Custodie franciscaine de Terre sainte

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Croix de Jérusalem, blason du Royaume de Jérusalem dont s'inspire la Croix de la custodie.

Une custodie dans la famille franciscaine est une sous-province dépendant d'une province, ou territoire d'activité des Franciscains, où sont regroupés couvents et institutions de l'Ordre. Elle est dirigée par un custode. La plus importante d'un point de vue historique et symbolique est la custodie franciscaine de Terre sainte ou custodie de Terre sainte (en latin : Custodia Terræ Sanctæ).

Cette custodie est une institution catholique responsable des intérêts de l'Église catholique en Terre sainte, notamment de la garde des Lieux saints de Jérusalem, depuis le XIIIe siècle.

Depuis le , le custode de Terre sainte est Pierbattista Pizzaballa de nationalité italienne. Il est également vicaire pour la Communauté catholique hébraïque d'Israël (il fut assistant de l'évêque auxiliaire Jean-Baptiste Gourion).

Histoire[modifier | modifier le code]

Aux origines de l'Ordre franciscain[modifier | modifier le code]

La custodie a été fondée en 1342. Cependant l'ordre franciscain était présent en Terre sainte depuis son origine vers 1220. Quelques frères obtiennent une petite maison en 1229 donnant sur la Ve station de la Via Dolorosa.

La présence des Franciscains en Terre sainte remonte aux origines même de leur Ordre franciscain, lequel, fondé par saint François d'Assise en 1209, s’ouvrit dès ses débuts à l’évangélisation missionnaire.

Avec le chapitre général, de 1217, qui partagea l’Ordre en provinces[3], naquit également la Province de Terre sainte ; elle s’étendait à toutes les régions qui gravitent autour du bassin sud oriental de la Méditerranée, de l’Égypte jusqu’à la Grèce et au-delà.

La Province de Terre sainte comprenait naturellement le pays natal du Christ, avec tous les lieux où se réalisa le Mystère de notre Rédemption. Pour cette raison, la Province de Terre sainte fut considérée comme la perle de toutes les Provinces et aussi, quant aux autres fondations missionnaires de l’Ordre franciscain à travers le monde, comme la perle de toutes les Missions. Elle fut visitée par saint François lui-même qui, entre ses passages en Égypte, en Syrie et en Palestine, y séjourna durant plusieurs mois entre 1219 et 1220. C’est à cette période qu’eut lieu la célèbre rencontre du Poverello avec le Sultan Melek el-Kamel.

Dans un contexte de guerre, en pleines croisades, François d’Assise a rompu les barrières pour aller parler et dialoguer avec le sultan tenu pour l’ennemi par excellence, l’infidèle. Ce geste est un exemple prophétique de dialogue et un témoignage de respect envers des cultures différentes, exemple qui aujourd’hui encore a tant à dire à l’homme de notre temps.

Ce même esprit a animé et anime encore l’aventure spirituelle et humaine des franciscains au Proche-Orient, dans le service des populations locales qu’elles soient chrétiennes ou non.

Le retour définitif des Frères mineurs en Terre sainte[modifier | modifier le code]

En 1291, la ville de Saint-Jean-d’Acre, dernière place forte des croisés, tombe aux mains des musulmans. Cependant les franciscains, qui s’étaient réfugiés à Chypre, où se trouvait le siège de la province d’Orient, s’efforcent d’assurer une présence à Jérusalem et dans les autres secteurs de sanctuaires en Palestine. Le pape Jean XXII permet alors au ministre provincial de Terre sainte d’envoyer chaque année deux de ses frères dans les Lieux saints. Leur présence au Saint-Sépulcre est certifiée durant la période allant de 1322 à 1327.

On doit le retour définitif des Frères mineurs en Terre sainte, avec la possession légale de certains lieux saint et le droit d’usage dans d’autres, au roi de Naples, Robert d’Anjou, et à Sanche de Majorque. En 1333, ils font l’acquisition du Cénacle auprès du sultan d’Égypte, grâce à la médiation du franciscain Roger Guérin, et obtiennent le droit d’officier au Saint-Sépulcre. Il est établi, en outre, que les frères mineurs jouiraient de ces droits au nom de la chrétienté. En 1342, le pape Clément VI, par les bulles « Gratias agimus » et « Nuper carissimae », approuve l’entreprise des rois de Naples et fixe les dispositions pour la nouvelle entité. Les religieux destinés à la Terre sainte peuvent désormais provenir de toutes les provinces de l’Ordre et une fois au service de la Terre sainte, se trouvent sous la juridiction du père custode , « Gardien du mont Sion à Jérusalem ».

Jusqu'en 1555, elle est située au Monastère du Mont Sion[4]. En 1336, ils peuvent se rétablir définitivement en Terre sainte. Dès lors, le siège central de la Custodie est établi près du Cénacle, sur le Mont Sion. Les franciscains en sont expulsés par les Turcs en 1551. En 1560, ils acquièrent l'actuel couvent du Saint-Sauveur de Jérusalem où ils transfèrent leur custodie.

Cependant, le professeur Sylvia Schein souligne l'influence de l'antisémitisme franciscain à partir de 1333. Selon cette historienne, les frères mineurs développèrent auprès des pèlerins le mythe du peuple juif « assassin du Christ »[5], ce qui contribua à propager l'antisémitisme à travers l'Europe[6]. Cette propagande, « systématique » selon l'analyse de Sylvia Schein, cherchait en particulier à empêcher le retour des Juifs en Terre d'Israël, même si, sur place, les relations entre Juifs, Franciscains et pèlerins restaient assez pacifiques[7].

La présence constante des franciscains en Terre sainte a été déterminante pour le développement de l’Église locale, jusqu’à rendre possible la restauration du Patriarcat latin à Jérusalem en 1847.[réf. nécessaire] Depuis lors, la Custodie et le Patriarcat latin œuvrent dans un esprit de collaboration à l’accomplissement de leurs mandats respectifs.

Les Frères Mineurs sont les gardiens officiels des Lieux Saints[modifier | modifier le code]

À l’occasion des 650 ans des Bulles de Clément VI, le pape Jean-Paul II a envoyé une lettre autographe au Ministre général de l’ordre des frères mineurs, en date du . Le Saint Père y rappelait l’attribution des Lieux Saints à l’Ordre, en même temps, il encourageait les franciscains à persévérer dans l’accomplissement du mandat qui leur fut conféré en son temps par le Siège Apostolique.

Les frères mineurs sont donc les gardiens officiels des Lieux Saints. C’est déjà ce qu’avait rappelé le pape Paul VI – le premier pape depuis saint Pierre à être venu en pèlerinage en Terre sainte – et qui a été confirmé par Jean-Paul II durant son pèlerinage aux Lieux Saints à l’occasion du grand jubilé de l’an 2000.

Actuellement la custodie de Terre sainte œuvre dans les pays suivants : Israël, Palestine, Jordanie, Syrie, Liban, Égypte, pays visités par le Christ, et les îles de Chypre et Rhodes. Dans ces pays, se trouvent quelque trois cents religieux, aidés d’une centaine de religieuses de diverses congrégations. Les franciscains offrent leurs services dans les principaux sanctuaires de la Rédemption, parmi lesquels:

La Custodie de Terre sainte aujourd'hui[modifier | modifier le code]

La vocation franciscaine en Terre sainte s’articule sur trois axes principaux :

  • La prière sur les Lieux saints
  • Le service des Chrétiens du pays
  • Et l’accueil des pèlerins

Organisation[modifier | modifier le code]

La Custodie de Terre sainte est présente au Moyen Orient depuis huit siècles. Elle n’a pas pu durer sur un territoire si vaste, sous de multiples régimes politiques, et pour mettre en œuvre tant de missions diverses sans une certaine organisation. Riche aujourd’hui de quelque trois cents frères d’une trentaine de nationalités, elle a toujours à sa tête un custode, supérieur de la Province, secondé d’un vicaire custodial et assisté d’un discrétoire. C’est cette collégialité dans le gouvernement qui est un des moteurs de la vie de la Custodie.

  1. La Curie custodiale

La curie, avec à sa tête le custode, regroupe tous les services transversaux à la Custodie de Terre sainte pour lui permettre – partout où elle est présente - de vivre sa vocation d’accueil des pèlerins, de service des pauvres, d’animation pastorale, de garde et animation des Lieux Saints. C’est elle aussi qui représente l’ensemble des frères dans la vie ecclésiale locale tant avec les Ordinaires catholiques de Terre sainte que dans les relations œcuméniques et dans le dialogue avec les autres religions. Elle centralise également les services financiers et de communication (six revues et un site internet), comme tous les services administratifs concernant les frères, de la formation, aux nominations en passant par le suivi de l’obtention des visas. Elle assure le lien avec la Curie Générale Franciscaine mais aussi et surtout entre les cinquante-trois représentations de Terre sainte réparties au Moyen-Orient, avec les six couvents dans le monde placés sous sa juridiction directe, avec les soixante-neuf commissariats de Terre sainte répandus dans le monde.

Si les cérémonies religieuses et officielles donnent à la Curie un côté très solennel, au quotidien, elle travaille à l’écoute des réalités de la Terre sainte et à l’accueil des pèlerins. Entre juillet 2005 et juin 2006, le père Custode Pierbattista Pizzaballa et le vicaire custodial Artemio Vítores ont accueilli à eux deux plus de 14 000 pèlerins à Saint-Sauveur.

  • Le custode
  • Le vicaire custodial
  • Le discrétoire
  1. Les fraternités
  2. Communication

Derniers custodes[modifier | modifier le code]

Principaux sanctuaires[modifier | modifier le code]

Outre les basiliques du Saint-Sépulcre, de la Nativité et de l'Annonciation, la custodie s'occupe aussi de différents sanctuaires, dont les plus connus sont:

Ainsi que d'établissements, comme le collège Terra Sancta de Jérusalem.

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Deux trous aux mains, deux aux pieds et le coup de lance du soldat romain sur le côté.
  2. (it) Stemma de la custodia di Terra Santa.
  3. En 1623, en vue de faciliter l’activité des franciscains, la Province de Terre sainte fut réorganisée en plusieurs entités, plus petites, appelées custodies. On eut alors les custodies de Chypre, de Syrie et celle de la Terre sainte proprement dite. Cette dernière comprenait les couvents de Saint Jean d’Acre, d’Antioche, de Sidon, de Tyr, de Jérusalem et de Jaffa.
  4. Custodie de Terre sainte
  5. Ce mythe est formellement démenti par le catéchisme du concile de Trente.
  6. Cathedra for the History of Eretz Israel and Its Yishuv Jérusalem, n° 19, 1981, Recension en ligne.
  7. Revue des études juives, vol. 141, n° 3-4, 1982, Recension en ligne.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]