Le Pacte des loups

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Le Pacte des loups est un film français de Christophe Gans sorti en 2001. Co-scénarisée par Gans et Stéphane Cabel, l’histoire oppose l'obscurantisme aux Lumières en s'inspirant librement de la légende de la Bête du Gévaudan qui fit de nombreuses victimes entre 1764 et 1767.

Synopsis[modifier | modifier le code]

1765. Le chevalier Grégoire de Fronsac (Samuel Le Bihan), naturaliste au jardin du Roi, est envoyé en Gévaudan pour dresser le portrait de la Bête du Gévaudan. Il est accompagné de Mani, son frère de sang Indien rencontré en Nouvelle-France. Au cours de sa traque, Fronsac se heurte au conformisme d'une noblesse locale qui semble avoir de troublantes affinités avec le monstre qui massacre les paysans...

Résumé détaillé[modifier | modifier le code]

1789. Alors que les torches brûlent et que grondent les clameurs de la Révolution française sous ses fenêtres, un marquis rédige ses dernières notes.

Il narre l'histoire de Grégoire de Fronsac (Samuel Le Bihan), chevalier et naturaliste arrivé en 1765 au château de Saint-Alban. Il est accompagné de Mani (Mark Dacascos), un Indien Iroquois rencontré à la Bataille de Trois-Rivières au Canada. Envoyés par Buffon (André Penvern), l'intendant du Jardin du roi, les deux hommes viennent élucider le mystère de la Bête du Gévaudan qui terrorise la région depuis plus d'un an. Guidé par Thomas (Jérémie Renier), le petit-fils du marquis de Saint-Alban, le chevalier est présenté à la noblesse locale : le Comte de Morangias (Jean Yanne), son épouse (Édith Scob) et leurs deux enfants, Jean-François (Vincent Cassel) et Marianne (Émilie Dequenne); le père Sardis (Jean-François Stévenin), le duc de Moncan ainsi que l'intendant Laffont (Bernard Farcy). Fronsac, libertin, s'éprend aussitôt de la belle et douce Marianne mais rencontre également Sylvia (Monica Bellucci), une mystérieuse prostituée italienne avec laquelle il noue une relation chargée de secrets.

Les mois passent. Fronsac accumule de nombreuses preuves troublantes qui mettent en cause l'intervention d'une main humaine dans les meurtres, comme un croc en fer, mais l'enquête piétine. Entretemps, les relations qu'il entretient avec la noblesse locale, dont Jean-François, le frère de Marianne, deviennent tendues. Mani, quant à lui, est convaincu de l'innocence des loups que les paysans massacrent dans l'espoir de tuer le redoutable monstre. La présence de l'Indien suscite autant de crainte que de curiosité parmi la population. Après les premières neiges, et devant l'incapacité du capitaine Duhamel (Éric Prat) et de ses dragons à tuer l'animal, le Roi Louis XV envoie en Gévaudan son propre lieutenant des chasses, Antoine de Beauterne (Johan Leysen). Arrivé sur place, ce dernier tue un gros loup et demande à Fronsac de l'empailler de façon à ce que l'animal ressemble aux descriptions de la Bête. Fronsac découvre bientôt que cette mascarade a été ordonnée par le Roi lui-même, pour mettre un terme, tout du moins en apparence, à cette série de meurtres qui remettent en question son pouvoir souverain. Le faux-monstre empaillé est bientôt montré à Paris. Officiellement et sous décision du Roi, la Bête du Gévaudan est morte. En remerciement pour son silence, le chevalier de Fronsac est autorisé à partir pour les comptoirs du Sénégal...

Mais le massacre dans la province du Gévaudan continue bel et bien, dans l'indifférence générale. Le jeune marquis d'Apcher vient trouver Fronsac pour l'avertir de la situation alarmante et le supplier de mener la traque de nouveau, cette fois à la manière mystique de Mani. Le chevalier retourne en Gévaudan pour revoir Marianne qui loge chez sa nourrice. Mais la Bête, guidée par un dresseur affublé d'un masque, attaque la maison. Fronsac, Mani et le marquis mènent alors une dernière expédition pour tuer le monstre. Mani, invoquant les puissances de la Nature dans une sorte de rituel chamanique, tend un traquenard à la Bête. Blessée profondément, elle parvient à s'échapper et rejoindre sa tanière. Mani découvre une arène aménagée par un esprit pervers pour utiliser la Bête comme un chien de guerre. Au cours d'un combat, l'Indien est tué d'une balle en argent, et son corps est jeté dans une clairière.

En faisant la toilette mortuaire de Mani, Fronsac découvre la balle en argent, signature de Jean-François de Morangias : il comprend que c'est lui qui dirige la Bête et décide d'organiser sa vengeance. Mais après avoir incinéré son frère de sang, le chevalier est arrêté par l'intendant Laffont. Dans sa cellule, il reçoit la visite de Sylvia qui lui révèle les dessous de l'affaire. La prostituée est un agent infiltré envoyé par l’Église pour arrêter Le Pacte, un groupe de fanatiques religieux qui tente de déstabiliser le Roi, coupables à leurs yeux d'avoir été trop tolérant à l'égard des philosophes des Lumières, en se servant de la Bête comme un signe de la colère de Dieu. Cette organisation est composée de la noblesse locale.

Sylvia empoisonne Fronsac et le fait enterrer pour mieux le faire sortir de son cachot. Jean-François abuse de sa propre sœur Marianne, après que cette dernière ait découvert son secret (il est le dresseur au masque, agissant sous les ordres du père Sardis). Lors d'une réunion du Pacte dans les ruines d'une ancienne abbaye, Fronsac réapparaît et, au cours d'une bataille éprouvante, arrête les criminels avec l'aide du capitaine Duhamel. Jean-François est tué. Sardis, quant à lui, fuit dans la forêt mais est bientôt dévoré par une meute de loups. Le Pacte est dissous.

Fronsac revient au domaine d'Apcher, où Marianne a été transportée. Le chevalier tente de sauver la jeune femme mourante grâce au bracelet de Mani renfermant des poudres médicinales. Peu après, Fronsac achève la Bête du Gévaudan, un animal ramené d'Afrique et élevé par Jean-François, et met définitivement fin à son règne de terreur. L'aventure s'achève sur l'arrestation pendant la Révolution du marquis Thomas d'Apcher, qui n'est autre que le narrateur de l'histoire. Pris de nostalgie en se sachant condamné par le peuple, il immortalise dans sa mémoire le chevalier de Fronsac et Marianne partant pour le Sénégal à bord d'un navire faisant voile vers l'obscurité...

Autour du film[modifier | modifier le code]

Basé sur une histoire vraie[modifier | modifier le code]

Gravure du XVIIIe siècle, représentant la Bête du Gévaudan.

Le Pacte des loups est basé sur la véritable histoire de la Bête du Gévaudan qui massacra plus d'une centaine de femmes et d'enfants entre le 30 juin 1764 et le 19 juin 1767 dans l'actuel département de la Lozère. Cet animal pénétrait dans les villages en plein jour, emportait les enfants devant les maisons, attaquait les bergères dans les champs et déjouait les pièges organisés contre lui. De nombreuses troupes royales et chasseurs distingués furent mobilisés pour tuer ce monstre vorace pendant trois ans, sans succès. On parla d'une bête exotique échappée d'un cirque, de loup-garou, d'un tueur en série, d'un complot contre le Roi Louis XV et même d'un châtiment divin.

Un gros loup fut abattu par François Antoine, porte-arquebuse du Roi de France, en septembre 1765 sur le domaine de l'abbaye royale des Chazes, et empaillé à Paris. Pour beaucoup d'historiens, l'empaillement de ce loup était une mascarade pour mettre fin aux rumeurs médiatiques, gênantes pour le Roi. Car le massacre recommença de plus belle quelques mois après la mort du loup tué par le porte-arquebuse, et dans une telle indifférence générale que le véritable monstre a dû être tué par un obscur paysan à la mauvaise réputation, Jean Chastel, le 19 juin 1767. Passé cette date, plus aucune mort due à un animal féroce ne fut recensée en Gévaudan. Les enquêtes de plusieurs historiens, dont Michel Louis, attribuent la férocité des attaques à un animal dressé par le comte de Morangiès, ancien officier à la réputation douteuse, avec l'aide d'un garde-chasse, Antoine Chastel, le propre fils du tueur de la Bête.

Le Pacte des loups reprend la théorie du complot popularisée par les auteurs Abel Chevalley, Henri Pourrat et Michel Louis dans leurs livres respectifs. Ainsi, la Bête est un fauve revêtu d'une cuirasse (le protégeant des balles) et conditionné à tuer par un esprit criminel pour renverser le pouvoir en place.

Genèse du projet[modifier | modifier le code]

1998. En collaboration avec Canal + Écriture, une structure de Canal+ visant à apporter aux jeunes auteurs une aide financière et artistique, le scénariste Stéphane Cabel développe un synopsis de vingt pages sur l'histoire de la Bête du Gévaudan et y incorpore des éléments propres au romanesque. Christophe Gans, qui vient alors d'essuyer l'échec d'une adaptation de Vingt mille lieues sous les mers, est aussitôt séduit par le projet. Le réalisateur de Crying Freeman a toujours eu une fascination pour le cinéma de cape et d'épée et l'imaginaire baroque, et a été particulièrement marqué par le téléfilm sur la Bête du Gévaudan produit pour la célèbre série Le Tribunal de l'impossible dans les années 1960[1]. Il décide de retravailler le script de Cabel pour y apporter sa propre "patte" et de le transposer en un spectaculaire long-métrage avec le financement de Samuel Hadida et Richard Grandpierre pour Studio Canal.

Distribution et tournage[modifier | modifier le code]

Christophe Gans s'entoure d'un casting éclectique composé de jeunes comédiens (Samuel Le Bihan, Émilie Dequenne, Monica Bellucci, Jérémie Renier...) et de valeurs sûres du cinéma français (Jean Yanne, Jean-François Stévenin ou encore Édith Scob). Le rôle obscur de Jean-François de Morangias, auparavant refusé par Albert Dupontel, est confié à Vincent Cassel. L'artiste martial et comédien américain Mark Dacascos, qui retrouve Gans 5 ans après Crying Freeman, prête ses traits au guerrier Iroquois Mani.

Tournage et promotion[modifier | modifier le code]

C'est dans la région du Gers, le 14 février 2000, que débute le tournage[2], qui va s'étaler sur 23 semaines au lieu des 15 initialement prévues sur plus de 8 départements comme la Dordogne, le Val-de-Marne ou encore les Hautes-Pyrénées [3]. Quatre vingt décors du script sont extérieurs, et les problèmes liés aux conditions climatiques et à la gestion de l'équipe s’enchainent. Techniciens, figurants costumés et cavaliers doivent parfois patienter de longues heures pour pouvoir tourner sur des plateaux balayés par des orages[4],[5]. Le studio britannique Jim Henson's Creature Shop conçoit les effets spéciaux animatroniques et numériques de la Bête.

La vision de Gans confère au film une atmosphère unique où s’entremêlent les genres, du western au film de cape et d'épée en passant par le cinéma d'arts martiaux et le blockbuster hollywoodien. A sa sortie le 31 janvier 2001, Le Pacte des loups est l'un des plus gros succès français de cette année avec près de cinq millions de spectateurs en salle, malgré les critiques lui reprochant son manque de rigueur historique. Le film connait également le succès aux États-Unis à sa sortie en 2002.

Fanatique du support DVD, Christophe Gans s'est particulièrement impliqué dans la création du coffret Ultimate Edition de son film qui comprend de nombreux bonus soignés répartis sur 4 disques; comme un livret 40 pages, deux Making-of de 80 et 90 minutes, près de 40 minutes de scènes coupées, une interview de l'historien Michel Louis, une galerie de 670 dessins préparatoires et affiches, le scénario original annoté de Stéphane Cabel, les commentaires des acteurs et du réalisateur pendant la lecture du film, des bande-annonces et un reportage sur la conception technique du DVD. Le quatrième disque comporte le rarissime téléfilm La Bête du Gévaudan de 1967, produit par Michel Subiela dans le cadre de l'émission Le Tribunal de l'impossible.

Anecdotes[modifier | modifier le code]

  • Le Pacte des loups présente des anachronismes avec les mœurs et coutumes de l'époque, notamment lors les nombreuses scènes de combats présentant des Français du XVIIIe siècle pratiquant les arts martiaux ou utilisant des armes exotiques. Les personnages, dates et environnements ne correspondent pas à la réalité historique, comme la famille de Morangias vaguement basée sur les Molète de Morangiès (domiciliés au château de Saint-Alban) ou encore le marquis Thomas qui se nommait en réalité Jean-Joseph d'Apchier. Le porte-arquebuse du Roi, François Antoine de son nom (et non de Beauterne), n'a pas tué la première Bête en 1766 mais un an plus tôt, en 1765.
  • À l'origine le film s'ouvrait d'une manière différente, montrant Fronsac et Mani à la poursuite de voleurs dans les catacombes de Paris. On retrouvait ensuite les deux personnages dans le bureau de Buffon à Versailles avant d'être envoyés en mission en Gévaudan. Dans l'impossibilité de reconstituer le Paris historique et n'ayant pas d'autorisation pour bloquer le pont Neuf pour le tournage, les scénaristes ont préférés supprimer ces scènes dites "parisiennes"[6].
  • Les cascades ont été assurées par Philip Kwok, un professionnel du cinéma hongkongais.
  • L’auteur de bande dessinée français Matthieu Lauffray a illustré les carnets de voyages du personnage de Fronsac. Il a également été la "doublure main" à l'écran dans les scènes où Samuel Le Bihan est censé dessiner.
  • Selon Christophe Gans, la fin du Pacte des Loups est un faux "happy-end" : le dernier plan, qui montre le navire "Frère Loup" s'enfonçant dans la nuit, révèle en réalité que le chevalier de Fronsac part seul pour son expédition africaine, laissant derrière lui les corps de son frère Indien et de Marianne[7].
  • Vincent Cassel et Samuel Le Bihan jouent de nouveau ensemble en 2008 dans L'Ennemi public nº 1, second volet de la Saga Jacques Mesrine. Le Bihan retrouve Émilie Dequenne en 2010 dans le téléfilm Obsessions.

Récompenses[modifier | modifier le code]

Fiche technique[modifier | modifier le code]

Lieux de tournage[8][modifier | modifier le code]

Dordogne (24 - Drapeau de la France France)
Villars (château de Puyguilhem)
Jumilhac-le-Grand (Château de Jumilhac et village)
Gironde (33 - Drapeau de la France France)
Mazères (Château de Roquetaillade)
Seine-et-Marne (77 - Drapeau de la France France)
Fontainebleau (Forêt de Fontainebleau)
Yvelines (78 - Drapeau de la France France)
Issou (château d'Issou)
Val-de-Marne (94 - Drapeau de la France France)
Bry-sur-Marne (studio)
Gers (32 - Drapeau de la France France)
Lectoure (Cathédrale Saint-Gervais - Saint-Protais et Remparts)
Hautes-Pyrénées (65 - Drapeau de la France France)
(dans la haute montagne des Baronnies)
(Le Pla du Moula dans la basse montagne des Baronnies)
(Col de Couradabat dans la basse montagne des Baronnies)
(dans les forêts de la Haute et Basse Montagne des Baronnies et de la Prade de Bayelle dans la vallée de la Neste)
La Barthe-de-Neste (aux alentours, dans les Baronnies)
Labastide : un ruisseau plonge dans la grotte de la Perte où se trouve le repaire de la Bête.
L'ancienne Abbaye de l'Escaladieu dans la Vallée de l'Arros a servi de décor au château du marquis d'Apcher et également dans la chapelle de Notre Dame de Garaison, Près de Monleon Magnoac.
Oise (60 - Drapeau de la France France)
Maysel (Carrière des loups de Maysel)

Distribution[modifier | modifier le code]

Références[modifier | modifier le code]

  1. Interview de Michel Subiela par Christophe Gans - 4ème disque du coffret DVD
  2. Zoom Cinéma - Article de 2001
  3. l2tc.com
  4. Ecran Noir (2001)
  5. Making-of du coffret DVDe
  6. Script original annoté de Stéphane Cabel, scènes coupées - coffret DVD
  7. Commentaires audio du réalisateur - coffret DVD
  8. (fr) l2tc.com

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

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