Pierre Buyoya

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Pierre Buyoya
Pierre Buyoya en 2013.
Pierre Buyoya en 2013.
Fonctions
7e président de la République du Burundi
25 juillet 199630 avril 2003
(7 ans, 0 mois et 5 jours)
Premier ministre Pascal-Firmin Ndimira
(1996-1998
Prédécesseur Sylvestre Ntibantunganya
Successeur Domitien Ndayizeye
2e président de la République du Burundi[1]
3 septembre 198710 juillet 1993
(5 ans, 10 mois et 7 jours)
Premier ministre Adrien Sibomana
Prédécesseur Jean-Baptiste Bagaza
Successeur Melchior Ndadaye
Biographie
Date de naissance 24 novembre 1949 (65 ans)
Lieu de naissance Rutovu
Nationalité burundaise
Parti politique UPRONA
Profession Militaire

Pierre Buyoya
Présidents de la République du Burundi

Pierre Buyoya né le 24 novembre 1949 à Rutovu dans la province de Bururi est un officier et homme d'État burundais. Il dirige deux fois le pays : de 1987 à 1993 puis de 1996 à 2003.

Biographie[modifier | modifier le code]

Jeunesse et études[modifier | modifier le code]

Pierre Buyoya est né le 24 novembre 1949 dans la province de Bururi, à 200 kilomètres au sud de Bujumbura, de parents illettrés tutsis. Il grandit à Rutovu, commune de 200 habitants, et y effectue l'école primaire et secondaire[2].

En 1967, il est admis à l'École Royale des Cadets de Bruxelles, en Belgique. Il déclare à ce propos : "pour moi, l'armée était l'unique échelle sociale". Il reste en Belgique jusqu'en 1975 et passera par l'École Royale Militaire (1970 à 1974) et l'École d'Application des Troupes Blindées. À son retour de Belgique, il épouse une Tutsie, originaire d'une famille de négociants, Sophie Ntaraka[3].

De 1976 à 1977, il fréquente l'École spéciale militaire de Saint-Cyr en France où il écrit un mémoire sur la naissance du FLN dans les maquis algériens. Il intègre en 1980 l'École de guerre d'Hambourg, en Allemagne, où il restera deux ans[4].

Il parle le Kirundi et le français couramment, ainsi que l'anglais et l'allemand.

Carrière professionnelle[modifier | modifier le code]

Il est nommé chef de Peloton en 1975 avant de devenir commandant d'Escadron à Gitega, de 1977 à 1980[5]. Deux ans plus tard, il est commandant de Bataillon jusqu'en 1984, année lors de laquelle il devient chef du bureau chargé de l'instruction et des opérations à l'État-Major Général. Ceci jusqu'en 1987[3].

Carrière politique[modifier | modifier le code]

De 1987 à 1993[modifier | modifier le code]

En 1987, Pierre Buyoya devient président de la République du Burundi, à la suite d'un coup d'État contre Jean-Baptiste Bagaza, qui exerce une dictature sur la population hutue, et y instaure la Troisième République[6].

Il est l'initiateur et le meneur de la démocratie au Burundi et a longuement œuvré à l'amélioration des relations entre Tutsi et Hutu du Burundi, notamment en créant sous son régime la journée de l'unité nationale le 5 février 1994, journée toujours célébrée. En parallèle, il compose un gouvernement avec un nombre égal de Hutus et de Tutsis[7].

De 1987 à 1991, il mène une "politique d'unité et de réconciliation", qui débouche sur un référendum sur la Charte de l'Unité nationale du 5 février 1991[8]. Il approuve en 1992 une nouvelle constitution rédigée par la commission qui prévoit la mise en place d'un gouvernement non ethnique, avec un Président de la République et un Parlement. Inspiré par un discours de Mitterand à la Baule sur la démocratisation de l'Afrique[9], il entame un processus de démocratisation du Burundi en 1991, qui aboutit à des élections libres et multipartistes dans le pays depuis toujours gouverné par des Tutsis alors même que les Hutus représentent 85 % de la population[10]. Le parti de Buyoya, l'Union pour le progrès national (UPRONA), perd les élections qui portent Melchior Ndadaye du Front pour la démocratie au Burundi (FRODEBU), un Hutu, au pouvoir[11].

En parallèle, il est successivement Président de la Communauté économique des États de l'Afrique centrale (CEEAC), de la Communauté Economique des Pays des Grands Lacs (CEPGL) et de l'Organisation du Bassin de la KAGERA (OBK)[12].

De 1996 à 2003[modifier | modifier le code]

Après les assassinats successifs du président Ndadaye et de six de ses ministres en 1993, puis de son successeur au poste de président de la République, Cyprien Ntaryamira en 1994, et alors que la guerre civile frappe le pays depuis trois ans et a déjà fait entre 150 000 et 200 000 victimes, Pierre Buyoya, avec le soutien de l'armée, renverse le quatrième président de la Troisième République de Burundi, Sylvestre Ntibantunganya, et reprend le pouvoir en 1996. La guerre civile se poursuit, mais de manière atténuée[13]. La communauté internationale impose des sanctions économiques après le retour au pouvoir de Buyoya, qui seront levées rapidement après la création par Buyoya d'un gouvernement pluri-ethnique, avec Domitien Ndayizeye, un Hutu, comme vice-président de la République[14].

Le 28 août 2000, sous l'égide de Nelson Mandela, il signe les Accords d'Arusha, pour la paix au Burundi[15], qui prévoient notamment le rapatriement des leaders politiques exilés depuis les différentes guerres civiles, ainsi qu'une présidence transitoire de trois ans menée par Pierre Buyoya, qui devra remettre le pouvoir à son vice-président en 2003. En 2001, Pierre Buyoya met donc en place les institutions de transition, à savoir un gouvernement, une Assemblée nationale et un Sénat[14].

Conformément aux Accords d'Arusha, Pierre Buyoya remet le pouvoir à Domitien Ndayizeye le 30 avril 2003[16].

Autres activités[modifier | modifier le code]

À l'échelle nationale[modifier | modifier le code]

En 1994, il crée une organisation non gouvernementale : la Fondation pour l'Unité, la Paix et la Démocratie[3] dont le but est d'étudier le système institutionnel, judiciaire et sécuritaire du Burundi. La Fondation construit également 5 écoles primaires, un collège, 3 centres de formation pour les jeunes et un centre de transit pour les enfants orphelins[3].

À l'échelle internationale[modifier | modifier le code]

De 1993 à 1995, il est membre du think tank "Council for African Advisors", organisé par le vice-président chargé de l'Afrique à la Banque mondiale.

Il est observateur pour plusieurs élections à différentes échelles en Afrique pour le compte de l'Organisation internationale de la Francophonie (OIF) et de la Communauté économique des États de l'Afrique centrale (CEEAC). En 1994, il est observateur des premières élections depuis la fin de l'apartheid en Afrique du Sud. En avril 2004, il assiste ainsi aux élections législatives en Guinée-Bissau, puis, en tant que chef des observateurs, aux élections présidentielles de Guinée-Bissau en juillet 2005, aux élections générales de la République démocratique du Congo en juillet et octobre 2006 et aux élections législatives et présidentielles de Mauritanie en novembre 2006 et février et mars 2007. L'OIF le nomme chef d'une mission politique en République centrafricaine pour promouvoir le dialogue politique en août 2007 et un an plus tard, chef d'une mission d'information en Mauritanie, juste après le coup d'État intenté contre le président mauritanien Sidi Ould Cheikh Abdallahi.

Il participe à différentes conférences à travers le monde, la plupart concernant des problématiques politiques, économiques ou sociales africaines. En 1994, il est donc orateur à la conférence organisée par l'African-American Institute de Cotonou, au Bénin, qui étudie "le rôle de l'Armée dans le processus démocratique". Il participe ensuite à la conférence annuelle de Tokyo sur le développement en Afrique en 1995, puis à la conférence préparatoire pour la création de l'Observatoire Africain des bonnes pratiques démocratiques à Dakar, au Sénégal. En novembre 2004, il est un des conférenciers principaux de la conférence sur le "Leadership" organisée par la Banque Mondiale en République centrafricaine. Trois ans plus tard, en mars 2008, il participe à une conférence sur le processus de paix en Somalie organisée par les Nations unies et à une conférence à Lomé, au Togo, organisée par l'Alliance des Libéraux et Démocrates du Parlement de l'Union européenne. En septembre 2008, il participe à une conférence à Atlanta et en Caroline du Nord sur les Accords d'Arusha et les problèmes de sécurité au Burundi.

Il participe également à diverses tables rondes : la table ronde des anciens chefs d'État Africains organisée par l'Université de Boston en avril 2005, ainsi que la table ronde d'anciens chefs d'États et de Gouvernements organisée à l'Île Maurice et traitant de l'agenda africain du XXIe siècle[3].

Organisations[modifier | modifier le code]

En sa qualité d'ancien président du Burundi, il est membre du Sénat à vie[9]. Il est également membre de l'Africa Forum, le Forum des anciens chefs d'État africains et consultant pour plusieurs organisations telles que l'Union africaine, l'Organisation internationale de la Francophonie, ou la Communauté économique des États de l'Afrique centrale[3].

Depuis mars 2009, il est membre du Panel de Haut niveau de l'Union Africaine sur le Soudan et envoyé spécial de l'OIF en République centrafricaine[17]. De mai à septembre 2010, il est d'ailleurs président du Panel de Haut niveau de l'Organisation internationale de la Francophonie[18].

Le 25 octobre 2012, il est nommé haut représentant de l'Union africaine pour le Mali et le Sahel, "pour la résolution de la crise au Mali"[19].

Il est candidat pour le poste de Secrétaire général de l'Organisation internationale de la Francophonie (OIF) en septembre 2014 avec 15 propositions[20] concentrées sur trois domaines : la langue, la culture et les enjeux politiques et économiques de la Francophonie, particulièrement en Afrique. Il est en effet le seul candidat à la présidence à être natif du continent.

Publications[modifier | modifier le code]

En 1974, il publie son mémoire de fin d'études, intitulé "Naissance et organisation du Front de Libération Nationale Algérien"[7].

Vingt-trois ans plus tard, en 1997, il publie "Mission possible : Plaidoirie pour la paix au Burundi". Pour la préparation de ce livre, il passe deux mois à l'Université de Yale aux États-Unis en 1996[3].

Son dernier livre, "Les négociations inter burundaises : une longue marche pour la paix"[21], est publié en 2011. Il voyage une nouvelle fois, principalement aux États-Unis, pour la préparation de ce livre. De janvier 2005 à juin 2006, il participera à 5 conférences dans cette optique, dont la Conférence sur les droits de l'homme au Burundi de l'Université de Tufts en mai 2005[3].

Référence[modifier | modifier le code]

  1. Président du Comité de salut national du 3 au 9 septembre 1987.
  2. « Pierre Buyoya, 48 ans, président tutsi non élu du Burundi, à majorité hutue, est reçu aujourd'hui à l'Elysée par Jacques Chirac. Putschiste de consensus. », sur Libération,‎ 6 mars 1998
  3. a, b, c, d, e, f, g et h « Biographie de S.E Pierre Buyoya », sur Fondation pour l'unité, la paix et la démocratie
  4. « Francophonie : Pierre Buyoya y croit », sur Jeune Afrique,‎ 12 septembre 2014
  5. (en) Godfrey Mwakikagile, Identity Politics and Ethnic Conflicts in Rwanda and Burundi: A Comparative Study, Intercontinental Books,‎ 2012, 430 p. (lire en ligne)
  6. « Pierre Buyoya président par intérim », sur l'Humanité,‎ 26 juillet 1996
  7. a et b « Pierre Buyoya, un médiateur qui brigue la tête de la Francophonie », sur Agoravox,‎ 9 août 2014
  8. « Burundi : célébration du 2&ème anniversaire de l'adoption de la Charte de l'unité nationale », sur Afriquinfos,‎ 7 février 2012
  9. a et b « Le Burundais Pierre Buyoya défend la transition démocratique en Afrique », sur La Croix,‎ 23 mai 2012
  10. (en) Europa Publications, Africa South of the Sahara 2004, Psychology Press,‎ 2003, 1360 p. (lire en ligne)
  11. (en) « Elections in Burundi », sur African elections database
  12. « Entretien exclusif avec Pierre Buyoya, ancien président du Burundi, candidat au poste de Secrétaire Général de l'OIF », sur ajo news,‎ 23 septembre 2014
  13. « BURUNDI: Buyoya demande l'aide de l'ONU pour mettre fin à la violence », sur Irin news,‎ 6 février 2002
  14. a et b « Le gouvernement du Burundi formé le 1er novembre 2001 », sur Afrique Express,‎ 20 novembre 2001
  15. « Accord à Pretoria sur le "partage du pouvoir" mais pas sur le cessez-le-feu ni sur une force de protection des exilés », sur Afrique Express,‎ 15 octobre 2001
  16. « Burundi et Rwanda : le renouveau de la région des grands lacs », sur Sénat
  17. (de) « Mali : Pierre Buyoya nommé haut-représentant de l'UA pour le Mali et le Sahel », sur Opérations paix,‎ 25 octobre 2012
  18. « Pierre Buyoya à la tête d'un panel de l'OIF sur la prévention des conflits », sur Rwandaises.com,‎ 21 mai 2010
  19. « L'ancien président burundais Pierre Buyoya nommé haut représentant de l'UA pour le Mali », sur Le Monde,‎ 25 octobre 2012
  20. « Candidat au secrétariat général de l’OIF : Pierre Buyoya explique ses motivations au chef de l’État ivoirien », sur Abidjan.net,‎ 17 octobre 2014
  21. « Négociations interburundaises : la longue marche vers la paix », sur Sauramps,‎ 26 décembre 2011