Alexandre Moruzi

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Alexandre Mourousi
Alexandre Mourousi recevant une ambassade occidentale auprès de son trône à Bucarest. Le prince est descendu de son trône pour se mettre à portée de son interlocuteur. Comme tous les phanariotes, il était polyglotte et, entre autres, francophone. Au-dessus du trône, le monogramme du sultan ottoman, suzerain de la Valachie. Bien qu'ils soient chrétiens, le hospodar et sa suite sont tous vêtus à l'orientale.

Alexandre Mourousi, Moruzzi, Alexandru Moruzi en roumain ou Alexandros Mourousis en grec, né en 1750 et mort à Constantinople en 1816[1], est un prince phanariote qui, après avoir été au service du gouvernement ottoman, est devenu Hospodar de Moldavie de 1792 à 1793, de 1802 à 1806 et de 1806 à 1807, et également Hospodar de Valachie de 1793 à 1796 et de 1799 à 1801. La monarchie était élective dans les principautés roumaines de Moldavie et de Valachie, comme en Pologne voisine. Le souverain (voïvode, hospodar ou domnitor selon les époques et les sources) était élu par (et souvent parmi) les boyards, puis agréé par les Ottomans : pour être nommé, régner et se maintenir, il s'appuyait sur les partis de boyards et fréquemment sur les puissances voisines, habsbourgeoise, russe et surtout turque, car jusqu'en 1859 les deux principautés étaient vassales et tributaires de la « Sublime Porte »[2].

Origine[modifier | modifier le code]

Alexandre Mourousi est le fils du prince Constantin Mourousi et de son épouse Smaragda Ghica (morte en 1787).

Règnes[modifier | modifier le code]

Comme beaucoup de Phanariotes, Alexandre Mourousi commence sa carrière au service de l’Empire ottoman comme Grand Drogman de la Sublime Porte de 1790 à 1792. Il a comme successeur son frère cadet Georges Mourousi qui occupe la fonction de 1792 à 1794 puis à partir de 1795.

Pendant ce temps, Alexandre Mourousi est nommé Hospodar de Moldavie de mars 1792 au 10 janvier 1793, avant d’être transféré en Valachie de janvier 1793 au 28 août 1796. Il est alors démis et son frère Georges, alors Grand Drogman, est exécuté à Constantinople. Rentré en grâce, il est rétabli sur le trône du 10 février 1799 au 20 octobre 1801.

Alexandre Mourousi revient en Moldavie à partir du 9 novembre 1802. Comme d'autres phanariotes, il eut attitude très russophile, car l'Empire russe commençait alors à se poser en protecteur des chrétiens des Balkans. L’administration ottomane décide donc de le destituer le 12 août 1806 au profit de Scarlat Kallimachis. Le gouvernement de l’Empire russe considère sa destitution comme une remise en cause du Traité de Kutchuk-Kaïnardji et exige sa réintégration. La Sublime Porte obtempère de mauvaise grâce et Alexandre Mourousi est rétabli dès le 28 octobre 1806.

Malgré cela, le Tsar Alexandre Ier de Russie met à profit la faiblesse manifeste du Sultan pour ordonner aux armées russes de franchir le Dniestr et envahir la Moldavie, le 10 novembre 1806. L'attitude jugée attentiste d’Alexandre Mourousi déplait au tsar qui envisage de nommer à sa place Constantin Ypsilántis comme hospodar de Moldavie et de Valachie. De son côté, la Sublime Porte nomme comme prince Alexandre Hangerli de mars à juillet 1807.

En fait, entre décembre 1806 et mai 1812, la Moldavie se trouve sous l’administration russe (la partie orientale, alors nommée Bessarabie, le restera jusqu'en 1917). Les princes Alexandre Hangerli et Scarlat Kallimachis, rétablis de juillet 1807 à juin 1810 et agréés par les Turcs, n’exerceront aucune autorité réelle et ne seront que des princes titulaires.

C’est finalement Scarlat Kallimachis, l’adversaire d’Alexandre Mourousi, qui sera rétabli comme prince d'une Moldavie désormais amputée par les Russes de sa moitié orientale au Traité de Bucarest, pendant qu’Alexandre Mourousi meurt à Constantinople en 1816.

Union et postérité[modifier | modifier le code]

Alexandre Mourousi avait épousé Zoé Rosetti-Raducanu. Le couple eut onze enfants (6 filles et 5 garçons) dont :

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Alexandru Dimitrie Xenopol Histoire des Roumains de la Dacie trajane : Depuis les origines jusqu'à l'union des principautés. E Leroux Paris (1896).
  • Alexandre A.C. Sturdza L'Europe Orientale et le rôle historique des Maurocordato (1660-1830) Librairie Plon Paris (1913).
  • Nicolas Iorga Histoire des Roumains et de la romanité orientale. (1920)
  • (ro) Constantin C. Giurescu & Dinu C. Giurescu, Istoria Românilor Volume III (depuis 1606), Editura Ştiinţifică şi Enciclopedică, Bucureşti, 1977.
  • Mihail Dimitri Sturdza, Dictionnaire historique et généalogique des grandes familles de Grèce, d'Albanie et de Constantinople, M.-D. Sturdza, Paris, chez l'auteur, 1983 (ASIN B0000EA1ET).
  • Jean-Michel Cantacuzène, Mille ans dans les Balkans, Éditions Christian, Paris, 1992. (ISBN 2-86496-054-0)
  • Gilles Veinstein, Les Ottomans et la mort (1996) (ISBN 9004105050).
  • Joëlle Dalegre Grecs et Ottomans 1453-1923. De la chute de Constantinople à la fin de l’Empire Ottoman, L’Harmattan Paris (2002) (ISBN 2747521621).
  • Jean Nouzille La Moldavie, Histoire tragique d'une région européenne, Ed. Bieler (2004), (ISBN 2-9520012-1-9).
  • Traian Sandu, Histoire de la Roumanie, Perrin (2008).

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Communicaciones al XV Congieso Internacional de las ciencas Geneologica y Heraldica. Madrid 1983 Tomo III. Florin Marinesco « The Fanariote prince Alexandre Moruzi » p. 25-32
  2. Le candidat au trône devait ensuite "amortir ses investissements" par sa part sur les taxes et impôts, verser en outre le tribut aux Ottomans, payer ses mercenaires et s'enrichir néanmoins. Pour cela, un règne d'un semestre au moins était nécessaire, mais la "concurrence" était rude, certains princes ne parvenaient pas à se maintenir assez longtemps sur le trône, et devaient ré-essayer. Cela explique le "jeu des chaises musicales" sur les trônes, la brièveté de beaucoup de règnes, les règnes interrompus et repris, et parfois les règnes à plusieurs (co-princes). Quant au gouvernement, il était assuré par les ministres et par le Sfat domnesc (conseil des boyards).
    Concernant le tribut aux Turcs, la vassalité des principautés roumaines envers l'Empire ottoman ne signifie pas, comme le montrent par erreur beaucoup de cartes historiques, qu'elles soient devenues des provinces turques et des pays musulmans. Seuls quelques petits territoires moldaves et valaques sont devenus ottomans : en 1422 la Dobrogée au sud des bouches du Danube, en 1484 la Bessarabie alors dénommée Boudjak, au nord des bouches du Danube (ce nom ne désignait alors que les rives du Danube et de la mer Noire), en 1538 les rayas de Brăila alors dénommée Ibrahil et de Tighina alors dénommée Bender, et en 1713 la raya de Hotin. Le reste des principautés de Valachie et Moldavie (y compris la Moldavie entre Dniestr et Prut qui sera appelée Bessarabie en 1812, lors de l'annexion russe) ont conservé leurs propres lois, leur religion orthodoxe, leurs boyards, princes, ministres, armées et autonomie politique (au point de se dresser plus d'une fois contre le Sultan ottoman). Les erreurs cartographiques et historiques sont dues à l'ignorance ou à des simplifications réductrices. Voir Gilles Veinstein et Mihnea Berindei : L'Empire ottoman et les pays roumains, EHESS, Paris, 1987.