Padre Pio

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Padre Pio de Pietrelcina
Saint catholique
Image illustrative de l'article Padre Pio
Padre Pio
Saint
Naissance 25 mai 1887
Pietrelcina (Italie)
Décès 23 septembre 1968  (81 ans)
San Giovanni Rotondo
(Drapeau de l'Italie Italie)
Nationalité Flag of Italy.svg Italienne
Vénéré à San Giovanni Rotondo (église Saint Pio)
Béatification 2 mai 1999
par Jean-Paul II
Canonisation 16 mai 2002
par Jean-Paul II
Vénéré par Église catholique romaine
Fête 23 septembre
Attributs Généralement en bure de Frères mineurs capucins avec des mitaines, en train de bénir

Padre Pio est le nom d'un capucin et prêtre italien né Francesco Forgione, le 25 mai 1887 à Pietrelcina (province de Bénévent, en Campanie, Italie), mort le 23 septembre 1968 à San Giovanni Rotondo (province de Foggia dans les Pouilles en Italie).

Il avait pris le nom de Pie (en italien Pio), en hommage au pape Pie V, quand il rejoignit l'ordre des frères mineurs capucins.
Il fut connu pour être le premier prêtre et l'un des rares hommes à qui la tradition attribue des stigmates, bien que l'origine miraculeuse de ces plaies soit sujette à polémique. Il a été canonisé par l'Église catholique romaine le 16 juin 2002 sous le nom de Saint Pio de Pietrelcina.

Biographie[modifier | modifier le code]

Enfance[modifier | modifier le code]

Né de Orazio Forgione (1860–1946), agriculteur et de Maria Giuseppa Di Nunzio Forgione (1859–1929), Francesco Forgione est baptisé le lendemain à l'église Santa Maria degli Angeli (Sainte-Marie-des-Anges) de Pietrelcina près de Bénévent. Sa mère, fervente catholique, lui donne le nom de Francesco en hommage à François d'Assise[1]. Il a un frère aîné, Michele (1882)[Note 1], et trois sœurs, Felicita (1889), Pellegrina (1892) et Grazia (1894)[2]. Il mène une jeunesse pieuse, durant laquelle il aurait eu des visions mystiques ; dès cinq ans, Jésus-Christ lui serait ainsi apparu[3]. Enfant, il ne veut pas jouer avec les enfants de son âge, car selon lui ils blasphémaient[4]. À quinze ans, il connaît ses premières extases spirituelles[3].

Vie religieuse[modifier | modifier le code]

Trop maladif pour être cultivateur comme son père, sa mère voit en lui un futur prêtre. Francesco rejoint l'Ordre des frères mineurs capucins le 22 janvier 1903 à Morcone. En raison de sa santé fragile, il retourne dans sa famille, puis est envoyé dans divers couvents. Le novice capucin prononce ses vœux solennels le 27 janvier 1909. Au mois de décembre 1908, il reçoit la tonsure, les ordres mineurs et le sous-diaconat dans la cathédrale de Bénévent. Le 18 juillet 1909, il est nommé diacre dans le couvent de Morcone et prend alors le nom de frère Pio, en hommage au pape Pie V[5].

Il est ordonné prêtre à la cathédrale de Bénévent le 10 août 1910 et nommé à Santa Maria degli Angeli de Pietrelcina[6]. Dès 1911, il signale à son confesseur l'apparition depuis un an de signes rouges et de douleurs vives aux mains et aux pieds[7]. Il est à partir du 4 septembre 1916 au couvent de San Giovanni Rotondo[8]. Le Padre Pio se réveillait à l'aube pour lire le bréviaire. Cinq stigmates visibles, qui ont fait l'objet de plusieurs rapports médicaux, lui sont apparus le 20 septembre 1918.

Pendant la Première Guerre mondiale, il sert dans le corps médical italien (19171918). C'est pendant la guerre que se situe un événement raconté par le bénéficiaire lui-même. Le 24 octobre 1917, une attaque surprise des Autrichiens et des Allemands ayant percé les lignes italiennes et causé le désastre de Caporetto (Kobarid), le général Luigi Cadorna, commandant en chef et soldat valeureux, fut limogé. Retiré au palais de Zara, à Trévise, très marqué par sa défaite, il décida d'en finir et, s'apprêtait à tirer le coup de revolver fatal, lorsqu'il vit soudain entrer dans son bureau un moine capucin qui le convainquit de ne pas attenter à sa vie. Une fois le religieux reparti aussi soudainement qu'il était apparu, Cadorna tança les gardes en faction, leur reprochant d'avoir laissé passer sans l'annoncer un moine inconnu de tous. Les soldats jurèrent leurs grands dieux qu'ils n'avaient vu personne entrer ou sortir ! Plusieurs années plus tard, le général voyant une photo de Padre Pio dans un journal, reconnut le capucin qui lui avait sauvé la vie par des paroles de réconfort, un soir de novembre 1917[9].

On a dit qu’il avait le don de lire dans les âmes qu’il confessait.

On dit aussi qu’il annonça à l’avance la résurrection d’une femme vivant à San Giovanni Rotondo. Cette femme s’appelait Paolina. Vers la fin du carême, elle tomba gravement malade. Son mari, et leurs cinq fils se rendirent au couvent. Ils supplièrent le Père Pio, les 2 plus jeunes enfants s'agrippant au froc du moine. Bouleversé, celui-ci promit de prier pour Paolina. Au début de la Semaine Sainte, il dit "Elle ressuscitera le jour de Pâques.". Le Vendredi Saint, Paolina perdit connaissance. Le Samedi saint, elle tomba dans le coma, puis ne bougea plus pendant plusieurs heures, si bien que l'on crut qu'elle était morte. Le lendemain, alors que le Père Pio célébrait la messe de Pâques, Paolina se redressa sans aide sur son lit[10].

Transverbération[modifier | modifier le code]

Le 5 août 1918, tandis qu'il confessait les jeunes scolastiques de son couvent, le Padre Pio manifeste des symptômes ou des signes faisant référence à la transverbération : son cœur est transpercé par un dard spirituel avec saignement réel. Selon la tradition, sa stigmatisation complète a lieu le 20 septembre 1918, des stigmates (plaies du Christ sanguinolentes aux mains, aux pieds et au thorax comme les cinq plaies du Christ), qu'il cherche à cacher avec des mitaines[11],[A 1].

Il donne le témoignage suivant des évènements : « Je vis devant moi un personnage mystérieux dont les mains, les pieds, la poitrine, ruisselaient de sang. Je sentis mon cœur blessé par un dard de feu... Ce personnage disparut de ma vue et je m'aperçus que mes mains, mes pieds, ma poitrine étaient percés et ruisselaient de sang ! »[11]. La description qu'il fait de ses propres transports mystiques se révèle en grande partie être un plagiat des œuvres de Gemma Galgani[12].

Dans les premiers jours Padre Pio cherche à dissimuler les plaies, mais les femmes qui suivent sa direction spirituelle voient les plaies et ébruitent la nouvelle[A 2]. De même les jeunes qu'il enseigne perçoivent aussi des cicatrices sur les mains de Padre Pio[A 1]. Le 9 mai 1919, le premier journal Il Giornale d'Italia parle des « miracles » du Padre Pio[A 3]. Le 25 mai 1919, une revue locale publie la nouvelle en intitulant « Le Saint de San Giovanni Rotondo »[A 3]. Au mois de juin 1919, trois journaux dont Il Mattino, principal journal de Naples, reprennent l'information en parlant des miracles qu'opère le thaumaturge Padre Pio[A 4]. La notoriété, non voulue par Padre Pio et encore moins par ses supérieurs qui avaient imposé toute discrétion aux frères du couvent, contribue à faire venir de plus en plus de monde auprès du monastère[A 5]. Les premières interprétations médicales se font autour du cas de Padre Pio, dont le Professeur Enrico Morrica, qui n'a pas vu Padre Pio, interprète les miracles de Padre Pio comme du « magnétisme animal » issue de « dangereux phénomènes morbides de psychologie collective »[A 6].

Face aux nouveaux évènements le supérieur des capucins ainsi que le Saint-Office décident de faire ausculter Padre Pio afin de savoir l'origine naturelle ou surnaturelle des prétendus stigmates[Note 2],[A 7]. Les théories naissantes sur l'hystérie et l'école de l'idéoplastie sont alors mis en avant par les sceptiques pour nier le caractère surnaturel des stigmates. Plus de trois médecins ausculteront les plaies de Padre Pio : le docteur Luigi Romanelli, chef de l'hôpital de Barletta, le Docteur Angelo Maria Merla, maire de la commune, socialiste et agnostique. Les auscultations conduisent à lever toute idée d'automutilation et arrivent à « la conclusion que le fait constitue en soi un phénomène que n'est pas capable d'expliquer la seule science humaine »[A 8]. Le Saint-Office fait envoyer le 12 et 13 juillet 1919 le professeur Amico Bignami, positiviste qui ausculte à son tour Padre Pio. Très sceptique, les conclusions qu'il donne sont différentes des deux autres médecins. Même s'il constate que les plaies de Padre Pio ont des caractéristiques « qu'il est impossible d'expliquer à partir des connaissances que nous possédons relativement aux nécroses névrotiques, et la localisation parfaitement symétrique des lésions décrites, et leur persistance sans modification notable, au dire du malade », il conclut à la possibilité que les plaies soient « pour partie le résultat d'un état morbide, pour partie artificielles »[A 9].

Les soupçons d'imposture sont tels que le Saint-Office tient Padre Pio pour un « phénomène de cirque » dont profitent ses frères capucins, par le biais de la crédulité publique, pour attirer des pélerins et recueillir des fonds considérables[13]. Outre ces malversations financières vertigineuses des capucins, Padre Pio est accusé d'être l'allié des fascistes qu'il bénit alors que les affrontements entre communistes, socialistes et fascistes lors des élections municipales à San Giovanni Rotondo le 14 octobre 1920 provoquent la mort de onze « rouges » par un commando proto-fasciste[14]. À la suite de ces événements, le dirigeant fasciste local Giuseppe Caradonna (it) apporte son soutien à Padre Pio et les éditions de son parti éditent les premiers ouvrages sur le saint[12].

Le Saint-Office, considérant parfois comme de véritables charlatans les saints vivants stigmatisés (ces superstitions pouvant se retourner contre la foi), rend publique sa méfiance théologique : le 31 mai 1923, il émet un décret exhortant les fidèles à ne pas croire aux faits surnaturels liés à la vie de Padre Pio et à ne pas aller à San Giovanni Rotondo ; le 5 juillet 1923, les Acta Apostolicae Sedis écrivent « les témoignages actuels ne prouvent pas que les stigmates, les bilocations présumées puissent être tenues à coup sûr pour miraculeuses »[15] et L'Osservatore Romano déclare Padre Pio imposteur de mauvaise foi[16].

Enquête du Saint-Office et retrait de la vie publique[modifier | modifier le code]

De 1924 à 1928, trois visiteurs apostoliques viendront enquêter auprès du Padre Pio. Des médecins et des psychiatres l'examinent, craignant des manifestations hystériques. Il est pourtant déclaré sain et sincère[11].

Il est dès lors très critiqué, non du fait de son état, mais à cause des débordements des fidèles[17]; il est aussi remis en cause par sa hiérarchie qui voit dans sa popularité une menace et une dérive, et l'oblige le 23 mai 1931 à cesser toutes activités publiques, en célébrant la messe dans la chapelle intérieure du couvent[3]. Des témoignages[18] persistent cependant concernant des phénomènes surnaturels, notamment sur des fragrances insolites projetées à distance, en plus de l'odeur de sainteté qui l'accompagnait habituellement : « ...il est fréquemment arrivé que des personnes... aient senti ce mystérieux parfum, à des distances énormes du couvent où se trouvait Padre Pio... »[18]

Souvent, dans des confessions, il rappelait lui-même aux pénitents des fautes qu'ils avaient oubliées[19],[20].

Durant toute sa vie, il aurait subi presque quotidiennement les attaques physiques et morales de « Satan » dont les « cosaques »[21], comme il les nommait, seraient venus nuitamment le frapper, faisant tant de bruit dans le monastère que certains moines, terrifiés, auraient demandé leur mutation[22],[23],[24].

Dès cette époque, le Padre Pio est considéré par la ferveur populaire comme un grand saint thaumaturge[25],[26] du XXe siècle, ayant accompli une multitude de miracles de guérison instantanée en présence de nombreux témoins[11]. On lui prête également le don de bilocation (apparition simultanée en deux endroits)[11] , en plus de phénomènes particuliers telle l'hyperthermie (température très élevée du corps, au delà de 48°)[27] ou l'inédie (abstention prolongée de nourriture ou de boisson au delà de deux mois)[28] ou la connaissance de langues qui lui étaient étrangères[29]. La lévitation, bien que relayée par la rumeur, ne reçoit que le seul témoignage du Padre lui-même[30].

Des amis de Padre Pio tentent dès lors de lever l'interdiction du Saint-Office en dénonçant ses calomniateurs et les ecclésiastiques corrompus[31]. Ainsi son ami Emanuele Brunatto menace le Saint-Office de publier « Les Antéchrists dans l'Église du Christ » mettant en cause ces ecclésiastiques, menace qu'il met à exécution en 1933 puis il construit les archétypes de la sainteté de Padre Pio dans différents ouvrages. Informateur occasionnel de la police fasciste, il s'installe en France en 1931. Tout en multipliant les dons aux plus démunis et aux œuvres caritatives (en particulier création de "La boisson chaude", une soupe populaire), il s'enrichit suffisamment pour financer la Casa Sollievo della Sofferenza, hôpital privé de San Giovanni Rotondo fondé par Padre Pio[12] à hauteur de 3 500 000 Fr (de 1941). Suspecté de s'être enrichi grâce au marché noir durant l'Occupation, Brunatto sera condamné à mort par contumace en 1948 avant d'être entièrement blanchi par un nouveau procès en 1951.

Levée de l'interdiction du Saint-Office[modifier | modifier le code]

Le 14 juillet 1933 le Saint-Office autorise à nouveau le Padre Pio à célébrer des messes publiques et à entendre des confessions.

Le 10 janvier 1940, il ébauche les plans pour une Casa Sollievo della Sofferenza « Maison pour soulager la souffrance ». L'hôpital ouvre en 1944, mais l'inauguration officielle n'a lieu que le 5 mai 1956. À la même époque, le Padre Pio fonde des Groupes de prière afin de guérir et soulager les âmes.

Dès 1947, des mesures sont à nouveau prises à San Giovanni Rotondo suite à la visite du père général de l'ordre des Capucins, qui constate un certain désordre liturgique à cause de la piété excessive de certains fidèles. En 1947, le jeune père Karol Wojtyla lui rendit visite. Le Padre Pio lui aurait prédit son élection à la papauté et l'attentat dont il serait victime en 1981 sur la place Saint-Pierre.

À partir des années 1950 un immense scandale financier secoue le monde catholique italien. Des fonds ont été détournés pour des profits personnels et d'autres ont été placés à perte dans les magouilles du banquier Giuffré [32]: les Capucins, comme beaucoup d'autres, sont en faillite. Padre Pio n'est pas mis en cause dans cette affaire et il est ainsi relevé de ses vœux de pauvreté afin d'avoir toute liberté de gérer les fonds de ses fidèles pour la Casa Sollievo della Sofferenza. Il devait alors subir maintes brimades et persécutions de ses pairs qui tentaient de s'approprier son "trésor".

En avril 1960, le pape Jean XXIII apprend que des microphones ont été installés autour du stigmatisé dans le couvent et dans son confessionnal[33]. le souverain pontife ordonne une enquête plus approfondie de Padre Pio, en envoyant Mgr Carlo Maccari (it), chef du second bureau du vicariat de Rome. Du 30 juillet au 2 octobre 1960, ce visiteur apostolique examine les troubles et constate une dévotion excessive amenant un commerce d'objets touchant Padre Pio, tels que des morceaux de tissus prétendument imbibés du sang des stigmates[25]. Suite à cette visite, le Saint-Office entreprend de limiter les apparitions publiques du Padre Pio qui a acquis une renommée en tant qu'ouvrier de miracles, œuvrant jusqu'à 19 heures par jour au sein de son église. En novembre 1961, le Supérieur de l'Ordre demande à Padre Pio de restituer les fonds des fidèles afin de renflouer les caisses, ce qu'il fit[34].

En 1962, l'archevêque de Cracovie, Mgr Karol Wojtyla, le futur pape Jean-Paul II, écrit une lettre en latin au Padre Pio pour lui demander de prier pour une mère de 4 enfants atteinte d'un cancer, Wanda Poltawska. Le Padre Pio dit qu'il ne pouvait pas refuser. Quatre jours plus tard, Wanda Poltawska est guérie[35].

Ce n'est qu'à la demande expresse du pape Paul VI, qu'il est à nouveau pleinement autorisé à effectuer son office sans restriction, à partir du 30 janvier 1964.

Le 7 juillet 1968, le Padre Pio est victime d'une attaque. Le 22 septembre 1968, il célèbre la messe solennelle du cinquantenaire de ses stigmates qu'il exprime ainsi :

« Cinquante ans de vie religieuse, cinquante ans cloué à la croix, cinquante ans de feu dévorant pour toi, Seigneur, pour les êtres que tu as rachetés. »[3] .

Le soir même il reçoit l'extrême onction et s'éteint quelques heures plus tard, à 2h30 le matin du 23 septembre 1968.

Enterrement[modifier | modifier le code]

Selon Yves Chiron, « Lors des funérailles, alors que le corps de Padre Pio reposait dans la crypte, la foule de fervents réunis au-dehors chanta des cantiques particulièrement aimés du religieux. Soudain, on entendit des exclamations de joie : le Padre Pio apparaissait, souriant, le visage tourné vers la gauche, sur la vitre de ce qui avait été sa cellule ! On voyait nettement sa bure, jusqu’au ventre, et la cordelière, tels que je les avais vus. Aux cris de « Miraculo ! » de la foule, le père gardien du couvent dépêcha un moine sur les lieux. Et ce dernier revint avec l’information incroyable : le Padre apparaissait sur la vitre. Alors, pour donner une bonne leçon de réalisme à tous ceux qu’il pouvait considérer comme des exaltés, des fanatiques, il donna l’ordre d’ouvrir la fenêtre de la cellule du Padre et de tendre un drap blanc. Eh bien ! après un « Ah » de déception de la foule, retentirent soudain des « Oh ! Oh ! » joyeux et amusés : la « photo vivante » du Padre apparaissait à la fois sur toutes les vitres de cette façade du couvent de Sainte-Marie-des-Grâces. »[36] On dit que lors de son enterrement une douce odeur était présente ; l'odeur de Sainteté.

Postérité[modifier | modifier le code]

L'apothéose du culte de Padre Pio a lieu sous la démocratie chrétienne italienne dont son dirigeant Giulio Andreotti déclare « ce qui s'est passé autour de Padre Pio, c'est l’événement le plus important de 1900 à nos jours »[12].

Vingt millions de personnes ont assisté à ses messes, et cinq millions s'y sont confessées[37]. On lui prête des guérisons miraculeuses de paralysies, tuberculoses, fractures, broncho-pneumonies, méningites, cécités et cancers, dont il attribue toujours humblement l'action à Jésus ou Marie[30]. Par ailleurs, de nombreuses personnes déclarent s'être converties à la suite d'une rencontre avec lui[11].

Procès en béatification[modifier | modifier le code]

Le corps conservé du Padre Pio dans la châsse de Goudji

Le Padre Pio a fait l'objet de deux investigations officielles conduites par les autorités du Saint-Siège dès le 20 mars 1983, qui conclurent à l'authenticité de certains miracles en 1990, après avoir rassemblé 73 témoignages en 104 volumes[21].

Suite à l'avis favorable donné le 13 juin 1997 par la Congrégation pour la cause des saints, le Padre Pio est déclaré bienheureux le 2 mai 1999 au Vatican, en présence de plus de 200 000 personnes par le pape Jean-Paul II[38].

Le 16 juin 2002, Jean-Paul II le canonise sous le nom de sanctus Pius de Pietrelcina (saint Pio da Pietrelcina) tout en ouvrant une procédure de reconnaissance officielle des stigmates par l'Église, des escarres détachés de ses stigmates lorsqu'il était toujours en vie étant utilisées comme reliques à cet effet. Sa tombe est ainsi devenue un haut lieu de pèlerinage.

Le 3 mars 2008, pour le 40e anniversaire de sa mort, le Vatican a fait procéder à l'exhumation du corps du Padre Pio. Celui-ci a été déclaré en bon état de conservation générale, ses mains étant notamment incorrompues. Des scientifiques travaillent à sa reconstruction post-mortem[39]. Ce n'est pas son corps qui est exposé sous verre à la vénération publique jusqu'en septembre 2009, le visage recouvert d'un masque de silicone peint à la main[40]. Le 19 avril 2010, la Congrégation pour les causes des saints autorise la translation de son corps dans l’église inférieure Saint-Pio (en).

Le 21 juin 2010, ayant ouvert l'année du sacerdoce deux jours auparavant auprès des reliques du curé d'Ars, le pape Benoît XVI se rend en pèlerinage à San Giovanni Rotondo pour rendre également hommage au Padre Pio. Il dresse alors un parallèle entre ces deux figures de sainteté, dont la vie fut centrée sur la prière, l'eucharistie et la confession et qu'il donne comme modèles aux prêtres catholiques. Il insiste fortement pour que le sacrement de Pénitence soit remis en honneur[41].

Depuis le 1er juin 2013 est renouvelée de manière permanente l’ostension du corps du saint dans une nouvelle chasse en verre dans la crypte qui accueillait son cercueil[42].

La question des stigmates[modifier | modifier le code]

Les « stigmates » de Padre Pio ont été examinés par des médecins à plusieurs reprises, en particulier à l'instigation de sa hiérarchie.

Les stigmates visibles.

Dès 1919, le Saint-Office mande le Dr L. Romanelli, de l'hôpital de Barletta, qui l'examine 5 fois entre 1919 et 1920 :

« La blessure du thorax montre clairement qu'elle n'est pas superficielle. Les mains et les pieds sont transpercés de part en part. »[11]

« Je ne peux trouver une formulation clinique qui m'autorise à classer ces plaies. »[43]

Certains témoins disent avoir pu voir au travers des trous de ses mains, plaies qui n'auraient donc pas été superficielles[11].

En 1919, un médecin athée, le Pr Bignami, fait poser des scellés sur les bandages, pour écarter l'hypothèse de l'utilisation volontaire d'acide sur les plaies[11]. En 1920 et 1925, le Dr Festa réexamine le Padre et conclut à :

« ... des phénomènes, reliés harmonieusement entre eux, qui se soustraient au contrôle des recherches objectives et de la science. »[11]

Le corps de Padre Pio ne comportait aucune trace de stigmates ou de cicatrices lors de l'examen post-mortem[11].

En 2007, l'historien Sergio Luzzatto a défendu la thèse de la supercherie des stigmates de Padre Pio et de ses miracles. La nouveauté de son argumentation est de prendre appui sur un document jusqu'ici peu connu et présent aux archives du Vatican. Il s'agit d'une lettre en 1919 dans laquelle Padre Pio demande à l’une de ses premières fidèles de passer commande auprès d'une pharmacie, de 4 grammes d'acide carbolique et de vératrine, prétextant qu'il en avait besoin pour désinfecter les seringues utilisées par lui et un autre frère pour vacciner, en l'absence de médecins, les membres du couvent contre la grippe espagnole. Sur cette base et celle des autres dénonciations mentionnées, l'auteur conclut à un truquage des plaies par Padre Pio[44],[45].

Cette thèse, qui n'est pas nouvelle[46], a aussitôt été dénoncée par l'organe de l'Ordre des Capucins en invoquant le peu de crédibilité scientifique des allégations et la manipulation médiatique[47].

Notes et références[modifier | modifier le code]

Notes

  1. Entre 1882 et 1887, ses parents donnent naissance à Francesco (1884) et Amalia (1885) morts en bas âge.
  2. Le Livre de Joachim Bouflet cite la quasi intégralité des rapports médicaux des auscultations des trois médecins, décrivant les plaies et les différentes analyses des pages 85 à 100 Joachim Bouflet, Padre Pio Des foudres du Saint-Office à la splendeur de la Vérité, France, Petite Renaissance, coll. « Biographie »,‎ juin 2008, 450 p. (ISBN 978-2-7509-0426-5)

Principales sources utilisées

  • Joachim Bouflet, Padre Pio Des foudres du Saint-Office à la splendeur de la Vérité, France, Petite Renaissance, coll. « Biographie »,‎ juin 2008, 450 p. (ISBN 978-2-7509-0426-5)
  1. a et b p.75
  2. p.71
  3. a et b p.79
  4. p.80
  5. p.78
  6. p.82
  7. p.85
  8. p.90
  9. p.93

Autres références

  1. Giuseppe Tomaselli, Histoire Du Padre Pio, Éditions Pierre Téqui,‎ 2002, p. 17
  2. (it) Elena Bergadano, Padre Pio : il profumo dell'amore, Paoline,‎ 1999, p. 19
  3. a, b, c et d (it) Aa.vv, Il grande libro di Padre Pio, Edizioni San Paolo, cité in Les stigmates de la foi
  4. http://www.padrepio.catholicwebservices.com/FRANCAISE/Biographie.htm
  5. Luigi Peroni, Padre Pio : le saint François du XXe siècle, Éditions Saint-Augustin,‎ 1999, p. 21
  6. Renzo Allegri, L'évangile de Padre Pio, Mediaspaul Editions,‎ 2000, p. 243
  7. Padre Pio, Lettre du 8 septembre 1911 au père Benedetto, cité in Padre Pio da Pietrelcina,les stigmates de la foi, Médiaspaul, 2000. (anthologie posthume)
  8. Padre Pio, Recueil de lettres : correspondance avec ses directeurs spirituels [le père Benedetto de San Marco in Lamis et le père Agostino de San Marco in Lamis], 1910-1922, Éditions Pierre Téqui,‎ 2001, p. 920
  9. Gerald Messadié, Padre Pio et les phénomènes du mysticisme, Presses du Châtelet,‎ 2008, p. 43
  10. http://www.padrepio.catholicwebservices.com/FRANCAISE/Miracles_Fran.htm
  11. a, b, c, d, e, f, g, h, i, j et k J. Guitton / J-J. Antier, Les mystérieux pouvoirs de la foi, Paris, Perrin, 1993.
  12. a, b, c et d (it) Sergio Luzzatto, Padre Pio : miracoli e politica nell'Italia del Novecento, G. Einaudi,‎ 2007, 419 p.
  13. Gerald Messadié, op. cité, p. 147
  14. (it) Elena Bergadano, Padre Pio : il profumo dell'amore, Paoline,‎ 1999, p. 87
  15. Pierre Vercelletto, Réflexions sur les stigmates, Éditions L'Harmattan,‎ 2005, p. 52
  16. Renzo Allegri, op. cité, 249
  17. Christopher McKevitt, Contestation et fabrication d'un culte. Le cas de Padre Pio de Pietrelcina, Terrain n°24, 1995.
  18. a et b E. Boniface, Padre Pio de Pietrelcina, Paris, La Table Ronde, 1966.
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  21. a et b Padre Pio, Paroles de lumières, Salvator, 2000.
  22. http://www.padrepio.catholicwebservices.com/FRANCAISE/Le_Diable.htm
  23. http://saint.padre.pio.free.fr/monde-surnaturel.htm
  24. http://www.1000questions.net/fr/padrepio/
  25. a et b A Padre's Patience, Article de Time, 24 avril 1964
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  28. J. Bouflet, Encyclopédie des phénomènes extraordinaires dans la vie mystique, Paris, le Jardin des Livres, 2004
  29. Padre Pio, Epistolario I, San giovanni Rotondo, 2000.
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  41. Sandro Magister, Le quatrième sacrement en cours de restauration. Le Curé d'Ars et Padre Pio y pourvoient, sur Chiesa, l'Espresso.
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  43. M. Wnowska, il vero volto di Padre Pio, Edizioini San Paolo, cité in Padre Pio da Pietrelcina,les stigmates de la foi, Médiaspaul, 2000. (anthologie posthume)
  44. « Padre Pio fait sa réapparition », in Le Monde, 24 avril 2008, page 21
  45. (it) «Padre Pio, un immenso inganno» . Corriere della Sera
  46. (it)P. Gaetano Da Flumeri, Le stigmate da padre Pio de pietrelcina Testimonianze, Relazioni, San Giovanni Rotondo, Ed. Padre Pio da Pietrelcina, 1985.
  47. (it) Voce di padre Pio

Annexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Les stigmates de la foi, Paris, Médiaspaul, 2000, 136 p. (ISBN 2-89420-402-7)
  • Laurent Bidot, Padre Pio, la volonté de Dieu (scénario et dessin), Paris, Éditions du Triomphe, coll. « Le vent de l'histoire », 2000, 44 p. (ISBN 2843-7807-56)
  • Paroles de lumières, Paris, Éditions Salvator, 2002.
  • Yves Chiron, Padre Pio. Le stigmatisé, Paris, Perrin, Collection Tempus, 2004.
  • Padre Pio le témoin. Textes choisis, traduits et présentés par Joachim Bouflet, Paris, Éditions Points, Voix spirituelles Sagesses, 2009.
  • Jean Derobert, Padre Pio, transparent de Dieu. Portrait spirituel de Padre Pio au travers de ses lettres, Marquain, Éditions Jules Hovine, 1987. 2ème édition, 2010.
  • Emanuele Brunatto dit Le Publicain, Padre Pio mon père spirituel, Paris, Éditions L'Orme Rond, 2011
  • Antonio Socci, Le secret de Padre Pio, Paris, Pierre Téqui éditeur, 2013 (ISBN 978-2-7403-1783-9)
  • Sergio Luzzatto, Padre Pio. Miracles et politique à l'âge laïc, Gallimard, 2013.

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]