Phil Spector

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Aller à : navigation, rechercher

Phil Spector

Description de cette image, également commentée ci-après

Photo d'identité judiciaire de Phil Spector (2009)

Informations générales
Naissance
New York, États-Unis
Activité principale Producteur
Genre musical Pop, rock
Années actives 1958 - 2003

Phil Spector, né Harvey Phillip Spector[1] le [2] dans le Bronx à New York est un producteur et un auteur-compositeur américain, actuellement en prison car reconnu coupable du meurtre de l’actrice Lana Clarkson en 2003. Il y purge depuis 2009 une peine de 19 ans incompressibles[3].

Créateur original de la technique de production appelée Wall of Sound (Mur de son), Spector a été un pionnier des groupes vocaux féminins dans les années 1960 et a produit plus de 25 succès du Top 40 américain dans la période 1960-1965. Il est le coauteur et le producteur de la chanson You've Lost That Lovin' Feelin' des Righteous Brothers, considérée par l’organisation Broadcast Music, Inc (BMI) comme la plus diffusée aux États-Unis au XXe siècle[4]. Il a ensuite travaillé avec de nombreux artistes, dont Ike et Tina Turner, John Lennon et George Harrison, produisant l’album Let It Be des Beatles, le Concert pour le Bangladesh de George Harrison ou encore Imagine de John Lennon. Il a aussi été le producteur des Ramones. En 1989, Phil Spector a été introduit au Rock and Roll Hall Of Fame en tant qu'un des « plus grands producteurs de l'histoire du rock »[1].

Jeunesse[modifier | modifier le code]

Phil Spector nait le 25 décembre 1939 dans une famille juive de la classe moyenne, à New York, dans le quartier du Bronx. Son grand-père a émigré de Russie avec le patronyme « Spekter », puis a anglicisé son nom en « Spector » une fois installé aux États-Unis. Le père de Phil Spector, Ben, se suicide le 20 avril 1949 puis, en 1953, la famille déménage à Los Angeles, en Californie[5].

Chanteur et musicien[modifier | modifier le code]

Il commence sa carrière en 1958 en tant que chanteur du groupe The Teddy Bears. Il écrit et produit notamment la chanson To Know Him Is to Love Him (titre inspiré de l'épitaphe gravée sur la tombe de son père : « To Know Him Was to Love Him[6])», qui devient n°1 des charts aux États-Unis, alors qu'il n'est âgé que de 19 ans.

Producteur[modifier | modifier le code]

Il passe ensuite rapidement derrière les consoles et commence à produire. Il connaît à partir du début des années 1960 une série de succès avec Les Ronettes (dont il épousera la chanteuse Ronnie Bennett), The Crystals, Darlene Love, The Righteous Brothers (sur des compositions de Jerry Leiber & Mike Stoller, etc). Chaque chanson produite à l'époque par Phil Spector devenait inévitablement un titre à succès (il devint de ce fait rapidement richissime, alors qu'il était à peine âgé de 25 ans).

Il utilise à cette époque les talents de compositeurs des binômes Jeff Barry et Ellie Greenwich, Barry Mann et Cynthia Weil qui écrivent pour ses groupes des chansons qui restent des classiques de la musique pop, maintes fois reprises.

Il compose le titre : "Little by Little" avec Nanker Phelge, ce titre apparaît dans le premier album des Rolling Stone en 1963.

Le mur de son[modifier | modifier le code]

Sa technique d’enregistrement en mono d’un grand orchestre incluant violons, cuivres, guitares, batteries et percussions donne un son immédiatement reconnaissable, que l’on retrouve sur les versions originales des chansons Be My Baby, Then He Kissed Me, Da-Doo-Ron-Ron, He’s a Rebel, Baby I Love You ou Unchained Melody. Ses techniques de production eurent immédiatement une grande influence, notamment sur les Beatles et les Beach Boys.

Après l’échec de l’album River Deep, Mountain High de Ike & Tina Turner en 1966, il se retire partiellement de la profession, ne faisant plus que des apparitions occasionnelles. En 1969, il fait une brève apparition dans Easy Rider, le film de Dennis Hopper.

Les Beatles[modifier | modifier le code]

En mars 1970, à la demande d'Allen Klein, puis de John Lennon et George Harrison, Phil Spector produit Let it Be, qui sera le dernier album des Beatles, à partir d'enregistrements à l'origine réalisés live en studio en janvier 1969, à la place de George Martin et au grand dam de Paul McCartney. En effet, ce dernier n'a jamais apprécié la surcharge orchestrale de Spector qu'il considérait comme de l’esbroufe. Il est désormais possible d'apprécier le célèbre album dans sa version épurée Let It Be... Naked parue en 2003.

Spector participe ensuite aux albums solo de John Lennon, dont Plastic Ono Band en 1970, Imagine en 1971 et Rock’n’Roll en 1975, ainsi que de ceux de George Harrison (guitariste des Beatles) All Things Must Pass en 1970 (dont le fameux titre My Sweet Lord), et le Concert for Bangladesh en 1971.

En 1973, il divorce de son épouse Ronnie.

Dernières productions[modifier | modifier le code]

Plus tard, il produit également l'album End of the Century pour le groupe punk rock les Ramones en 1980, son comportement lunatique créa une tension que la moitié du groupe eut du mal à accepter. Dans son autobiographie, le bassiste Dee Dee Ramone affirme même que Spector l'aurait obligé à l'écouter jouer "Baby I love you" au piano pendant toute une nuit, après l'avoir menacé d'un revolver. Affirmant avoir quitté le studio avant la fin de l'enregistrement de l'album, Dee Dee Ramone écrit même "Je me demande encore qui joue de la basse sur cet album !".

Il ne fera plus par la suite que des apparitions publiques irrégulières, jouant de sa légende. Il sera cependant approché par Céline Dion (qui a notamment interprété River deep, Mountain high) pour une collaboration avortée. Bien que quelques morceaux aient été enregistrés (et jamais dévoilés au grand public jusqu'à présent), Spector et l'équipe de la diva canadienne ne seraient pas parvenus à s'entendre (la légende prête à Spector cette phrase, qu'il aurait lâchée en quittant le studio : « on n'apprend pas à Mozart à faire de la musique »).

En 2003, il fait un retour en produisant deux chansons du groupe anglais Starsailor.

L'affaire Lana Clarkson[modifier | modifier le code]

Photo d'identité judiciaire de Phil Spector sans une de ses perruques excentriques qui masquait des cicatrices depuis un grave accident automobile le 31 mars 1974[7].

Dans la nuit du 2 au 3 février 2003, Phil Spector a une soirée bien arrosée[8] qui se termine au House of Blues à West Hollywood où travaille comme hôtesse l'ancienne actrice de série B, Lana Clarkson. À deux heures du matin, il l'emmène dans sa Mercedes terminer la soirée dans son manoir Dupuy's Pyrenees Castle à Alhambra (Californie) où elle est retrouvée morte d'une balle dans la tête trois heures plus tard. Spector aurait alors déclaré à son chauffeur Adriano De Souza « Je crois que je viens de tuer quelqu'un », alors qu'il a toujours maintenu par la suite que l'actrice se serait suicidée (« Elle a embrassé le revolver, et j'ignore pourquoi », dit-il deux mois plus tard au magazine Esquire)[7].

Cependant, le tempérament de Spector, connu pour dégainer une arme très facilement quand il se voit contrarié, n'a pas plaidé en sa faveur lors de son premier procès, qui s'est déroulé à Los Angeles en avril 2007 (le plus médiatique à Los Angeles depuis celui d'OJ Simpson en 1995). Faute d'unanimité au sein du jury (en) (10 jurés étaient pour la condamnation, et 2 pour l'acquittement), ce premier procès a été annulé, et Phil Spector est sorti libre du tribunal[9].

Un second procès s'est ouvert le 29 octobre 2008[10]. En mars 2009, il est inculpé pour homicide involontaire. Le 13 avril 2009, il est finalement reconnu coupable du meurtre de Lana Clarkson[11]. Immédiatement placé en détention provisoire, il est condamné, le 29 mai 2009, à 15 années de prison pour meurtre au second degré sans préméditation, plus à 4 années pour possession d'arme (neuf armes à feu découvertes dans son manoir en plus de celle ayant servi à la mort de Lana Clarkson), et n'aura pas droit à une libération anticipée. Il fait appel mais sa condamnation à 19 années de prison est confirmée, le 2 mai 2011, par une Cour d'Appel Californienne. Les avocats du producteur contestent la décision affirmant qu'ils demanderaient un nouvel examen de leur requête par la Cour d'appel, et si besoin, "un examen par la Cour suprême de Californie".

Le 17 août 2011, la plus haute autorité judiciaire de Californie rejette la demande des conseils de Spector[12].

Notes[modifier | modifier le code]

  • La compilation Back to Mono (1958-1969), qu'il a lui-même supervisée, contient la plupart des productions de l'époque-phare de sa carrière.
  • Le personnage de Swan du film Phantom of the Paradise (Brian De Palma, 1974) est inspiré de Phil Spector.
  • La chanson 'Oh Why' composée pour les Teddy Bears a connu le succès en France sous le titre '(Sag) Warum', par le chanteur Camillo Felgen.
  • En janvier 2009, Stéphane Legrand et Sébastien Le Pajolec ont publié le livre Lost Album [a Phil Spector production] (éditions inculte, collection Afterpop), portrait fantasmé de Phil Spector.
  • Phil Spector a joué dans easy riders, il y incarne un dealer de drogue.

Discographie (non exhaustive) des titres produits par Phil Spector[modifier | modifier le code]

Producteur[modifier | modifier le code]

Acteur[modifier | modifier le code]

  • 1967 : Jeannie the hipe hippie. Série tv.
  • 1969 : Easy Rider : « Connection »

Compositeur[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Mick Brown (trad. Nicolas Richard), Phil Spector, le mur de son [« Tearing Down the Wall of Sound: The Rise and Fall of Phil Spector »], Paris, Sonatine,‎ 2010, 756 p. (ISBN 978-2-35584-034-0)
  • Franck Buioni, Absolute Directors : Le temps de la décadence, Camion Noir, 2013

Références[modifier | modifier le code]

  1. a et b Rock'n'Roll Hall of Fame Phil Spector bio, consulté le 1er décembre 2011
  2. Official image of Phil Spector's Birth Certificate, Christies
  3. Alan Duke, CNN.com "Phil Spector gets 19 years to life for murder of actress", consulté le 1er décembre 2011
  4. BMI.com "BMI Announces Top 100 Songs of the Century"
  5. F4AmTkYgwC&pg=PA19&lpg=PA19&dq=russian+jew+phil+spector&source=web&ots=R88sbaU1S9&sig=qQAMlSFcPM6XXxd3VH4zl_n_yo8#v=onepage&q&f=false Google Books Richard Williams, "Phil Spector, out of his head", Outerbridge and Lazard, New York, 1972 (ISBN 0711998647)
  6. Mick Brown, « Phil Spector, le mur du son », Paris, Sonatine, 2010
  7. a et b (en) Dave Thompson, Wall of Pain : The Biography of Phil Spector, Sanctuary Publishing,‎ 2004, 262 p. (ISBN 1-86074-543-1)
  8. (en)Mick Brown, « 'I think I killed somebody' », sur The Telegraph,‎ 12 mars 2007
  9. (en)Randal C. Archibold, « Mistrial Declared in Spector Murder Case », sur The New York Times,‎ 27 septembre 2007
  10. Jean-Baptiste Viaud, « Phil Spector dans le box des accusés », L'Express,‎ 3 novembre 2008 (consulté le 10 novembre 2008)
  11. Radio-Canada, « Phil Spector coupable », sur www.radio-canada.ca, Radio-Canada,‎ 2009 (consulté le 13 avril 2009)
  12. (en)Alex Dobuzinskis, « California Supreme Court turns down Phil Spector appeal », sur Reuters,‎ 18 août 2011