Colette de Corbie

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Colette de Corbie
Image illustrative de l'article Colette de Corbie
Statue de sainte Colette à Corbie par Albert Roze
Naissance 1381
Corbie (Somme)
Décès 1447  (66 ans)
Gand (Belgique)
Nationalité française
Vénéré à Poligny (Jura), Corbie
Béatification 1625 / 23 janvier 1740 (selon les sources)
Canonisation 24 mai 1807
par Pie VII
Fête 6 mars

Colette de Corbie née à Corbie (Picardie), le 13 janvier 1381. Entrée en religion, elle réforma l'ordre des clarisses et certains couvents masculins de l'ordre franciscain. Elle fut béatifiée en 1625 et canonisée en 1807. Liturgiquement elle est commémorée le 6 mars.

Un contexte politique et religieux troublé[modifier | modifier le code]

Au XVe siècle, le Grand Schisme d'Occident divisa profondément l’Église. Ceux qui reconnaissaient le pape de Rome s'opposaient à ceux qui reconnaissaient celui d'Avignon[1].

À cette époque, l'ordre franciscain connut, en son sein, des dissensions entre partisans de l'observance stricte de la règle de Saint François d'Assise et partisans d'une règle moins rigoureuse. En 1263, le pape Urbain IV, accorda aux couvents de la branche féminine (les clarisses) l'autorisation de posséder des biens en commun ce qui était une sérieuse entorse à la règle primitive de pauvreté.

En France, aux XIVe et XVe siècles, la situation politique était extrêmement troublée par la guerre de Cent Ans, la folie du roi Charles VI et la guerre civile entre Armagnacs et Bourguignons.

La peste noire apparue en 1348 sévissait dans une grande partie de l'Europe.

Biographie[modifier | modifier le code]

Une vocation précoce[modifier | modifier le code]

Colette était issue d’une famille modeste, habitant à Corbie en Picardie. Son père, Robert Boellet, maître menuisier de l'abbaye de Corbie et sa mère, Marguerite Moyon, étaient très pieux et charitables. La légende rapporte que les années passaient et ils n’avaient toujours pas d’enfant. Aussi prièrent-ils saint Nicolas de leur donner une descendance. Et à 60 ans, Marguerite mit au monde une fille le 13 janvier 1381. Au baptême elle reçut le prénom de « Nicolette » par reconnaissance envers saint Nicolas mais elle fut couramment appelée « Colette », diminutif de son prénom. C'est sous ce nom qu'elle passa à la postérité[2].

Colette reçut une éducation religieuse accordant une grande place à la Passion du Christ sur laquelle l’entretenait fréquemment sa mère, femme très pieuse qui se confessait et communiait chaque semaine. Colette de Corbie aurait eu dès son plus jeune âge une vie édifiante, empreinte de prière et de mortification. Dès sa plus tendre enfance, à 4 ans, Colette vécut de prière perpétuelle et aida les pauvres. Elle se mortifia, se priva de nourriture pour redistribuer son repas aux pauvres, pria très longuement et alla même jusqu'à rendre son sommeil difficile en mettant des morceaux de bois sous son matelas. Elle reçut durant ses jeunes années des grâces divines telles que des guérisons miraculeuses, une croissance subite (elle était très petite)… À l’âge de sept ans, elle assistait clandestinement aux matines chantées par les bénédictins. À l'âge de neuf ans, elle reçut la révélation de l'esprit de l'ordre franciscain et de la nécessité de le réformer. En plus de cela, elle apprit à lire et à écrire[2].

En 1399, alors qu’elle a 18 ans, ses parents moururent. Son père l'avait confiée avant sa mort à Raoul de Roye, abbé de Corbie. Elle refusa le mariage que celui-ci lui présentait et se dépouilla de tous ses biens en faveur des pauvres. Peu après, elle fit la connaissance de Jean Bassand, prieur du couvent des Célestins d'Amiens et lui fit part de son désir d'embrasser la vie religieuse[2].

Les hésitations d'une religieuse[modifier | modifier le code]

Elle intègre alors les béguines de Corbie. Elle y resta un an. Mais ne jugeant pas cet ordre assez rigoureux, elle décida d’entrer au couvent des bénédictines de Corbie. Cependant, cela ne lui convint toujours pas. Elle se dirigea alors vers les clarisses urbanistes de l'abbaye du Moncel près de Pont-Sainte-Maxence où elle se présenta comme servante, se jugeant indigne d’y être religieuse. Mais là encore, elle trouva que les conditions de vie étaient trop douces. Elle retourna alors à Corbie où elle rencontra le père Jean Pinet, gardien du couvent d'Hesdin en Artois, fervent franciscain désireux de faire revivre l’ordre d’après la Règle primitive. Il proposa à Colette de vivre en recluse sous la règle du tiers-ordre franciscain. L'abbé de Corbie accorda en 1402 son autorisation. Colette fut emmurée pendant trois ans dans un reclusoir attenant à l'église paroissiale, y menant une vie de prière et de charité, recevant la visite d'habitants venant lui demander prières et conseils, mais, ce cheminement n'était que provisoire[2]

Vision et mission de Colette[modifier | modifier le code]

Dans son reclusoir, elle eut des visions de saint François d'Assise qui la présentait à Dieu comme la réformatrice de son ordre. Une autre fois, c'était un arbre mystérieux qui croissait et poussait ses rejetons jusque dans sa cellule. Refusant de croire à ces visions, elle fut frappée de cécité et de mutisme. Acceptant enfin sa mission, elle guérit et se mit à écrire ce qui lui avait été révélé.

En 1406, une bulle pontificale délia Colette de son vœu de réclusion et l'autorisa à fonder un couvent réformé dans les diocèses d'Amiens, de Noyon ou de Paris.

Colette put s'appuyer, pour son œuvre, sur le Père Henri de Baume, franciscain, fervent partisan d'une réforme de l'ordre. Il gagna à la cause de Colette, la comtesse Blanche de Genève, puis Isabeau de Rochechouart, baronne de Brissay. Colette, le Père de Baume et la baronne de Brissay rencontrèrent à Cimiez près de Nice le pape Benoît XIII qui nomma Colette, abbesse, dame et mère de toutes les personnes qui se rangeraient sous sa réforme. Il l'autorisa à accueillir dans le couvent qu'elle allait fonder des religieuses venues de couvents étrangers ou du tiers ordre franciscain.

Elle retourna à Corbie voulant faire de sa ville natale le berceau de la renaissance franciscaine. Cependant elle n’y trouva qu’hostilité et dut quitter la Picardie après un nouvel échec à Noyon. Elle trouva refuge en Franche-Comté dans le manoir d'Alard de Baume frère du père Henri à Baume-le-Frontenay. Trois Corbéennes l'accompagnèrent: Guillemette Chrétien, Marie Sénéchal et Jacquette Legrand. Elles furent les premières moniales de l'ordre réformé. En 1410 ayant reçu confirmation du pape Alexandre V, elles s’établirent à Besançon où Colette fonda son premier monastère. Au total dix-sept couvents furent fondés de 1410 à 1447 et d'autres réformés :

Elle échoua, une fois encore, à créer un couvent à Corbie, en 1445.

La réforme colettine s'infiltra aussi dans l'ordre masculin. Les couvents de :

Une mystique thaumaturge[modifier | modifier le code]

Il serait vain de comptabiliser les nombreux miracles et guérisons accomplis par ou grâce à Colette de Corbie.

Colette connut des extases, la lévitation, des effluves odoriférantes émanant de sa personne et de ce qu'elle touchait. Elle eut connaissance de l'état des âmes du purgatoire, des dons de clairvoyance et de prophétie.

Elle avait le goût de la pénitence, des mortifications, des jeûnes, de la pauvreté totale…

Une femme politique[modifier | modifier le code]

Colette de Corbie œuvra pour l'extinction du schisme qui déchirait la Chrétienté occidentale. elle obtint des papes et antipape la confirmation de ses pouvoirs. Elle rencontra Vincent Ferrier à Auxonne puis à Poligny en avril 1417. Colette agit auprès de l'antipape Félix V pour qu'il abdique sans succès de son vivant.

Colette réussit à passer outre les divisions politiques de la France, s'attirant la bienveillance de la Maison de Bourgogne et de la Maison de Bourbon pourtant ennemies. Elle réussit également à se concilier les Maisons rivales de Savoie et de Genève.

Elle mourut à Gand dans le couvent de Bethléem où elle fut inhumée. Puis ses ossements furent transportés à Poligny, son couvent de prédilection, en 1783.

La réforme colettine[modifier | modifier le code]

À Orbe en 1430, Colette fixa dans un texte, Sentiments de Sainte-Colette, remanié en 1432 à Besançon, sa réforme de l'ordre des clarisses. Ce texte fut approuvé, en 1434, par Guillaume de Casal, ministre général de l'ordre franciscain.

Colette a fixé en quinze chapitres les détails de sa réforme. Parmi les points essentiels on peut relever[3]:

  • Ne sont admises au couvent que les sœurs capables de soutenir l'austérité de la règle (les infirmes et malades ne peuvent donc y entrer).
  • On peut entrer au couvent à 12 ans mais on ne peut prononcer les vœux avant 18 ans. Le noviciat dure jusque l'âge de 30 ans.
  • Les sœurs vivent en clôture perpétuelle.
  • Les sœurs vivent continuellement dans le silence. Elles ont accès au parloir avec l'autorisation de l'abbesse à certaines périodes de l'année.
  • Les sœurs portent le voile qui doit couvrir une partie du visage qui ne peut être vu en entier.
  • Les sœurs ne dorment jamais sans leur habit extérieur.
  • Les sœurs ne portent pas de bas, ni chaussures, les pieds sont nus.
  • Les sœurs ne peuvent posséder ni biens meubles, ni terres, ni immeubles, ni somme d'argent.
  • Les sœurs font abstinence perpétuelle de viande même à Noël.
  • Les sœurs jeûnent perpétuellement sauf le dimanche et à Noël.
  • Les sœurs doivent assister obligatoirement et avec exactitude à l'office divin.
  • Les sœurs doivent communier tous les dimanches.
  • Les sœurs ne peuvent avoir d'autre confesseur que celui du couvent.
  • Les sœurs n'auront aucune distraction.
  • Le courrier envoyé ou reçu est lu par l'abbesse.

etc.

Le pape Pie II approuva ses constitutions en 1458. La réforme colettine d'abord introduite en France et en Belgique, s’étendit ensuite en Espagne et dans toutes les colonies espagnoles du Nouveau Monde. L’action de Colette sur l'ordre des clarisses a été considérable et perdure jusqu'à nos jours[4].

Postérité[modifier | modifier le code]

Suivant son désir, elle fut inhumée dans un tombeau, sans linceul ni bière, à même la terre, dans le cimetière de Gand. En 1471, l’évêque de Tournai entreprit une enquête suite à des miracles survenus sur sa tombe. On découvrit d'autres miracles en d'autres lieux: 14 à Hesdin, 15 à Gand, 4 à Arras et encore bien d’autres à Poligny et Auxonne.

Elle fut béatifiée en 1625 et fut canonisée par le pape Pie VII le 24 mai 1807.

Ses attributs, dans l'iconographie chrétienne, sont le puits de la Samaritaine (par allusion à la découverte d'eau à Poligny, au Puy, à Hesdin, en des endroits où, avant la prière de la sainte, on ne repérait aucune nappe aquifère) ainsi qu’une poule (allusion à l’invitation du Seigneur à gober un œuf pour reprendre des forces). Les religieuses qui vivent selon la règle primitive de Sainte Claire remaniée par Colette de Corbie sont appelées colettines. Et même, si son œuvre se porta sur le deuxième ordre franciscain, elle affecta aussi l’ordre masculin.

À Corbie, une chapelle fut construite à l'emplacement de sa maison natale. Une statue massive due à Albert Roze, trône à la sortie nord-est de la ville. Dans l'abbatiale Saint-Pierre, est exposé un tableau : Sainte Colette priant pour la délivrance d'une âme du Purgatoire de Charles Crauk (1859). Une rue et un collège-lycée agricole privé portent le nom de Sainte-Colette.

Galerie photographique[modifier | modifier le code]

Pour approfondir[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Père Ubald d'Alençon, O.M.C., Édition, analyse et critique : "Lettres inédites de Guillaume de Casal à sainte Colette de Corbie et notes pour la biographie de cette sainte", dans Études franciscaines, XIX, 1908, p. 460-481, 668-691 (avec le relevé des manuscrits non catalogués de la bibliothèque de Besançon et, en appendice, la description d'un manuscrit qui, entre autres choses, contient un inventaire des archives des clarisses d'Amiens au XVIIIe siècle, très importante pour le sujet) ;
  • Père Ubald d'Alençon, "Documents sur la réforme de sainte Colette en France", dans Archives franc. hist., II, 1909, p. 447-456, 600-612, III, 1910, p. 82-97 ;
  • Père Ubald d'Alençon, Les vies de sainte Colette Boylet de Corbie, réformatrice des frères mineurs et des clarisses (1381-1447) écrites par ses contemporains le père Pierre de Reims, dit de Vaux, et sœur Perrine de la Roche et de Baume, dans coll. Archives franciscaines, IV, Paris-Couvin, 1911 (avec l'hagiographie de sainte Colette de 1450 à 1910).
  • J. Ancelet-Hustache, Les Clarisses, collection Les grands ordres monastiques, Paris, 1929.
  • J.-Th. Bizouard, Histoire de sainte Colette et des clarisses en Franche-Comté, Besançon, 1888.
  • J.-Th. Bizouard, Histoire de sainte Colette et des clarisses en Bourgogne, Besançon, 1890.
  • Père P.B. De Meyer, O.F.M., De hl. Coleta van Corbie (1447-1947), Van Boergondië naar Vlaanderen, Malines, 1947.
  • Douillet, Sainte Colette, sa vie, ses œuvres, son culte, son influence, 1869.
  • A. Germain, Sainte Colette de Corbie, Paris, 1903.
  • A. Pidoux, Sainte Colette, Paris, 1907.
  • Chanoine Poirot, Sainte-Colette, sa vie, son œuvre et ses monastères en Franche-Comté, Besançon 1947.
  • André Ravier, s.j., Sur les pas de François le Poverello et de Claire d'Assise, Colette de Corbie, Besançon, Imprimerie moderne de l'Est, 1976.
  • Père Quirinue Van Alphen, De hl. Coleta van Corbie, dans Franciscanansch leven, XX, 1937, p. 156-166, 212-222 ; XXI, 1938, p. 292-301 ; XXII, 1939, p. 198-208.
  • E. Sainte-Marie Perrin, La belle vie de Sainte-Colette de Corbie, Paris, 1920.
  • Pierre de Vaux, Vie de sœur Colette, 1450, translation en français moderne d'Élisabeth Lopez, Saint-Étienne, 1994, université Jean-Monnet C.E.R.C.O.R., [lire en ligne]
  • C. Yver, Sainte Colette de Corbie, Paris, 1945.
  • Dictionnaire d'histoire et de géographie ecclésiastique, tome XIII, Paris, Letouzey & Ané, 1956.

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

  • Colette de Corbie [1]
  • Colette de Corbie [2]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Jean Chélini, Histoire religieuse de l'Occident médiéval, Paris, 1968
  2. a, b, c et d Pierre de Vaux, Vie de sœur Colette, 1450, translation en français moderne d'Élisabeth Lopez, Saint-Étienne, 1994, université Jean-Monnet C.E.R.C.O.R.
  3. Vie de Sainte Colette réformatrice de l'ordre de Sainte Claire faite sur les manuscrits de l'abbé de Saint-Laurent, Lyon, 1835
  4. É. Longpré, « Colette » (p. 1298 et 1299, t. II, 1949) III, 1952), in G. Jacquemet, Catholicisme hier – aujourd’hui – demain, Letouzey et Ané, Paris