Méhémet Ali

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Méhémet Ali
Portrait de Méhémet Ali par Louis-Charles-Auguste Couder (1840).
Portrait de Méhémet Ali par Louis-Charles-Auguste Couder (1840).
Titre
Wali d'Égypte, Soudan, Syrie, Hedjaz, Morée, Thasos et Crète
Prédécesseur Khursit Pacha
Successeur Ibrahim Pacha
Biographie
Dynastie Dynastie de Méhémet Ali
Date de naissance
Lieu de naissance Kavala, Macédoine, Bulgarie ottomane
Empire Ottoman Empire ottoman
Date de décès (à 80 ans)
Lieu de décès Palais de Ras el Tin, Alexandrie, Égypte ottomane
Empire Ottoman Empire ottoman
Religion Islam (hanafisme)

Méhémet Ali

Méhémet-Ali, souvent écrit Méhémet Ali (en arabe : محمد على باشا (Muhammad Ali))[1], né le à Kavala en Macédoine orientale et décédé le à Alexandrie en Égypte, était un vice-roi d'Égypte (1804-1849) d'origine albanaise[2],[3]. Il est généralement considéré comme le fondateur de l'Égypte moderne[4],[5].

Biographie[modifier | modifier le code]

Méhémet-Ali est né à Kavala dans l'actuelle Grèce (alors empire ottoman) de parents turcs. Selon de nombreux Français, Anglais et autres journalistes occidentaux qui l'ont rencontré, la seule langue qu'il connaissait était l'albanais et dans une moindre mesure le turc. Il était le fils d'un marchand de tabac nommé Ibrahim Agha et de sa femme Zainab. Méhémet-Ali était le neveu de l'Ayan (Çorbacı en turc) de Kavala, ou maire de Kavala, Husain Agha. Lorsqu'il perdit son père durant son enfance, Méhémet-Ali fut élevé par son oncle et ses cousins. En récompense de son travail acharné, son oncle lui attribua le rang de Bölükbaşı afin qu'il puisse collecter les impôts dans sa ville de Kavala. Il s'acquitta de cette tâche avec succès et s'éleva au rang de second commandant sous les ordres de son cousin Sarachesme Halil Agha dans le contingent des volontaires de Kavala qui furent envoyés afin de réoccuper l'Égypte après le retrait de Bonaparte. Il épousa la fille du riche Ali Agha, Emine Nosratli, veuve d'Ali Bey (Sultan Mamelouk d'Égypte de 1760 à 1772). L'expédition arriva à Aboukir au printemps 1801.

Cavalier Mamelouk.

Le retrait français avait laissé la province ottomane sans dirigeant. Le pouvoir des mamelouks bien qu'affaibli n'avait pas été anéanti, et les forces ottomanes étaient en conflit avec eux dans la course au pouvoir. Au cours de cette période d'anarchie, Méhémet-Ali utilisa ses troupes albanaises sur deux fronts, le premier afin de conquérir le pouvoir et le second pour son prestige personnel. En 1805, le peuple lassé par d'incessantes guerres et luttes intestines protesta sa colère, dirigé par les ulémas, un groupe de notables égyptiens demanda à ce que le Wāli (gouverneur), Ahmad Kurshid Pacha démissionne et laisse le pouvoir à Méhémet-Ali.

Le sultan ottoman Selim III n'étant pas en mesure de s'opposer à l'ascension de Méhémet-Ali, consolida la position de ce dernier. Pendant les combats entre les mamelouks et les Ottomans entre 1801 et 1805, Méhémet-Ali veilla à ne jamais perdre le soutien populaire qui l'avait mené là. En se positionnant comme le protecteur du peuple, Méhémet-Ali réussit à contenir l'opposition populaire jusqu'à l'affermissement de son pouvoir.

Malgré leurs défaites, les mamelouks, qui avaient contrôlé l'Égypte durant plus de 600 ans, menaçaient le pouvoir de Méhémet-Ali et planifiaient à terme son assassinat. C'est alors qu'en 1811, il invite les dirigeants mamelouks à un festin à la citadelle du Caire en l'honneur de son fils Toussoun (père d'Abbas Ier Hilmi), qui devait être nommé dans une expédition en Arabie. Lors du repas les mamelouks sont emprisonnés et assassinés, laissant à Méhémet-Ali le gouvernement de l'Égypte.

Par la suite Méhémet-Ali transforma l'Égypte en une puissance régionale qu'il voyait comme le successeur naturel de l'Empire ottoman. Ce dernier en décomposition à cause du pouvoir pris par les janissaires freinant toute idée de réforme et dictant parfois les ordres au sultan allant jusqu'à l'assassinat des dirigeants qui ne se soumettaient pas à leur volonté (4 sultans sont tués par les janissaires en moins de deux siècles). Méhémet-Ali résuma sa vision de l'Égypte comme suit:

« Je suis bien conscient que l'Empire ottoman va chaque jour vers sa destruction […] Sur ses ruines, je vais fonder un vaste royaume […] jusqu'à l'Euphrate et le Tigre. »

Réforme de l'Égypte[modifier | modifier le code]

La mosquée de Méhémet-Ali (1830-1848), dans la citadelle qui domine la ville du Caire.

Le vice-roi introduisit de vastes réformes en Égypte : il mit sur pied une armée de conscription à base de paysans égyptiens, qu'il utilisa ensuite pour repousser les frontières de l'Égypte. Il engagea d'importants travaux d'infrastructure, tels que des routes et des canaux en mobilisant plus de 300 000 cultivateurs, hommes, femmes, enfants, arrachés de leurs foyers et au prix de nombreuses vies volées par les maladies, les privations et les mauvais traitements. Il envisagea également la construction d'une voie ferrée du Caire à Suez ainsi que le creusement d'un canal reliant la mer méditerranée à la mer rouge, deux projets qu'il n'aura pas le temps de réaliser mais qui seront menés à bien par ses successeurs. Il fit du pays l'un des principaux producteurs mondiaux de coton. Il se signala aussi par des réformes sociales, et la création d'écoles modernes.

Autonomisme[modifier | modifier le code]

Il demeura officiellement pendant son règne un vassal du sultan ottoman, mais en réalité n'hésita pas à mener une politique indépendante. Il réprima pour le compte de celui-ci une révolte des wahhabites en Arabie, de 1811 à 1818, puis lui vint en aide dans la guerre d'indépendance grecque entre 1824 et 1828, en échange de divers territoires ; cette dernière opération provoqua la destruction de sa flotte à la bataille de Navarin.

Il se brouilla avec le sultan et entra en guerre contre lui en 1831. Sous la direction de son fils Ibrahim Pacha, les armées de Méhémet-Ali s'emparèrent de la Palestine et de la Syrie, et s'approchèrent jusqu'à quelques jours de marche de Constantinople. Le 21 décembre 1832, une armée égyptienne de 15 000 hommes vainquit l'armée turque de 100 000 hommes durant la bataille de Konya. Une intervention diplomatique franco-britannique conduisit à une solution négociée en 1833, laissant le contrôle de la Syrie et de la Palestine à l'Égypte.

En 1839, le sultan Mahmud II reprit la guerre, mais subit une défaite décisive aux mains d'Ibrahim à Nisibe le 24 juin 1839. Il mourut peu après et les armées égyptiennes se rapprochèrent une nouvelle fois dangereusement de Constantinople. Il fallut une intervention européenne pour les repousser. En 1841, Méhémet-Ali et Ibrahim durent céder le contrôle de la Syrie par le traité de Londres.

Méhémet-Ali fut déposé en juillet 1848 sous prétexte d'incapacité mentale. Il abdique le 1er septembre, et meurt en août 1849. Deux de ses fils, Ibrahim et Abbas, lui succédèrent mais furent contraints d'accepter de partager le pouvoir avec l'Empire britannique.

Descendance[modifier | modifier le code]

Il eut au moins quatre fils dont deux lui succédèrent à la tête de l'Égypte :

Parmi ses gendres figurent :

  • Hussein Bey, commandant militaire ayant participé aux opérations de la guerre d'indépendance grecque (reconquête de la Crète, prise de Kassos, invasion du Péloponnèse), mort au combat en avril 1826 au cours du siège de Missolonghi
  • Moharrem Bey, amiral de la flotte égyptienne notamment à Navarin

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Méhémet-Ali, encyclopédie Larousse en ligne
  2. Alfred Nicolas Rambaud et Ernest Lavisse, Histoire générale du IV siècle à nos jours, A. Colin, 1897, v.9, p.691
  3. Grand Larousse encyclopedique, Librairie Larousse, 1963, v.7, p.226
  4. "l'officier ottoman d'origine albanaise qu'était Méhémet-Ali et que l'on considère à juste titre comme le fondateur de l'Égypte moderne", Dominique Sourdel, Histoire des Arabes, P.U.F., 1976, p.109
  5. "Beaucoup d'historiens pensent qu'il était d'origine albanaise...on peut le considérer comme le fondateur de l'Égypte moderne", Encyclopédie Larousse, Librairie Larousse, 1978, T. 17,.Renan-Science, p.7829

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

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