John Muir

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John Muir

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John Muir œuvra à la préservation des espaces sauvages en Amérique.

Naissance 21 avril 1838
Dunbar, East Lothian, Écosse
Décès 24 décembre 1914 (à 76 ans)
Los Angeles, États-Unis
Pays de résidence Drapeau des États-Unis États-Unis
Profession ingénieur, naturaliste, écrivain

John Muir (21 avril 1838 - 24 décembre 1914), écrivain américain, né en Écosse, du XIXe siècle, il fut un des premiers naturalistes modernes, militants de la protection de la nature. Ses lettres, essais, et livres racontent ses aventures dans la nature et la vie sauvage, notamment dans les montagnes de la Sierra Nevada en Californie, beaucoup lus à son époque, ils sont encore très populaires aujourd'hui. Son activisme a contribué à sauver la Vallée du Yosemite et d'autres espaces sauvages. Le Sierra Club, qu'il a fondé, est à ce jour une des plus importantes organisations de conservation des États-Unis. Ses écrits et sa philosophie ont fortement influencé la naissance du mouvement environnemental moderne.

Biographie[modifier | modifier le code]

Muir est né le 21 avril 1838 à Dunbar, dans l'East Lothian, en Écosse. Ses parents se nomment Daniel Muir et Ann Gilrye. Il est un de leurs huit enfants, précédé par Margaret et Sarah, et suivi par David, Daniel, Ann et Mary (jumelles) et Joanna, née aux États-Unis. Dans son autobiographie, il raconte ses passe-temps d'enfance, ses combats (soit en re-jouant les batailles romantiques de l'Histoire Écossaise, ou juste en réformant sur les aires de jeux?) et la recherche de nids d'oiseaux (apparemment pour surenchérir sur ses amis à qui savait où il y en avait le plus). De tels passe-temps se révèleront formateurs pour le caractère de Muir, une fois adulte.

L'entrée de la ferme Fountain Lake Farm près de Portage (Wisconsin).
Yosemite Valley, vu à partir d'Inspiration Point
Glacier de la Stickeen Valley (Alaska), Photo extraite du livre Alaska Days with John Muir, écrit par Samuel Hall Young, publié en 1915

Muir émigre aux États-Unis en 1849, lorsque sa famille acquiert une ferme non loin de Portage, dans le Wisconsin, appelée Fountain Lake Farm. Il entre à l'Université du Wisconsin-Madison en 1860 où il suit des cours pendant quelques années. C'est là-bas, sous un haut caroubier que Muir suit son premier cours de botanique. Un de ses amis étudiant cueille une fleur de l'arbre et explique que le grand caroubier fait partie de la famille des pois, plus particulièrement à celle des pois non alignés. Cinquante ans plus tard, le naturaliste décrit ce moment dans son autobiographie. « Ce petit cours m'a envouté et m'a fait voler par delà les forêts et les prairies avec un enthousiasme sauvage », écrit Muir. Mais au lieu de passer sa licence dans une école construite par la main de l'homme, Muir opte pour s'inscrire à “l'université de la vie sauvage” et parcourt ainsi des centaines de kilomètres, de l'Indiana à la Floride, après avoir passé les années 1866 et 1867 à travailler en tant qu'ingénieur industriel à Indianapolis, où il perd presque la vue dans un accident du travail. Il avait prévu de continuer à voyager en Amérique du Sud, mais il est atteint de paludisme, et se rend donc en Californie.

Arrivé à San Francisco en mars 1868, Muir part immédiatement à la recherche d'un lieu dont il ne connaissait que le nom, Yosemite. Découvrant la Vallée de Yosemite, il est captivé et écrit “Aucun temple construit de la main de l'homme ne peut être comparé à Yosemite”, et “Yosemite est le plus grand de tous les temples dédiés à la Nature”.

Après un premier séjour d'une semaine, il retourne dans les montagnes de la Sierra Nevada et devient conducteur de ferry, berger et amateur de rodéo. En mai 1869, un propriétaire de ranch nommé Pat Delaney lui propose un travail d'été, consistant à mener et surveiller son troupeau de moutons. Muir accepte l'offre avec enthousiasme, et passe l'été dans la région du Yosemite. Ce même été, il escalade le Cathedral Peak, le Mont Dana et fait une marche le long d'une vieille piste Indienne du Bloody Canyon au Lac Mono. En même temps il commence à travailler sur des théories concernant la façon dont la région s'est développée et dont son écosystème fonctionne.

Encore plus enthousiaste sur la région qu'avant, Muir trouve un emploi dans une scierie dans la Vallée du Yosemite, sous la direction de James Hutchings. Inventeur né, Muir dessine un moulin à eau pour couper les arbres mis à terre par le vent et se construit une petite cabane le long de la Yosemite Creek.

Son intérêt pour les sciences, plus spécialement pour la géologie, occupe son temps libre et il acquiert bientôt la conviction que les glaciers ont sculpté la Vallée et ses environs. Cette intuition est en complète contradiction avec la théorie alors en vigueur, promulguée par Josiah Whitney (en) (à la tête du “California Geological Survey”), qui attribue la formation de la Vallée à un tremblement de terre catastrophique. Les idées de Muir se propageant, Whitney tente de discréditer Muir en le traitant d'amateur, et même d'ignorant. Le premier géologue, Louis Agassiz, quant à lui, trouve de l'intérêt dans les théories de Muir, et le désigne comme « le premier homme à avoir une conception juste de l'action des glaciers ».

En 1871, Muir découvre un glacier alpin en activité derrière Merced Peak, ce qui aide profondément à la prise en considération de ses théories. Il ést aussi un écrivain très productif, un grand nombre de ses livres sont publiés jusqu'à New York. De plus, cette année-là, l'un des héros de Muir, Ralph Waldo Emerson, arrive à Yosemite et cherche à le rencontrer. L'ancien professeur de Muir à l'Université du Wisconsin, Ezra Carr, et la femme de Carr, l'encouragent à publier ses théories. Ils le présentent à des notables comme Emerson, ainsi qu'à d'éminents scientifiques comme Louis Agassiz, John Tyndall, John Torrey, Clinton Hart Merriam et Joseph LeConte (en).

Un important tremblement de terre centré à côté de Lone Pine, en Californie, dans la vallée de l'Owens est fortement ressenti dans la Vallée de Yosemite en mars 1872. Le séisme réveille Muir à l'aube, il sort de sa cabane en courant, à la fois heureux et effrayé, en s'exclamant « un noble tremblement de terre ! ». Les colons des autres vallées, qui continuent d'adhérer aux idées de Whitney, sont effrayés à l'idée que le séisme puisse être le prélude d'un catastrophique approfondissement de la vallée. Muir n'a pas la même peur, et se met, à la lueur de la lune, à la recherche de nouveaux talus créés par les éboulement provoqués par le tremblement de terre. Cet évènement entraine de plus en plus de monde à se rattacher aux idées de Muir à propos de la formation de la vallée.

En complément de ses études de géologie, Muir enquête aussi sur la botanique dans la région de Yosemite. Il suit deux spécialisations, la répartition du Sequoia Géant le long du flanc ouest de la Sierra Nevada, et l'écologie de ses bosquets isolés, en 1873 et 1874. En 1876 l'Association Américaine pour le Progrès de la Science publie une note de Muir à propos de la répartition et de l'écologie des arbres.

En 1880, Muir épouse Louisa Wanda Strentzel, dont les parents sont propriétaires d'une grande ferme et de vergers à Martinez, une petite ville de Californie, au nord-est de San Francisco. Pendant les dix années suivantes, il s'occupe de la gestion de la ferme familiale, soit 2600 hectares de vergers et de vignes qui deviennent très prospères. (À sa mort, il laisse une propriété de 250 000 $, qui valait plus de quatre millions de dollars en 2005. La maison et une partie de la ferme sont maintenant Site Historique National). Durant ces années deux filles voient le jour, Wanda et Helen.

Le voyage de Muir dans le Nord-Ouest[modifier | modifier le code]

En 1888, après sept ans de gestion de la ferme, sa santé commence à se dégrader. Sous l'insistance de sa femme, il retourne dans ses montagnes pour se retrouver, en escaladant le Mont Rainer, et en écrivant “Ascension du Mont Rainer”.

Muir voyage avec l'équipe qui avait débarqué sur l'Île Wrangell à bord de l'USS Corwin et qui avait revendiqué l'ile pour les États-Unis en 1881. Il raconte cette expérience dans son livre La Croisière du Corwin.

Des études à l'engagement pour la nature[modifier | modifier le code]

Les efforts de préservation[modifier | modifier le code]

Muir se lance dans son nouveau rôle avec beaucoup de vigueur. Il imagine le Yosemite et la Sierra comme des terres vierges[1]. Il pense que la plus grande menace pour les terres du Yosemite et de la Sierra est de les transformer en pâturages, notamment pour l'élevage des moutons domestique (qu'on appelait "hoofed locusts", sauterelles bottées). En juin 1889, l'influent éditeur associé au magazine Century, Robert Underwood Johnson, campe avec Muir dans les Prairies de Tuolumne et constate au premier regard, les ravages qu'un large troupeau de moutons a fait subir à la prairie. Johnson accepte de publier tous les articles que Muir a écrit contre les pâturages de la Sierra. Il accepte aussi d'utiliser son influence pour présenter un projet de loi au Congrès qui donne au Yosemite le statut de parc national, sur le modèle du parc national de Yellowstone.

La loi, qui reprend les recommandations que Muir a mis en avant dans deux articles du Century ("Le Trésor du Yosemite" et "Profil du Parc National proposé", tous deux publiés en 1890), est votée au congrès le 30 septembre 1890. Malgré tout, au grand désarroi de Muir, la loi laisse la Vallée du Yosemite sous le contrôle de l'État. Avec cette victoire partielle à son actif, Muir contribue à la création une organisation environnementale appelée le Sierra Club, le 28 mai 1892 il est élu en tant que premier président (une fonction qu'il gardera jusqu'à sa mort 22 ans plus tard). En 1894, son premier livre, Les Montagnes de Californie, est publié.

Préservation contre Conservation[modifier | modifier le code]

En juillet 1896, Muir lie amitié avec un autre grand leader du mouvement conservateur, Gifford Pinchot. Cette amitié prend fin à la fin de l'été 1897, lorsque Pinchot publie, dans un journal de Seattle, une déclaration encourageant les pâturages de moutons dans les réserves forestières. Muir se confronte à Pinchot et demande une explication. Quand Pinchot réitère sa position, Muir lui dit "je ne veux plus avoir affaire à toi". Ce clivage philosophique s'étend, et divise le mouvement conservateur en deux camps : les "préservateurs", menés par Muir, et le camp de Pinchot, qui garde le terme "conservateur". Muir est profondément opposé à la commercialisation de la nature. Les deux hommes débattent de leurs positions dans des magazines populaires comme Outlook, Harper's Weekly, Atlantic Monthly, World's Work, et Century. Muir argumente en faveur de la préservation des ressources pour leur valeur spirituelle ; Pinchot voit la conservation comme un moyen de gestion intelligente des ressources du pays. Les deux hommes s'opposent âprement sur l'exploitation des ressources naturelles, y compris sur la déforestation.

Roosevelt et Muir

En 1899, Muir accompagne E. H. Harriman, un cadre des chemins de fer, et d'autres scientifiques estimés, dans son célèbre voyage d'exploration le long de la côte de l'Alaska à bord d'un luxueux bateau à vapeur appelé le George W. Elder. Il aura, plus tard, recours à son amitié avec Harriman pour faire pression sur le Congrès pour faire adopter une législation conservatrice.

En 1903, le président Théodore Roosevelt accompagne Muir lors de la visite d'un parc. Muir le rejoint à Oakland, en Californie, pour un voyage en train jusqu'à Raymond, en Californie aussi. L'entourage présidentiel voyage en diligence dans le parc. Durant le voyage vers le parc, Muir discute avec le président de la mauvaise gestion de la vallée et de l'exploitation envahissante de ses ressources. Avant même qu'ils n'entrent dans le parc, il a réussi à convaincre Roosevelt que la meilleure façon de protéger la vallée est d'imposer un contrôle et une gestion fédéraux.

Après être entré dans le parc et après avoir vu la beauté de cette vallée, le président demande à Muir de lui montrer le vrai Yosemite. Muir et Roosevelt partent camper dans l'arrière pays. Les deux hommes discutent jusque tard dans la nuit autour d'un feu, dorment en plein air et au matin se réveillent couverts d'une fine couche de neige - une nuit que Roosevelt n'oubliera jamais.

Muir redouble d'efforts avec le Sierra Club pour consolider la gestion du parc et est récompensé en 1905 lorsque le Congrès transfère le Mariposa Grove et la vallée du Yosemite dans le parc. Sa femme Louisa meurt le 6 août 1905.

Hetch Hetchy et l'héritage de John Muir[modifier | modifier le code]

Le projet de construire un barrage sur la rivière Tuolumne pour approvisionner en eau la ville de San Francisco voit le jour. Muir s'oppose fermement à l'inondation de la vallée d'Hetch Hetchy qui selon lui était encore plus belle que la vallée du Yosemite. Muir, le Sierra Club et Robert Underwood Johnson se battent contre l'inondation de la vallée. Muir écrit même au président Theodore Roosevelt l'implorant d'annuler ce projet. Après plusieurs années de débats nationaux qui partagèrent le pays, le successeur de Roosevelt, Woodrow Wilson signe le décret autorisant la construction du barrage le 19 décembre 1913. Muir ressent la destruction de la vallée comme une grande perte. Ce fut sa dernière grande bataille.

John Muir meurt d'une pneumonie dans un hôpital de Los Angeles le 24 décembre 1914[2] après avoir brièvement rendu visite à sa fille Helen. Quelques personnes comme Steve Roper, un alpiniste californien, pensent qu'il mourut plutôt de tristesse à la suite de la construction du barrage[3].

L'héritage de John Muir est maintenu par son arrière-petit-fils, Michael Muir, qui fonda le groupe Access Adventure pour aider les personnes en fauteuils roulants à découvrir la nature[4].


Ouvrages (traduits en français)[modifier | modifier le code]

  • Stickeen, trad. Rose-Marie Vassallo, Flammarion, 1982
  • Voyages en Alaska, trad. Jean-Yves Prate et Michel Le Bris, Hoëbeke, 1992 ; rééd. Petite Bibliothèque Payot, 1995
  • Un été dans la Sierra, trad. Béatrice Vierne, Hoëbeke, 1997 ; rééd. 2014.
  • Pensées sur la montagne, trad. Jean Duval, La Brèche, 2004
  • Souvenirs d'enfance et de jeunesse, trad. André Fayot, postface Bertrand Fillaudeau, José Corti, coll. Domaine Romantique, 2004
  • Quinze cents kilomètres à pied à travers l'Amérique profonde, trad. André Fayot, José Corti, coll. Domaine Romantique, 2006
  • Journal de voyage dans l'Arctique, José Corti, coll. Domaine Romantique, 2008
  • Célébrations de la nature, José Corti, coll. Domaine Romantique, 2011

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. (en) John Muir, « Features of the Proposed Yosemite National Park », The Century Magazine, vol. XL, no 5,‎ septembre 1890 (lire en ligne).
  2. On this Day, « Obituary: John Muir » (consulté le 2007-04-23)
  3. Steve Roper, « John Muir's Yosemite » (consulté le 2007-04-23)
  4. « Muir Heritage Land Trust » (consulté le 2007-04-23)
  5. Past Presidents of the American Alpine Club sur americanalpineclub.org

Sources principales[modifier | modifier le code]

Secondary sources[modifier | modifier le code]

Voir aussi[modifier | modifier le code]

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Autres revues[modifier | modifier le code]

  • (en) Aaron Sachs, The Humboldt Current: Nineteenth-Century Exploration and the Roots of American Envionmentalism, New York, Viking Press,‎ 2006, 1e éd. (ISBN 978-0-670-03775-9) Muir est l'une des quatre personnes sur lesquelles l'auteur se focalise qui ont été influencées par Alexander von Humboldt.

Liens externes[modifier | modifier le code]

Vidéo[modifier | modifier le code]


J.Muir est l’abréviation botanique officielle de John Muir.
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