Jean Chastel

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Jean Chastel

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Stèle à la mémoire de Jean Chastel à La Besseyre-Saint-Mary

Alias
de la masca
Naissance 31 mars 1708
La Besseyre-Saint-Mary
Décès 6 mars 1789
La Besseyre-Saint-Mary
Nationalité française
Profession
Cultivateur, cabaretier, brassier
Conjoint
Anne Charbonnier
Descendants
9 enfants, dont Antoine et Jean-Pierre

Jean Chastel né le 31 mars 1708 au village de Darnes paroisse de La Besseyre-Saint-Mary (France) et mort le 6 mars 1789 est un paysan vivant sous l'Ancien Régime. Il est connu pour avoir tué la Bête du Gévaudan.

Biographie[modifier | modifier le code]

Jean Chastel, fils des agriculteurs Claude et Jeanne Bergougnoux, est né au village de Darnes (désormais sur la commune de La Besseyre-Saint-Mary, dans le département de la Haute-Loire), aux confins du Languedoc et de l'Auvergne (le Gévaudan tout proche et le Velay se situaient dans la province du Languedoc). Il épouse Anne Charbonnier le 22 février 1735. De cette union naissent neuf enfants. Chasseur émérite, braconnant parfois, Jean Chastel a plusieurs activités comme brassier ou cabaretier. Il est inhumé en 1789 dans le cimetière paroissial de la Besseyre.

La Bête du Gévaudan[modifier | modifier le code]

Article connexe : Bête du Gévaudan.

Bien que l'on considère le plus souvent Jean Chastel comme le héros qui a tué la Bête du Gévaudan, il existe une thèse selon laquelle il aurait d'abord dressé cet animal à tuer. C'est le 13 février 1765 que le nom de Jean Chastel est pour la première fois évoqué dans l'affaire. Présent avec ses fils lors d'une chasse, il remarque que le fauve boite sur trois pattes avant de tout nier lors d'un rapport officiel[1].

Altercation avec les gardes-chasses[modifier | modifier le code]

Le 16 août 1765, François Antoine, porte-arquebuse de Louis XV envoyé depuis Fontainebleau, chasse la Bête près du village de Saugues. Deux gardes-chasses (Pélissier et Lachenay), à cheval, cherchent un passage dans un bois. Ils tombent sur Jean Chastel, accompagné de ses deux fils, et leur demande si l'endroit ne cache pas de tourbières. Les paysans répondent qu'ils peuvent y passer en toute sûreté. Pelissier et Lachenay font avancer leurs chevaux, qui aussitôt s'embourbent. Les Chastel sont hilares devant la scène. Trempé, Pelissier empoigne le plus jeune des fils et le menace de le conduire en prison pour cet outrage. Le père et l'aîné le couchent aussitôt en joue avec leurs armes. Lachenay se jette sur Jean Chastel et détourne son fusil. Les gardes s'en vont faire leur rapport à leur commandant[2],[3].

Sur la base du procès verbal qu'ils rédigent, François Antoine fait incarcérer les Chastel en la prison de Saugues. « J'ai l'honneur d'informer (...) du détail et de la hardiesse de ces mauvaises gens d'avoir osé coucher en joue nos dits gardes à brûle-pourpoint. Il est fort heureux qu’ils ne les aient pas tués et ce qu'ils auraient bien mérité en pareille occasion. »[4]. La consigne suivante est donné aux juges et consuls de la ville : « Ne les laissez sortir que quatre jours après notre départ de cette province ! »[5].

Il faut noter qu'il n'y a aucune certitude que les Chastel évoqués dans cette altercation soient effectivement Jean et ses deux fils, les auteurs ont toujours repris la tradition.

Mort de la Bête[modifier | modifier le code]

Vers la fin de septembre, l’envoyé du Roi abat un gros loup près de Saint-Julien-des-Chazes et s'empresse de l'empailler pour l'emporter à Versailles. Ce loup étant considéré par la Cour comme étant la Bête, les troupes de François Antoine quittent le pays. Mais dès le mois de novembre courent des rumeurs, et toute l'année 1766 est marquée de nouvelles attaques.

Marie Denty, âgée d'environ 12 ans, est dévorée le 16 mai 1767. Elle est inhumée le lendemain dans le cimetière de sa paroisse (Sepsol). Jean Chastel signe l'acte de décès[6]. On retrouve la trace de Jean Chastel lors d'un pèlerinage en Margeride. Il y aurait fait bénir trois balles fondues à partir des médailles de la Vierge Marie qu'il portait à son chapeau « Mon fusil et moi nous sommes impuissants, mais avec votre bénédiction nous pourrions bien faire quelque chose »[7],[8].

Le 18 juin, il est rapporté au marquis Jean-Joseph d'Apcher que la Bête a été vue, la veille, dans les paroisses de Nozeyrolles et de Desges. Elle aurait tué, dans cette dernière paroisse, Jeanne Bastide, âgée de 19 ans, au village de Lesbinières[9]. Le marquis décide de mener une battue dans cette région, sur le mont Mouchet dans le bois de la Ténazeire, le 19 juin. Il est accompagné de quelques volontaires voisins, dont Jean Chastel[10].

Le vieux Chastel a chargé son fusil d'une balle et de 5 chevrotines. Il abat un animal de grande taille, ressemblant à un loup , au lieu dit la « Sogne d’Auvers » (Auvers). « (Jean Chastel) tomba (la Bête) d’un coup de fusil qui le blessa à l’épaule. Elle ne bougea guère et d’ailleurs fut assaillie de suite d’une troupe de bons chiens de chasse de M. d’Apcher. Dès qu’on la vit hors d’état de pouvoir faire des victimes, elle fut chargée sur un cheval et portée au château de Besque, paroisse de Charraix dans le Gévaudan, près des frontières d’Auvergne »[1]. Depuis, les attaques cessèrent entièrement.

La dépouille de la Bête est emmené à Paris puis probablement enterrée sous l'ancien hôtel de la Rochefoucault après que Buffon l'ait examiné[11].

Les commissaires du Diocèse récompensent Chastel d'une somme de 72 livres, ce qui est peu. « M. le receveur des tailles du diocèse de Mende (...) payera au nommé Chastel la somme de 72 livres de gratification pour avoir tué le 19 juin dernier dans une chasse exécutée sous les ordres de M. le marquis d'Apcher une Bête qu'on présume, attendu la suspension des malheurs depuis ledit temps, être celle qui les causait dans la partie du Gévaudan qui avoisine l'Auvergne du côté de Saugues, sans préjudice audit Chastel de solliciter et d'obtenir de plus grandes gratifications, surtout dans le cas où les malheurs auraient par la suite entièrement cessé »[12].

Une stèle à la mémoire de Jean Chastel a été élevée à La Besseyre-Saint-Mary.

Accusation contre Jean Chastel[modifier | modifier le code]

De son vivant, Jean Chastel est connu sous le sobriquet de « de la masca », autrement dit « (fils) de la sorcière » en patois. Père de neuf enfants (5 filles et 4 garçons), il est lettré et signe fréquemment les registres paroissiaux (les paysans lettrés étant rares). Son frère, Jean-Pierre Chastel, est un condamné à mort en cavale pour le meurtre de son neveu Joseph Pascal[13].

Dès les années 1930, des auteurs voient en ces paysans des meneurs de loups suspectés d'avoir commis les meurtres par pur sadisme ou justice privée.

Le nom de deux des fils de Jean Chastel reviennent souvent dans l'affaire : Jean-Antoine (plus communément appelé « Antoine ») et Pierre, gardes-chasses âgés respectivement d'une vingtaine d'années à l'époque. Selon la tradition orale déformée par le travail de certains romanciers comme Abel Chevalley et Henri Pourrat, Antoine, ayant fui très jeune la région, aurait été fait prisonnier des pirates musulmans en Méditerranée. Revenu au pays, ce jeune marginal aurait dressé la Bête à tuer. Mais aucun argument valable n'accrédite ces accusations.

Des auteurs comme Michel Louis pensent que les Chastel n'ont pas hésité à menacer les gardes-chasses de Versailles (en 1765) car ils se sentaient protégés par un personnage haut-placé. Ce même mystérieux individu aurait convaincu Mr.Antoine de libérer les prisonniers après sont départ. Le constat d'une diminution des attaques, le temps de l'incarcération, est souvent relevé comme étant troublant[14]. La théorie veut que ce soit le comte Jean-François Charles de Morangiès qui ait tiré les ficelles[15]. Mais encore une fois, ces affirmations ne reposent sur rien de concret.

Selon la tradition orale, Jean Chastel aurait été bouleversé par la mort de la jeune Marie Denty, qu'il considérait un peu comme sa petite-fille. Sa présence à l'inhumation (le 17 mai 1767) a donné lieu à de nombreuses discussions de la part des historiens, certains l’interprétant comme le repentir du criminel. Car un mois plus tard, Chastel fait bénir ses balles et tue la Bête qui, curieusement, attend calmement que le chasseur la mette en joue comme par familiarité.

Oeuvres de fiction[modifier | modifier le code]

Sources et références[modifier | modifier le code]

  1. a et b Chronologie et documentation raisonnées - Alain Bonnet (2008)
  2. Félix Buffière, Ce tant rude Gévaudan [détail des éditions], tome II, p. 1163
  3. La Bête du Gévaudan ou l'innocence des loups, Michel Louis (Tempus, ré-édition de 2006)
  4. Lettre d'ordre d'incarcération des Chastel par F.Antoine (21/08/1765)
  5. Félix Buffière, Ce tant rude Gévaudan [détail des éditions], tome II, p. 1164
  6. (A.D. Haute-Loire 6E 28/1, E dép. 144/1)
  7. Pourcher, L’épiscopat français et constitutionnel et le Clergé de la Lozère durant la Révolution de 1789
  8. Félix Buffière, Ce tant rude Gévaudan [détail des éditions], tome II, p. 1169
  9. François Fabre, La bête du Gévaudan, édition complétée par Jean Richard, édition De Borée, 2006, Annexes : tableau des victimes de la Bête
  10. François Fabre, La bête du Gévaudan, édition complétée par Jean Richard, édition De Borée, 2006, chapitre XX
  11. La Gazette de la Bête - Numéro 11 (2010)
  12. (A.D. Lozère c. 1624)
  13. Alain Bonnet La Bête du Gévaudan, Index des personnesp. 8
  14. Éric Mazel, Pierre-Yves Garcin, La Bête du Gévaudan à travers 250 ans d'images, p. 47
  15. La Bête du Gévaudan – Michel Louis (1992, Perrin 2003)
  16. La bête du Gévaudan, J.F.Romano (Hachette, 1988)
  17. La Bête, C.Hermary-Vieille, Albin Michel (2014)

Articles connexes[modifier | modifier le code]