Urewe

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Aller à : navigation, rechercher
Urewe
Image illustrative de l'article Urewe
Localisation
Pays Kenya Kenya
Comté Siaya
Matériel archéologique artéfact, poterie
(72 → 476 apr. J.-C.)[1]
Coordonnées 0° 02′ 51″ S 34° 20′ 15″ E / -0.04743, 34.33759 ()0° 02′ 51″ Sud 34° 20′ 15″ Est / -0.04743, 34.33759 ()  
Altitude 1 248 m
Superficie ~ 0 01 hectares

Géolocalisation sur la carte : Kenya

(Voir situation sur carte : Kenya)
Urewe
Urewe

Géolocalisation sur la carte : golfe de Winam

(Voir situation sur carte : golfe de Winam)
Urewe
Urewe
Époque âge du fer

Urewe est le nom du site au Kenya dont la publication du matériel archéologique par Mary Leakey en 1948 a fait connaître cette culture. Elle désigne la phase de l’Âge du fer ancien dans la région des Grands Lacs en Afrique est-centrale, autour du lac Victoria.

Chronologie[modifier | modifier le code]

Cette culture apparaît dans la région au passage du 2e au 1er millénaire avant J.-C. et elle semble avoir subsisté en quelques endroits jusque loin dans le 2e millénaire après J.-C.. Sa plus large expansion liée à une importante activité métallurgique du fer se situe dans les six premiers siècles après J.-C., depuis la région du Kivu (République démocratique du Congo) à l’ouest, jusqu’en Ouganda, au Rwanda, au Burundi, dans le nord-ouest de la Tanzanie, et le sud-ouest du Kenya.

Origines[modifier | modifier le code]

Les origines de la culture urewe sont toujours inconnues. Elle s’inscrit probablement dans les bouleversements qui ont provoqué l’effondrement des cultures de l’Âge du bronze à la fin du 2e millénaire avant J.-C. (mouvements de populations et conflits armés dont les traditions des régions méditerranéennes se sont faites l’écho) et qui ont mené à la diffusion des secrets du travail du fer en forge — que détenaient jusqu’alors les Hittites — dans le monde connu. Une culture avec céramique fort ressemblante existe vers la même époque au Cameroun. La recherche des origines des cultures de l’Âge du fer ancien en Afrique subsaharienne s’est faite en parallèle avec les études en linguistique africaine sur l’expansion bantoue.

La culture[modifier | modifier le code]

D’emblée la culture urewe apparaît comme entité pleinement développée, reconnaissable à la présence d’une terre cuite originale, soignée et esthétique et de fourneaux de fonte de fer techniquement hautement sophistiqués. Ni l’un ni l’autre ne seront, selon nos connaissances, sujet à évolution ou changement durant près de 2000 ans. Seule la céramique montre des variantes locales mineures.

La culture urewe au Rwanda et au Burundi[modifier | modifier le code]

La céramique urewe est de dimensions modestes, mesurant 30 cm, au maximum 36 cm de haut. Trois formes s’y reconnaissent : le vase, le petit vase, formes à profil en s fermées, et l’écuelle, forme ouverte, sur lesquelles est projeté un décor incisé stéréotype, lèvre biseautée, col structuré, hachuré pour assurer la prise, panse couverte d’une décoration rubanée de motifs géométriques incisés, décoration complétée d’une fossette basale. Le registre décoratif est adapté à, et souligne la forme du vase et ses quatre composantes, quelquefois de façon simplifiée sur le petit vase. Il est, en revanche, collé en son ensemble sur l’écuelle, sans tenir compte du moindre nombre de composantes de celle-ci. Une hypothèse a été formulée que l’écuelle serait de création plus récente que le vase. Elle se renforce par l’identification, en linguistique de la langue bantoue, d’un nouveau terme, apparaissant vers 1000 avant J.C., signifiant « poêle à frire », qui pourrait être l’indice d’une modification culinaire qui aurait pu accompagner un passage vers un mode de vie plus sédentaire lors de l’installation des locuteurs bantous dans les collines du Rwanda et du Burundi.

Le fourneau de fonte de fer associé à cette céramique se compose d’une cuvette contenant des branches feuillues et herbes encore vertes formant un filtre à travers lequel les scories pouvaient s’écouler vers le fond. Au-dessus de la cuvette était bâtie une cuve conique, sorte de cheminée, obtenue en superposant des rouleaux d’argile humide. La décoration du fourneau, cannelures sur le rouleau supérieur, impressions profondes en croissant ou en s sur la paroi externe, rappelle celle du bord et du col de la céramique. Des analyses de résidus de fonte de fer n’ont pas encore renseigné sur le rendement des fourneaux, ni si ceux-ci étaient à la mesure de leur technicité. Minerai de fer et combustible étaient à portée de main. Le mot ubutare, qui signifie « fer » se retrouve encore dans de nombreux lieux-dits. Le couvert arboré a été exploité pour la fabrication de charbon de bois. Celui-ci s’est ici toujours fait à partir de bois frais, ce qui rend les datations au radiocarbone effectuées sur ce matériel, relativement fiables.

Environnements privilégiés et activités humaines[modifier | modifier le code]

L’étude de l’environnement combine l’identification anthracologique des charbons de bois recueillis dans les fourneaux de fonte de fer et dans un foyer ouvert, des analyses palynologiques de tourbes de marécages d’altitude et vallées ainsi que dans des structures archéologiques ; et aussi des données phytosociologiques et géomorphologiques. Elle nous apprend que la période d’installation de cette culture urewe serait à mettre en relation avec un refroidissement et assèchement climatique vers 1000 avant J.-C. Au Rwanda et au Burundi, les représentants de la culture urewe se sont installés exclusivement dans la région de collines (plateau central) dans la zone d’altitude comprise entre 1 700 m et 1 300 m, sur des sols argileux sur substrat primaire, qui comptent parmi les plus riches d’Afrique. Le paysage vallonné, couvert de savanes arborées (végétation arborescente plus claire sur les pentes, plus dense dans les fonds et sur les crêtes) conjuguait des conditions de vie propices à des activités diverses (température et pluviosité modérées, à l’abri de vecteurs de maladies humaines et animales). Ils auraient vécu de façon plutôt sédentaire, comme fermiers, s’adonnant en partie à l’agriculture (e.a. céréales) et à l’élevage bovin à petite échelle. Ils ne semblent pas avoir chassé ni pêché pour compléter leur diète, comme ce sera la cas à l’Âge du fer récent dans ces régions, et où ce l’était déjà à l’Âge du fer ancien, dans les cultures urewe plus à l’est, autour du lac Victoria, influencées peut-être par des contacts avec des communautés transhumantes le long du fossé est-africain.
Les activités humaines combinées, défrichement, fonte de fer, agriculture céréalière… ont engendré une déforestation aux lisières de la grande forêt, qui couvrait naguère la dorsale nord-sud, ainsi que des forêts-galeries, le long des filets d’eau qui dévalaient les pentes. Ce phénomène a provoqué une phase d’érosion majeure, constatée sur la colline de Kabuye, près de Butare, suite à leur présence durant près de 500 ans sur le site.
La région des collines au Rwanda et au Burundi était probablement aussi un passage privilégié de l’hémisphère nord à l’hémisphère sud en Afrique et aurait ainsi régulièrement connu une surpopulation relative de gens qui fuyaient l’assèchement des régions sahéliennes, ce qui a empêché une régénération des sols. Les effets de l’activité humaine, additionnés à des pulsations climatiques sèches et chaudes consécutives n’ont au contraire qu’aggravé la dégradation des sols, et ce jusqu’à nos jours.
Dès le VIIe siècle, l’apparition de céramique plus fruste et décorée à la roulette, ainsi que de nouveaux types de fourneaux de fonte de fer, annoncent un changement majeur vers l’Âge du fer récent. Certaines entités de la culture urewe ont néanmoins réussi à survivre par endroits au moins jusqu'au XIVe siècle.

Chercheurs[modifier | modifier le code]

Les auteurs et institutions importants liés à la recherche de la culture urewe dans la région des Grands Lacs sont : Mary Leakey (publication collection Owen en 1948), Jean Hiernaux (fouilles et publications années 1950-1960), Merrick Posnansky (fouilles et publications années 1960-70), D.W. Philipson (synthèse sur l’Âge du fer ancien en Afrique de l'Est en 1976), le British Institute of Eastern Africa, à Nairobi, sous la direction de J.E.G. Sutton (dans le cadre du Bantu Studies Project, fouilles et publications années 1960-70), P.R. Schmidt (fouilles et publications années 1970-80, synthèse 1997), L’équipe Marie-Claude Van Grunderbeek, Émile Roche et Hugues Doutrelepont (fouilles années 1978-1987, publications jusqu’à présent). De nouvelles recherches sur le terrain dans la région des Grand Lacs sont en cours à l’initiative de l'université de Londres, en collaboration avec le BIEA.

Notes et références[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Marie-Claude Van Grunderbeek, Émile Roche, et Hugues Doutrelepont, « L'Âge du fer ancien au Rwanda et au Burundi. Archéologie et environnement », dans Journal des africanistes, no 52 (1982), p. 5-58.
  • Marie-Claude Van Grunderbeek, Émile Roche, et Hugues Doutrelepont, « Le Premier Âge du fer au Rwanda et au Burundi. Archéologie et environnement », dans Publications de l'Institut national de recherche scientifique, Butare, Rwanda, no 23, VIII + 57 pp.
  • Marie-Claude Van Grunderbeek, Émile Roche, « Apports de la palynologie à l'étude du Quaternaire supérieur au Rwanda » (1987), dans Palynologie et milieux tropicaux, Montpellier (1-3 octobre 1986), IXe symposium de l'APLF. Mémoires et travaux EPHE, Institut de Montpellier, 17, p. 111-127.
  • Marie-Claude Van Grunderbeek, « Essai d'étude typologique de céramique urewe de la région des collines au Burundi et Rwanda », dans Azania (ISSN 0067-270X), no 23 (1988), Nairobi, Kenya, p. 11-55.
  • Marie-Claude Van Grunderbeek et Hugues Doutrelepont, « Étude de charbons de bois provenant des sites métallurgiques de l'Âge du fer ancien au Rwanda et au Burundi » (1989), dans Bois et archéologie, Louvain-la-Neuve (2-3 octobre 1987), PACT nr. 22, p. 281-295
  • Marie-Claude Van Grunderbeek, « Essai de délimitation chronologique de l'Âge du fer ancien au Burundi, au Rwanda et dans la région des Grands Lacs », dans Azania (ISSN 0067-270X), no 27, Nairobi, Kenya, p. 53-80
  • Marie-Claude Van Grunderbeek, Émile Roche, et Hugues Doutrelepont, « Type de fourneau de fonte de fer, associé à la culture urewe (Âge du fer ancien), au Rwanda et au Burundi » (2002), dans Jean-Paul Descœudres, Éric Huysecom, Vincent Serneels, Jean-Louis Zimmerman (dir.), dans The Origins of Iron Metallurgy, Proceedings of the First International Colloquium on the Archaeology of Africa and the Mediterranean Basin, held at The Museum of Natural History in Geneva, 4-7 June 1999, Mediterranean archaelogy, vol. 14, 2001, p. 271-298.
  • Marie-Claude Van Grunderbeek, Émile Roche (à paraître en 2007), « Multi-Disciplinary Evidence of Mixed Farming during the Early Iron Age in Rwanda and Burundi » (présenté au Congrès archéologie mondial, Washington, 2003), dans Timothy P. Denham, José Iriarte, Luc Vrydaghs (dir.) Rethinking Agriculture. Archaeological en Ethnoarchaeological Perspectives, Left Coast Press, inc.
  • Paul Craddock, Ian Freestone, A. Middleton, Marie-Claude Van Grunderbeek (à paraître), « The Scientific Study of Some Early Iron Age iron Smelting Debris from Rwanda and Burundi, East Africa », dans Journal of the Historical Metallurgy Society.