Saul Bass

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Saul Bass est un graphiste américain, né le 8 mai 1920 à New York et mort le 25 avril 1996 à Los Angeles. Célèbre pour son travail dans le domaine cinématographique, il a collaboré avec les plus grands réalisateurs, à la fois pour la création de génériques et pour la conception d'affiches.

Saul Bass

Naissance 8 mai 1920
New York, États-Unis
Nationalité Drapeau des États-Unis Américain
Décès 25 avril 1996 (à 75 ans)
Los Angeles, États-Unis
Profession graphiste

Biographie[modifier | modifier le code]

Affiche du film Arianne (1957), réalisée par Saul Bass

Saul Bass naît dans le Bronx, à New York, en 1920. Il montre très tôt des prédispositions pour le dessin et à 15 ans prend des cours de peinture au « Art Students League » de Manhattan avant d'atteindre l'âge requis pour poursuivre ses études au « Brooklyn College ». C'est à cette époque que sous l'impulsion de son professeur György Kepes (en), il découvre le Bauhaus et le constructivisme russe et s'initie à l'esthétique moderniste. Après plusieurs stages dans des studios de design de Manhattan, Bass commence comme graphiste publicitaire freelance. Il déménage pour Los Angeles en 1946, à la recherche de plus de liberté dans son travail et ouvre son propre studio, « Saul Bass and associates », en 1950.

Il participe par la suite à la réalisation d'affiches de films et rencontre Otto Preminger en 1954 pour la conception de l'affiche de Carmen Jones. L'approche adoptée par Bass, consistant à centrer la publicité du film sur un symbole graphique (en l'occurrence une rose stylisée), est en rupture totale avec les méthodes en vigueur jusque là et reposant essentiellement sur l'utilisation d'éléments visuels issus du film (les bandes-annonces et les affiches d'alors ne sont qu'un montage d'images du film ou de portraits des acteurs). Séduit, Preminger lui demande de réaliser le générique. C'est l'année suivante, alors qu'il travaille sur la campagne de promotion de L'Homme au bras d'or (The Man with the Golden Arm) toujours avec Preminger, qu'il réalise le générique qui le fera reconnaître comme le maître du genre. La force d'évocation du visuel conçu par Saul Bass (un bras stylisé représentant les talents de musicien et de joueur de poker du personnage principal, ainsi que son addiction à l'héroïne) est telle que lors de la première du film à New York, seul le logo est affiché, le titre est superflu. Une note d'accompagnement est collée sur les bobines du film ; elle précise : « Projectionnistes : ouvrir les rideaux avant le générique ». Jusqu'alors, la liste des participants à la réalisation du film était jugée si ennuyeuse que les rideaux ne s'ouvraient pour découvrir l'écran qu'une fois le générique fini. Pour Preminger, le travail de Saul Bass fait partie intégrante de L'Homme au bras d’or et doit être vu par les spectateurs. La collaboration entre les deux hommes se poursuivra sur dix autres films.

La qualité de ce deuxième générique l'amène à en réaliser de nombreux autres ainsi que des prologues et épilogues dont ceux d’Autopsie d'un meurtre ou West Side Story. Il entame alors deux autres collaborations notables, l'une avec Alfred Hitchcock, l'autre avec Stanley Kubrick. C'est avec ces réalisateurs qu'au-delà de son travail sur les génériques, Saul Bass participe également à la conception de certaines séquences, notamment la scène de la douche dans le film Psychose (Psycho) ou les combats de Spartacus.

Dès 1964, il réalise des courts-métrages (les premiers d'entre eux sont The Searching Eye et From Here to There), dont plusieurs seront récompensés dans des festivals (Why Man Creates remporte un Oscar en 1969). L'échec de son seul long métrage, Phase IV, l'amène à se concentrer sur la conception graphique. Il produira dans ce cadre de nombreux logos parmi lesquels ceux de United Airlines, AT&T ou Minolta.

Respecté voire adulé pour son travail dans les années 1950 et 60, il est sollicité par des réalisateurs de la génération suivante tels que Danny DeVito (La Guerre des Roses) ou Penny Marshall (Big). En 1990, une nouvelle relation de travail fructueuse s'entame avec Martin Scorsese pour le film Les Affranchis (Goodfellas) puis sur trois autres films.

Son décès en avril 1996, à l'âge de 75 ans, survient au terme d'une carrière de 40 ans et de contributions à plus de 50 films.

Style et influence[modifier | modifier le code]

Saul Bass révolutionne le générique de cinéma. D'une fonction purement informative et légale, il donne à celui-ci une dimension narrative et artistique, réalisant de véritable courts-métrages qui font partie intégrante du film en tant qu'œuvre. Bass souligne la thématique visuelle et dramatique du film, expose le caractère des personnages[1] :

« Mon idée de départ était qu'un générique pouvait mettre dans l'ambiance et souligner la trame narrative du film pour évoquer l'histoire de manière métaphorique. Je voyais le générique comme une façon de conditionner le public de façon à ce que, lorsque le film commence, il ait déjà un écho émotionnel chez les spectateurs. J'étais convaincu que le film commence vraiment dès la première image[2]. »

La qualité originale de Bass réside dans sa capacité à identifier le détail qui résume à lui seul le film et à le restituer de manière graphique et moderne. Pour Scorsese, ces créations sont « une image emblématique, reconnaissable instantanément et immédiatement liée au film[3] ». Il ne cherche pas à illustrer cette phase informative qu'est le générique mais à mettre en scène de manière graphique les principaux éléments qui seront utilisés dans le film sous forme d'un récit[4].

C'est cette approche très graphique (avec une prédominance des lignes, des formes découpées et d'une typographie brisée) qui marque la rupture avec les habitudes en vogue. L'affiche de L'Homme au bras d'or délaisse toute représentation de la star Frank Sinatra qui incarne le rôle principal, un parti pris très osé qui marque le début d'une nouvelle ère aussi bien dans le domaine des affiches que dans celui des génériques. Progressivement, les séquences créées par Saul Bass se diversifient et délaissent les éléments graphiques pour intégrer d'autres moyens tels que des photographies (Spartacus), des animations (Le Tour du monde en quatre-vingts jours, 1956) ou des séquences filmées (La Rue chaude).

Par la suite, les génériques explorent une autre voie et s'intègrent à la narration en se situant dans la continuité du récit. Le générique intervenant au tout début du film, Saul Bass imagine ce qui a pu exister avant les premières images filmées par le réalisateur (ce qu'il nomme « the time before »). Il montre les instants ou les mois précédant le début de l'action afin de renforcer le contexte comme dans Grand Prix de Frankenheimer[1] :

« Dans ce cas, j'ai traité les instants juste avant un grand prix de Monaco. Je m'intéressais à ce qui se passe durant les préparatifs de la course. La tension. L'anxiété. Les petits ajustements techniques et gestes nerveux que vivent les pilotes[5]. »

Martin Scorsese a dit de lui[1] :

« Ses génériques ne sont pas de simples étiquettes sans imagination - comme c'est le cas dans de nombreux films - bien plus, ils font partie intégrante du film en tant que tel. Quand son travail apparaît à l'écran, le film lui-même commence vraiment[6]. »

Il collabore étroitement dans la réalisation de ces génériques avec sa seconde femme Elaine Bass (née Makatura).

Filmographie[modifier | modifier le code]

Réalisateur[modifier | modifier le code]

Génériques[modifier | modifier le code]

Distinctions[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a, b et c Entretien avec Pamela Haskin pour Film Quarterly, automne 1996
  2.  : « My initial thoughts about what a title could do was to set mood and to prime the underlying core of the film, s story, to express the story in some metaphorical way. I saw the title as a way of conditioning the audience, so that when the film actually began, viewers would already have an emotional resonance with it. I had a strong feeling that films really began on the first frame »
  3. Citation originale : « an emblematic image, instantly recognisable and immediately tied to the film »
  4. Stéphane Bouquet et Jean-Marc Lalanne, Gus Van Sant, Cahiers du cinéma,‎ 2009, 203 p. (ISBN 978-2-86642-538-8), p. 105
  5. Citation originale : « In this case, I dealt with the very moments before a Monte Carlo race. I was interested in what takes place in the preparations for the race. The tension. The anxiety. The little nervous technical adjustments and gestures that the drivers go through »
  6. Citation originale : « His titles are not simply unimaginative identification tags' - as in many films-rather, they are integral to the film as a whole. When his work comes up on the screen, the movie itself truly begins »

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Jennifer Bass, Pat Kirkham, Saul Bass : a Life in Film & Design, London, Laurence King Pub., 2011 (ISBN 9781856697521 et 1856697525)

Article connexe[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

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