entière du groupe : ils reçoivent un salaire de la part du duo McGuinn-Hillman et ne sont pas pris en compte lors du renouvellement du contrat des Byrds avec Columbia Records, fin février 1968[85].

L'album suivant des Byrds doit être une rétrospective de la musique populaire américaine du XXe siècle, mais McGuinn se laisse convaincre par Parsons d'en faire un disque de country rock[83], dans l'espoir de donner un coup de fouet aux ventes du groupe. Parsons souhaite se servir des Byrds pour populariser la musique country auprès des jeunes fans de rock, un projet qui séduit également Hillman. Le groupe, accompagné de Clarence White, arrive aux studios Columbia de Nashville au mois de mars pour travailler sur l'album Sweetheart of the Rodeo. Le 15 mars, ils se produisent dans l'émission Grand Ole Opry. C'est la première fois qu'un groupe de « hippies chevelus » participe à cette vénérable émission de country, et le public, très conservateur, leur réserve un accueil pour le moins hostile. Ils sont tout aussi mal reçus par le présentateur de radio local Ralph Emery (en) : leur rencontre inspire à Parsons et McGuinn la sarcastique Drug Store Truck Drivin' Man[86].

Après ce passage à Nashville, les musiciens retournent à Los Angeles pour peaufiner leur album tout au long des mois d'avril et de mai. Durant cette période, Parsons s'efforce d'accroître son emprise sur le groupe : il tente d'imposer l'adjonction d'un joueur de pedal steel guitar, puis, devant le refus de McGuinn, exige un salaire plus élevé et que Sweetheart of the Rodeo paraisse sous le nom « Gram Parsons and the Byrds ». Les exigences de Parsons lassent jusqu'à Hillman, qui était jusqu'alors son principal soutien au sein du groupe[87]. Durant la post-production de l'album, le chant de Parsons est effacé sur trois des six chansons dont il était l'interprète principal et remplacé par celui de McGuinn et Hillman. Cette décision serait le fruit de problèmes juridiques entre Columbia et LHI Records, label avec lequel Parsons serait encore sous contrat. Cependant, le producteur Gary Usher offre une autre explication : selon lui, il se serait agi d'une décision créative prise par lui-même et les membres du groupe, afin de réduire l'importance de Parsons sur l'album final au profit de celle de McGuinn et Hillman[88].

L'ère Clarence White (1968-1972)[modifier | modifier le code]

McGuinn est alors le seul membre rescapé des Byrds originels. Pour compenser les départs de Hillman et Parsons, il recrute des musiciens chevronnés à leur place : Clarence White à la guitare (déjà guitariste de studio pour certains titres des Byrds depuis 1966 et remplaçant de Parsons pendant la tournée sud-africaine de l'été 1968), Gene Parsons à la batterie (aucun lien avec Gram) et John York à la basse. Certains, dont David Crosby, verront dans cette nouvelle version des Byrds une carrière solo de Roger McGuinn déguisée sous le nom plus vendeur des Byrds. McGuinn tentera pourtant avec plus ou moins de succès d'instaurer une sorte d'égalité au sein du groupe, en partageant le chant et l'écriture avec les autres membres.

Le premier disque des Byrds nouvelle version, Dr. Byrds & Mr. Hyde, voit le jour début 1969. Sans doute pour ne pas effrayer les fans de la première heure, c'est McGuinn qui chante tous les titres de l'album. Les ventes sont faibles, et en raison d'anciens contrats signés sous le nom des Byrds à honorer, le groupe doit tourner souvent et devient un habitué des festivals hippies pullulant à cette époque.

McGuinn rencontre peu après Jacques Lévy, metteur en scène à Broadway, et les deux décident d'écrire une comédie musicale, McGuinn se chargeant de la musique, Lévy des textes. C'est pourquoi l'album suivant des Byrds est rempli de reprises et de titres écrits par les autres membres du groupe. Roger McGuinn compose Ballad of Easy Rider pour le film Easy Rider de Dennis Hopper et Peter Fonda, deux vieux fans des Byrds. Le succès du film offre quelques retombées positives au groupe : leur album, également intitulé Ballad of Easy Rider, entre dans le top 40 aux États-Unis et au Royaume-Uni. Entre-temps, le projet de comédie musicale avec Lévy est tombé à l'eau, et McGuinn utilisera les chansons écrites avec Lévy pour les trois albums à venir des Byrds.

Le premier à venir s'appelle tout simplement (Untitled) (1970), un double album avec un disque live et un autre en studio. La partie live, où les Byrds reprennent leurs anciens succès et quelques nouveaux titres, montre leur aisance technique, avec l'arrivée d'un nouveau membre : Skip Battin remplace John York à la basse. Battin, ami de Kim Fowley, devient le second compositeur du groupe en écrivant 3 chansons pour (Untitled). Chestnut Mare, extrait du disque studio, est un succès inattendu, qui se classe dix-neuvième au Royaume-Uni.

(Untitled) est suivi en 1971 de Byrdmaniax, descendu par la critique comme par le public, principalement en raison de l'orchestration ajoutée sans le consentement du groupe par le producteur Terry Melcher. Celui-ci est promptement renvoyé par le groupe, qui produit lui-même son album suivant, Farther Along, toujours en 1971. Farther Along échoue à rattraper le désastre de Byrdmaniax, n'atteignant que la 152e place dans les charts américains.

Le groupe continue à donner des concerts en 1972 et 1973, avec John Guerin remplaçant Gene Parsons. Ce line-up du groupe apparaît sur deux titres de la bande originale du film Banjoman, ainsi que comme groupe d'accompagnement sur l'album solo de Skip Battin Skip. Battin et Guerin quittent le groupe en février 1973 et son remplacés par Chris Hillman et Joe Lala pour les deux derniers concerts des Byrds, les 23 et 24 février.

Éphémères réunions (1972-1973, 1989-1991, 2000)[modifier | modifier le code]

Entre-temps, les cinq Byrds originaux s'étaient réunis fin 1972 pour un unique album, Byrds, qui sort en mars 1973. La réaction mitigée qu'il suscite annule tout projet de tournée qui aurait pu être envisagé. Par la suite, McGuinn, Clark et Hillman travaillent ensemble, mais la fin des années 1980 est marquée par de nombreuses querelles concernant l'usage du nom « The Byrds », repris par Mike Clarke sans l'accord de McGuinn, Hillman et Crosby. Finalement, ces derniers obtiendront qu'aucune formation où ils n'apparaissent pas puisse porter le nom de « Byrds ».

Les Byrds sont entrés dans le Rock and Roll Hall of Fame en 1991, sous leur formation originelle. Gene Clark est mort la même année, suivi deux ans plus tard par Michael Clarke.

Discographie[modifier | modifier le code]

Albums[modifier | modifier le code]

Date Titre Label Classement
US UK
21 juin 1965 Mr. Tambourine Man Columbia 6 7
6 décembre 1965 Turn! Turn! Turn! Columbia 17 11
18 juillet 1966 Fifth Dimension Columbia 24 27
6 février 1967 Younger Than Yesterday Columbia 24 37
15 janvier 1968 The Notorious Byrd Brothers Columbia 47 12
30 août 1968 Sweetheart of the Rodeo Columbia 77
5 mars 1969 Dr. Byrds & Mr. Hyde Columbia 153 15
10 novembre 1969 Ballad of Easy Rider Columbia 36 41
14 septembre 1970 (Untitled) Columbia 40 11
3 juin 1971 Byrdmaniax Columbia 46
17 novembre 1971 Farther Along Columbia 152
7 mars 1973 Byrds Asylum 20 31
22 février 2000 Live at the Fillmore - February 1969 Columbia / Legacy
17 juillet 2008 Live at Royal Albert Hall 1971 Sundazed

Singles[modifier | modifier le code]

Date Titre Classement Album
US UK
7 octobre 1964 Please Let Me Love You / Don't Be Long
12 avril 1965 Mr. Tambourine Man / I Knew I'd Want You 1 1 Mr. Tambourine Man
14 juin 1965 All I Really Want to Do / I'll Feel a Whole Lot Better 40 4
1er octobre 1965 Turn! Turn! Turn! / She Don't Care About Time 1 26 Turn! Turn! Turn!
10 janvier 1966 Set You Free This Time / It Won't Be Wrong 63
14 mars 1966 Eight Miles High / Why 14 24 Fifth Dimension
13 juin 1966 5D (Fifth Dimension) / Captain Soul 44
6 septembre 1966 Mr. Spaceman / What's Happening?!?! 36
9 janvier 1967 So You Want to Be a Rock 'n' Roll Star / Everybody's Been Burned 29 Younger Than Yesterday
13 mars 1967 My Back Pages / Renaissance Fair 30
22 mai 1967 Have You Seen Her Face / Don't Make Waves 74
13 juillet 1967 Lady Friend / Old John Robertson 82
20 octobre 1967 Goin' Back / Change Is Now 89 The Notorious Byrd Brothers
2 avril 1968 You Ain't Goin' Nowhere / Artificial Energy 74 45 Sweetheart of the Rodeo
2 septembre 1968 I Am a Pilgrim / Pretty Boy Floyd
7 janvier 1969 Bad Night at the Whiskey / Drug Store Truck Drivin' Man Dr. Byrds & Mr. Hyde
2 mai 1969 Lay Lady Lay / Old Blue 132
1er octobre 1969 Ballad of Easy Rider / Oil in My Lamp 65 Ballad of Easy Rider
15 décembre 1969 Jesus Is Just Alright / It's All Over Now, Baby Blue 97
23 octobre 1970 Chestnut Mare / Just a Season 121 19 (Untitled)
20 août 1971 Glory, Glory / Citizen Kane 110 Byrdmaniax
29 novembre 1971 America's Great National Pastime / Farther Along Farther Along
11 avril 1973 Full Circle / Long Live the King 109 Byrds
juin 1973 Cowgirl in the Sand / Long Live the King

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Jim McGuinn adopte le prénom « Roger » courant 1967, après avoir été initié au mouvement Subud où un changement de prénom symbolise une renaissance spirituelle. Cf. Rogan 1998, p. 221-225.

Références[modifier | modifier le code]

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Bibliographie[modifier | modifier le code]

Sur les autres projets Wikimedia :

  • (en) Peter Buckley, The Rough Guide to Rock, Rough Guides,‎ 2003 (ISBN 1-84353-105-4).
  • (en) John Einarson, Mr. Tambourine Man: The Life and Legacy of the Byrds' Gene Clark, Backbeat Books,‎ 2005 (ISBN 0-87930-793-5).
  • (en) Christopher Hjort, So You Want To Be A Rock 'n' Roll Star: The Byrds Day-By-Day (1965–1973), Jawbone Press,‎ 2008 (ISBN 1-906002-15-0).
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  • (en) Ric Menck, The Notorious Byrd Brothers, Bloomsbury Publishing, coll. « 33⅓ »,‎ 2007 (ISBN 0-8264-1717-5).
  • (en) Johnny Rogan, The Byrds: Timeless Flight Revisited, Rogan House,‎ 1998 (ISBN 0-9529540-1-X).
  • (en) Scott Schinder et Andy Schwartz, Icons of Rock: An Encyclopedia of the Legends Who Changed Music Forever, Greenwood Press,‎ 2007 (ISBN 0-313-33845-0).
  • (en) Bud Scoppa, The Byrds, Scholastic Books Services,‎ 1971.
  • (en) Richie Unterberger, Turn! Turn! Turn!: The '60s Folk-Rock Revolution, Backbeat Books,‎ 2002 (ISBN 0-87930-703-X).

Liens externes[modifier | modifier le code]