Tutsis

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Tutsis

Populations significatives par région
Drapeau du Burundi Burundi 1 207 000
Drapeau du Rwanda Rwanda 1 044 000
Drapeau de la République démocratique du Congo République démocratique du Congo 297 000
Drapeau de la Tanzanie Tanzanie 213 000
Drapeau de l'Ouganda Ouganda 64 000
Population totale 2 825 000
Autres
Article général Pour un article plus général, voir Population de l'Afrique des Grands Lacs.

Les Tutsis sont un groupe de population habitant la région des Grands lacs africains. Historiquement, ils ont été souvent appelés Watutsi, Watusi, Wahuma ou Wahima. Les Tutsis forment un sous-groupe des Banyarwandas et des peuples Barundi, qui résident principalement au Rwanda et au Burundi, mais d'importantes populations se trouvent également dans l'Ouganda, la République démocratique du Congo et la Tanzanie. Ils constituent le deuxième groupe de population au Rwanda et au Burundi, environ 15 à 20 % de la population.

Ils parlent des langues rwanda-rundi, un groupe des langues bantoues.

Ethnonymie[modifier | modifier le code]

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Selon les sources et le contexte, de multiples formes sont observées : Bagogwe, Banyamulenge, Banyaruanda, Banyarwanda, Batusi, Batussi, Batuti, Batutsi, Buha, Mulenge, Ruanda, Rwanda, Tusi, Tussi, Tuti, Tutsi Hima, Tutsis, Tuutsi, Watousi, Watoussi, Watoutsi, Watusi, Watussi, Watutsi[1].

Colonisation[modifier | modifier le code]

Les colonisateurs, et notamment les missionnaires Pères blancs, ont développé l'idée d'une origine nilotique des Tutsis, tandis que les Hutus seraient un peuple bantou. Cette classification ethnique fut mobilisée lors de conflits meurtriers culminant dans le génocide des Tutsis de 1994. Une partie très minoritaire des Tutsis se reconnaitrait comme juive[2] .

Selon l'analyse des premiers colons arrivés au Rwanda et au Burundi, Allemands puis Belges, les populations du Rwanda et du Burundi étaient divisées en trois groupes ethniques : les Hutus, les Tutsis et les Twas. Cette analyse ne repose pas sur les critères qui caractérisent normalement des ethnies : tous les Rwandais et Burundais parlent la même langue avec de légères variantes dans chaque pays — le kinyarwanda et le kirundi — et partagent la même culture. De plus ils vivent mélangés, acceptent dans beaucoup de familles les mariages entre groupes et ont les mêmes croyances, ancestrales ou issues de la colonisation. Enfin, avant la colonisation, il était possible de passer d'un groupe à l'autre.

Ils sont des éleveurs de vaches. Selon Jean-Pierre Chrétien, les Tutsis ne sont pas un groupe ethnique, mais une composante socioprofessionnelle traditionnelle de la société, à laquelle des structures politiques sont attachées. Cette interprétation est discutée. D'autres spécialistes tels Filip Reyntjens ou Bernard Lugan avancent que si le clivage ethnique entre hutus et tutsis a été exacerbé par la colonisation, il était au moins en partie préexistant.

Études génétiques[modifier | modifier le code]

Y-ADN (lignées paternelles)[modifier | modifier le code]

Les études génétiques actuelles du chromosome Y suggèrent que les Tutsis, comme les Hutus, sont en grande partie d'extraction bantoue (80% E1b1a, 15% B, 4% E3). Les influences génétiques paternelles associées à la corne de l'Afrique et de l'Afrique du Nord sont rares (1% E1b1b), et sont attribuées aux premiers habitants qui ont été assimilés. Cependant, les Tutsis ont beaucoup plus de lignées paternelles nilo-sahariennes (14,9% B) que les Hutus (4,3% B)[3].

ADN autosomique (ascendance globale)[modifier | modifier le code]

En général, les Tutsis semblent partager une parenté génétique étroite avec les populations bantoues voisines, en particulier les Hutus. Cependant, il est difficile de savoir si cette similitude est principalement due à de vastes échanges génétiques entre ces communautés par le biais des mariages ou si elle découle finalement d'origines communes:

Ainsi selon Joseph C. Miller, « [...] des générations de flux de gènes ont effacé toute distinction physique claire qui a pu exister entre ces deux peuples bantous - réputé pour être la hauteur, la corpulence et les traits du visage. Avec un spectre de variation physique entre les personnes, les autorités belges ont légalement imposé l'appartenance ethnique dans les années 1920, basée sur des critères économiques. Les divisions sociales formelles et distinctes se sont donc imposées au dessus des distinctions biologiques ambiguës. Dans une certaine mesure, la perméabilité de ces catégories dans les décennies écoulées a aidé à réifier les distinctions biologiques, générant une d'élite plus grande et une sous-classe plus petite, mais avec peu de rapport avec les pools génétiques qui existaient il y a quelques siècles. Les catégories sociales sont donc réelles, mais il n'y a pas ou peu de différenciation génétique détectable entre Hutu et Tutsi »[4].

Répartition par pays[modifier | modifier le code]

Au Rwanda[modifier | modifier le code]

La monarchie rwandaise était issue d'une partie de la composante Tutsi.

Les colonisateurs étaient convaincus de la supériorité des Tutsis, en qui ils voyaient des « nègres blancs » par la qualité des structures politiques qu'ils avaient mises en place. Les Belges renforcèrent la monarchie Tutsi au point de la rendre monolithique sur tout le Rwanda. Là où il y avait des rois (« roitelets ») Hutu, les Belges imposèrent des administrateurs coloniaux Tutsis. Les Tutsis voyaient dans cette suprématie reconnue un moyen de continuer leur domination monarchique sur le pays. Mais, quand les Tutsis commencèrent à revendiquer l'indépendance, les colonisateurs belges renversèrent leur alliance au profit des Hutus, au nom de la démocratie, déviant contre les Tutsis les revendications d'indépendance. Les Hutu au pouvoir, avec Grégoire Kayibanda comme président, le Rwanda devient une République. Certains membres de la monarchie, la plupart Tutsis avec plusieurs milliers de partisans du roi, prirent le chemin de l'exil vers les pays voisins. Ce sont les descendants de ces derniers qui ont chassé le régime Hutu de la deuxième république dirigée par Juvenal Habyarimana. Ce régime a été responsable du génocide des Tutsi au Rwanda, qui coûta plus d'un million de victimes, essentiellement Tutsis, mais aussi des Hutus démocrates opposés à la dictature[5].

Depuis l'accession au pouvoir du Front patriotique rwandais (FPR) à l'issue du génocide en 1994, le pouvoir rwandais s'est attaché à détruire les fondements de cet ethnisme dans la société rwandaise. La constitution adoptée par référendum en 2003 a très clairement confirmé par la loi cet engagement. Mais sur le plan politique les forces de l'ancien régime et celles de l'opposition actuelle contestent cette volonté politique qu'ils considèrent comme une façade qui cacherait habilement une volonté de domination d'un groupe minoritaire.

En République démocratique du Congo[modifier | modifier le code]

Des populations parlant le Kinyarwanda sont présentes à l'est du Congo dans le Kivu. Les limites actuelles du Rwanda correspondent au partage colonial des frontières et sont plus restreintes que celles de la véritable influence territoriale de la monarchie rwandaise avant la colonisation. Certaines de ces populations, les Banyamulenge sont qualifiées de « Tutsi ».

Selon le site internet de l'Observatoire de l'Afrique Centrale[6], les Banyamulenge auraient quatre origines :

  • un premier groupe originaire du Royaume du Rwanda ;
  • un deuxième en provenance du Burundi ;
  • un troisième de Tanzanie ;
  • un quatrième groupe composé d'esclaves issus de tribus locales (Bashi, Bafulero et Batetela) qui ont progressivement été incorporés comme membres à part entière[7].

Tous ne se reconnaissent donc pas comme Tutsi, et généralement ils n'attachent pas la même importance qu'au Rwanda ou au Burundi, à la signification politique de ce mot. Mais, il n'en est pas de même de leur environnement congolais qui voient en eux des alliés du Rwanda et donc des traitres potentiels ou avérés.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Source BnF [1]
  2. Une nouvelle identité des Batutsi du Rwanda et du Burundi ou la radicalisation de la théorie hamito-couchitique par l’Institut Havila
  3. Luis, J. R.; et al. (2004). "The Levant versus the Horn of Africa: Evidence for Bidirectional Corridors of Human Migrations". American Journal of Human Genetics 74 (3): 532–544. doi:10.1086/382286. PMC 1182266. PMID 14973781. (Errata)
  4. (en) Joseph C. Miller (ed.), New Encyclopedia of Africa, Volume 2, Dakar-Hydrology, Charles Scribner's Sons (publisher).
  5. Assemblée Nationale Française, Mission d’information sur le Rwanda(pages 286-298), sur <www.assemblee-nationale.fr>. Consulté le <9 février 2014>.
  6. Observatoire de l'Afrique Centrale
  7. Courte note sur les Banyamulenge - OBSAC

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • (en) Alan P. Merriam, The game of Kubuguza among the Abatutsi of north-east Ruanda, dans Man (Londres), 53 (article 262), novembre 1953, p. 169-172
  • Jean-Pierre Chrétien, Hutu et Tutsi au Rwanda et au Burundi, dans Au cœur de l'ethnie : ethnies, tribalisme et État en Afrique, Éditions la Découverte, Paris, 1985, p. 129-165
  • Georges Gerkens, Les Batutsi et les Bahutu : contribution à l'anthropologie du Ruanda et de l'Urundi, d'après les mensurations recueillies par la mission G. Smets, Institut royal des sciences naturelles de Belgique, Bruxelles, 1949, 112 p.
  • Bernard Lugan, Histoire du Rwanda : De la préhistoire à nos jours, Paris, Éditions Bartillat,‎ 1997, 23 cm, 606 p. (ISBN 978-2-84100-108-8, notice BnF no FRBNF36179959, présentation en ligne).
  • Médecins du monde, Le génocide des Tutsis du Rwanda : une abjection pour l'Humanité, un échec pour les humanitaires, Médecins du monde, Institut de l'humanitaire, Paris, 2004, 202 p.
  • Alfred Ndahiro et Privat Rutazibwa, Hotel Rwanda, ou le génocide des Tutsis vu par Hollywood, L'Harmattan, 2008, 111 p. (ISBN 978-2-2960-5045-7)
  • Benjamin Sehene, Le Piège ethnique, Paris, Éditions Dagorno, 1999, 222 p. (ISBN 2-910019-54-3)
  • Benjamin Sehene, Le Feu sous la soutane. Un prêtre au Cœur du génocide rwandais, Paris, Éditions L'Esprit Frappeur, 2005, 148 p. (ISBN 2-84405-222-3)
  • Luc Zangrie, Quelques traces ethnologiques de l'origine égyptienne des Batutsi, dans Jeune Afrique (Elizabethville), 5 (15), 1951, p. 9-15
  • (nl) Francis L. van Noten, Tutsi koningsgraven, dans Africa-Tervuren, 14 (3), 1968, p. 57-62

Discographie[modifier | modifier le code]

  • (en) Songs of the Watutsi (introduction et notes par Leo A. Verwilghen), Folkways records, 1952, 39 minutes.

Filmographie[modifier | modifier le code]

  • Hotel Rwanda , film historique sur le génocide des Tutsis en 1994. L'histoire vraie, pendant le génocide rwandais, de Paul Rusesabagina, un hôtelier Hutu marié à une Tutsi, responsable du sauvetage de milliers de personnes.
  • Shooting dogs, film britannique et allemand de Michael Caton-Jones en collaboration avec les survivants du massacre d'avril 1994. Où une école rwandaise fut le théâtre du massacre des tutsis par les Hutus.

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]