Charles-Denis Bourbaki

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
(Redirigé depuis Charles Denis Bourbaki)
Aller à : navigation, rechercher
Page d'aide sur l'homonymie Pour les articles homonymes, voir Bourbaki.
Charles-Denis Bourbaki
Image illustrative de l'article Charles-Denis Bourbaki

Naissance 22 avril 1816
Pau, France
Décès 22 septembre 1897 (à 81 ans)
Bayonne, France
Origine Drapeau de la France France
Grade Général de division
Années de service 1834 – 1881
Conflits Campagne d'Algérie
Guerre de Crimée
Deuxième guerre d'indépendance italienne
Guerre franco-prussienne de 1870
Commandement 1er Zouaves
Garde impériale
Armée de l'Est
6e corps d'armée
14e corps d'armée
Faits d'armes Bataille d'Inkerman
Distinctions Grand Croix de la Légion d'honneur

Charles-Denis Bourbaki est un militaire français né à Pau le 22 avril 1816 et mort à Bayonne le 22 septembre 1897.

Fils du colonel grec Constantin Denis Bourbaki (1787–1827), mort pendant la guerre d'indépendance grecque, il se distingue dans l'armée d'Afrique et notamment dans la guerre de Crimée. Nommé général, il sert brièvement lors de la guerre franco-allemande dans l'armée du Nord en cours de constitution avant de prendre le commandement de l'armée de l'Est.

Bourbaki, comme certains autres généraux du Second Empire dont la formation s'est déroulée en Afrique, est appelé aux plus hauts postes de commandement pendant la guerre de 1870[1].

Carrière militaire[modifier | modifier le code]

Il entre à Saint-Cyr et, en 1836, rejoint les zouaves puis, promu au grade de lieutenant, entre dans la Légion étrangère. Il assume également la charge d'aide de camp du roi Louis-Philippe Ier. Son baptême du feu a lieu lors d'une expédition en Afrique. Capitaine des zouaves en 1842, lieutenant-colonel du Premier Zouaves en 1850, colonel des Turcos en 1851, et brigadier général en 1854, il commande une partie des troupes algériennes pendant la guerre de Crimée, et rend son nom célèbre à Alma, Inkerman et Sébastopol. En 1857, il est nommé général de division et commande à Lyon en 1859. Son succès dans la campagne d'Italie est dépassé par celui de MacMahon, néanmoins il est proposé en 1862 comme candidat au trône vacant de Grèce, en raison de son ascendance grecque, mais il décline l'honneur[1].

Metz[modifier | modifier le code]

En 1870, l'Empereur lui confie le commandement de la garde impériale, et il joue un rôle important dans les opérations liées au siège de Metz.

Toutefois, Bourbaki est impliqué dans un curieux événement au moment du siège de Metz : un homme, qui se fait appeler Regnier, apparaît à Hastings vers le 21 septembre 1870, pour demander une entrevue à l'impératrice Eugénie qui y est réfugiée, mais il ne parvient pas à l'obtenir ; il réussit cependant à recevoir du jeune prince impérial une photographie signée avec un message pour Napoléon, dont il use comme sauf-conduit vis-à-vis de Bismarck, et comme pièce d'identité pour le maréchal Bazaine, auquel il se présente à Metz, lui racontant sous l'autorité de l'impératrice que la paix doit être signée et que, soit le maréchal Canrobert, soit le général Bourbaki, doit se rendre à Hastings dans ce but. Aussitôt Bourbaki se rend au Royaume-Uni, avec la connivence de la Prusse, croyant qu'il est en mission officielle. Dès qu'il découvre par l'impératrice que l'on s'est moqué de lui, il revient en France.

Au secours de Belfort, à la tête de l'armée de l'Est[modifier | modifier le code]

Il offre ses services à Léon Gambetta et reçoit le commandement de ce qui va devenir l'armée du Nord, mais il est destitué le 10 novembre 1870 et transféré à l'armée de la Loire pour former l'armée de l'Est destinée à secourir Belfort. À la tête des troupes hâtivement entraînées et mal équipées de l'armée de l'Est, il tente de lever le siège de Belfort. Cette opération est obérée par de considérables problèmes de ravitaillement, en vivres notamment. Après la victoire inexploitée de Villersexel, elle se conclut par la retraite des Français suite à l'échec de la bataille d'Héricourt (1871). Après la guerre, certains déplorent le peu de combativité et l'excès de prudence de Bourbaki qui, à l'image de Bazaine à Mars-la-Tour, aurait surestimé la puissance de l'adversaire et a contrario sous-estimé la sienne pour finir par abandonner le combat sans avoir livré toutes ses forces dans la bataille. Ce point de vue est réfuté par les officiers de l'entourage du général[2].

Retraite et « internement »[modifier | modifier le code]

Armée de Bourbaki déposant les armes à leur passage en Suisse

La retraite de Bourbaki vers Besançon est coupée par d'autres forces allemandes dirigées par Manteuffel, et cela le contraint à replier son armée vers la frontière suisse. Ses troupes sont dans la situation la plus déplorable et manquent de nourriture. Des 150 000 hommes avec qui il était parti, il n'en reste plus que 84 000.

C'est alors le passage en Suisse aux Verrières (commune proche de Pontarlier-Doubs), mais aussi à Sainte-Croix et Vallorbe, où l’armée de l'Est est désarmée puis internée dans les divers cantons de la Confédération, suite à la Convention des Verrières. Cet épisode dramatique est immortalisé par le peintre Édouard Castres (voir ci-contre). Bourbaki lui-même, plutôt que de se soumettre à l'humiliation de la reddition, le 26 janvier 1871, délègue ses fonctions au général Clinchant puis, dans la nuit, se tire une balle dans la tête ; mais la balle, ayant dévié, ricoche contre son crâne et Bourbaki est miraculeusement sauf. Le général Clinchant le transporte en Suisse, où il retrouve assez de force pour retourner en France[3].

Nouveau commandement[modifier | modifier le code]

En juillet 1871, Bourbaki devient gouverneur militaire de Lyon. En 1881, du fait de ses opinions politiques, il est placé dans la réserve. En 1885, sa candidature au Sénat est un échec.

Citations ou expressions contenant le nom de Bourbaki[modifier | modifier le code]

De nos jours dans l'armée française (mais aussi dans la Police Nationale ou les sapeurs-pompiers), l'expression l'armée à Bourbaki désigne de façon péjorative un groupe hétérogène mal équipé, comme par exemple lorsque le port de l'uniforme n'est pas règlementaire. Ceci est sans doute une référence aux troupes mal équipées de l'armée de l'Est qui furent placées sous le commandement de Bourbaki. Il semble que ce sont les légionnaires qui, engagés dans un conflit sur le sol national métropolitain pour la première fois en 1870, et découvrant une armée française métropolitaine encore plus démunie qu'eux, auraient inventé l'expression suivante, destinée à un autre légionnaire mal accoutré, : "T'es pas dans l'armée à Bourbaki".

On trouve par ailleurs une petite vacherie de la part de Maupassant dans sa nouvelle intitulée Le Lit 29 ; elle ne concerne pas directement Bourbaki mais celui-ci est cité dans un passage, avec toutefois un peu d'ironie : le général Bourbaki passait aux yeux du capitaine Épivent, bel homme vain et superficiel, pour le plus grand des généraux français, « … Il [Épivent] ne respectait, en somme, que les beaux hommes, la vraie, l'unique qualité du militaire devant être la prestance. Un soldat c'était un gaillard, que diable, un grand gaillard créé pour faire la guerre et l'amour, un homme à poigne, à crins et à reins, rien de plus. Il classait les généraux de l'armée française en raison de leur taille, de leur tenue et de l'aspect rébarbatif de leur visage. Bourbaki lui apparaissait comme le plus grand homme de guerre des temps modernes. Il riait beaucoup des officiers de la ligne qui sont courts et gros et soufflent en marchant, mais il avait surtout une invincible mésestime qui frisait la répugnance pour les pauvres gringalets sortis de l'école polytechnique, ces maigres petits hommes à lunettes, gauches et maladroits, qui semblent autant faits pour l'uniforme qu'un lapin pour dire la messe, affirmait-il. Il s'indignait qu'on tolérât dans l'armée ces avortons aux jambes grêles qui marchent comme des crabes, qui ne boivent pas, qui mangent peu et qui semblent mieux aimer les équations que les belles filles. Le capitaine Épivent avait des succès constants, des triomphes auprès du beau sexe. … »

A Pau, un stade et le club de football y résidant porte son nom, ainsi qu'un théâtre.

Le panorama Bourbaki de Lucerne[modifier | modifier le code]

Le panorama circulaire Bourbaki à Lucerne (Suisse)[4], se présente sous la forme d'une rotonde d'un diamètre de plus de 40 mètres, entièrement tapissée de peintures, soit sur 112 mètres par 10 en tout. Il existe peu de panoramas de ce genre dans le monde. Réalisé sur la base de nombreuses esquisses dessinées pendant cette guerre, il est le témoignage historique d'une qualité documentaire exceptionnelle. Cette œuvre constitue un document à la mémoire de la première grande action humanitaire de la Croix-Rouge suisse, et de la politique de neutralité de la Confédération.

Le thème très particulier – on peut même dire unique – du panorama est l'immense misère des soldats blessés, affamés et gelés qui ont passé la frontière suisse aux Verrières (NE) le 1er février 1871. Après avoir réalisé un grand nombre de projets, le peintre Édouard Castres, auteur de l'ouvrage, aidé de collaborateurs, a ainsi associé à l'idée de guerre, non pas la notion de victoire, mais la notion de douleur. Le cadre choisi, un triste paysage d'hiver gris-blanc, d'immenses champs couverts de neige, a permis d'accentuer la tragédie humaine soigneusement décrite. C'est en colonnes interminables que les soldats traversent le champ de vision des visiteurs[5].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a et b Alfred Guye, Qui était le général Charles Denis Sauter Bourbaki (22 avril 1816-22 septembre 1897), Chézard, 1976 (OCLC 82663820)
  2. Le général Bourbaki, par un de ses anciens officiers d'ordonnance ; Louis d'Eichthal ; Paris, E. Plon, Nourrit et cie, 1885. (OCLC 12526525)
  3. Le général Bourbaki, 1816-1897. ; G de Corlay ; Abbeville, C. Paillart 1900. (OCLC 23425910)
  4. Site officiel du Panorama Bourbaki de Lucerne
  5. Brigit Kämpfen-Klapproth, Das Bourbaki-Panorama von Edouard Castres, Luzern, Edouard Castres, 1980 (OCLC 25916035)

Liens externes[modifier | modifier le code]