Tutsis

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Aller à : navigation, rechercher

Tutsis

Populations significatives par région
Drapeau du Burundi Burundi 1 207 000
Drapeau du Rwanda Rwanda 1 044 000
Drapeau de la République démocratique du Congo République démocratique du Congo 297 000
Tanzanie Tanzanie 213 000
Drapeau de l'Ouganda Ouganda 64 000
Population totale 2 825 000
Autres
Article général Pour un article plus général, voir Population de l'Afrique des Grands Lacs.

Les Tutsis constituent le deuxième groupe de population au Rwanda et au Burundi, environ 15 à 20 % de la population. Ils sont des éleveurs de vaches. C'est en fait une composante socioprofessionnelle traditionnelle de la société, à laquelle des structures politiques étaient attachées.

Les colonisateurs, et notamment les missionnaires Pères blancs, ont développé l'idée d'une origine nilotique des Tutsis, tandis que les Hutus seraient un peuple bantou. Cette classification ethnique fut mobilisée lors de conflits meurtriers culminant dans le génocide des Tutsis de 1994. Une partie très minoritaire des Tutsis se reconnaitrait comme juive[1] .

Selon l'analyse des premiers colons arrivés au Rwanda et au Burundi, Allemands puis Belges, les populations du Rwanda et du Burundi étaient divisées en trois groupes ethniques : les Hutus, les Tutsis et les Twas. Cette analyse ne repose pas sur les critères qui caractérisent normalement des ethnies : tous les Rwandais et Burundais parlent la même langue avec de légères variantes dans chaque pays — le kinyarwanda et le kirundi — et partagent la même culture. De plus ils vivent mélangés, acceptent dans beaucoup de familles les mariages entre groupes et ont les mêmes croyances, ancestrales ou issues de la colonisation. Enfin, avant la colonisation, il était possible de passer d'un groupe à l'autre.

Ethnonymie[modifier | modifier le code]

Selon les sources on observe de multiples variantes : Bagogwe, Banyamulenge, Banyaruanda, Banyarwanda, Batusi, Batussi, Batuti, Batutsi, Buha, Mulenge, Ruanda, Rwanda, Tusi, Tussi, Tuti, Tutsi Hima, Tutsis, Tuutsi, Watousi, Watoussi, Watoutsi, Watusi, Watussi, Watutsi[2].

Répartition par pays[modifier | modifier le code]

Au Rwanda[modifier | modifier le code]

La monarchie rwandaise était issue d'une partie de la composante Tutsi.

Les colonisateurs étaient convaincus de la supériorité des Tutsis, en qui ils voyaient des « nègres blancs » par la qualité des structures politiques qu'ils avaient mises en place. Les Belges renforcèrent la monarchie Tutsi au point de la rendre monolithique sur tout le Rwanda. Là où il y avait des rois (« roitelets ») Hutu, les Belges imposèrent des administrateurs coloniaux Tutsis. Les Tutsis voyaient dans cette suprématie reconnue un moyen de continuer leur domination monarchique sur le pays. Mais, quand les Tutsis commencèrent à revendiquer l'indépendance, les colonisateurs belges renversèrent leur alliance au profit des Hutus, au nom de la démocratie, déviant contre les Tutsis les revendications d'indépendance. Les Hutu au pouvoir, avec Grégoire Kayibanda comme président, le Rwanda devient une République. Certains membres de la monarchie, la plupart Tutsis avec plusieurs milliers de partisans du roi, prirent le chemin de l'exil vers les pays voisins. Ce sont les descendants de ces derniers qui ont chassé le régime Hutu de la deuxième république dirigée par Juvenal Habyarimana. Ce régime a été responsable du génocide des Tutsi au Rwanda, qui coûta plus d'un million de victimes, essentiellement Tutsis, mais aussi des Hutus démocrates opposés à la dictature[3].

Depuis l'accession au pouvoir du Front patriotique rwandais (FPR) à l'issue du génocide en 1994, le pouvoir rwandais s'est attaché à détruire les fondements de cet ethnisme dans la société rwandaise. La constitution adoptée par référendum en 2003 a très clairement confirmé par la loi cet engagement. Mais au plan politique les forces de l'ancien régime et celles de l'opposition actuelle contestent cette volonté politique qu'ils considèrent comme une façade qui cacherait habilement une volonté de domination d'un groupe minoritaire.

En République démocratique du Congo[modifier | modifier le code]

Des populations parlant le Kinyarwanda sont présentes à l'est du Congo dans le Kivu. Les limites actuelles du Rwanda correspondent au partage colonial des frontières et sont plus restreintes que celles de la véritable influence territoriale de la monarchie rwandaise avant la colonisation. Certaines de ces populations, les Banyamulenge sont qualifiées de « Tutsi ».

Selon le site internet de l'Observatoire de l'Afrique Centrale[4], les Banyamulenge auraient quatre origines :

  • un premier groupe originaire du Royaume du Rwanda
  • un deuxième en provenance du Burundi
  • un troisième de Tanzanie
  • un quatrième groupe composé d'esclaves issus de tribus locales (Bashi, Bafulero et Batetela) qui ont progressivement été incorporés comme membres à part entière[5].

Tous ne se reconnaissent donc pas comme Tutsi, et généralement ils n'attachent pas la même importance qu'au Rwanda ou au Burundi, à la signification politique de ce mot. Mais, il n'en est pas de même de leur environnement congolais qui voient en eux des alliés du Rwanda et donc des traitres potentiels ou avérés.

Notes et références[modifier | modifier le code]

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • (en) Alan P. Merriam, The game of Kubuguza among the Abatutsi of north-east Ruanda, dans Man (Londres), 53 (article 262), novembre 1953, p. 169-172
  • (fr) Jean-Pierre Chrétien, Hutu et Tutsi au Rwanda et au Burundi, dans Au cœur de l'ethnie : ethnies, tribalisme et État en Afrique, Éditions la Découverte, Paris, 1985, p. 129-165
  • (fr) Georges Gerkens, Les Batutsi et les Bahutu : contribution à l'anthropologie du Ruanda et de l'Urundi, d'après les mensurations recueillies par la mission G. Smets, Institut royal des sciences naturelles de Belgique, Bruxelles, 1949, 112 p.
  • (fr) Médecins du monde, Le génocide des Tutsis du Rwanda : une abjection pour l'Humanité, un échec pour les humanitaires, Médecins du monde, Institut de l'humanitaire, Paris, 2004, 202 p.
  • (fr) Alfred Ndahiro et Privat Rutazibwa, Hotel Rwanda, ou le génocide des Tutsis vu par Hollywood, L'Harmattan, 2008, 111 p. (ISBN 978-2-2960-5045-7)
  • (fr) Benjamin Sehene, Le Piège ethnique, Paris, Éditions Dagorno, 1999, 222 p. (ISBN 2-910019-54-3)
  • (fr) Benjamin Sehene, Le Feu sous la soutane. Un prêtre au Cœur du génocide rwandais, Paris, Éditions L'Esprit Frappeur, 2005, 148 p. (ISBN 2-84405-222-3)
  • (fr) Luc Zangrie, Quelques traces ethnologiques de l'origine égyptienne des Batutsi, dans Jeune Afrique (Elizabethville), 5 (15), 1951, p. 9-15
  • (nl) Francis L. van Noten, Tutsi koningsgraven, dans Africa-Tervuren, 14 (3), 1968, p. 57-62

Discographie[modifier | modifier le code]

  • (en) Songs of the Watutsi (introduction et notes par Leo A. Verwilghen), Folkways records, 1952, 39 minutes.

Filmographie[modifier | modifier le code]

  • Hotel Rwanda , film historique sur le génocide des Tutsis en 1994. L'histoire vraie, pendant le génocide rwandais, de Paul Rusesabagina, un hôtelier Hutu marié à une Tutsi, responsable du sauvetage de milliers de personnes.
  • Shooting dogs, film britannique et allemand de Michael Caton-Jones en collaboration avec les survivants du massacre d'avril 1994. Où une école rwandaise fut le théâtre du massacre des tutsis par les Hutus.

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]